jeudi 19 février 2026

Vivre : février hostile, ne te découvre pas d'un fil

 

Les échanges, certains matins d'hiver, sont plutôt restreints. 
Mais depuis que la météo est devenue franchement teigneuse, 
c'est commode. On sourit et on répond : "Mieux que le temps".  
 

mercredi 18 février 2026

Vivre : une ville, deux visages

 
L'étoile filante (détail) / Félix-Maurice Charpentier / Ny Carlsberg Glyptothek / Copenhague
 
L'autre nuit, à C., la ville semblait enchantée : une multitude d'étoiles pleuvait sur elle d'un ciel bleu de Chine et lui rendaient son altière vérité. Pas un chat, pas seul être, on aurait dit un théâtre muet, sans rôles et sans metteur en scène. Dans l'épais silence, les façades et les palais, les arcs et les passages conversaient. Le temps s'était arrêté. Émus par cette beauté, on se retenait de respirer.
 
Le lendemain, sur sa place principale, se tenait un marché. De solides gaillards, de braves paysannes, des dialogues enflammés, des problèmes concrets. Un vendeur soldait des chaussures made in China à six euros. Une femme tentait de faire obéir son roquet. Les façades et les palais, défaits, réduits à de pâles décors, se taisaient. Déçus, incrédules, on se retenait de soupirer.
 

mardi 17 février 2026

lundi 16 février 2026

Regarder : les mots de Jenny

 
Jenny Holzer /1984 / série : Survival, 1983-1985
 
Les mots de Jenny Holzer :
toujours plus que des mots.
Toute une histoire. Parfois:
une fulgurante expérience
qui ramène au centre de soi.

 

dimanche 15 février 2026

Regarder : 1, 1 1/2, 1, 2, ...

 


Érable / 2023 / Schloss Grubenhagen / Poméranie-Mecklenburg 

Je dessine mon arbre pas à pas, en grimpant. Le tronc, ça s'escalade à toute vitesse. Pas de croisements, ni de panneaux vers des destinations alternatives. Et puis, on atteint les premiers embranchements. Ce qui m'intéresse, c'est la lente croissance de mon dessin; je prends le plus de temps possible : des heures, des jours, des semaines. Il faut qu'il témoigne de mon ressenti, infini et répétitif. Le dessin n'est autre que le résultat d'une errance à travers la nature. [GvM]  
 
Prendre le temps. Avoir tout son temps. Donner du temps au temps. Des luxes, assurément. Ça faisait un bout de temps que je voulais écrire sur Gudrun von Malzan, une artiste d'origine allemande basée en France, dont j'ai découvert les dessins d'arbres à Arles au printemps dernier. Âgée de 85 ans, elle continue son travail de création et, depuis une décennie environ, elle s'attache à faire le portrait d'arbres, rencontrés le plus souvent dans sa région d'origine au nord de l'Allemagne. La voici présentée sur le site du Centre Pompidou : ICI
On pourrait naturellement passer devant ses longues bandes de papier, en admirant la délicatesse et la minutie de son dessin. Si ce n'est que l'artiste, à mesure que son travail progresse, note dans la marge - à droite et en unités d'heures - le temps qu'il lui a fallu pour avancer. Plus les parties contiennent de feuillages, de branches et plus rapprochées sont les annotations, évidemment. 
 
Dans un monde de saccages et de précipitation, cette approche est fascinante. Il y a dans la lente montée vers le sommet - durant laquelle GvM déroule un long rouleau de papier journal vierge - quelque chose qui tient de l'apprivoisement. 
 
"Tout le temps nécessaire" est une belle expression. Elle implique une notion de besoin et non de rentabilité. De plus, cette remontée tranquille, à son rythme, va de pair avec la temporalité du sujet : les arbres ont besoin de temps pour grandir, ils nous donnent la mesure du temps. "On ne peut pas aller plus vite que la musique" semblent-ils nous dire quand on les croise dans une forêt et alors, d'instinct, nos pas ralentissent. Notre corps se met à l'unisson et retrouve un rythme sage. Nous nous retrouvons en résonance avec leur univers, loin des courses et du besoin effréné de rendement.
 
détail frêne / 2023
 
 
 
 

samedi 14 février 2026

Voyager : dôles de rencontres

 

 
En rentrant du Piémont - une petite cité idéale scintillant sous un ciel étoilé, quelques restaurants justement distingués - nous avons décidé de faire un crochet par l'entreprise Aulina  où un jeune couple de producteurs passionnés fabriquent des produits d'hygiène à base de plantes bio et de lait d'ânesse. Ils se sont formés dans la région de Forcalquier et ne cessent de diversifier leurs productions.
Nous les avons quittés tout heureux de nos achats et avons décidé de rejoindre Turin par des routes nationales. Au bout de cinq minutes, nous avons été arrêtés par un contrôle de gendarmerie. Pièces d'identité. Papiers du véhicule. C'est alors que l'interrogatoire a commencé:
- Vous venez d'où ?
- Vous allez où ? 
- C'est où, votre domicile ?
Les questions de ces jeunes gendarmes ont commencé à rendre le chien méfiant. Il s'est mis à grogner. D'autant plus que, avec des papiers suisses et des plaques suisses, il y avait de fortes chances pour que nous habitions la Suisse. Mais, en êtres civilisés, nous avons continué de leur répondre gentiment.
- Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?
- Du tourisme ?!? Mais il n'y a rien ici!!! 
Devant l'insistance du gendarma, nous avons commencé nous aussi à nous poser des questions, tandis que notre chien s'est mis à carrément aboyer. 
Nous avons réalisé que les deux - très - jeunes militaires avaient un accent du Sud prononcé. Sans doute venaient-ils d'être nommés au Nord du pays, loin de leur terre ensoleillée, de leur bord de mer, de leur famille. Sans doute ne comprenaient-ils pas ce qui pouvait attirer des gens qui n'y étaient pas contraints à sillonner cette terre aride du Piémont, parsemée de carcasses industrielles, avec ses habitants rigides comme des métronomes. Leur attitude "Qu'est-ce que vous venez foutre ici ?" est soudain devenue compréhensible.
On leur a fait de grands signes en les saluant et on s'est dit que ce genre d'incident ne peut arriver que quand on voyage hors saison, hors des sentiers battus (même si la quatrième ville du pays et sa Mole Antonelliana se trouvaient à peine à une quarantaine de kilomètres). Ça nous a donné l'impression d'être partis très loin et ça m'a ramenée à mon premier voyage en Grèce, dans la ville de Ioannina, où un habitant sur deux nous demandait : "d'où est-ce que vous venez ? où est-ce que vous allez ?" comme si nous étions des extraterrestres. Rafraîchissant souvenir d'avant le surtourisme, autant dire : la Préhistoire! 
 
 
Château de Govone / escalier monumental

 

mercredi 11 février 2026

Vivre : l'appel de la lumière

 
musée Lee Ufan / arles
 
ouvre la fenêtre
va, ouvre grand :
le renouveau t'appelle
la liberté t'attend