mardi 23 avril 2019

Vivre : à-propos


Ossian and Alpin's Son... (détail)  / C.G. Kratzenstein Stub / SMK / Copenhague 
 
Soudain, sur le marché, stopper net. S'enjoindre de s'arrêter et de regarder - vraiment - autour de soi : le soleil, les fleurs délurées dans leurs seaux en zinc, l'artiste russe chantant en latin. Soudain, observer la beauté du moment : cet homme demandant conseil pour des pommes destinées à une tatin; cette jeune femme s'extasiant devant la maraîchère : " ce sont les asperges de votre jardin ? "; ces grappes d'enfants accrochés à un même rameau comme autant de grains.

Oui, prendre le temps de se mettre au centre de sa vie. Laisser le monde tourner autour de soi. Ne pas chevaucher la monture "tout ce qui ne va pas ou devrait aller mieux que ça". Ralentir (et qu'ils passent, ceux qui dépassent). Prendre le temps d'être dans son pas. Être le pivot de soi.


lundi 22 avril 2019

Vivre : let it be / 18


Allegorie du Bon Gouvernement (détail) / A. Lorenzetti /Palazzo del Commune / Sienne



Incidemment nous avons appris il y a moins d'un mois qu'un projet de décharge allait être réalisé sur le territoire de notre commune. Il avait déjà reçu l'accord de la municipalité, mais curieusement, rien n'avait filtré. C'est par les infos télévisées que la majorité de la population a été avisée.
Entre temps, il s'est avéré qu'une pétition contre ce projet avait été lancée. En effet, situé en limite de zone communale, le plan prévoyait qu'une quarantaine de camions passeraient quotidiennement, et qu'ils emprunteraient principalement des routes situées sur des communes limitrophes. Les riverains impactés, on s'en doute, n'étaient pas ravis d'avoir été mis devant le fait accompli et ont vivement réagi. Heureusement, dans ce pays, la démocratie directe fonctionne (plutôt bien dans certains cas).
Vacarme, éclats, médiatisation, les personnes concernées – et pas seulement elles – étaient passablement remontées. De conférences de presse en réunions plénières, sous la pression des habitants, le projet a finalement été enterré.
Et depuis lors, que voit-on au village ? Le syndic, les conseillers, bon nombre de ceux qui étaient au courant depuis longtemps, se mettent à parler de ce projet le définissant comme "aberrant". Ils sont tous prêts à en discuter – longuement, à grand renfort d'arguments – pour convenir que la décharge était dénuée de sens. Tout le monde est content ? Presque : l'agriculteur qui avait cédé son terrain à un prix intéressant sillonne les chemins avec son tracteur en rageant (tous ces copains, qui lui avaient dit, oui, bien sûr, c'est donnant donnant, tous ces copains, sont à présent aux abonnés absents).
Encadrant ce microcosme, révélateur de phénomènes plus amples et tellement courants, le lac et la forêt se déploient. Par-dessus, les busards passent, les corbeaux croassent. Ils assistent au remue-ménage, soulagés, amusés, médusés, distants et néanmoins présents.

dimanche 21 avril 2019

Vivre : prendre ou pas


Portrait de Gertrud Hage (détail) / Jens Juel / Smk / Copenhague




Le vide. Ce vide qui n'existe pas, mais que tant de gens ressentent. Ce besoin qu'ils ont de chercher à le combler.

Les demandes. Ces demandes qu'ils adressent au travers de remarques, de tiraillements multiples et variés.

Les incitations. Ces invitations multiples lancées à la réalité pour qu'elle soit autre que ce qu'elle est.

Ce vide, ces demandes, ces incitations, tout simplement : les laisser passer. 

On ne peut pas changer le monde, certes. Et le monde, surtout, n'a pas à nous changer.