mardi 14 avril 2026

Vivre : les sourires des journées bleues

 

 
Il y a des journées comme ça : on ne désire que ce qu'on a. 
 
 
 
 
La vie, dans sa splendeur, donne, alors on prend ce qui s'offre à soi. 
 
 

 On ne pense pas à l'avenir, et encore moins au passé, on est présent, on est vivants. 
 
 
 

 Il y a des journées comme ça : on entendrait des froissements d'anges autour de soi. 
 
 

lundi 13 avril 2026

Voyager : l'hôtel avec parc, garage et téléphone n°5

 

C'est probablement un des établissements le moins bien gérés que je connaisse. Rien - rien ! - n'y est conçu pour attirer la clientèle - au contraire : tout semble mis en œuvre pour décourager les touristes et visiteurs. On se fiche royalement - est en ce sens le nom de l'hôtel est bien assumé - de la moindre critique, de la moindre suggestion ou du moindre besoin exprimé par les hôtes. Le restaurant, occupant deux salles magnifiques au rez-de-chaussée et doté d'une terrasse à la vue stupéfiante, offre - si l'on peut dire - un menu d'une fadeur inimaginable, avec probablement un des rapports qualité/prix les plus bas de toute la région. La propriétaire sourit - parfois - salue - quand elle le doit - vous reconnaît - si vraiment elle vous voit - et paraît se ficher de toute considération commerciale. 
En conséquence, le lieu est dépourvu de piscine, de télévision, de Nutella, de climatisation, de musique d'ambiance, et la cave attenante, produisant selon certains experts de l'excellent vin, n'est ouverte que selon le bon vouloir des personnes concernées. Avouons-le : c'est un lieu que beaucoup de gens quittent avec soulagement, quand ils ne tournent pas les talons carrément scandalisés. 
Mais... cet endroit dispose quand même de quelques points en sa faveur : c'est un lieu où la vulgarité n'est jamais entrée et probablement ne pénétrera jamais. Un lieu à l'écart de toute mode, où l'attitude m'as-tu-vu ne saurait trouver à se justifier, où il est impossible de parader avec un SUV ou des vêtements griffés, où le parking accueille de vieilles Pandas aussi bien que des Volvo cabossées. Un lieu où tout est d'origine, sur les tables, sur les parois, pas question d'y afficher la moindre reproduction où que ce soit. Un lieu au calme souverain - qui n'est pas château royal pour rien - où l'herbe du parc semble ne jamais devoir rendre compte à aucun jardinier, où les roses, les tulipes et les muguets se déploient à volonté. Un lieu silencieux à l'abri des regards où l'on vous laissera lire durant de longues heures sans venir vous proposer la moindre consommation ou distraction. C'est un lieu à l'écart des grandes tendances du moment, où le wifi a parfois accès mais est rarement invité, où les mots "newsletter" et "mondialisation" n'ont pas leurs entrées. Dans ce lieu "jamais plus, jamais plus !" le stress n'entrera probablement jamais. C'est dans cet endroit souvent agaçant, suprêmement réconfortant, à l'abri des méfaits du temps, qu'il aime venir se reposer en observant le mouvement des nuages et l'envol des colombes et des papillons blancs.
 

mercredi 8 avril 2026

Vivre : tout bourgeonne dans les bois

 

Le luxe, le privilège absolu, c'est peut-être ça :
un jour qui se lève, des concerts, des chamois,
la nature en éveil - précieuse, généreuse, sage - 
quand ailleurs tout paraît raffut, cafouillis, fracas. 
 

mardi 7 avril 2026

Vivre : élégances urbaines

 
 
Enfants dessinant / Pablo Picasso / expo temporaire / Louisiana Museum / 2024
 
On le remarque tout de suite à son élégance rare. Cheveux noirs, mi-longs, balayés sur le côté, il se tient droit - ou du moins il essaie - basculant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. Un bandana bleu ciel autour du cou, un sweat-shirt bordeaux ample, très tendance, des jeans larges en coton beige retroussés sur ses All Star marine, il affiche un look décontracté. Une tenue idéale pour le week-end qu'on voudrait copier. Quand il finit par tomber, assis, sa couche-culotte couine. Sans se laisser démonter, il plante ses mains dans le gravier, et d'un geste de bascule se remet debout puis s'en va avec ses falzars légèrement plus foncés.
 
 
 

lundi 6 avril 2026

Vivre : still life / 193

 
 

 
Ma trousse de survie : format très moyen, peut transiter dans n'importe quel sac. Contient des médicaments pour trois jours renfermés dans une minuscule pochette japonaise. Fixées dans le tissu de la pochette : une aiguille avec du fil noir et une épingle de nourrice lilliputienne. Plus : une brosse à dents pliable assortie de son tube dentifrice miniature et de trois brossettes de taille différente. Un set de maquillage (rouge à lèvres, crayon à sourcils, ombre à paupières). Un mini couteau suisse (pourvu de ciseaux). Un double de la clef de la voiture de R. (précaution qui nous a sauvé une ou deux fois la mise). Un tout petit crayon IKEA. Un mini tube de protection solaire 50. Un sparadrap.
 
C'est tout. C'est tout ce dont j'ai besoin pour partir à l'aise. Dernièrement, dans un film, la jeune héroïne se préparait à sortir. Elle appliquait voluptueusement sur ses lèvres un joli rouge framboise. Puis, de l'index, elle s'est tapoté trois fois la lèvre inférieure et a terminé en pianotant  sur chacune de ses joues pour les colorer. Merveilleux : j'avais trouvé comment me passer d'une boîte à fard. La trousse s'est allégée.
 
 
 

dimanche 5 avril 2026

Vivre : investir au quotidien

 
 

Ceux qui ne font pas chaque jour quelque chose pour leur santé devront un jour consacrer beaucoup de temps à leur maladie
 
Vraie ou pas, la citation de Sebastien Kneipp me va : pas un jour sans qi gong ou sans yoga. Sans y passer trop de temps, sans enchaînements trop compliqués. Juste quelques mouvements basiques pour commencer la journée. L'autre matin, j'ai refilé une plaquette d'antidouleurs à un livreur en mal de lombaires. Il m'en restait un emballage quasiment inentamé et œuvrer comme livreur avec un dos lancinant est un enfer que je pouvais m'imaginer. Ce jour-là avaler un ou deux comprimés a été probablement la seule chose qu'il pouvait faire. En le regardant partir en grimaçant j'ai pensé à ce qu'en aurait dit le bon curé Kneipp : Ceux dont  le métier consiste à faire tous les jours des choses qui nuisent à leur santé auront pas mal de médicaments à avaler.  
 

samedi 4 avril 2026

Vivre : message personnel

 
Beltà intenta nella scrittura di una lettera / Kitagawa Utamaro / Museo arte orientale / Genova
 
 
Il y a les lettres envoyées. Et celles qu'on a préféré garder. Nettoyage de printemps dans mes papiers. Lire, avant de déchirer.
 
Parfois, je me demande à quoi tient ce mur de verre qui nous empêche de connaître les personnes qui nous sont (ou qui devraient, ou qui pourraient) nous être les plus proches. Qu'est-ce qui nous interdit de nous dire à ceux que nous aimons (ou pourrions être amenés à aimer) ? Qu'est-ce qui nous retient de nous raconter ? Le besoin de nous protéger ou le désir de protéger? La honte ? La peur ? Les convenances ? Qu'est-ce qui fait que l'on finit par se retrouver face à un mystère quand une personne proche vient à manquer ?
On se dit : on n'a pas pu (et on déroule tout un tas de bonnes raisons). On se dit : il a fallu s'éloigner. On se dit : la vie que nous souhaitions vivre nous a entraînés ailleurs. On se dit : c'était impossible ou trop difficile.
Pourtant, on garde au fond de soi comme un sentiment d'échec, ou la nostalgie de ce qui aurait pu être. On se met alors à échafauder des hypothèses.
Devant l'énigme que recèle le passé, il arrive que des écrivains fassent le travail. Ils ont fait à rebours le chemin des larmes et règlent ainsi d'une certaine manière leurs comptes avec ce qui s'est déroulé. Cela donne de beaux livres, qui nous touchent et nous font pleurer. 
Mais, entre le mur de verre et les beaux livres, je me demande toujours et encore : le vrai sens de la relation n'est-il pas de parvenir à se rejoindre, malgré les difficultés ? Se parler, se raconter. Le fait est, malheureusement, qu'on n'est pas seul/e dans l'histoire et qu'il faut être deux pour parvenir à communiquer et pour se (re)lier.
Bien sûr, il y a les lettres, et les écrits a postériori et tous les psys à qui ont a tout raconté. Les psys entendent tous les chagrins et toutes les griffures infligées à notre sensibilité. Les psys nous aident à comprendre et à avancer. Mais il y a ce pas qu'ils ne peuvent pas faire à notre place : le pas qui nous permet de nous expliquer et surtout de nous faire comprendre par les principaux intéressés.