lundi 20 août 2018

Voir : petite Anne, petite liane




Son père, pour meubler les silences au restaurant, lui dit : mange, tant que c'est chaud.
Sa mère, pour contenir d'alarmants émois, susurre : ce n'est pas de ton âge, crois-moi, je suis passée par là.
En quarante ans, malgré les accélérations technologiques et les réseaux sociaux, le film n'a pas pris une ride:
 touches subtiles, portraits vifs et courtes scènes, il dépeint l'adolescence comme personne.

dimanche 19 août 2018

Manger/Boire : le meilleur des rosés




Dans mes bagages, pas de provisions, mais une furieuse addiction : le jus de rhubarbe.
Dès le premier soir, dans la Gasthof, on m'a servi un Hausgemachter Rhabarbersaft. 
Depuis, ma soif est sans limites, avant, pendant et après l'apéro :
300 grammes de rhubarbe (épluchée ou pas) débitée en petits tronçons
6 décilitres d'eau
du sucre (pour moi : un demi-verre à thé)
Faire cuire cinq minutes et laisser reposer ensuite pendant une demi-heure.
Filtrer sans trop presser.
Ajouter le jus d'un demi citron et déguster, tiède ou glacé. 
Un brin de menthe ou une tranche de citron vert pour décorer.
(quant aux restes, ils peuvent être recyclés :
en compote, avec les céréales du petit-déjeuner)

samedi 18 août 2018

Vivre : la traversée





Un tortueux et éblouissant tunnel fait de valises ouvertes, de portes refermées, fait de courses, d'attentes, d'étapes et de contrariétés, de silences intenses et de plats allégés, de saccades, de ruptures, de solitude abyssale et de foules rassemblées, de bruits et de cris, d'expansions et de replis, d'habitudes bousculées, de routines générées, oui un tunnel, un engorgement, un chamboulement dans l'implacable fuite du temps : l'été.

vendredi 17 août 2018

Voyager : quand le présent se noie




Il y a quelques années, mon amie B. a effectué un périple à travers quelques capitales européennes. Elle a rapporté de son séjour berlinois qu’elle s’y était sentie étrangement oppressée. Elle évoquait certains bâtiments gris criblés de balles, la météo pluvieuse, elle ne savait trop à quoi rattacher le phénomène moral qui l'avait tenaillée. Pourtant, la ville était une destination très prisée. La scène artistique, les bars, les quartiers branchés lui assuraient plein succès et les propositions culturelles étaient alléchantes. B., à la personnalité solaire, restait songeuse.
Je pouvais la comprendre, ayant moi-même régulièrement éprouvé des moments de sourde angoisse lors de mes séjours là-bas. J'en suis souvent rentrée soit un peu malade, soit un peu déprimée (parfois les deux). Je me souviens d’avoir attrapé une grippe carabinée en plein mois d’août à Berlin, et, lors du séjour suivant, une gastrite sévère.
Dans cette ville hors normes, un passé douloureux se rappelle sans cesse à notre souvenir. Il est difficile de la considérer uniquement au présent (et, du reste, pourquoi le faudrait-il ?). Le visiteur attentif doit composer de son mieux avec cette constante dualité: un  présent stimulant et une Histoire effrayante.
A propos de Nuremberg, les guides invitaient avec force illustrations à aller découvrir l'imposant château médiéval et le centre historique. Ils évoquaient les « formidables opportunités de shopping ». On en aurait oublié un fait des plus marquants : la ville a été un haut-lieu du nazisme. C’est là qu'ont été promulguées les tristement célèbres lois, que se sont tenues de non moins célèbres parades nazies, et aussi, par voie de conséquence, les principaux procès des dirigeants du Troisième Reich. Nuremberg, ville symbole, a subi des dommages considérables, tant du point de vue des pertes humaines que matérielles. En frappant cette ville, il s’agissait pour les alliés de porter un coup fatal à l’arrogance et à la folie nazie.
Ça et là, dans les rues, on se retrouve face à des témoignages des exactions passées : une plaque à l’emplacement de l'ancienne grande synagogue, des allusions à des personnalités déportées. Et puis, naturellement, dans chaque monument ou église, les photographies de leurs décombres suite aux bombardements qui ont quasiment rasé la ville entre 1944 et début 1945. 
Là où naît un profond malaise, c’est que ces photographies exposées ne semblent pas l'être à des fins de mémoire contre les horreurs fascistes, mais plutôt pour mettre en évidence l’effort consenti afin de reconstruire à l’identique (effort réussi, car, de nos jours, il est difficile de considérer un monument historique en évaluant ce qu’il comporte de récent ou d’authentique).

Ces jours-ci, l'été bat son plein. Il fait chaud. On se balade dans les rues. On observe les bâtiments. De nombreuses constructions fonctionnelles (assez laides) témoignent de l'effort de redressement dans l'après-guerre. On voit passer les groupes de touristes, dûment guidés. On regarde les vitrines (assez quelconques) des grands magasins très fréquentés. 

On se dit que l’Histoire et le genre humain tendent vite à l'oubli. Le présent réclame obligatoirement la maîtrise du passé. Quelques plaques, un ou deux lieux de souvenir, un Centre de documentation pour assurer le devoir de mémoire (et son tourisme aussi) et la page pourrait être tournée... On sent monter en soi des mouvements de tristesse et d'anxiété. On se sent agité de questions : qu'est-ce qu'ont dû vivre ici 7'502 citoyens Juifs qui habitaient la ville en 1933? quels hurlements et mots terribles ont-ils été proférés dans ces rues? combien de personnes ont-elles pu échapper à cet enfer? combien de déportés? quelles ont été toutes ces trajectoires? 

On frissonne malgré la canicule. On ressent des picotements à travers tout son corps. On aurait envie de s'enfuir. On ne s'enfuit pas. On éprouve un trouble intense (peut-être le même que celui ressenti par B. à Berlin ? peut-être se souvient-on précisément de ses paroles en ces instants-ci?) On se tient présent, on photographie. On se sent respirer plus profondément quand arrive enfin le moment du départ.

*quand le passé refait surface, le présent se noie / Fababy

jeudi 16 août 2018

Voyager : besoin de Sud


Résidence / Escalier d'honneur / Plafond peint par JB Tiepolo / Wurtzburg / 1750

Se demander pourquoi, voulant rejoindre le Nord, il semble qu’on soit en train de le perdre.
S'interroger aussi sur le fait que, s’étant dirigé vers l’Est, ce soit un peu à l’ouest qu’on se sente.
Dresser et dresser encore la liste de toutes les découvertes superbes et intéressantes.
Se méfier de ces retours où, déposant nos sacs, on se dit que tout s’est finalement très bien passé.

mercredi 15 août 2018

Voyager : Uta, Reglindis, Gerburg, et les autres


Uta von Naumburg / le Maître de Naumburg / env. 1245

Là-bas, une concentration inhabituelle d’éoliennes décoraient le paysage.
Là-bas, tout semblait fonctionner plus difficultueusement (et aussi plus aimablement)
Les sonorités paraissaient plus claires, les devantures envahies par la poussière.
Là-bas, on était partis rencontrer Uta et on s’est retrouvés en ex-RDA.
Là-bas, le temps semblait s'être arrêté, par le fait de l'histoire, 
mais aussi figé par la magie de l'instant :
 pourrait-on croire ces nobles présences âgées de huit cent ans?

Ekkehart et Uta

Dietmar

Gerburg

Hermann et Reglindis

Konrad

Thimo

Wilhelm


mardi 14 août 2018

Voyager : à boire et à manger



A l'aller, nous avons croisé de prolifiques poiriers.
Au retour, une pièce d'un euro contre un panier :
la femme aux pruneaux était ravie et nous aussi.
Entre deux, rhubarbe, pommes, cerises,
toutes sortes de jus nous furent proposés.
(quant aux raisins, quels divins nectars
devant nos trop grosses assiettes le soir)
Ainsi, de fruit en fruit. on a découvert la Franconie.