6 août 2026

Lire : pas ce qu'on croit

 
Sigismond et Barbara dans le palais des Radziwill à Vilnius / Jan Matejko / Musée national de Varsovie

 
Aïe! Je me cherchais hier une lecture pas trop exigeante, adaptée aux températures du moment et à mes subséquentes aptitudes cérébrales. Esquivant les rayonnages haribo de bouquins feeling good (ou bad selon les points de vue), j'ai fini par me choisir un roman suédois, histoire de vadrouiller du côté de Stockholm, suivant les mésaventures d'une femme désarçonnée par la conduite de son mari, mutique déserteur. Sur la couverture : Il ne parle pas. Elle n'écoute rien. Cela pouvait traiter avec subtilité de certaines communications malheureuses. A vrai dire, j'ai commencé à décrocher assez vite, submergée par une avalanche de lieux communs. A la page 94 est arrivée la réplique de trop, prononcée par le mari : "Ce n'est pas ce que tu crois!" Cette réplique usée jusqu'à la trame peut parfois être drôle, lors de flagrants délits. Dans un roman censé décrire la séparation d'un couple et le processus d'un divorce, c'était plat et pathétique : le thème rebattu de la quinqua découvrant à retardement ce que tout le monde autour d'elle sait déjà. D'après certains résumés, la seconde partie du livre est censée présenter en pendant la version - légitime - du mari. Mais en ce qui me concerne j'étais incapable d'aller au-delà de cette fatidique page 94. J'ai regardé le poche. Il semblait me dire : je t'ai trompée, je ne suis pas celui que tu croyais. Heureusement, ce n'était pas un gros investissement. Quelqu'un serait probablement heureux de l'emporter à la plage le lendemain. Je l'ai déposé sans regret et l'ai quitté avec toutefois cette question fondamentale : pourquoi faut-il toujours que quelqu'un dise "ce n'est pas ce que tu crois" alors que l'évidence est là ?  
 


4 août 2026

Vivre : still life / 201

 



Barilla, c'est quoi ? Jamais eu autant de basilic que cette année. Des bouquets et des bouquets luxuriants, vigoureux, pleins de vitalité se déploient au jardin, prêts à être récoltés et à se mélanger avec huile d'olive et ail. Un pot nous fait trois jour, avec des pâtes, des tomates ou tout simplement du pain maison pour saucer. Le secret de cette croissance débridée ? C'est peut-être qu'on a renoncé à sarcler, éliminer les mauvaises herbes, on leur a juste permis de se débrouiller entre elles, et cette synergie semble très bien fonctionner. Laisser les plantes se choisir et profiter de leur complicité, c'est peut-être la leçon de jardinage de cet été.
 

3 août 2026

Vivre : la belle expression

   

 Ces derniers temps, c'est peu dire que je nage dans le bleu. Et souvent.
Sauf qu'hier, en vert et contre tout, j'ai (péniblement) remonté la rivière. 
 
 

2 août 2026

Regarder : le monde qui nous entoure

 
 Photographies de Todd Hido / Espace Van Gogh / Arles / 2025
 

Les Présages d’une lueur intérieure présente une série d’œuvres qui captent des moments de beauté paisible dans des paysages souvent désolés.

Todd Hido est connu pour ses images à l’atmosphère particulière – maisons anonymes dans la nuit, paysages urbains, intérieurs négligés, personnages mélancoliques. Ses photographies, souvent décrites comme cinématographiques, évoquent une narration implicite permettant la libre interprétation du spectateur.

Prenant souvent ses photos dans des conditions météo difficiles, parfois à travers le pare-brise de sa voiture, Todd Hido saisit l’attrait calme et troublant des routes isolées et des arbres qui traversent le temps. Les montagnes scintillent et fondent sous la pluie ; les maisons mélancoliques se dressent, le visage vide, dans la neige.

À une époque toujours plus désespérante – effets violents du changement climatique, instabilités politiques et avancées technologiques qui érodent à la fois la vérité et notre capacité à prêter attention au monde qui nous entoure –, cernés que nous sommes par un sentiment vague mais écrasant de chagrin quant à l’avenir collectif de l’humanité, il est naturel de se demander comment vivre au quotidien.

À travers des paysages poétiques et évocateurs mêlés à des collages de vieilles photos de famille, Todd Hido soutient que nous pouvons redoubler d’efforts pour renforcer les liens d’amour avec ceux qui nous entourent, et trouver du réconfort et de la ténacité, jusque dans les situations les plus fragiles.[Légende exposition Rencontres d'Arles 2025 / Espace Van Gogh]
  



 
 

 
Il m'arrive souvent, et la plupart du temps durant un trajet en voiture, de saisir des pans de paysages comme si je les photographiais. Je les cadre mentalement, fascinée par leur beauté, totalement prise par le moment présent. Je plonge dedans. Ils intègrent ma mémoire. Parfois, en regardant une exposition de photographie ou de peinture, je me fige : cette photo, me dis-je,  je l'ai déjà vue. Ou alors je l'ai déjà prise. Les images de Todd Hido, l'année dernière, je les ai immédiatement reconnues. Certaines me rappellent à présent nos champs desséchés, blondis, blanchis par la chaleur de cet invraisemblable été.
 
 
 
 
Pour approfondir : interview de l'artiste ICI 
 

1 août 2026

Voyager : s'évader sans se charger

 

Cette année la plupart de mes destinations préférées affichent des températures très, très élevées. A moins de partir au nord (très au nord) et de se faire copieusement arroser difficile de voyager. Dès lors que faire cet été sinon improviser ? S'inventer des moments de vacances en exploitant la proximité. Expérimenter les lieux connus par des biais inattendus, se parquer dans d'autres quartiers, modifier ses horaires, fréquenter des établissements où l'on ne met jamais les pieds, s'arrêter à des tables inhabituelles, en un mot : innover.
Ce petit hôtel très central mais passant inaperçu est devenu un de mes  points de chute ces dernières semaines. Sa terrasse à deux pas de la rivière propose d'excellentes glaces après la baignade (croquer en alternance dans leur ciocco noccio tout en dégustant une gorgée de café est devenue ma dernière addiction). On y sert aussi des petits-déjeuners exquis, des menus légers à midi et il y a des intérieurs sympathiquement aménagés. Pas mal fréquenté durant la belle saison cet établissement délicatement suranné offre une halte agréable aux voyageurs désireux de fractionner un long trajet et de plonger dans l'Aar toute proche après une fatigante tirée. En ce qui nous concerne, il comble toutes nos attentes du moment: avoir le sentiment d'être arrivés ailleurs sans jamais être vraiment partis. Les vacances sans les bagages. Nous évader sans nous charger. 
Touristes parmi les touristes, on contemple notre bonne vieille ville autrement. Notre regard devient asiatique et indulgent. Pour un peu, on se mettrait à rêver devant des vitrines présentant des montres et des coucous, on s'achèterait des cartes postales et du chocolat, on photographierait la longue rue typique qu'on parcourt depuis la nuit des temps. Bref : on change de focale, on reconstruit le banal. On apprend.

31 juil. 2026

Vivre : coup de Joran sur le rivage

 


 Tempête soudaine et jurassienne 
sur les crêtes et sur nos têtes
toisons hérissées, moissonnées,
telles des champs de blés échevelés.