20 sept. 2026

Vivre : ah! les triangles !


 Jean-Michel Folon


La triangulation est une technique géométrique qui consiste à déterminer la position d'un point ou la distance d'un objet en mesurant les angles d'un triangle formé avec des points de référence connus, plutôt qu'en mesurant directement la distance.[source : Wikipedia
 
En psychologie, c'est une stratégie de manipulation où une personne implique un tiers dans un conflit pour exercer un contrôle ou diviser les autres.   
Être l'objet d'une triangulation dans un système relationnel signifie qu'une personne introduit une tierce personne dans votre relation duelle pour manipuler, créer de la rivalité, ou décharger sa propre anxiété sur vous. Qu'il s'agisse d'un milieu professionnel, familial ou d'une relation amoureuse, cette dynamique de division cible les failles et les exploite. Elle peut déstabiliser, voire nuire. Dans tous les cas, rien de véritablement positif ne peut résulter de ce genre d'embrouille (plus proche d'une pelote emberlificotée que d'un pur triangle). La réaction la plus saine est sans doute de détecter le phénomène au plus vite, de s'en dégager, de laisser le manipulateur face à sa réalité.

On se prend à rêver que les êtres puissent toujours communiquer en face à face. Les choses seraient tellement plus honnêtes et plus claires. Cela demanderait juste un peu de courage : le courage d'être soi, de défendre ses droits et, peut-être, de ne pas les outrepasser. Il s'agirait, au fond, d'agir en adulte, en véritable adulte., dans un monde d'adultes. Autant dire : tout un programme!
 

19 sept. 2026

Vivre : portrait de dame en carosse

 
New-York / Helen Lewitt / Coll. privée
 
Comme tous les gens dont la valeur personnelle et les valeurs matérielles dépendent du regard d'autrui, quand son mari lui a annoncé son intention de s'acheter un SUV en leasing, elle s'est montrée ravie. Elle lui a sauté au cou et lui a tout promis : elle se rendrait une fois par semaine au hard-descounter, n'achèterait naturellement que le strict nécessaire, veillerait à se faire couper les cheveux par sa belle-sœur. Cette nouvelle voiture, noire, était un vrai bonheur : elle mesurait 4 centimètres de plus que celle des voisins (et 5 dans la largeur). Avec quelle fierté elle paraderait dans le quartier! 
A vrai dire, avant de se coudre expressément un coussin pour se trouver à hauteur, ses premiers essais de conduite lui donnèrent plutôt quelques frayeurs. Ne parvenant pas à discerner la chaussée, elle se mit à klaxonner à tout va. Il est vrai que son mari l'avait lourdement tancée : pas question que leur signe extérieur de prestige subisse la moindre griffure. Maintenant, elle se hisse et pose ses fesses dodues sur 10 centimètres de mousse bien rembourrée. Elle continue de klaxonner en continuité : toutes les fois qu'un véhicule, un enfant ou un chien se met en travers de son chemin (elle a encore quelque peine avec la pédale des freins).
Elle descend de voiture un peu genre reine d'Angleterre, mais en plus rond, en plus tassé, en plus grognon. C'est qu'une fois sur le parking, elle réalise jour après jour qu'il est plein de SUV comme le sien, noirs, tout noirs, au point que parfois elle s'y perd. 
Sa plus grande contrariété, c'est d'avoir constaté la semaine dernière que les gens du troisième s'étaient procuré un modèle plus large et plus long que le leur. Depuis, pour masquer son dépit, elle ne les salue plus et s'efforce de regarder ailleurs. Vite vite elle dégringole de son trône et rentre cuisiner ses coquillettes débusquées au fond du hard-descounter.
 
 

18 sept. 2026

Vivre : si durs envers nous-mêmes

 
 
Porträt einer Frau / Bernhard Striegel / Sammlungen des Fürsten von und zu Liechtenstein

 
Que ton indulgence se tourne en priorité vers toi. 
Quoi qu'il arrive : la douceur est le premier pas. 
 
 

17 sept. 2026

Regarder : en être

 

 I don't want to belong to any club that will accept me as a member
(Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre)
Groucho Marx 

L'exclusion et la confrontation au sentiment de supériorité sont des réalités aussi courantes que douloureuses ou consternantes. On peut en pâtir, on peut s'insurger. On peut théoriser et aussi : Analyser. Lutter. Boycotter. Mais peut-être que la dérision est encore le meilleur moyen de faire face et de dénoncer. Le photographe sénégalais Omar Diop, spécialisé dans l'art du portrait, et le documentariste Lee Shulman, réalisateur et collectionneur londonien, on traité subtilement le sujet avec la série Being there.

 
 
Ils ont utilisé la technique suivante : prenant pour base des images états-uniennes datant des années 1950-1960, ils ont choisi de substituer dans chacune un personnage en le remplaçant par Omar Victor Diop qui prend la pose de l'absent. Le résultat est une sorte de documentaire sociologique sur les années ségrégationnistes. On a le sentiment de regarder un roman-photo sur l'époque concernée dont l'aspect incongru, parfois attristant et souvent comique saute aux yeux des visiteurs. 
 
 

 
A noter que ce témoignage pourrait aussi être transposé à notre époque, laquelle ne manque pas de clivages et de fractures sociales : que se passerait-il si l'on procédait de nos jours de la même manière ? il serait dans le fond aisé d'introduire un élément dissonant dans un portrait de groupe pratiquant l'entre-soi ? 
Toutes les fictions sont permises. Chacun peut ainsi développer sa lecture personnelle. En ce qui me concerne, impossible de parcourir l'exposition  sans avoir le sourire, voire le rire aux lèvres. En effet, ces situations collectives, ces visages conformistes sont affligeants de banalité, tristes à pleurer. Le photographe africain prenant la pose se révèle décontracté, ludique, élégant. Son image s'insère par la magie du numérique avec un naturel confondant et agit comme révélateur du monde étriqué dans lequel il prend la pose. 
 
Les  mots de Groucho Marx, cités en exergue, me sont revenus en mémoire : quoi ? moi ? désirer être des vôtres ? Jamais ! J'y serais trop à l'étroit! C'est en cela que ce travail itinérant (datant de 2023 et qui a déjà été présentée dans diverses institutions) m'a paru fascinant : il invite à changer de focus pour imaginer toutes sortes de situations d'exclusion qui peuvent nous paraître à ce point naturelles que nous  les acceptons comme des évidences allant de soi.
 

 Being There / Collège Mistral / Rencontres d'Arles / jusqu'au 4 octobre
 

16 sept. 2026

Vivre : la blogueuse qui suit la blogueuse littéraire

 
La lecture / Henri Fantin-Latour / Musée des Beaux-Arts / Lyon
 
 
Elle s'intéresse à la littérature, c'est sûr.
Une fois sur dix, elle écrit :
"J'ai lu son premier livre, j'avais beaucoup aimé."
Neuf fois sur dix, elle commente :
"Il a l'air vraiment intéressant. Je suis très tentée"
"Je l'ai repéré en librairie. Ça me donne bien envie."
"La médiathèque de mon quartier l'a commandé". 
"J'ai entendu l'autre jour une interview de cet écrivain."
Puis arrivent les mots révélant l'authentique lectrice :
"Du coup je le mets sur ma PAL." 
(pas de vraie lectrice sans énooorme PAL à ses côtés) 
Et voilà. Le tour est joué... On est dans la course.
 C'est la rentrée! Ainsi suivie, la blogueuse commentée est ravie :
un deux trois quatre cinq six. Multiplié par ses réponses,
ça fait douze. C'est bien assez pour un blog de qualité!

15 sept. 2026

Vivre : cohérences / incohérences

 
 Le Recensement de Bethléem (détail) / Peter Brueghel le Jeune / Coll. Princes du Liechtenstein
 
 
De plus en plus de gens hyperactifs incapables de patienter, qui klaxonnent ou s'énervent à la moindre fraction de seconde de retard, 
et les mêmes qui sont capables d'attendre pendant plus d'une heure, petits moutons dociles, devant un restaurant n'ayant rien d'extraordinaire
recommandé par Tik-Tok ou Tripadvisor. Cherchez, mais cherchez l'erreur! 
 

14 sept. 2026

Voyager : ruissellements

 
 
Où que nous fussions, avec ou sans climatisation, ça coulait. Nous dégoulinions. Sur les prévisions, il y avait un chiffre plus ou moins acceptable vu la nouvelle canicule annoncée et juste à côté une précision : "ressenti" comportant une augmentation de quatre ou cinq degrés. Il n'y avait que le matin, sous le mince filet que nous accordait le pommeau, que notre douche continuelle perdait de sa vigueur, acquérait un peu de fraîcheur.