15 juin 2026

Voyager : en pensée

 

Bon : c'est vrai. J'ai toujours affirmé que je n'aimais pas Venise durant la belle saison. Trop de gens, trop de valises à roulettes, trop d'engorgements. Sans oublier : trop de moustiques. Mais quand l'autre jour R. est rentré en me parlant d'un type à qui l'on avait prêté pour deux semaines un appartement sur la Giudecca, et qui semblait connaître pas mal de bons restaus sur les îles environnantes, tout en cultivant l'art de dénicher sans cesse de nouvelles perles, et qui le soir-même était allé prendre un apéro dans un bacaro donnant sur un canal discret, avant d'aller dîner à E. ma cantine préférée (envoyant à R. quelques belles images à l'appui) là, là, je dois dire qu'une furieuse envie de partir s'est emparée de moi, malgré la canicule annoncée, malgré ma détestation des roulettes hoquetant sur les pavés. J'ai vu rouge. Du coup, j'ai replongé dans quelques photos pour me consoler.

14 juin 2026

Vivre : le droit à l'erreur

 


Les Bourgeois de Calais (Jean de Fiennes et Pierre de Wissant) / A. Rodin / Ca'Pesaro / Venise 


 Face à la masse d'informations, de mises en garde et d'injonctions 
qui déboulent de toutes parts et à tout propos, juste une réaction :
Ne me donnez pas de conseils, je sais me tromper toute seule.
Qu'on me laisse seulement le temps de forger ma propre opinion ! 

 
 
 

13 juin 2026

Ecouter / Lire : on peut être ami avec des arbres, un paysage...

 
Toscane / région de Pienza / 2016
 
Parfois, une seule écoute ne suffit pas. C'est comme pour un texte ou un morceau de musique. Il faut y revenir, y retourner encore pour commencer à apprivoiser une personne et sa pensée. L'autre soir, Sylvie Germain était l'invitée d'Eva Bester à l'occasion de la sortie de son roman "Murmuration" et d'un cahier de l'Herne qui lui est consacré. A entendre quelques uns de ses propos, on avait envie de mieux la connaître. Envie aussi de commencer à lire cette écrivante (ou scribe selon ses propres termes) que l'on ne connaît pas. Quelques citations : 

J'ai le besoin de voir le plus souvent possible de la peinture. En général je sors régénérée d'une exposition. Malheureusement dans les expos maintenant il y a le problème de la foule : il faudrait pouvoir approcher les œuvres ... et pour bien regarder on a besoin d'un certain silence, d'un certain calme.  
La force de la poésie c'est, en peu de mots, le fait de pouvoir concentrer quelque chose de très fort, de très pertinent.
Il y a des amitiés pas seulement entre contemporains, heureusement. On peut avoir des amitiés avec des gens qui sont morts On peut être ami de gens qui sont nés et qui sont morts des siècles avant nous. On peut être amis d'Homère, de Kafka, de Proust. De Rembrandt. Chacun choisit ses amis. Cette idée d'amitié, c'est quelque chose de très ample, et d'ailleurs on peut ressentir des formes d'amitié sur un autre plan, avec des arbres, un paysage, des animaux aussi. 
C'est important d'être en amitié avec soi-même. A peu près. On peut s'engueuler soi-même, on peut ne pas toujours être d'accord avec ce qu'on fait mais il est important d'être à peu près en paix.
 
Elle a parlé aussi des rencontres très furtives que l'on peut faire et qui restent marquantes à travers des décennies, comme un homme inconnu qui vous prend la main dans une gare et a besoin d'une étreinte avant de disparaître à jamais. Ou une femme, tout à fait banale en apparence, qui transpire la bonté. "ça fait partie de nos vies, ça aussi". 

Non. Tendre l'oreille une fois ne suffit pas. Les podcasts ne se ressemblent pas. Ils ne se consomment pas à la chaîne. Ils sont des ouvertures en mots parlés sur des œuvres en mots écrits. Ils méritent qu'on leur prête toute l'attention qui leur est due. 
 

12 juin 2026

Vivre : dérèglements

 
Statue dans un arc / Entrée bibliothèque Marciana / Venise
 
Ces derniers temps je n'ai fait que me confronter à des situations au conditionnel liées à l'adverbe "normalement". Normalement, on aurait dû enlever les fils du chien au bout de dix jours après cicatrisation. Normalement le voyant de mon haut-parleur devrait indiquer le moment où il doit être rechargé. Normalement le réparateur compétent aurait dû passer hier et ne pas être remplacé par un collègue débutant. Normalement le mot de passe de mon compte bancaire ne devrait pas être refusé. Normalement il ne devrait pas y avoir de poids-lourds parqués dans la rue principale et sur les passages piétons. 
"Normalement" est un adverbe qui indique ce qui devrait être et qui se retrouve pourtant confronté à ce qui n'est pas. "Normalement" est le mot de la contrariété et de la frustration. En employant le mot "normalement" on oublie trop souvent que la normalité n'existe pas et qu'il est donc particulièrement inconfortable de la considérer comme un dû. "Normalement" n'a aucun fondement, aucune légitimité. Il se réfère au souhaitable, à la règle, au bon fonctionnement. Normalement on ne devrait pas avoir à écrire un post sur un mot si peu fiable, si inconsistant.
 

11 juin 2026

Vivre / Habiter : vaste question !

 
détail / chapiteau / palais des Doges / Saint-Marc / Venise
 
 
Je viens de commencer un livre qui pose d'emblée la question du chez-soi (question d'autant plus étonnante que le sujet du texte est une expédition à rame le long d'un des fjords les plus longs du monde). L'autrice y parle de tous les endroits où elle a habité au cours de sa vie. Elle recense vingt-trois adresses en 45 ans, mais ajoute qu'elle s'est rarement sentie chez elle dans chacun de ces lieux. 
Être chez soi. Se sentir chez soi. Se sentir être d'un endroit. Éprouver un sentiment d'appartenance. Voilà qui donne lieu à toutes sortes de réflexions. 
L'an dernier, un voisin de Luster déclarait : Nous ne sommes pas d'ici, mais nous nous y plaisons malgré tout. Je me suis attachée à ces mots : "pas d'ici" et "malgré tout". Ça m'a fait réagir, je me suis dit : bon, voilà donc ce que j'ai été toute ma vie, sans même me l'être formulé.
Pas d'ici. [p.15]
Mentalement, j'ai refait le parcours de toutes mes différentes adresses (ce n'est pas forcément aisé à comptabiliser : un logement sous-loué pendant trois mois peut-il appartenir à la liste ?) Dans quels lieux me suis-je sentie "chez moi" et dans quels autres n'ai-je été qu'un être de passage ? La question se pose indépendamment de la durée des séjours, du reste. On peut se sentir chez soi dans une chambre qu'on n'occupe que pendant quelques nuits et rester vivre en étrangère quelque part durant des années. Que de questions, que des réflexions ! Habitée par toutes ces interrogations, j'ai poursuivi la lecture, mais je sais bien que ces  prochains jours le thème reviendra me hanter. 
 
A la rame / Siri Sandberg / éditions Salva / 2026 
 

10 juin 2026

Vivre : éteindre

 
 
Garçon soufflant sur un tison incandescent / El Greco / Museo nazionale di Capodimonte / Napoli
 
Plus souvent qu'à mon tour, le geste qui sauve : index balayé sur mode silencieux 
 
 

 

9 juin 2026

Vivre : au rythme de ton coeur

 
 
Pavement / Eglise Sant'Anastasia / Vérone

 
Bientôt aussi nécessaire que l'eau, aussi rare que le silence,  aussi précieuse que l'or : la lenteur.