2 juin 2026

Vivre : choisir son regard

 
 
Palazzo della Ragione / Piazza dei Signori ou Piazza Dante / Verona
 
 
garder le pouvoir sur nos états d'âme
ne pas laisser d'autres - bien ou mal intentionnés -
avoir prise sur cette liberté : 
définir notre route et la suivre sans dévier

1 juin 2026

Voyager : de rive en rive

 

Nous l'avons compris assez vite : il fallait partir tôt. Partir à l'heure des écoliers, des livreurs, des employés. A l'heure où la ville s'ébroue, s'étire et s'anime. L'heure des habitués se saluant dans les cafés. L'heure des rideaux qui grincent et renâclent à se lever. Déjà, à l'aube, notre corps commençait à éprouver la chaleur, aspirait à l'esquive, tendait à ralentir. Il faisait bon observer les pierres sur lesquelles l'ombre dansait, entendre les chants d'hirondelles qui tournoyaient, tendre l'oreille au fleuve qui murmurait. 
 
 
En bas, sur la grève, les chiens se lâchaient, leurs maîtres baillaient. La paix régnait encore dans les ruelles. Une paix qui serait peu à peu troublée par des klaxons, par des autobus pressés de se décharger, par des clameurs dans toutes sortes d'idiomes. Les exclamations italiennes se transformeraient bientôt en appels russes ou anglais. Mais pour l'instant, et en attendant les balades de la fin de journée, nous profitions de l'illusoire impression que la ville nous appartenait. 
 

Parcourant cette cité lovée dans une boucle de l'Adige, au fil de l'eau et au fil des jours, nous allions apprendre à traverser ses différents ponts, pour jouer avec la lumière, déjouer les harcèlements du soleil, trouver refuge sous les longues rangées de tilleuls et de peupliers. Fuyant les rayons implacables, nous attendions que les cloches sonnent l'heure pour profiter des églises et des musées, apaisants et hospitaliers. 
  

Avec le soir un apaisement se faisait. Un à un les bus repartaient. Traversant des parcs, les enfants ployant sous leurs sacs à dos se chamaillaient, suivaient leurs parents fatigués, irrités, par leur trop chaude journée. Une vie de quartier émergeait. Cette ville romaine, chantée par Shakespeare, entourée de vignobles réputés, au croisement des axes nord/sud, est/ouest, desservie par trop d'aéroports, trop attirante, trop connue, cette ville que nous avions souvent contournée, symbole de dynamisme économique et de croissance démesurée, à la regarder ainsi, le matin et le soir, et à nuit tombée, cette ville, nous apprenions à l'aimer.
 

 

31 mai 2026

Regarder : la tresse de Libera ...

 
Statue de Sainte Libera / vue de dos / Museo Castelvecchio / Vérone


avec quelle délicatesse le sculpteur a réalisé cette longue longue et magnifique tresse... 
mais, comme un revers de médaille, le dos de cette sainte cache de bien jolis détails : 
 

onze minuscules boutons fermant la manche de sa belle robe (l'un d'entre eux est tombé : a-t-elle pu le récupérer ?) 
des broderies réalisées avec soin sur son plastron, qui donc a su ainsi enjoliver cette élégante combinaison ?
 
 
 qui était, mais qui était donc, ce Maestro di Sant'Anastasia 
(moult recherches, beaucoup d'attributions, mais mal connu au bataillon) 
capable de s'appliquer à tant d'ornements, rehaussés de polychromie,
de sculpter dans la pierre comme s'il s'agissait de soie, 
cet alchimiste en mesure de transformer la pesanteur en légèreté, 
la représentation en réalité, et de nous enchanter, ce virtuose, 
nous enchanter aujourd'hui encore par la maîtrise de son métier ?

30 mai 2026

Vivre : glisser une pièce, embraser la fine bougie et tendre sa flamme

 
Crypte San Zeno / Verona
 
Glisser une pièce. Embraser la fine bougie. Tendre sa flamme au lumignon choisi. 
En ces temps troublés, aimer ce geste et le répéter. Puisqu'il vaut mieux allumer
la moindre chandelle que maudire, impuissante, immobile, découragée, l'obscurité.
 
 

29 mai 2026

Voyager : esquiver pour rencontrer

 Panneau d'interdictions (se référant à l'ordonnance n° 65 émise par le maire en date du 10 juillet 2007) :
Jeter des ordures par terre.
Bivouaquer.
Manger devant les monuments.
Défigurer ou taguer.
Se baigner dans les fontaines.
Circuler à torse nu. 
 
En arrivant au centre ville, alors que les alertes canicule commençaient à émerger en orange sur tous les écrans, observant la marée humaine qui déferlait dans les étroites ruelles se pressant comme si elle avait dû se tasser au fond d'un entonnoir, j'ai cru être entrée dans l'antichambre de l'enfer. Plus précisément : je me suis vue piégée au cœur de celui-ci. J'ai failli faire demi-tour, changer tous mes plans, prendre la route des Dolomites, chercher refuge sur un alpage, monter dialoguer avec des vaches cornues et  tutoyer de nobles chamois, caresser les astragales sempervirens et les gentianes des sommets.
Mais ! C'était négliger l'admirable capacité des flux touristiques à rester groupés, agglutinés autour des sites renommés, à se ruer dans les succursales des enseignes les plus connues du monde entier, Zara, Cos, et cetera,  à se presser en file indienne devant le glacier le mieux noté sur Tiktok ou TA, à s'entasser aux terrasses de pizzerias, sous des bâches pourvoyant une température proche des 45 degrés (pas étonnant que, devenus aussi rouges que la sauce tomate de leur plat, on ait régulièrement entendu des ambulances se frayer un passage). 
Une fois ces points (tenant dans un mouchoir de poche) franchis, la ville était rendue à elle-même : églises gothiques flamboyantes, promenades le long du fleuve, arcs monumentaux se déployaient en toute quiétude et invitaient leurs visiteurs à découvrir des merveilles. Là, dans la fraîcheur d'une nef, on pouvait entendre s'élever un concerto de Vivaldi, ou, sous un peuplier, se dérouler le chant de l'Adige. Alors, alors, on se disait qu'un séjour dans la ville allait être possible. Mieux : qu'il pourrait nous enchanter. A condition bien sûr de connaître exactement les parcours à éviter.
 
 nef centrale / église de Sant'Anastasia / Vérone
 
 

24 mai 2026

Vivre : la sagesse en cinq lettres

 
Statues / entrée de l'arsenal / Venise

Assez. Étymologiquement : provient du latin "ad satis".  En suffisance ou à satiété.
Assez ! ça suffit ! Ordre intimé. Plus serait exagéré. On ne saurait davantage en tolérer. 
En avoir assez = Sentiment d'avoir atteint ses limites. Il est temps de stopper.
Assez (adverbe) =  atténue l'adjectif ou l'adverbe qu'il accompagne. Assez beau. Assez bien.
 Assez (adverbe) =  curieusement peut aussi renforcer. Un événement assez marquant.
Quelle que soit son acception, cet indicateur de quantité mériterait d'être mieux exploré.
Nous aiderait peut-être à mieux vivre. Avec nous-mêmes. En société. 

23 mai 2026

Vivre : trouver sa revanche

 
Le "Vase étrusque" / Victor-Etienne Symian / Musée Calvet / Avignon
 
 
On regarde les images (des images atroces que certains voudraient justifier). On se souvient d'anciennes tensions vécues, de pénibles expériences endurées, de limites franchies. La question se pose : comment et jusqu'où se venger ? S'il est certain qu'on n'est pas responsable des affronts ou des avanies subies, dans tous les cas, et quelle que soit la situation, on est responsable des réactions que l'on choisit. La vengeance n'est pas facile, c'est toujours un défi.