samedi 21 juillet 2018

Vivre : la Traversée de l'hiver / 25





Mme Lopez me dit : vous savez, mon cerveau avait des ratés, il fonctionnait au ralenti, c’est pour cela que j’ai dû venir ici.

Marcelle, qui mange en face de ma mère, pose sur les gens un regard d’enfant désolé. On dirait une petite fille à son premier jour d’école, empathique, mutique et intimidée.

Madame de... porte un grand chapeau. Elle passe et repasse avec au bec un vieux mégot desséché et demande du feu à chaque passage. A chaque fois, elle répond : ça ne fait rien puis elle parle de Marc Veyrat. Elle raconte que son fils l’a emmenée en hélicoptère manger là-bas. Puis elle s’éloigne, fait le tour de la terrasse et revient avec son mégot demander si on connaît Marc Veyrat.

Une grande dame en longue robe de soirée noire me fait signe de l’aider à rentrer. Je pousse le fauteuil et, une fois à l'intérieur, j'entends une voix caverneuse de baryton me dire merci. De rien, Monsieur. De rien, Madame.

Et puis, il y a elle, qui me présente comme sa sœur, puis qui regarde ailleurs, qui ignore mes fleurs, qui m’exhorte à la prudence, qui me demande de faire très attention, qui me dit tu ne sais pas faire demande aux infirmières. Elle, rabougrie dans son fauteuil, qui semble ne pas me voir, mais s’écrie quoi tu t’en vas déjà ? quand je me prépare au départ.

A chaque fois, je me dis qu’il y a quelque chose d’anormal, de faux, d'insensé à vivre ça. Le personnel est prévenant. Les chambres sont spacieuses. Les repas savoureux. Mais... oui... quelque chose d'anormal, de faux, d'insensé... dans cette absence de contact, cet autisme, cette impossible connexion, dans cette survie qui se prolonge. Tous les dimanches, j'arrive et je dispose mes roses. Je reste, j'observe, j'essaie d'être présente, puis je m'en vais avec une gerbe de questions sans réponse.


vendredi 20 juillet 2018

Habiter : la carte postale





Elle vit son rêve et ce rêve casa l'attire comme un aimant.
Elle annonce son absence durant toute la belle saison.

Une élégance intemporelle, des roses trémières,
des espaces qui demandent à être rénovés, enjolivés.
Une maison, c'est une histoire d'amour, 
avec ses hauts, ses bas, ses doutes,
ses exigences, ses (dés)espérances, 
Une maison, c'est une aventure au long court.

Mettre la clef sous la porte, oublier la ville et ses arcades.
Mettre en veille l'atelier, les trajets, les horaires.
Se mettre à peindre, à tapisser. Se mettre au vert.
- Comme le temps coule vite dans le lit des petites rivières ! -
Donner la priorité aux rayons du soleil, aux artisans, aux trouvailles.
Inventer, jouer, créer, chercher, chercher encore, imaginer.

Enfin, rentrer à l'automne, avec les premières pluies, 
enfiler un tricot sur une peau cuivrée et raconter l'Italie aux amis.

jeudi 19 juillet 2018

Voir : route barrée




Pour la troisième fois, j'ai tenté de prendre la route.
Cette  fois encore, malgré la complicité évidente des deux stars,
malgré les longs regards de Clint sur Francesca
j'ai recommencé à bailler à m'en décrocher la mâchoire.
Ce scénario barbituromantique, impossible d'y croire.
On connaît d'avance le déroulement de l'histoire :
ils vont s'aimer et s'aimeront toujours mais ils se séparent.
Le meilleur du film tient sans doute dans cette image-là :
le regard du génial Clint, le sourire de Francesca.

mercredi 18 juillet 2018

Vivre : dans la durée


Portrait de l'empereur Maximilien1er (détail) / A. Dürer / KHM / Wien

Avec lui, la vie est exigeante et belle, surtout belle.

mardi 17 juillet 2018

Vivre : lequel des deux nous éclaire



Accueillir nos zones d'ombre, méditais-je dans le cloître, tandis que midi sonnait. 
Le pré n'en faisait pas toute une affaire : il basculait entre l'ombre et la lumière 
et jouait de ses tiges délurées tantôt en vert foncé, tantôt en vert clair.

lundi 16 juillet 2018

Vivre : l'exquise douceur des journées sans qualité


Adoration des Mages (détail) / Anonyme flamand / début XVIème siècle


Ne rien faire.
Sinon vivre. Sinon respirer. 
Sinon sauver un bruant chanteur égaré
(ou alors s'agissait-il d'un cassenoix moucheté ? 
quoi qu’il en soit : un piaf tourneboulé)
Sinon sauter dans l’Aar délicieusement fraîche en me laissant porter.
Sinon m'attabler devant une Gazosa 1883 glacée. Sinon babiller. 
Sinon déguster un Sarlet coulant agrémenté de miel poivré.
Sinon me réjouir d’avoir traité le petit prunier 
et cueilli les premières tomates de l’année.
Ne rien faire, et surtout rien de reluisant, d'insolite ou d'excitant.
Regarder quelques papillons voltiger, 
envisager quelques débuts de projets
et... contempler la valse immense des nuages embrasés. 

dimanche 15 juillet 2018

Vivre : sans complication


Crucifixion (détail) / Jan de Beer / 1510 env. / collection privée

Elle s’appelait Sophie. Vive, enjouée, elle souriait et s’activait. Elle faisait partie de ces gens alertes et présents qui, ayant reçu une demande, y répondent sans façons. Ou qui, ayant perçu l'éventualité d’un problème, trouvent la solution avant même sa formulation. Toute en rapidité, toute en sagesse, un cadeau de la vie, une bénédiction.