6 juil. 2026

Vivre : Still life / 198

 


Selon un récent article de RTS info, faire des listes aide le cerveau à gérer la complexité du monde. Je veux bien le croire. Tant d'idées, de projets, de priorités à poser qui nous passent pas la tête durant la journée! Les déposer quelque part devient indispensable. Les organisés qui parviennent à les noter dans un carnet sont admirables, de même que les numérisés confiant à leur smartphone cette utilité, sans compter les appliqués se vouant à suivre une méthode point par point  J'ai, un peu partout, des tonnes de carnets, dans la boîte à gants, dans mon bureau, dans l'armoire de l'entrée, mais quand je dois absolument me délester de plusieurs sujets me passant par la tête, aucun joli carnet à l'horizon. Mon smartphone est toujours à l'autre bout de la maison. Les méthodes Bac+5 pour apprendre ne sont pas ma tasse de thé. 
Dès lors, je dois chercher des yeux une vague quittance, un billet de train, un porte-sachet de thé, une vieille facture, ou pire : la page de garde d'un livre moyennement apprécié. Ces derniers temps, c'était le grand n'importe quoi (mes petits papiers disséminés étaient-ils le reflet de la complexité de l'univers ?) Alors quand chez Anliker l'autre jour j'ai retrouvé un "Zupf" j'ai décidé de m'en choisir un, à déposer im-pé-ra-ti-ve-ment à côté de mon fauteuil de lecture et d'écriture. Celui-ci m'a paru assez fou-fou pour m'aider à remettre un semblant d'ordre dans mes idées. Nul doute : quand la fleur aura éclos ma vie sera totalement réorganisée. Adopté!
 
 
 

5 juil. 2026

Vivre : en bonne compagnie

 
Entrée cafétéria / Museo Correr / Venezia
 
Faut-il se prendre au sérieux ?
Oui. Naturellement. Toujours.
Se prendre au sérieux,
mais avec légèreté. 
 

1 juil. 2026

Vivre : caramba !

 

 
Attendu, guetté, espéré, 
hélas,
le gredin nous a snobés
s'est détourné, le grossier, 
a préféré une autre vallée 
nous a laissés dégouliner
nous a abandonnés dépités,  
désarmés, jusqu'au coucher.

30 juin 2026

Vivre : perdre pour gagner

 
Le martyre de St Jean l'Evangéliste / Francesco Morandini / Badia di San Fedele / Poppi
 
Tant de choses qui pèsent inutilement 
alors que grandir (ou mûrir)
 c'est aller d'allègement en allègement
 
 
 

29 juin 2026

Habiter / Vivre : lui et moi, une histoire

 

Les lumières de fin d'après-midi sont propres à ces bredouillements toujours avortés. La colonne vertébrale du fût s'anime, impulsant à la cage thoracique l'immense frémissement foliaire. Cette transe et le découragement à transformer le principe vital qui s'ensuit me bouleversent au plus haut point. Les milliers de feuilles qui paraissent comme autant de fanions au vent produisent pourtant un sentiment d'euphorie. Cela n'a évidemment rien à voir avec le murmure du vent dans les arbres. Cette activité qui survient à chaque instant du jour et de la nuit est banale. Le souffle dont je parle est différent. Il éveille l'arbre de l'intérieur, agissant comme un influx nerveux. J'ai toujours pensé que dans l'Ecriture, les chênes de Mambré s'animaient ainsi. Ils s'agitent pour avertir Abraham de la présence divine, c'est un signe de promesse. Ainsi annoncent-ils la naissance prochaine d'Isaac. . [p.150-151]
 
En mode re- ces derniers jours j'ai relu "La maison du retour". Je suis tombée sur ce passage à propos des liens très particuliers que l'on peut développer avec un arbre (de même qu'avec toutes sortes d'autres êtres vivants). L'an dernier début juillet au moment de repeindre notre façade, les ouvriers installant les échafaudages n'ont pas fait de manières : pour assurer le passage des peintres, il fallait scier le petit arbre qui avait décidé de grandir dans le bac au-dessus du garage. Ils n'ont laissé que le tronc à hauteur humaine et une petite branche d'environ soixante centimètres ornée de quelques feuilles, bien vite déprimées. J'en étais affligée, mais que faire ? Je suis allée parler à l'arbre traumatisé. Durant tout l'été je l'ai caressé, encouragé, arrosé matin et soir. En partant, à l'aube, le chien savait qu'il nous fallait prioritairement remplir un seau pour le déverser au pied de l'infortuné. Il y a des mots doux qui se disent sans mots mais avec détermination. Tu ne peux pas mourir, je ne veux pas que tu meures.
L'arbre s'en est sorti. Il est redevenu vigoureux. Ses branches ont forci, elles ont pris de la rondeur. Il a belle allure. En ces jours caniculaires il protège notre porte des violents rayons qui s'abattent sur elle quand rougeoie le soir. Naturellement, avant chaque balade, je déverse un seau à son pied comme il se doit.
 

28 juin 2026

Vivre : en raison de la très forte demande actuelle, des retards de livraison peuvent survenir...

 
Journée d'hiver humide dans les Tatras / Stanisław Gałek / en dépôt au Musée national de Varsovie
 
 
Drôle de période pas drôle que la canicule ! Jusqu'à treize heures, le monde paraît plus ou moins normal. On sort. On nage. On fait ses courses. On dit bonjour à la voisine. Et puis, après le déjeuner, soudain, à une heure très précise située entre quatorze heures trente-cinq et quatorze heures quarante-cinq la chaleur plonge et envahit l'univers. La forêt si généreuse en brises au petit matin ne peut plus rien pour nous. Elle nous invite à nous replier. Débrouille-toi, nous dit-elle, j'ai bien assez à faire, à veiller sur mes pousses lançant des s.o.s. Alors on faiblit. On fond. On prend note avec stupéfaction du potentiel de ramollissement de notre cerveau. Il relève ces jours-ci d'une intelligence tout ce qu'il y a de plus superficielle. On délaisse les livres prévus pour chercher secours auprès de polars nordiques connus se déroulant de préférence au cœur de l'hiver. On se prend de passion pour d'obscurs artistes polonais ayant si bien su peindre les cimes enneigées. 
Le corps, comme le cerveau, fonctionne a minima. C'est l'immobilité quasi absolue. On va à l'essentiel. On fait trois fois rien. Juste ce qu'on doit. On s'étonne malgré tout de se retrouver en santé. On fait face sans médicament particulier, mais avec une multitude de douches éclair. Et puis on détient deux solutions miracles pour tenir bon : l'ayran préparé avec la menthe de la terrasse et les tranches de fruits, toutes sortes de fruits, passées cinq minutes au freezer. En déglutissant on a comme l'impression d'une colonne de climatisation intérieure. On revit. Jusqu'à la prochaine crise. Jusqu'à la prochaine douche. Jusqu'à la prochaine nuit.
(après tout, il n'y a que les imbéciles qui : on se surprend quoi qu'on ait décidé avant, à compulser rêveusement les pages offrant ventilateurs et climatiseurs, qui promettent "des oasis de fraîcheur". Des oasis de fraîcheur... quelle extase... quel bonheur...)