lundi 16 mars 2026

Voir : rentrées, sorties

 

 
Ces derniers jours j'ai regardé sur Arte la série "Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi" réalisé par la prolifique Isabelle Coixet. L'histoire de trois jeunes colocataires cherchant leur voie à Paris, entre élans créatifs et déconvenues : une jeune aspirante cinéaste, une vague serveuse un peu paumée et un garçon désireux de devenir itamae. Les huit épisodes se passent tous le dimanche, journée à la fin de laquelle ils sont censés se retrouver sur leur divan et regarder un film triste en noir et blanc. 
Le sixième épisode se focalise sur Charlie, probablement la plus torturée des trois, en constant conflit avec sa mère galeriste (Jeanne Balibar), dont le père a toujours été aux abonnés absents et vouant un amour torturé à une jolie vétérinaire qui lui offre un hérisson dans une boîte lors d'un rendez-vous galant. 
Charlie vient de se trouver un job dans une librairie d'occasion, située sur une péniche et nommée De l'eau et des rêves. Elle se donne corps et âme à cette nouvelle occupation et place Balzac au rayon "Développement personnel", parce qu'un homme qui écrit "on ne peut pas éduquer les femmes sans les corrompre" a besoin de méditer dans son coin. Elle rembarre une cliente distinguée qui lui demande s'ils n'ont pas un rayon "nouveautés". La gérante la tance - la boutique doit tourner - mais Charlie poursuit son discours intérieur devant la caméra : 
Tous les livres que l'on n'a pas encore lus sont des nouveautés, qu'ils aient été écrits hier ou il y a trois siècles. Et puis foutez-nous la paix avec vos rubans criards et mensongers : Un roman total, perturbateur et colossal, à la croisée entre Emmanuel Carrère et Truman Capote. Berk ! [elle lève les yeux et tire la langue de dégoût]. Laissez-nous être en retard, has been, pas au parfum. Et alors ? La littérature, c'est comme du cinéma. C'est un arrêt mortel. On a toute la vie pour. Kafka, il a écrit : Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en vous. Moi j'aimerais bien qu'à la place des rayons "Rentrée littéraire" chaque libraire réserve un présentoir aux livres qui ont été des haches dans la mer gelée en lui. Ça, ce serait beau ! Ce serait singulier. D'un coup, entrer dans une librairie, ce serait comme entrer dans une grotte secrète, une maison particulière qui n'appartiendrait qu'à ce libraire-là. On en sortirait peut-être un peu moins con. Et puis un peu moins seul.

Ça m'a rappelé quelques librairies repoussoir de ma connaissance, les employés penchés sur les cartons pour déployer les dernières parutions, leurs réponses "Sorti l'année dernière ? Impossible, comment voulez-vous?" J'ai aussi pensé à quelques autres librairies, véritables cavernes d'Ali Baba, des surprises en vitrine, des incroyables découvertes, des libraires un peu magiciens sortant des pépites de leurs chapeaux. Naturellement, j'ai adoré Charlie qui avait su tout dire en une tirade. 

 

dimanche 15 mars 2026

Vivre : Still life / 191

 
 

 
Des centaines de primevères sur le terrain du chien. D'où sont-elles arrivées ? A quel oiseau doit-on de les avoir semées ? Est-ce au canin azotage qu'elles doivent leur vitalité  ? Qui sait ? Hier,  pas grand monde à Berne sous une pluie tenace à laquelle quelques flocons venaient s'entremêler. Certains visages étaient plutôt contrariés. Sans parapluie, cheveux mouillés, je me suis dirigée vers l'espace fleurs sur le marché. Malgré nos joyeuses floraisons, j'ai ressenti un irrépressible besoin de couleurs pour la terrasse. J'ai embarqué quelques pots de renoncules (orange), de pâquerettes (rouge grenat) et de jacinthes (rose). On a beau avoir des fleurs en abondance, pourquoi se priver ? Des fleurs et des couleurs, il n'y en a jamais assez.
 

 

samedi 14 mars 2026

Vivre : choisir son camp

 
 
Bildnisstudie  einer jungen Dame / Sir Jushua Reynords / KHM / Wien


Hier, je devais appeler E. pour trouver un arrangement suite à un contretemps survenu le matin même. J'ai réalisé que je craignais de ne pas réussir à me faire comprendre. Je me préparais avec dans ma tête des constructions grammaticales semblables à des pelotes emberlificotées. Vous voyez...vous comprenez... Finalement quand j'ai eu E. au bout du fil, elle m'a dit : c'est ok, je vous propose deux alternatives (des alternatives tout ce qu'il y avait de plus sympa, E. s'est révélée la plus cool des personnes). Au bout du compte, la solution trouvée était encore meilleure que celle d'avant le contretemps.  
 
Il y a des gens orientés "solutions" et il y a des gens orientés "problèmes". Tout  le monde le sait. Mais parfois, je le constate, j'ai le don de me créer des scénarios catastrophe. Le plus drôle, c'est que je suis consciente d'anticiper toutes sortes de complications qui n'existeront peut-être pas. Or, pourquoi ne pas adopter d'emblée une  attitude positive ? pourquoi ne pas agir tout le temps comme si les interlocuteurs allaient appartenir au camp des adorables simplificateurs ?
 
(je sais bien... les incapables, les grincheux, les mal lunés... mais... pourquoi tenir compte en priorité de ces gens-là ? n'est-ce pas leur accorder trop de pouvoir ? il sera toujours temps de se colleter avec leurs incompétences quand elles auront émergé...)
 

vendredi 13 mars 2026

Vivre : le sens de la gratuité

 

 
 
Donne par besoin ou par plaisir.
Mais n'attends jamais rien en retour.
Et prends de même (besoin, plaisir)
sans jamais rien devoir en retour. 
 
 
 
 

jeudi 12 mars 2026

Vivre : dix heures quinze, numéro onze, premier étage

 
Il famacista (o il dentista) / Pietro Longhi / Gallerie dell'Accademia / Venezia
 
 
Tout compte fait, il n'y avait rien de si difficile : 
pendant trois heures garder la bouche bien ouverte,
respirer et le laisser traiter le problème à la racine.
 

mercredi 11 mars 2026

Vivre : slaloms

 
 
Spider Couple / Louise Bourgeois / Musée Louisiana / Humlebaeck
 
Une compétence à conquérir et à consolider sans cesse : détecter les toxiques et les éviter comme la peste
 
 
 

mardi 10 mars 2026

Vivre : la puissance des fleurs

 

 
Il y a des jours, face au monde et aux nouvelles, exaspérés, indignés, on a envie de lever les yeux au ciel. On élève le regard et... là... là, on aperçoit les fleurs, de simples et extraordinaires fleurs. Des présences, des voiles, des mouchoirs, des mains tendues par les arbres pour consoler nos cœurs. Les fleurs sont toujours les mêmes, d'année en année, toujours les mêmes couleurs. Pendant longtemps, on a trouvé normal, tellement normal qu'au sortir de l'hiver, les branches nous offrent ces fleurs et que leurs pétales s'imposent sur le ciel enchanteur.
Maintenant, on s’extasie devant la ténacité de ces fleurs, devant leur insistance à tenir toujours le même langage, affirmant encore et encore la nécessité de la douceur.