vendredi 26 mai 2017

Vivre : A la fraîche




Le clocher a sonné la demie.
Sortir sur la pointe des pieds.
Tendre l’oreille : 
le murmure des feuillages, les oiseaux,
un insecte furibond,
un convoi au loin.
Aller de pot en pot
verser l’eau miraculeuse.
Prêter attention à ces gouttes qui carillonnent
Et célèbrent le matin.


jeudi 25 mai 2017

Habiter : le langage des fleurs


Laura / Giorgione / KHM / Vienne

Samedi,
nous avons ramené  du marché trois pivoines.
Très vite, face au divan,
elles se sont ouvertes avec des attitudes de gourgandines .
(On aurait pu crier à l'indécence)
Les jours suivants, leurs pétales roses ont évoqué les joues
de certaines filles pudiques
à qui on tiendrait des propos déplacés, voire salaces.
Et, ce matin, surprise : 
les voici qui arborent des mines pâles et affligées de carmélites. 
Sacrées comédiennes!

mardi 23 mai 2017

Vivre : Au galop


Amazone moribonde sur cheval (détail)/ coll. Farnese //Museo archeologico Napoli


Un courrier de la gendarmerie est venu le confirmer:
sur le chemin du retour, 
j’avais décidément grand hâte de quitter cet univers étriqué,
imbibé de tartuferie et de glucose.

J’étais vraiment très très pressée. 

lundi 22 mai 2017

Vivre : trouver son idéal


Portrait de Fayoum / KHM / Vienne

Son salon est sobre, déco minimaliste. Pas de Gala-Voici-MadameActuelle. Pas de pub pour K*** ou pour R** F**. Pas de fond sonore. Pas de commérages. Le principe est simple : il travaille sans rendez-vous et reçoit les clients par ordre d’arrivée.
Cette après-midi-là, me précédaient : une dame dans la septantaine qui aspirait à plus de blondeur, un ado taciturne qui voulait ramener sa coupe Ronaldo à 6 millimètres pas un de plus. Arrivés juste après moi : un jeune couple avec bambin coquin, venus se faire tondre en famille.
Boucles brunes et virevoltes argentines, il parlait à bon escient avec un bel accent marocain. Il comprenait vite et s’activait bien. D’emblée, j’ai su que j’étais entre de bonnes mains. En dix minutes chrono, ma tignasse s’est trouvée joliment raccourcie de deux centimètres. En bonus, apprenant que j’étais de passage, mon Figaro s’est fait fort de me fournir toutes sortes d’informations utiles : pour des fraises bio, pour du vin de qualité, pour une bonne table, pour un gîte accueillant, pour les stands sur le marché local. A chaque nouvelle adresse, il ajoutait : dites que vous venez de la part d’Hedi ! Dites que c'est Hedi qui vous envoie! C’est qu’il devait en avoir des amis, Hedi !
Je suis sortie au soleil ravie : Enfin ! Enfin ! Le coiffeur idéal existe : je l’ai rencontré !

(Il y a juste un tout petit problème: Hedi officie à 450 kilomètres d’ici. Trois fois rien, une question de détail).


dimanche 21 mai 2017

Vivre : soir de printemps à Cairanne



Entrer par la porte entrebâillée.
Dans l'église délaissée,
Ecouter les couleurs chanter.

samedi 20 mai 2017

Voyager : la transition


Fontaine des Mascarons / Seguret

Nous avons roulé et roulé, dans un paysage imperturbable.
Et puis, peu à peu, les contreforts se sont adoucis, se sont élargis 
pour faire place à la plaine et à ses vergers en pleine prospérité.
Il y a eu un toit en tuiles anciennes. Et deux rangées de platanes en bordure de nationale.
Et une première bastide en pierre pâle.
Insensiblement, la lumière s'est faite plus vive.
Le paysage a commencé à dérouler ses drapés baroques, émeraude, kiwi, vert acidulé.
Et puis, tout s’est emballé : 
les villages blonds à flanc de colline, paresseusement lovés au soleil, se sont propagés,
les champs ont pris des couleurs d’ambre, les vignobles se sont imposés.
Des rosiers aux allures de diva impudique tremblaient en bordure de route, 
des coquelicots attroupés semblaient attendre je ne sais quelle festivité.
Et les couleurs devenaient toujours plus joyeuses. 
Et les bourgs traversés se sont mis à exhiber leurs doubles noms, toujours plus évocateurs, 
revendiquant leur origine DOC.

Et enfin, arrivés à destination, il nous a fallu chercher la première place à l’ombre de l’année.
Et nous nous sommes assis sur une terrasse terrassée de chaleur. 
Et les senteurs du midi, jasmin, ail, fougasse, nous ont chatouillé les narines. 
Des accents directs, des mots francs et aimables sont parvenus à nos oreilles. 
Et alors, attablés, un peu hébétés,  nous avons réalisé que nous étions arrivés.