dimanche 29 mars 2026

Vivre : les résolutions intérieures

 
Traversée du az-Zab-al-Kabir (Grand Kabir), près de Mossoul, Irak / 1935 / Anne-Marie Schwartzenbach
 
 La vie est compliquée.
Parfois terriblement compliquée.
Ta tâche essentielle : la simplifier.
Encore et toujours élaguer.
 
 

samedi 28 mars 2026

Vivre : prendre langue

 
Le couple de l'homme qui ne sourit jamais avec la femme qui sourit toujours / JM Folon
 
 
Les langues vont et viennent, vivent et meurent, bougent et se transforment. Il en va de même avec les expressions qu'elles portent. Pour leurs locuteurs, il s'agit de prendre ou de laisser, de rejeter et d'adopter pour s'adapter. L'autre jour, j'ai entendu pour la  première fois depuis longtemps : Tomber en désuétude. Adorable manière de dire le déclin, des choses, des attitudes, des mots. J'ai trouvé l'expression si jolie, que je me suis promis de l'utiliser à la première occasion. Voici donc chose faite. Ça m'a rappelé aussi : Tomber de Charybde en Scylla. Et encore : Tomber de haut. 
Depuis quelques lustres en revanche, les émojis ont le vent en poupe. Ils se multiplient comme des lapins et déjà pour éviter les impairs les dictionnaires bilingues s'avèrent nécessaires. En guise de messages, ou de commentaires sur certains sites, ils prennent beaucoup beaucoup de place. L'autre jour : pas moins de vingt cœurs, vingt fois deux mains en prière, quinze pouces levés, douze smileys, plus un papillon et une île (?!?) pour exprimer une réaction positive. Ils sont aussi populaires que la truffe et font le même effet : point trop n'en faut. Avec le trop de trop, l’écœurement guette, le pouce fatigue, le sourire flanche, les mains se lassent. Pourquoi tant produire ? Dans la plupart des cas, un cœur, un sourire, un merci ne peuvent-ils suffire ? 
Avec dix signes grand max, je peux en témoigner, on s'en sort très bien. On exprime sa tristesse, sa tendresse, sa sympathie, ses  remerciements, les remerciements de son chien, et, honte à moi, on écourte une discussion à laquelle sans cela on ne saurait comment mettre fin.
Bref, en un émoji comme en cent, quoi que tu dises, dis-le simplement. Tu n'y perdras pas grand chose et les data center, les lecteurs, le monde enfin, t'en seront infiniment reconnaissants. 
 
  

 

vendredi 27 mars 2026

Vivre : définir ses limites

 
Sposalizio della Vergine (dett.) / Girolamo da Cottagnola / Pinacoteca nazionale / Bologna
 
Tu te sens fatiguée. Tu te dis que tu devrais faire plus, mieux, encore, encore mieux, encore plus. Tu passes mentalement en revue toutes les tâches qu'il te reste à accomplir - une liste longue comme un bras - et tu n'en reviens pas de ne désirer que le fond de ton fauteuil parsemé de flocons et de quelques chants d'oiseaux. Ne cherche pas : le stress t'a vaincue. Arrête. Respire. Tais-toi. Pas un mot, pas un centimètre de plus.
 
 
 

jeudi 26 mars 2026

Vivre : la neige qu'on attend

 



Les busards tournent autour de la maison. La maison tremble, s'agrippe, à deux doigts de s'envoler au diapason. 
Les vents se déchaînent, Bise, Joran, tous leurs tourments. Les couleurs s'enchaînent, turquoise, céladon, argent. 
La vie au-dedans se déploie aussi indolente qu'au-dehors violents se font les soufflements : paisiblement, on attend.
 

mercredi 25 mars 2026

Voyager : Bologne en boucle

 

 
Il y a des lieux, on s'y sent chez soi. Bologne me fait depuis toujours cet effet-là. C'est une ville qui stimule, qui remue, qui inspire, qui te fait ouvrir les yeux plus grands, qui te fait sourire à des tas de gens, très différents : des étudiants, des marchands, des passants, des jeunes, des vieux, des petits, des grands. C'est une ville très belle et très sale, où la classe côtoie sans cesse la crasse et précisément au moment où l'on voudrait détourner le regard on se retrouve face à une noble arcade ou à un médaillon flamboyant. 
 
 
C'est une ville désinvolte, qui vit et tient absolument à laisser vivre. Sur les façades, les murs, les colonnes, on trouve des banderoles, des graffitis, des slogans. Une ville où il y a de la place pour tous, où les gens semblent toujours disposés à entrer en relation. Bourgeoises aux vêtements  griffés, mendiants, jeunes militantes récoltant des fonds pour des médicaments, tous communiquent, interfèrent, se parlent, s'expliquent, s'interrogent, se répondent, se sourient tout naturellement. Ce n'est pas une ville d'esquive ou d'exclusion. C'est une ville de pulsion.
 

 

 
Traversant le quartier universitaire au pas de course, l'autre jour, j'ai longé toutes sortes de bistrots alternatifs, leurs terrasses africaines ou méditerranéennes nichées sous les arcades, où devisaient des filles dégustant des pâtisseries au taux de sucre indécent, où argumentaient des garçons qui se roulaient des cigarettes en insistant paisiblement sur leurs arguments. Après un repas des plus décontractés à Sale grosso, nous avons dû presser le pas - hélas - pour atteindre la pinacothèque saluer quelques visages très chers, avant de repartir en arrière plonger dans les ruelles du Quadrilatero, où vraiment - vraiment - trop de tentations nous attendaient. 
 

Écartelés, pressés, exténués, les bras chargés, nous avons finalement dû quitter la ville, ses chiens et ses enfants, le coeur serré, en programmant mentalement notre prochaine virée.
 


mardi 24 mars 2026

Vivre : time is money

 
Die Steuereintreber (détail) / Quentin Massys / Lichetenstein Museum
 
"Le temps, c'est de l'argent". Je me suis toujours méfiée de cette formule. Tout devrait-il être monnayé ? Tout devrait-il être investissement et productivité ? Et pourtant, c'est mon temps, mon précieux temps qui me donne la valeur de ce que je veux et de ce que j'attends. Si le temps n'est pas de l'argent, c'est de l'or assurément. Mon temps est l'unité de mesure qui m'indique ce qui vaut la peine ou non. Pas question de le perdre dans certaines relations, dans certains conflits, dans certaines ruminations. La valeur temps, je m'y réfère sans cesse pour savoir ce que je refuse et ce que je prends, ce que je donne et ce que j'accorde généreusement.
 
 
 

lundi 23 mars 2026

Vivre : à la conquête du lâcher-prise

 
Visage de la Madone (dett. Pala dei Muratori) / Maestro Pala dei Muratori / Pinacothèque / Bologne


Aux prises avec le réel, bonheurs et tristesses entremêlées,
bonheurs choisis, tristesses subies, avoir prise sur les uns,
si peu sur les autres, constater dans le monde tant d'avanies
et dire que la vie sur cette planète pourrait être si jolie...