20 août 2026

Vivre : faire comme les autres, aller où ils vont, juste pour en être

 
Photo tirée du net
 
Aujourd'hui ai trouvé sur le portail du Guardian, cet article parlant des Dolomites, reprenant un reportage de la Rai paru le 16 août 2026. En résumé, il relate le processus par lequel une vidéo devenue virale sur Tik Tok a fait d'un paisible refuge de montagne un lieu de surtourisme en l'espace de quelques jours.
Le refuge Friedrich August, dans le Val di Fassa, magnifique vallée du Trentin, se trouve devant un paysage exceptionnel. Il fait face au Sassolungo (le long caillou, en italien ) et pour les amateurs de montagne ce site est un enchantement. Seulement voilà... La file de visiteurs qui a envahi le lieu ces derniers jours n'est nullement attirée par les sommets, les vaches superbes, les pâturages, non, les gens se pressent, certains depuis l'aube, pour pouvoir... dévorer un krapfen. Les Krapfen, également appelés bomboloni en Italie, sont des viennoiseries très courantes, des beignets fourrés à la crème pâtissière qu'on trouve dans n'importe quel bar au moment du petit-déjeuner ou du goûter. Ils coûtent environ  un euro cinquante et, quand ils sont bien préparés, ils sont un véritable délice.
Eh bien, l'influenceur sur Tik tok vantait les mérites des krapfen vendus dans le fameux refuge pour la modique somme de quatre euros. Des Krapfen ex-cep-tion-nels !!! Du coup, des cohortes de touristes se sont rués et ont fini par provoquer la colère des gens du coin. Ceux-ci se retrouvent envahis non pas par des amateurs de montagne, connaissant celle-ci et disposés à marcher pour atteindre leur but de randonnée, mais par des foules arrivées par leur propres moyens, souvent motorisés. 
Sur le reportage de la Rai, on voit des gens tout sourire (pas forcément des ados en quête d'émotions fortes, non, des quinquagénaires bien sous tous rapports) dire innocemment : "On a trouvé ce message sur les social et on s'est dit qu'il fallait absolument aller voir comment c'est, puisque tant de gens ont décidé d'y aller." 
Évidemment, les associations locales s'insurgent contre le phénomène. Toutefois une question se pose : d'où vient cette disponibilité à préparer tant de krapfen de la part des hôteliers ? Quel besoin de jouer à ce point le jeu du succès ? Ont-ils été contaminés par le désir de célébrité? Le mal des sommets les aurait-il frappés ?

 

19 août 2026

Vivre : sentir le monde

 

 
La première sortie dans le jour naissant nous guide toujours à travers d'étonnants parfums. Ce matin : des senteurs de mer (sel, sable, longues pinèdes, sortis peut-être d'un coffre voisin à moitié déchargé? ou des relents que le vent du Sud nous aurait ramenés?); une essence sauvage (la biche effarouchée qui depuis peu nous croise dans la forêt? une fouine? un renard embusqué?); une entêtante odeur de fumier (provenant des champs épandus hier ou des deux vaches en cavale qui avaient déserté leur pré?); des effluves de rose et de lavande (en tête des rangs de vigne pleins à craquer). Et puis : du foin mouillé, une vague odeur de pisse féline, du shampoing bon marché, du miel, du café, des fruits macérés.
Grand chasseur, équipé d'un odorat 10 000 à 100 000 fois plus sensible que celui de l'humain, P. s'adonne à ces balades avec passion. J'imagine sans peine la subtile lecture qu'il fait de notre itinéraire, sa manière de le cartographier, ses savoirs et ses intuitions, son intelligence en ébullition (et je n'ose imaginer combien il souffre de certaines incursions dans les villes, de leurs émanations frelatées, de leurs multiples pollutions). 
 

18 août 2026

Vivre : un monde bouleversé

 
Kleinkinderschule auf der Kirchenfeldbrücke / 1900 /Albert Anker / Kunstmuseum / Bern
 
Énorme douche sur ce lundi de rentrée. Sous un ciel maussade, les gens aveuglés pendant tout l'été semblaient déboussolés. Les attentes, d'un jour à l'autre, avaient totalement changé : espérer avoir le temps de boire son café en terrasse entre deux averses, frissonner, retrouver au fond du coffre un vieux parapluie rouillé, mettre la main sur un T-shirt pour passer de quarante à quinze degrés, re-frissonner, envisager de manger autre chose que des salades et du halloumi grillé, éternuer. Peu de gens pour sourire. Tout le monde paraissait pressé. Certaines retrouvaient au fond de leur sac des choses incongrues : lunettes noires, tube de crème solaire, éventails. Certains évoquaient déjà les vacances de décembre (le Brésil! le Brésil!) En à peine l'espace d'une nuit le monde avait changé. 
Seuls les petits, avec leurs sacs à dos et leurs bandes réfléchissantes, avaient l'air de s'amuser : retrouver les copains, les jeux, les cahiers, échapper à l'ennui des après-midis solitaires, partager des goûters. Ils quittaient à midi leur école avec fierté, tout heureux de revivre la magie des récrés. 

17 août 2026

Vivre : il et elle

 
Portrait de Jules-César et buste d'Ammon, jeune et imberbe / Musée lapidaire / Avignon
 
Ils sont partis quinze jours en camper et on les croise séparément. Lui s'affiche bronzé, il parle de l'océan et de fruits de mers. Le top du top. Des vacances qu'il voudrait renouveler. Elle, rencontrée le lendemain soir, paraît éprouvée : la sécheresse dans les champs, les animaux exsangues, leur trajectoire détournée par les feux et leurs ravages, un monde qui donne à réfléchir : quel héritage va-t-on laisser ? Le même voyage, mais pas le même langage. Ces discours sont-ils contradictoires ? Ou bien s'agit-il d'une contradiction de surface ? Y aurait-il une image sociale à tenir, les vacances réussies, les expériences valorisantes, et puis, à l'intérieur, en retrait, la peur de la vie qui se dessine, avec ses violences et ses duretés ?
 
 

16 août 2026

Vivre : canicule / acte IV

 

 
Les parts d'ombre : des aspects de notre personnalité que nous préférons cacher.
Moi, en ce moment, ces parts, loin de les cacher, je les revendique. Je veux ma part.
L'ombre m'est nécessaire, comme l'eau et le silence. C'est là que je retrouve ma lucidité.
 
 

15 août 2026

Vivre : le voyage

 

 
Elle dit qu'elle ne fait rien et qu'elle veut partir.  
Partir pour quoi faire ?
Rien ailleurs.
 

14 août 2026

Vivre : la balade de 17 heures

 
Cathédrale de Sienne
  
Dans un monde d'exécution immédiate, tout devient urgent, prioritaire, les tâches ne sont plus hiérarchisées. Tout déboule, tout le temps, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par année. Tout va vite, très vite, tout invite à accélérer, plus le temps de différencier dans un univers de joignabilité. Mais... heureusement...
... au soleil couchant, la forêt, qui se déploie avec l'ampleur des cathédrales, invite au relâchement... et le pic, le pic caché dans quelque branche, qui martèle notre besoin de sérénité, nous attire hors des limites de ce monde désolant...