Tous les matins au réveil une seule obsession : plonger
... MaGARi!
27 juin 2026
26 juin 2026
Vivre : interventions et cicatrisations
Christus und Magdalena im Hause des Pharisäers Simon, 1752 (détail)
Giovanni Domenico Tiepolo / la Residenz / Würzburg
Giovanni Domenico Tiepolo / la Residenz / Würzburg
Ce ne devait être qu'une banale intervention. Deux boules de graisse sur une patte avant. Trois fois rien. Le rendez-vous pour le retrait des fils avait été fixé dans la foulée. Il fallait compter une dizaine de jours. Trois fois rien vraiment. Mais! C'était compter sans son indéniable créativité, sa remarquable vitalité. Sa capacité à mordre violemment la collerette censée protéger la plaie de ses bactéries salivaires. Son aptitude à tromper notre attention et à sauter sur un mur d'un mètre vingt (faisant ainsi sauter les fils une première fois et nous obligeant à passer quatre heures un dimanche dans des urgences non climatisées). Comment il a réussi à déchirer les seconds points de suture, impossible de le savoir. Cela restera une énigme. Comment il a été capable, de retour de chez sa vétérinaire, en à peine une demi-heure, de déchiqueter le pansement en trois couches qu'elle avait mis trente minutes à solidement emballer, autre mystère. Il n'a cessé, pendant un mois, de nous étonner, de nous stupéfier par ses capacités à se défaire obstinément de ce qui était mis sur pied pour l'aider à cicatriser.
J'ai démembré plusieurs chemises de R. pour lui fabriquer au moyen des manches des protections destinées à prévenir les méfaits de sa salive. Un matin, au réveil, j'ai retrouvé le manchon par terre et sa plaie à nu, parfaitement délestée des vingt-deux agrafes qu'on lui avait apposées la veille. Il y avait devant moi le chien, le manchon, une plaie ouverte sur plusieurs centimètres, mais pas une seule agrafe en acier que sa soignante s'était décidée à lui poser avec une application exemplaire. Je me suis inquiétée, mais apparemment son tube digestif est tout à fait en mesure de retraiter ce genre de denrée. Il était en pleine forme. Il voulait juste qu'on le laisse jouer, sauter, gambader en toute liberté. Un troisième vétérinaire l'a fermement ragrafé. Hier, enfin, nous sommes retournés au cabinet pour le retrait des quatre dernières attaches métalliques. Naturellement, les trois premières sont parties aisément. Pour la dernière, il a fallu aller chercher du renfort et la pince spéciale pour extraction de broches, car elle ne voulait pas céder.
Il commence à être connu là-bas comme le loup blanc. Il fait copain copain avec toutes les assistantes qui l'adorent. Quand j'ai demandé en plaisantant au véto s'ils accordaient des bons de fidélité, genre la onzième consultation gratuite, il nous a offert la séance. Il faut dire qu'en un mois nous sommes devenus d'excellents clients. Tout cela est très sympathique. Ils sont tous extrêmement sympathiques. Mon chien est terriblement sympathique. Mais cette banale intervention, quelle plaie!
25 juin 2026
Vivre : cinq heures au clocher
Tous les matins, nous nous levons à tâtons. Nous attendons pour nous engager que le jour nous permette de voir où nous posons pattes et pieds (un ver de terre, un escargot sont si vite écrasés). Nous veillons à ne rien éveiller, ne rien déranger. Sur le chemin, nous entendons les premiers oiseaux chanter. La biche ou le renard que nous allons croiser sont bien plus discrets, farouches même importunés, ils passent, on dirait des fantômes, des ombres que la nuit a oubliées. Je tends l'oreille à ses griffes caressant les graviers, à quelques noyaux sous mes souliers. Il y a en surplomb de notre trajet deux grands arbres enlacés, aux feuillages entremêlés. Impossible de passer devant ces vénérables sans leur faire révérence : ce sont des sages qui nous protègent. Respect.
C'est l'heure des essences et de l'essentiel. Les tilleuls capiteux invitent à chavirer. La lavande que je pince du bout des doigts avant de la humer, m'apporte, j'en suis sûre, équilibre et santé. Déjà, les papillons voltigent, les insectes s'affairent autour des tiges, prendre garde à ne pas les importuner Les prés embaument. Ils sentent le foin, les herbes fraîches, la camomille froissée. Quelques vagues relents d'ail des ours en train de trépasser.
Plus bas, c'est tout à coup un branle-bas de combat : une dispute féroce entre deux chats. Mon compagnon n'a cure de ces hostilités : bien trop occupé à renifler. Le premier train traverse le village et fend l'air comme une fusée. Des branches s'agitent. Un store se lève. Quelqu'un éternue. Sur la route une voiture s'est engagée.
Nous avons effleuré, senti, flairé. Nous avons pris nos marques pour la journée. Il fera chaud. On le sait. Dans douze heures exactement, ce sera le dernier tour et les degrés auront doublé. Entre temps, profitons, profitons encore, du lac, des ombres, des promesses d'un jour à inventer.
24 juin 2026
Vivre : asanas
Eloge de la transgression / Philippe Ramette / Cours Cambronne / Nantes
Si un matin tu ne te souviens pas de faire ton yoga, tes genoux, eux, veilleront à ce que tu ne l'oublie pas.
23 juin 2026
Vivre : souvenirs souvenirs
Femme aux mains jointes (étude pour les demoiselles d'Avignon / 1907) / Pablo Picasso / Musée national Picasso-Paris
Chose étrange que la mémoire : la perdre est dramatique.
Mais la retrouver, entre dénouements et solutions, entre
interrogations et confusions, est parfois tout aussi problématique.
22 juin 2026
Manger : questionnements gourmands
Pourquoi ? Pourquoi suivre des recettes à la lettre quand on peut faire un pesto maison, sans parmesan mais avec des amandes (moulues) dedans ? Pourquoi ne pas tenter de glisser quelques feuilles de menthe entre les tiges de basilic, juste pour voir, juste pour goûter ? Pourquoi ne pas saupoudrer ces pâtes de fines tranches de courgettes tranchées à la mandoline et dorées dans une belle huile presque aussi verte que les bouquets broyés ? Pourquoi devrait-on toujours tout prendre pour argent comptant, ingurgiter tout ce qu'on tente de nous faire avaler ? Pourquoi emprunter toujours des chemins balisés ?
21 juin 2026
Vivre : un allié pour la vie
Horloge / place Saint-Marc / Venise
Le temps : une donnée essentielle, à ne pas perdre, à ne surtout pas gaspiller,
richesse première à savoir trouver, prendre (à volonté) et se donner (en toute liberté),
que personne ne doit nous voler. Quant à le tuer ou à le tromper, quelle navrante réalité !
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