28 juil. 2026

Vivre : suivre sa pente (en montant)

 
Devant la fenêtre (détail) / Achille Lauzé / Ass. Amis Petit-Palais / Genève
 
 Durant ces jours caniculaires
me voici remise à la couture
rien à redire, je m'améliore : jour 
après jour, jamais les mêmes erreurs 
 


27 juil. 2026

Vivre : dimanche, silences

 

 Silenzio! Hanno chiuso le verdi
persiane delle case.
Non vogliono essere invase.
Troppe le fiamme
della tua gloria, o sole!
Bisbigliano appena
gli uccelli, poi tacciono, vinti
dal sonno. Sembrano estinti
gli uomini, tanto è ora pace
e silenzio… Quand’ecco da tutti
gli alberi un suono s’accorda,
un sibilo lungo che assorda,
che solo è così: le cicale.
 Umberto SABA / Meriggio d'estate / in : Il Canzoniere (1921)
 
C'est le grand vide de l'année. Les derniers partis tôt ce matin ont croisé les premiers rentrés, épuisés, pas vraiment prêts à se montrer. Les oiseaux se sont lassés de s'égosiller. Sur les routes et les chemins déserts tremble un soupçon de poussière. Un chamois à l'aube nous a toisés, étonné de notre présence sur ses terres. Les couleurs se sont une à une effacées. L'air s'est densifié. Des branches soulevées, des senteurs de lavande fatiguée, des feuilles penaudes qui se penchent sur nos conversations étriquées. Tapis dans l'ombre, le chien soupire et s'endort. Sur le lac deux immenses ballons roses s'amusent. Entre rien et rien à perte de vue les bras se lèvent et retombent. C'est la nage à peine trop fraîche, à peine trop hérissée de cette mutique journée.
 
Silence! On a fermé 
les persiennes vertes des maisons.
Elles ne veulent pas être envahies. 
Les flammes de ta gloire
sont démesurées, ô soleil.
Les oiseaux murmurent à peine, 
puis se taisent vaincus par le sommeil. 
Les hommes semblent avoir disparu,
tant il y a de paix et de silence...
Quand soudain, de tous les arbres
monte un son, un sifflement assourdissant
qui ne peut être que celui-ci : les cigales.  
  (traduction libre)
 

26 juil. 2026

Vivre : ces étés-là, au Frioul

Portrait d'une petite fille italienne  / Civita d'Aretino 1890 / Marie Kroyer / Skagens Kunstmuseer / DK
 
 soudain, sous les sapins, tandis que les enfants se renvoyaient  mollement leurs balles,
le moniteur sur son banc encore plus mollement motivé à les entraîner, le glaçon 
dans le crodino qui fondait lentement au fond du verre toujours plus pâlement orange, 
les souvenirs d'anciens étés sont remontés, effleurée par l'image des gelati à trente lires, 
les cousines qui avaient déjà appris à lire, et ce savoir, ma rage totale de me sentir exclue, 
l'impossible coucher malgré la nuit depuis longtemps tombée, les courses sur les places, 
les parents oubliés, comme une évidence d'éternité, jamais jamais cet été ne finirait, 
et pendant tout ce temps, sous les sapins, les balles, sur la terre battue qui résonnaient 
qui résonnaient, qui résonnaient comme les pièces de dix lires sur le comptoir des glaces...
 
 

25 juil. 2026

Vivre : à géométrie variable

 
 
Double portrait de Marie et P.S. Krøyer / Skagens Kunstmuseer / Danemark

Complémentarité de couple :
elle toute en pointes et en aspérités
et lui qui ne cesse d'arrondir les angles
 
 

24 juil. 2026

Vivre : ce sentiment de l'été

 
Clotilde sous un parasol / Joaquìn Sorolla / Museo Sorolla / Madrid
 

Le sentiment d'être en vacances est curieusement rare... pouvoir y accéder, à n'en pas douter, c'est tout un art. Un état d'esprit, une manière d'être au monde et de se laisser porter par la félicité. On peut partir, on peut revenir, sans pour autant avoir fait l'expérience de cette ouverture. Il ne suffit donc pas d'avoir des vacances, de se payer un départ, de pouvoir en rentrer en montrant des images et d'en parler autour de soi, il ne suffit pas d'endosser le rôle du vacancier pour éprouver le bonheur de se défaire de ses ornières. 

Le sentiment d'être en vacances peut vous surprendre n'importe quand. Il n'a rien à voir avec des attentes, ni une certaine durée ni avec des photos sur papier glacé. Il suffirait en fait de se laisser aller, de décrocher. Durant une heure, une après-midi, durant un jour, ou même l'espace d'une brève rencontre, un paysage, une personne ou un rosier. C'est une expérience que rien ni personne ne peut vous enlever. Il est rarement question de faire, il est question d'être. Se tenir là, présents, et se laisser happer par les mille séductions de l'été. 
 
 

21 juil. 2026

Vivre : Still life / 200

 


Ça  faisait déjà quelques étés que je me promettais d'en acheter une. Aimer nager un peu au large, au-delà des bouées jaunes beaucoup trop proches des rives, peut comporter quelques risques. Non pas de la part du pêcheur qui connait la plage, les habitudes des nageurs et effectue une délicate courbe sur l'eau avec sa barque quand il rejoint ses pénates, ni de la part des rares paddleurs plus ou moins amateurs, non, le danger  proviendrait plutôt des estivants maladroits, loueurs de bateaux à l'heure, ignorant le b.a. ba de la baignade en ces lieux et plus encore les règles de la navigation et risquant à tout moment de venir s'échouer sur les rochers dans leur crainte de s'aventurer à plus de 50 mètres des rives.
Jamais sans ma bouée. Cette année des affiches apposées un peu partout et des campagnes ciblées ont été le signe de problèmes présents et passés.  Je me suis lancée. Pour un prix très modique je me suis procuré cette compagne de barbotage. 
Depuis longtemps, je repoussais le projet, craignant que cet objet ne devienne particulièrement encombrant et entrave mes mouvements. Eh bien non! Test effectué hier, cette bouée est d'une fiabilité et d'une discrétion sans pareille. Ne s'interpose jamais entre mes bras et leur tracé, sait être remarquable tout en se faisant oublier. Ouf ! Enfin des ploufs en toute sécurité !
 
 

20 juil. 2026

Vivre : échappée belle

 
 
 
On peut se tourmenter. Passer en revue les circonstances et les ressasser. On peut le faire pendant passablement de temps, mais... quand la question est : Qu'aurais-je pu faire d'autre ? Et que la réponse est toujours : Rien, à moins de sacrifier ma propre santé mentale, alors, c'est qu'on peut tourner la page en toute loyauté, tourner le dos et s'en aller.