8 août 2026

Vivre : le meilleur du passé

 
La Cantilène Sottomarina (détail) / Edmond de Pury / MAHN / Neuchâtel
 
La nostalgie : une vague qui vous submerge jusqu'à ce temps béni où tout semblait meilleur, plus intense, plus réconfortant. Comment garder la barre entre regrets - peut-être illusoires - et ancrage dans le présent ? Éprouve-t-on de la nostalgie pour ce qu'on a perdu ? Ou pour ce qu'on n'a pas su apprécier suffisamment sur le moment ? Quel est donc ce sentiment capable de vous soulever au point de vous priver d'un bonheur à portée ? Le passé encensé pourrait-il vous enlever les joies du présent ? Se pourrait-il qu'un jour on se retourne vers ce moment qui est là, maintenant, en regrettant de ne pas avoir su le savourer suffisamment ? Comment tirer le meilleur parti des souvenirs délectables ? Peut-on les garder, à l'abri, sans qu'ils viennent en traîtres saboter votre vie ?
 

7 août 2026

Vivre : la formule du chef

 
 Still Life with Turkey Pie / 1627 / Pieter Claesz / Rijksmuseum / Amsterdam

Il a reçu une étoile et son établissement ne désemplit pas. Mais il reste toujours dans les mêmes locaux, ces jolies salles à l'ancienne où il expose ses amis peintres et sculpteurs depuis près de trente ans. Aucune extension prévue, aucun endettement, aucun projet, pas de nouveau restaurant de type brasserie, décorée de manière épurée, proposant des menus allégés. Rien. Il ne change rien. Son équipe reste soudée. Il a les moyens de la payer et, en ce qui le concerne, il gagne assez pour bien vivre et pour voyager. Comme il l'a toujours fait, il ferme durant cinq semaines l'été, histoire de décompresser, de partir à la découverte, de renouer avec quelques amitiés. Non, il ne voit pas ce qu'il pourrait modifier. Être reconnu ne signifie pas se mettre une pression qu'il n'a jamais désirée. Il continue de faire ce qu'il aime et de voir ses hôtes heureux de se régaler. C'est bien assez. Pourquoi changer ?
 

6 août 2026

Lire : pas ce qu'on croit

 
Sigismond et Barbara dans le palais des Radziwill à Vilnius / Jan Matejko / Musée national de Varsovie

 
Aïe! Je me cherchais hier une lecture pas trop exigeante, adaptée aux températures du moment et à mes subséquentes aptitudes cérébrales. Esquivant les rayonnages haribo de bouquins feeling good (ou bad selon les points de vue), j'ai fini par me choisir un roman suédois, histoire de vadrouiller du côté de Stockholm, suivant les mésaventures d'une femme désarçonnée par la conduite de son mari, mutique déserteur. Sur la couverture : Il ne parle pas. Elle n'écoute rien. Cela pouvait traiter avec subtilité de certaines communications malheureuses. A vrai dire, j'ai commencé à décrocher assez vite, submergée par une avalanche de lieux communs. A la page 94 est arrivée la réplique de trop, prononcée par le mari : "Ce n'est pas ce que tu crois!" Cette réplique usée jusqu'à la trame peut parfois être drôle, lors de flagrants délits. Dans un roman censé décrire la séparation d'un couple et le processus d'un divorce, c'était plat et pathétique : le thème rebattu de la quinqua découvrant à retardement ce que tout le monde autour d'elle sait déjà. D'après certains résumés, la seconde partie du livre est censée présenter en pendant la version - légitime - du mari. Mais en ce qui me concerne j'étais incapable d'aller au-delà de cette fatidique page 94. J'ai regardé le poche. Il semblait me dire : je t'ai trompée, je ne suis pas celui que tu croyais. Heureusement, ce n'était pas un gros investissement. Quelqu'un serait probablement heureux de l'emporter à la plage le lendemain. Je l'ai déposé sans regret et l'ai quitté avec toutefois cette question fondamentale : pourquoi faut-il toujours que quelqu'un dise "ce n'est pas ce que tu crois" alors que l'évidence est là ?  
 


4 août 2026

Vivre : still life / 201

 



Barilla, c'est quoi ? Jamais eu autant de basilic que cette année. Des bouquets et des bouquets luxuriants, vigoureux, pleins de vitalité se déploient au jardin, prêts à être récoltés et à se mélanger avec huile d'olive et ail. Un pot nous fait trois jour, avec des pâtes, des tomates ou tout simplement du pain maison pour saucer. Le secret de cette croissance débridée ? C'est peut-être qu'on a renoncé à sarcler, éliminer les mauvaises herbes, on leur a juste permis de se débrouiller entre elles, et cette synergie semble très bien fonctionner. Laisser les plantes se choisir et profiter de leur complicité, c'est peut-être la leçon de jardinage de cet été.
 

3 août 2026

Vivre : la belle expression

   

 Ces derniers temps, c'est peu dire que je nage dans le bleu. Et souvent.
Sauf qu'hier, en vert et contre tout, j'ai (péniblement) remonté la rivière. 
 
 

2 août 2026

Regarder : le monde qui nous entoure

 
 Photographies de Todd Hido / Espace Van Gogh / Arles / 2025
 

Les Présages d’une lueur intérieure présente une série d’œuvres qui captent des moments de beauté paisible dans des paysages souvent désolés.

Todd Hido est connu pour ses images à l’atmosphère particulière – maisons anonymes dans la nuit, paysages urbains, intérieurs négligés, personnages mélancoliques. Ses photographies, souvent décrites comme cinématographiques, évoquent une narration implicite permettant la libre interprétation du spectateur.

Prenant souvent ses photos dans des conditions météo difficiles, parfois à travers le pare-brise de sa voiture, Todd Hido saisit l’attrait calme et troublant des routes isolées et des arbres qui traversent le temps. Les montagnes scintillent et fondent sous la pluie ; les maisons mélancoliques se dressent, le visage vide, dans la neige.

À une époque toujours plus désespérante – effets violents du changement climatique, instabilités politiques et avancées technologiques qui érodent à la fois la vérité et notre capacité à prêter attention au monde qui nous entoure –, cernés que nous sommes par un sentiment vague mais écrasant de chagrin quant à l’avenir collectif de l’humanité, il est naturel de se demander comment vivre au quotidien.

À travers des paysages poétiques et évocateurs mêlés à des collages de vieilles photos de famille, Todd Hido soutient que nous pouvons redoubler d’efforts pour renforcer les liens d’amour avec ceux qui nous entourent, et trouver du réconfort et de la ténacité, jusque dans les situations les plus fragiles.[Légende exposition Rencontres d'Arles 2025 / Espace Van Gogh]
  



 
 

 
Il m'arrive souvent, et la plupart du temps durant un trajet en voiture, de saisir des pans de paysages comme si je les photographiais. Je les cadre mentalement, fascinée par leur beauté, totalement prise par le moment présent. Je plonge dedans. Ils intègrent ma mémoire. Parfois, en regardant une exposition de photographie ou de peinture, je me fige : cette photo, me dis-je,  je l'ai déjà vue. Ou alors je l'ai déjà prise. Les images de Todd Hido, l'année dernière, je les ai immédiatement reconnues. Certaines me rappellent à présent nos champs desséchés, blondis, blanchis par la chaleur de cet invraisemblable été.
 
 
 
 
Pour approfondir : interview de l'artiste ICI