vendredi 17 avril 2026

Vivre : still life / 194

 


Pas accro à la technologie, pas du tout. Pas adepte de l'électrification à tout prix, encore moins. Je compte sur les doigts d'une main le nombre de fois où j'ai utilisé un four à micro-ondes. Pour le repassage, on repassera. Pour le séchage, la nature y pourvoira. Ayant réduit a minima notre dotation en électroménager, notre consommation d'énergie tend à se stabiliser d'année en année. Mais l'autre jour quand j'ai découvert ce petit robot nettoyeur de vitrages, j'ai ressenti une énorme approbation intérieure : tout mon corps dans un même élan m'a poussée à le commander et tout mon squelette m'en a ensuite remerciée. Il faut dire qu'avec 40 mètres carrés de vitres recto et verso j'en avais certes plein la vue mais aussi hélas plein le dos. Au fil du temps, j'avais mis à mal plusieurs fois mes tendons... mais voici que depuis une ou deux semaines,  avec ce docile et diligent compagnon, le nettoyage de printemps est devenu un jeu d'enfant.
 
 

jeudi 16 avril 2026

Vivre : unique

 
 
La danse de Salomé / Taddeo Gaddi / Chapelle des comtes Guidi / Castello di Poppi / Toscane
 
 
Cette présence qui capte le regard :
l'unique tige de colza
perdue dans une mer de verdure 
et qui se tient droite, 
et se plante comme une reine solitaire
oubliée, forte et fragile, 
et affirme : "je suis légitime" 
 

mercredi 15 avril 2026

Vivre : pétales et pollens

 
 

 
on nous avait annoncé du sable du Sahara
mais : un tapis blanc et citron sous nos pas

mardi 14 avril 2026

Vivre : les sourires des journées bleues

 

 
Il y a des journées comme ça : on ne désire que ce qu'on a. 
 
 
 
 
La vie, dans sa splendeur, donne, alors on prend ce qui s'offre à soi. 
 
 

 On ne pense pas à l'avenir, et encore moins au passé, on est présent, on est vivants. 
 
 
 Vue sur les Langhe depuis La Morra

 Il y a des journées comme ça : on entendrait des froissements d'anges autour de soi. 
 
 

lundi 13 avril 2026

Voyager : l'hôtel avec parc, garage et téléphone n°5

 

C'est probablement un des établissements le moins bien gérés que je connaisse. Rien - rien ! - n'y est conçu pour attirer la clientèle - au contraire : tout semble mis en œuvre pour décourager les touristes et visiteurs. On se fiche royalement - est en ce sens le nom de l'hôtel est bien assumé - de la moindre critique, de la moindre suggestion ou du moindre besoin exprimé par les hôtes. Le restaurant, occupant deux salles magnifiques au rez-de-chaussée et doté d'une terrasse à la vue stupéfiante, offre - si l'on peut dire - un menu d'une fadeur inimaginable, avec probablement un des rapports qualité/prix les plus bas de toute la région. La propriétaire sourit - parfois - salue - quand elle le doit - vous reconnaît - si vraiment elle vous voit - et paraît se ficher de toute considération commerciale. 
En conséquence, le lieu est dépourvu de piscine, de télévision, de Nutella, de climatisation, de musique d'ambiance, et la cave attenante, produisant selon certains experts de l'excellent vin, n'est ouverte que selon le bon vouloir des personnes concernées. Avouons-le : c'est un lieu que beaucoup de gens quittent avec soulagement, quand ils ne tournent pas les talons carrément scandalisés. 
Mais... cet endroit dispose quand même de quelques points en sa faveur : c'est un lieu où la vulgarité n'est jamais entrée et probablement ne pénétrera jamais. Un lieu à l'écart de toute mode, où l'attitude m'as-tu-vu ne saurait trouver à se justifier, où il est impossible de parader avec un SUV ou des vêtements griffés, où le parking accueille de vieilles Pandas aussi bien que des Volvo cabossées. Un lieu où tout est d'origine, sur les tables, sur les parois, pas question d'y afficher la moindre reproduction où que ce soit. Un lieu au calme souverain - qui n'est pas château royal pour rien - où l'herbe du parc semble ne jamais devoir rendre compte à aucun jardinier, où les roses, les tulipes et les muguets se déploient à volonté. Un lieu silencieux à l'abri des regards où l'on vous laissera lire durant de longues heures sans venir vous proposer la moindre consommation ou distraction. C'est un lieu à l'écart des grandes tendances du moment, où le wifi a parfois accès mais est rarement invité, où les mots "newsletter" et "mondialisation" n'ont pas leurs entrées. Dans ce lieu "jamais plus, jamais plus !" le stress n'entrera probablement jamais. C'est dans cet endroit souvent agaçant, suprêmement réconfortant, à l'abri des méfaits du temps, qu'il aime venir se reposer en observant le mouvement des nuages et l'envol des colombes et des papillons blancs.
 

mercredi 8 avril 2026

Vivre : tout bourgeonne dans les bois

 

Le luxe, le privilège absolu, c'est peut-être ça :
un jour qui se lève, des concerts, des chamois,
la nature en éveil - précieuse, généreuse, sage - 
quand ailleurs tout paraît raffut, cafouillis, fracas. 
 

mardi 7 avril 2026

Vivre : élégances urbaines

 
 
Enfants dessinant / Pablo Picasso / expo temporaire / Louisiana Museum / 2024
 
On le remarque tout de suite à son élégance rare. Cheveux noirs, mi-longs, balayés sur le côté, il se tient droit - ou du moins il essaie - basculant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. Un bandana bleu ciel autour du cou, un sweat-shirt bordeaux ample, très tendance, des jeans larges en coton beige retroussés sur ses All Star marine, il affiche un look décontracté. Une tenue idéale pour le week-end qu'on voudrait copier. Quand il finit par tomber, assis, sa couche-culotte couine. Sans se laisser démonter, il plante ses mains dans le gravier, et d'un geste de bascule se remet debout puis s'en va avec ses falzars légèrement plus foncés.