jeudi 19 mars 2026

Habiter : bobolangue

 
 

 
Dans ce quartier branché, aux trottoirs astiqués, aux cafés littéraires proposant latte macchiato et thé vert poire litchi, aux trottinettes étincelantes, aux enfants dûment munis de brosses à dents et de bâtonnets de carottes pour le goûter, le magasin qu'on appelait boulangerie, qui vend maintenant exclusivement des pains complets bio (avec mention d'éventuels allergènes) s'appelle "Urban Bakery". Évidemment. Que cela est bien dit!
 

mercredi 18 mars 2026

Vivre : heureuse comme Félicité

 

Peinture de Marie-Victoire Lemoine / 1781

 
On s'étonne trop de ce qu'on voit rarement, et pas assez de ce qu'on voit tous les jours.
 
 
 
Tellement vrai, ma chère Félicité, autant pour ce qui révolte que pour ce qui enchante. A propos de ce qui enchante, justement : Comment croquer dans une Boskoop un brin ratatinée, mordre dans une tranche de pain au levain, déguster un œuf pondu par une poule bien élevée, tendre l'oreille au chant d'un merle, voir bourgeonner un rosier, observer le vol de la première abeille de l'année, suivre du regard quelques crêtes alpines sans approuver à cent pour cent votre pensée ? Les miracles sont là, qui se pressent, quotidiens, et nous voici pourtant si souvent les yeux rivés sur les hypothétiques surprises du futur et de l'ailleurs. 

Vos mots donnent envie de lire votre œuvre impressionnante, Madame la Comtesse, et pourquoi ne pas ne pas commencer par "Mademoiselle de Clermont" si bien introduite ICI ?
 
 

mardi 17 mars 2026

Vivre : comme les plantes

 
Femme à l'ombrelle, un coup de vent la faisant s'envoler / Suzuki Harunobu / Bibliothèque nationale de France
 
d'où vient cette énergie du printemps ? d'où vient cet élan à élargir les rondes, à narguer les tâches éreintantes, à entreprendre des bouleversements ? d'où vient que, tel un chamois, on soit prise d'une folle envie de chevaucher à travers les broussailles, d'étendre ses fouilles, de déchirer les empêchements comme de banales toiles d'araignées qu'on a tolérées trop longtemps ? d'où vient qu'on se sente arbre, feuille, bourgeon, qu'on veuille tendre en se moquant de recevoir en retour ? d'où vient que l'aube nous appelle, que les averses nous indiffèrent et que nos bottes nous réclament au jour levant ? d'où vient donc l'appel du printemps ?
 

lundi 16 mars 2026

Voir : rentrées, sorties

 

 
Ces derniers jours j'ai regardé sur Arte la série "Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi" réalisé par la prolifique Isabelle Coixet. L'histoire de trois jeunes colocataires cherchant leur voie à Paris, entre élans créatifs et déconvenues : une jeune aspirante cinéaste, une vague serveuse un peu paumée et un garçon désireux de devenir itamae. Les huit épisodes se passent tous le dimanche, journée à la fin de laquelle ils sont censés se retrouver sur leur divan et regarder un film triste en noir et blanc. 
Le sixième épisode se focalise sur Charlie, probablement la plus torturée des trois, en constant conflit avec sa mère galeriste (Jeanne Balibar), dont le père a toujours été aux abonnés absents et vouant un amour torturé à une jolie vétérinaire qui lui offre un hérisson dans une boîte lors d'un rendez-vous galant. 
Charlie vient de se trouver un job dans une librairie d'occasion, située sur une péniche et nommée De l'eau et des rêves. Elle se donne corps et âme à cette nouvelle occupation et place Balzac au rayon "Développement personnel", parce qu'un homme qui écrit "on ne peut pas éduquer les femmes sans les corrompre" a besoin de méditer dans son coin. Elle rembarre une cliente distinguée qui lui demande s'ils n'ont pas un rayon "nouveautés". La gérante la tance - la boutique doit tourner - mais Charlie poursuit son discours intérieur devant la caméra : 
Tous les livres que l'on n'a pas encore lus sont des nouveautés, qu'ils aient été écrits hier ou il y a trois siècles. Et puis foutez-nous la paix avec vos rubans criards et mensongers : Un roman total, perturbateur et colossal, à la croisée entre Emmanuel Carrère et Truman Capote. Berk ! [elle lève les yeux et tire la langue de dégoût]. Laissez-nous être en retard, has been, pas au parfum. Et alors ? La littérature, c'est comme du cinéma. C'est un arrêt mortel. On a toute la vie pour. Kafka, il a écrit : Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en vous. Moi j'aimerais bien qu'à la place des rayons "Rentrée littéraire" chaque libraire réserve un présentoir aux livres qui ont été des haches dans la mer gelée en lui. Ça, ce serait beau ! Ce serait singulier. D'un coup, entrer dans une librairie, ce serait comme entrer dans une grotte secrète, une maison particulière qui n'appartiendrait qu'à ce libraire-là. On en sortirait peut-être un peu moins con. Et puis un peu moins seul.

Ça m'a rappelé quelques librairies repoussoir de ma connaissance, les employés penchés sur les cartons pour déployer les dernières parutions, leurs réponses "Sorti l'année dernière ? Impossible, comment voulez-vous?" J'ai aussi pensé à quelques autres librairies, véritables cavernes d'Ali Baba, des surprises en vitrine, des incroyables découvertes, des libraires un peu magiciens sortant des pépites de leurs chapeaux. Naturellement, j'ai adoré Charlie qui avait su tout dire en une tirade. 

 

dimanche 15 mars 2026

Vivre : Still life / 191

 
 

 
Des centaines de primevères sur le terrain du chien. D'où sont-elles arrivées ? A quel oiseau doit-on de les avoir semées ? Est-ce au canin azotage qu'elles doivent leur vitalité  ? Qui sait ? Hier,  pas grand monde à Berne sous une pluie tenace à laquelle quelques flocons venaient s'entremêler. Certains visages étaient plutôt contrariés. Sans parapluie, cheveux mouillés, je me suis dirigée vers l'espace fleurs sur le marché. Malgré nos joyeuses floraisons, j'ai ressenti un irrépressible besoin de couleurs pour la terrasse. J'ai embarqué quelques pots de renoncules (orange), de pâquerettes (rouge grenat) et de jacinthes (rose). On a beau avoir des fleurs en abondance, pourquoi se priver ? Des fleurs et des couleurs, il n'y en a jamais assez.
 

 

samedi 14 mars 2026

Vivre : choisir son camp

 
 
Bildnisstudie  einer jungen Dame / Sir Jushua Reynords / KHM / Wien


Hier, je devais appeler E. pour trouver un arrangement suite à un contretemps survenu le matin même. J'ai réalisé que je craignais de ne pas réussir à me faire comprendre. Je me préparais avec dans ma tête des constructions grammaticales semblables à des pelotes emberlificotées. Vous voyez...vous comprenez... Finalement quand j'ai eu E. au bout du fil, elle m'a dit : c'est ok, je vous propose deux alternatives (des alternatives tout ce qu'il y avait de plus sympa, E. s'est révélée la plus cool des personnes). Au bout du compte, la solution trouvée était encore meilleure que celle d'avant le contretemps.  
 
Il y a des gens orientés "solutions" et il y a des gens orientés "problèmes". Tout  le monde le sait. Mais parfois, je le constate, j'ai le don de me créer des scénarios catastrophe. Je m'attends à me retrouver face à des incapables, des grincheux ou des mal lunés. Le plus drôle, c'est que je suis consciente d'anticiper toutes sortes de complications qui n'existeront peut-être pas. Or, pourquoi ne pas adopter d'emblée une  attitude positive ? pourquoi ne pas agir tout le temps comme si les interlocuteurs allaient appartenir au camp des adorables simplificateurs ?

vendredi 13 mars 2026

Vivre : le sens de la gratuité

 

 
 
Donne par besoin ou par plaisir.
Mais n'attends jamais rien en retour.
Et prends de même (besoin, plaisir)
sans jamais rien devoir en retour.