samedi 20 juillet 2019

Regarder : Berlin, New-York, avant





Ai découvert à la FOTOHAUS ⎸PARISBERLIN, le photographe est-allemand Bernd Heyden et ses images de Prenzlauer Berg durant les années qui ont précédé la chute. J'aime quand la photographie témoigne, rappelle, incite à observer, invite à méditer. Quand la photographie fait sourire, et quand elle rend nostalgique. Quand elle en appelle à notre humanité. Il y a aussi cette complicité profonde avec celui ou de celle qui se tenait derrière l'objectif, qui se trouvait là, qui a prêté attention à un instant précis, parvenant à lui rendre son essence unique.





Autre temps, autre continent, autre regard, et pourtant l'esprit est le même. Au cœur de quartiers populaires de New-York à la fin des années 1940, il y a toujours autant de détermination lasse dans le visage des femmes et de vitalité gouailleuse dans les jeux de rues. Inutile de dire que j'ai été subjuguée à l'Espace Van Gogh devant le travail effectué par Helen Levitt.
A travers leurs images, les photographes révèlent leur compétence, mais aussi leur personnalité. On les apprécie en tant qu'artistes, au même titre qu'un écrivain, ou qu'un peintre, et on voudrait en apprendre plus sur leur vie, sur leur trajectoire, sur ce qui les a portés à vouloir témoigner et prendre sur le vif avec tant d'acuité.

vendredi 19 juillet 2019

Vivre : Still life / 74




Les fours se trouvaient au centre de la communauté, une sorte de village isolé, avec des airs de western et de colonie sauvage. André préparait plusieurs fois par semaine le pain proposé sur les marchés des alentours. Il nous a vendu une miche qui nous a tenu une semaine, faisant le bonheur de nos petits-déjeuners et des chevaux que nous allions saluer tous les matins à l'aube, P. et moi.
André s'adonnait également à la céramique. Il ne faisait nullement l'article, ne parlait pas de ses  nombreuses formations, de ses voyages en Corée et au Japon, baissait les yeux quand on admirait les vases et les créations. Ses mots étaient plus rationnés que l'eau des rivières émaciées de la région. On était à mille lieues des boutiques et de leurs rosaires de boniments.
J'avais besoin de deux bols, objets essentiels de mes journées. Le thé, le lait chaud, les fruits. Il en restait quatre sur une planche en bois, que j'ai longuement tenus entre mes mains. J'ai fait mon choix en silence.
André nous en a demandé un prix dérisoire, puis, allant à l'essentiel, il s'en est retourné faire son pain.

jeudi 18 juillet 2019

Vivre / regarder : deux filles




Silver Room / Tia Thuy Nguyen / Chateau Lacoste / Le Puy Sainte Réparade

L'une était brune, l'autre était blonde.
La première consultait le plan du domaine. Elle recherchait frénétiquement une installation bien précise. Nous lui avons indiqué la direction, à peine deux cent mètres plus haut, sur le chemin de terre battue. Elle nous a expliqué qu'elle arrivait de Saïgon, qu'elle avait atterri le matin-même à Londres après quatorze heures de vol et qu'elle faisait expressément le voyage pour découvrir le travail qu'une de ses amies venait de réaliser. Elle a ajouté vivement que celle-ci était une artiste protéiforme très douée, une vidéaste et une designer reconnue. Elle avait l'air si fière de cette amie, que je lui ai demandé son nom. Elle a prononcé des sons spongieux auxquels je ne parvenais pas à raccrocher de voyelles ni de consonnes. Je n'ai pas osé lui demander de répéter.
Quand nous sommes parvenus à l’œuvre, Silver Room, elle l'a longuement examinée, parcourue, photographiée. Nous les avons laissés, elle et son compagnon, pour qu'ils profitent pleinement de leur visite. Mais, à la réflexion, je crois qu'elle aurait préféré nous voir en admiration devant le travail de Tia Thuy Nguyen, oui je crois qu'elle aurait préféré trouver dans notre regard une admiration éperdue qui reflétât au moins partiellement la sienne. Pour autant que j'aie pu le constater, aucune autre œuvre - et dieu sait si le parc en abritait - n'a retenu son attention par la suite. Elle avait fait tout le trajet, comme un long pèlerinage, pour atteindre la chambre argentée de son amie Tia Thuy. Quand je me suis approchée un peu plus tard, j'ai compris son enthousiasme : le cube en argent se trouvait au cœur d'une cathédrale aérienne et, à l'intérieur, un symbole, une divinité, invitait à la présence et au recueillement.
 

 Dead End / Sophie Calle / Château Lacoste / Le Puy-Ste-Réparade

L'une était brune, l'autre était blonde. La seconde était vive, enjouée, portait joliment son panama et elle nous a dit venir de Paris. Elle s'extasiait de tout. Elle voulait tout voir. Elle caressait les chiens. Elle prenait amoureusement son ami par la main et, devant Dead End, où Sophie Calle invitait les visiteurs à enterrer leurs secrets, elle a écrit beaucoup de mots avec le stylo que je lui avais prêté. Elle devait avoir de nombreux secrets. Ou alors, un secret très complexe. Pendant que j'attendais, je posais les yeux sur la dalle en marbre, ici reposent les secrets des promeneurs, je me suis étonnée à n'avoir rien à noter. Vraiment : rien. Ce n'est pas que j'aie envie de tout dire de moi et que j'aspire à la transparence. Non. Mais il n'est rien dans ma vie que je ne puisse partager avec un autre être humain et, dès lors, je ne pense pas porter de véritable secret en moi. Rien à cacher absolument, tout à protéger résolument. La fille m'a tendu mon Parker les joues rosies par la chaleur et l'épanchement. Elle est partie en sautillant.

L'une était brune, l'autre était blonde. Elles étaient belles, elles étaient jeunes, elles étaient passionnées. Elles avaient des manières différentes, complémentaires d'habiter l'été.

mercredi 17 juillet 2019

Vivre : l'aube, le ciel






Là-bas, les ciels semblaient plus grands qu'ailleurs, bavards, tellement volatiles, et versatiles. Ils racontaient des tas d'histoires. Reniant leurs affirmations de la veille, ils s'enflammaient, se contredisaient, se rétractaient, et revenaient à leur version première. A peine avait-on le dos tourné, qu'ils passaient à d'autres aveux, bredouillaient de nouveaux récits, qui ne tenaient guère la route. La terre n'était pas en reste, qui bruissait de mille présences et de mille légendes. Quittant les chemins déserts, nous avancions dans l'herbe craquante, submergés de grillons, assaillis par les senteurs de miel et de lavande, épiés par le gibier, pistés par le Mistral, fascinés, à l'affut, nous progressions à tâtons à la recherche du soleil et de ses premiers rayons.


mardi 16 juillet 2019

Vivre : intensément


Portrait d'une jeune femme / Botticelli / KHM / Berlin

L'inattendu : 
rester présent
et voir venir. 

lundi 15 juillet 2019

Vivre : des gens heureux


Maestro dei Mesi / Museo dell'Opera del Duomo / Ferrara

Chez tous ces gens lumineux qu'il est donné de rencontrer :
cette manière d'accepter, de faire face, d'assumer, d'assurer.
 

samedi 6 juillet 2019

Vivre : la clef des champs


quelque part au Sud

Je glisse la clef sous la porte. J'ai remisé mes soucis, mes occupations, mes outils. J'ai rangé mes crayons et presque rangé la maison. Je pars, j'embarque un prince plus que charmant et un chien attachant (que j'aspire à détacher pourtant). Je m'en vais retrouver de silencieuses pierres tapies à flanc de colline et faire le plein d'images dans des villes javellisées par le soleil. Qu'il est bon d'aller dégouliner ailleurs, de se fondre dans les mêlées bigarrées des marchés, de humer des fruits parvenus à maturité. Garder en mode pause les réflexions et en mode découverte les sensations. Ouvrir les yeux, le cœur, les bras à tout ce qui se présentera, surtout à ce qu'on n'attendait pas. Qu'il est bon de laisser la vie en latence, en Durance, en pleine présence. En attendant d'heureuses retrouvailles, enfiler les sandales, mettre les voiles et suivre le Mistral.