vendredi 14 août 2020

Vivre : oser, risquer

Sculpture (titre inconnu) / Carole Feuerman / Biennale Venise 2017

J'ai regardé la femme s'éloigner en pensant à ces enfants qui s'appliquent à faire tout juste, à ne pas déborder en coloriant leur album. Plaire à tous, c'est-à-dire à aucun, mais surtout que personne ne puisse jamais prendre ombrage de quoi que ce soit. Rester dans les tracés, toujours appliquée, toujours adaptée. Surtout, ne jamais rien risquer (ne jamais s'aventurer à envisager la possibilité d'oser).

jeudi 13 août 2020

Vivre : les intersections


Incontro alla porta aurea / Domenico Beccafiumi / Cappella del Manto / Sta Maria della Scala / Siena

Ainsi donc, il s'agirait de vivre, intensément conscient de sa propre histoire, toujours éveillé à ses besoins, suffisamment perspicace, de telle sorte que, se retournant sur son passé, à quelque moment que ce soit, nulle autoflagellation, nul regret, nul reproche, ne puissent être légitimés à émerger. 
 

mercredi 12 août 2020

Vivre : se faire des montagnes



Méditation en cobalt / Fabienne Verdier / Musée Cernuschi / Paris

Si facile parfois de se mettre à fabriquer.
Créer des problèmes, entrevoir des complications
(une suite de possibles impossibilités)
Si facile... si facile... alors qu'il suffit d'attendre 
et de laisser les choses - simplement - arriver. 

mardi 11 août 2020

Vivre : les indispensables


Buste de Melchior Wyrch à l'antique / Luc Breton / MBAA / Besançon

Il y a des gens, on les rencontre, on les écoute, et on se sent plus grand, plus intelligent. On se découvre des envies d'écrire, on se rue sur un cahier, on cherche de quoi griffonner. Il y a des gens, de vrais appels à la vie, ils réveillent notre créativité, qu'on avait, comme une belle endormie dans un conte de fée, oubliée couchée, sans raison, par une effroyable et impardonnable négligence. Il y a des gens électrisants, des prises de courant. Ils vous rappellent qu'il n'y a pas une minute à perdre, que la vie, c'est là, maintenant

lundi 10 août 2020

Lire : délicatesses


On prétend qu'offrir un parfum est chose terriblement risquée, une senteur portée relevant d'un choix très personnel. Que je connaisse bien le destinataire du présent ou pas, j'ai quasiment la même appréhension en offrant un livre. Va-t-il plaire ? Saura-t-il surprendre, captiver ? Trouver le chemin du cœur et de l'émotion ?
En remettant Hôzuki (Physalis) à mon amie A. je me demandais si elle n'allait pas le trouver trop léger. N'allait-elle pas l'estimer inconsistant ? Mais elle m'a adressé un message dans les deux jours, se disant emballée : "un livre émouvant, à différents niveaux……tu ne m’avais pas dit qu’il fallait avoir une qualité de mouchoirs à côté de soi, ni que ce récit se laissait lire d'une traite..."
Aki Shimazaki est née au Japon et a émigré toute jeune au Canada où elle a appris le français. C'est dans sa langue d'adoption qu'elle écrit à présent, mais elle garde toujours une relation étroite avec son pays et sa culture d'origine. Ses œuvres se présentent par corpus de cinq livres, pouvant être lus de manière indépendante et sans ordre chronologique, mais constituant une unité, par leur thématique et par leurs personnages qui tour à tour deviennent protagonistes ou revêtent seulement des rôles secondaires.
"Hôzuki" est le deuxième titre de la pentalogie intitulée "L'ombre du chardon", qui s'est achevée en 2018. Auparavant, l'auteure avait publié "Le poids des Secrets" et " Au cœur du Yamoto". L'œuvre de Shimazaki a un petit côté Légo, un je-ne-sais-quoi de ludique. Le lecteur y entre en toute liberté et se construit un ensemble original, selon ses cheminements et ses interprétations.
Dans ce roman, Mitsuko, l'héroïne, est une jeune femme indépendante, qui tient une librairie d'occasion, spécialisée en philosophie. Elle complète ses revenus en travaillant comme entraîneuse une nuit par semaine. Elle a un fils sourd-muet, intelligent et subtil, dont on apprend rapidement qu'il a été adopté. Mitsuko est soutenue par sa mère, qui vit avec elle et l'aide à assumer ses différentes charges.
L'histoire commence quand une jeune femme bien élevée et émotive passe le pas de la boutique avec sa petite fille pour commander un certain nombre d'ouvrages philosophiques destinés à son mari. La femme s'apprête à quitter le Japon pour le rejoindre en Allemagne. Elle n'est censée faire qu'un passage éclair dans la vie de Mitsuko, acheter quelques étuis, quelques signets pour les offrir à ses futures connaissances européennes. Mais... la vie est pleine de mystères et le premier tient à l'attraction inexplicable qui lie les deux enfants dès qu'ils se rencontrent...
Par touches successives, la narration prend place, entremêlant légèreté et profondeur, emportant le lecteur dans un voyage qui a tout le charme des meilleurs mangas.
L'écriture est simple, pudique, épurée. Elle ne comporte aucun aspect psychologique. C'est au lecteur de colorier d'émotions l'aventure dans laquelle il est entraîné.
Hôzuki parle de filiation, de famille, de liens du cœur et du sang, de hasards qui n'existent pas. C'est un petit bouquin délicat d'à peine 130 pages qui se révèle finalement moins léger qu'il n'y paraît.

dimanche 9 août 2020

Vivre : chez soi


Îles singulières / J.M. Othonière / Château La Coste / Le Puy-Sainte-Réparade

Parfois, heurtés un peu, beaucoup, profondément, il arrive que nous atteignions nos limites. Alors, sans tenter d'être gentil à tout prix, sans chantage ni manipulation, indiquer fermement à l'Autre l'option à sa disposition : si nos limites sont à nouveau malmenées, plus de laisser-passer. Soit il comprend, soit il tourne les talons. 

Ayant éprouvé nos limites et les ayant exprimées, il arrive de voir l'Autre s'éloigner (vexé, courroucé...). Mais, parfois, ayant éprouvé
nos limites et les ayant exprimées, nous constatons avec soulagement que l'Autre a compris et saisi le net avantage d'une saine réciprocité.

Nos limites signalent nos faiblesses, mais elles sont aussi des richesses qui nous définissent. Avec elles, on respire, on expire, on redécouvre son chez-soi (cet espace estimable qu'on voudrait voir estimé). Et si importuns il y a (quels qu'ils soient) qu'ils veuillent bien rester sur leur quant-à-soi (s'occuper de leurs propres besoins, pourquoi pas ?) 

samedi 8 août 2020

Vivre : la leçon du mûrier


Héroïne / Castello della Manta / Saluzzo

Rien ne sert d'insister.
Attendre que le fruit effleuré
vienne de lui-même en invité.