mardi 11 décembre 2018

Vivre : la lessive


Outrenoir / Soulages / Artlab / EPFL / 2018


Pas mal, ce truc de grand-mère : nettoyer l'argenterie au dentifrice.
Mais fallait-il vraiment l'adopter armée d'une brosse électrique,
et habillée en T-shirt et sarouel noirs ?

lundi 10 décembre 2018

Vivre : Still life / 56





Ce banal ustensile occupe une place privilégiée sur mon plan de travail. Que ferais-je donc sans lui ?

Un jour, à Barcelone, j’ai décidé que mon amie Montse en avait le plus grand besoin. Tous les étés, je la voyais éplucher au couteau ses patates et ses carottes. Une pitié. Apparemment, cette invention du tonnerre n’avait pas encore pénétré la Catalogne. Qu’à cela ne tienne ! Lors de ma visite suivante, je suis donc arrivée avec le précieux économe en cadeau. Mais l'été d'après, j’ai dû lui en racheter, car… je ne retrouvais pas chez elle l’exemplaire offert. Donc, je me suis vite fendue d’un envoi postal afin de la dépanner de toute urgence.

C’est au bout de trois années que j’ai fini par comprendre : un jour que je fouillais le fond d'un tiroir à la recherche d’un casse-noix, j’ai trouvé mes trois éplucheurs. Bien alignés, sous une montagne de louches et de spatules. C’était aussi simple que cela : mon amie Montse, polie, avait remercié, mais elle n’en avait pas le moindre besoin, de ces bidules. Elle continue à éplucher ses pommes de terre sans économie et s’en porte très bien.

Il y a parfois, entre nos amis, même les plus chers, et nous, des divergences profondes de vues et de pratiques, des frontières qui sont vouées à ne jamais être surmontées. Depuis, cet indispensable éplucheur, star incontestée de mon tiroir, est devenu le symbole de l’Alterité avec un grand A. Il vient au quotidien me rappeler, finement, que l'on ne peut en aucun cas faire le bien d'autrui malgré lui.

dimanche 9 décembre 2018

Vivre : trois questions


Boucle d'oreille / Musée archéologique / Split

Il était superviseur. Il était un superviseur très compétent, c'est-à-dire qu'il savait faire émerger le sens. Durant les deux années où il a accompagné notre groupe il a évoqué plusieurs fois les trois questions du soir, celles qui lui permettaient, quoi qu'il se fût passé, de pouvoir trouver le repos en fin de journée :


1/ Qu’est-ce que j’ai fait aujourd'hui pour moi, qui ait été agréable, positif ? 
2/ Qu’est-ce qu’on a fait aujourd'hui pour moi qui m’ait été agréable, ou positif ?
(respectivement qu'ai-je fait moi-même pour d'autres ?) 
3/ Qu’est-ce qui s’est passé aujourd'hui d’agréable ou de positif dans ma vie, 
indépendamment d’une intention, de ce qui a pu être fait par quelqu’un ? 

J'aime bien penser régulièrement à ses trois questions, trois questions toutes simples, qui mine de rien faisaient émerger le sens...

samedi 8 décembre 2018

Regarder : le lièvre arctique et la tortue antarctique





Découvrir les différences entre l'Arctique et l'Antarctique, admirer sur écran géant la stupéfiante aptitude des manchots à faire la tortue, s'immerger de tous ses sens dans l'immensité de la blancheur, percevoir le chant des baleines, admirer une faune aux compétences singulières, expérimenter combien le temps est compté. 

PÔLES, expo passionnante, très bien documentée, interactive à souhait, à la fois drôle et dramatique et s'adressant à tous publics (vraiment tous : depuis les bambins de trois ans jusqu'à leurs arrières-grands-mamans) invite à mieux connaître les extrêmes de notre planète pour mesurer les effets des changements climatiques.

En sortant, on a le cœur battant, on a froid dans le dos, on pense à cette pauvre humanité en train de perdre le nord et on se prend à espérer violemment que les calottes ne soient pas cuites.



Museum / Neuchâtel / jusqu'au 18.08.2019

vendredi 7 décembre 2018

Vivre : la passagère


Tête de Pan / Glyptothek / CPH


C’est un train régional, desservant les principaux villages de la ligne et il m’arrive de l’emprunter quand j’ai raté le direct. C’est le train des étudiants, des gens qui ne sont pas motorisés, qui n’en ont pas les moyens. C’est le train des oubliés du progrès à tout crin.

Il y a toujours dans ce train un ouvrier qui monte, habillé de bleu ou d’orange fluo, avec ou sans sa trottinette. Il y a toujours un jeune aux yeux vagues qui semble redouter la vie qui l’attendra une fois arrivé à destination. Il y a toujours un couple d’âge mûr qui discute de manière frénétique pour résoudre des problèmes tels que : comment apporter ces pommes à Pierre ? ou : c'est samedi ou dimanche qu'on ira voir ta mère ? 

Il y a aussi toujours une femme – jamais la même – qui s’assied à mes côtés. La femme est d’origine émigrée. Ça se voit avant de s’entendre. Ça se voit à son habillement, à son air fatigué, à ses rides prématurées. La femme n’a jamais de maquillage. Elle ne porte jamais de foulard ou d'écharpe, rien qui pourrait l’enjoliver La femme vient sans doute de faire six heures de ménages et, une fois rentrée, elle devra entamer une nouvelle journée. Elle est sans doute préoccupée par toutes sortes de problèmes, le directeur de l’école l’a peut-être convoquée, ou bien sa mère au pays a-t-elle dû se faire opérer. La femme se tient tranquille, durant tout le trajet. Elle n’a pas de livre à lire ni de smartphone à consulter. Elle n'a pas le temps pour ce genre de futilités, elle est trop heureuse de laisser son regard se perdre dans les bosquets.
Cela ne l’empêche pas d’être attentive. Elle dit bonjour quand elle s'installe et fait son possible pour ne pas déranger. Elle a une manière bien à elle d’être prévenante et d’exprimer que non, mon panier ne lui cause aucune gêne. Elle se penche pour ramasser un stylo qui a roulé. Elle a des savoir-être qui lui viennent de très loin, elle a des politesses qu’ont perdues les battants, les consultants, les arrivistes et les arrivés. Elle est capable de sourire, sourire vraiment. Elle fait partie de ces personnes qui savent dire - avec élégance - au revoir, bonne journée en quittant un wagon.

jeudi 6 décembre 2018

Lire : la douce obscurité


Annonciation (la Vierge) / Francesco di Valdambrino / Rijksmuseum / Amsterdam

Abandonne tous les autres mondes
hormis celui auquel tu appartiens.

Parfois il faut l'obscurité et le doux
enfermement de la solitude
Pour apprendre

que toute chose ou tout être 
qui ne te rend pas vivant

est trop petit pour toi. *

Quelques vers de David Whyte,
  poète anglais contemporain, pour le moins atypique,
aux séduisantes compositions, qui se découpent,
et se recomposent, au gré des lectures,
 les strophes comme autant de légos,
agencés selon les besoins.

* extrait de Sweet Darkness, 2006

mercredi 5 décembre 2018

Vivre : les couleurs du présent

Cour du cloître de Saint-Trophime /Arles 

J'avais passé une partie de la matinée à me rendre attentive, puis à écouter quelqu'un qui invitait à l'attention de chaque instant, puis à écrire un petit texte sur l'importance d'être présent, où que ce soit, en quelque occasion que ce soit.
Soudain, j'ai levé les yeux et l'arc-en-ciel était là. Et, soudain, le temps d'écrire un mot, il s'est évaporé, prestement.
Ce fut un merveilleux présent. On aurait dit la buée des matins froids, quand trois mots sont prononcés. Les couleurs se sont évaporées. Le présent est devenu passé.