19 juil. 2026

Lire : dans le ciel comme une étincelle

 

Car il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé : il y a du mal-
heur à ne point aimer. Nous tous, aujourd’hui, mourons de ce malheur.
C’est que le sang, les haines décharnent le cœur lui-même ; la longue
revendication de la justice épuise l’amour qui pourtant lui a donné
naissance. Dans la clameur où nous vivons, l’amour est impossible et la
justice ne suffit pas. C’est pourquoi l’Europe hait le jour et ne sait qu’op-
poser l’injustice à elle-même. Mais pour empêcher que la justice se ra-
cornisse, beau fruit orange qui ne contient qu’une pulpe amère et sèche,
je redécouvrais à Tipasa qu’il fallait garder intactes en soi une fraîcheur,
une source de joie, aimer le jour qui échappe à l’injustice, et retourner au
combat avec cette lumière conquise. Je retrouvais ici l’ancienne beauté,
un ciel jeune, et je mesurais ma chance, comprenant enfin que dans les
pires années de notre folie le souvenir de ce ciel ne m’avait jamais quitté.
 
Retour à Tipasa / Albert Camus 
 
Lire en mode re-, c'est découvrir, redécouvrir, sans jamais se lasser 
continuer d'explorer, ne pas croire qu'on puisse s'asseoir sur ce qu'on 
croit avoir accumulé. 

18 juil. 2026

17 juil. 2026

Vivre : l'été, chemins croisés

 

Dans la touffeur des journées, dans ce vide apparent, ne pas se leurrer :
c'est un temps de chemins croisés, voué à revisiter le passé (l'interpréter?)
à esquisser de futurs cheminements tout en mettant ses pas dans le présent.


16 juil. 2026

Vivre : aimantée par ses abîmes intérieures

 
Blue Elephant-Mother / Huang Po-Chih / photo Louisiana Museum / 2024
 
Sept heures du matin. La femme est passée, avec des lunettes et une chienne noires. Les nuages couraient sur un ciel bleu saphir. Devant elle, le lac se déployait en une surface lactée extraordinaire, des centaines et des centaines de mètres d'opale rare, mais la femme a filé droit sans les voir, ignorant les couleurs, poursuivant résolument sa douleur. 
 

15 juil. 2026

Vivre : question philo


  Mirmande / 2021
 
 Au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un invincible été.
Retour à Tipasa / Albert Camus / inclus dans le recueil "l'été" 
  

 A vrai dire, moi ces jours-ci j'apprends qu'au milieu d'un été caniculaire
il peut exister en moi un invincible hiver.
(ce qui tout bien réfléchi pourrait revenir au même)
  

 

14 juil. 2026

Vivre : 16 heures, à travers la forêt déserte

 
 

 
objectif premier de l'été : trouver le calme - plus encore que la fraîcheur -  
et une fois trouvé, le cultiver, le chérir, l'entretenir comme un trésor
 
 

 

13 juil. 2026

Vivre : jusqu'à la délivrance

 
La cueillette des pois / Camille Pisarro / Fondation Langmatt / Baden
 
 
J'étais en train de me choisir un bouquin devant la boîte à livres (un peu maltraitée, des montagnes accumulées, déversées, beaucoup à fouiller) quand tout à coup une espèce de tornade m'est plombée dessus, surmontée d'un visage aux yeux brillants qui avait quelque chose de familier. Tandis que je tentais de la remettre, la tornade m'a annoncé qu'elle était à la retraite depuis quinze jours. C'est alors que  j'ai reconnu une des vendeuses du supermarché "où tout le monde en a pour son argent".
Elle arborait un T-shirt à fleurs et s'apprêtait à partir en bicyclette. Elle a dit que les derniers temps elle comptait les jours et les heures. La dernière année avait été un enfer. Et maintenant... maintenant, elle se sentait revivre, comme en vacances. Elle pouvait dormir plus tard et finalement prendre tout son temps. Elle avait le regard scintillant.
J'ai immédiatement pensé à D, caissière dans l'autre supermarché, qui va aussi prendre sa retraite à la fin du mois et qui raconte à tout le monde depuis longtemps combien il lui reste de jours, de mois et de semaines. Comme R. lui a promis une bouteille de champagne pour son dernier jour (c'est une bosseuse qui fait son job jusqu'au bout avec compétence) on lui a demandé la date exacte. Réponse : D. ne sait pas. La planification n'a pas encore été faite. Aucune hiérarchie fixe. Aucun apéro organisé pour marquer la fin de quinze ans de collaboration. Alors elle a décidé de s'en aller, à la minute précise où son contrat prendrait fin, sans pot de départ, sans au revoir. Sa fête, ce sera sa libération. Retrouver son chien, ses petits-enfants, son balcon.
Tristesse des mondes kleenex... on prend et on jette... on solde, on repourvoit, on déplace...les personnes comme les marchandises... privées de sens et de reconnaissance... tristesse tout en contraste avec les fleurs sur le T-shirt de la tornade ayant enfin pris son envol...