24 oct. 2026

Vivre : reprendre soufle

 
Mausolée de Galla Placidia / au fond : symbole de Saint-Marc et deux apôtres / Ravenne
 
La folie du monde. Elle est partout. Comment ne pas y être confronté, à moins de vivre au sommet d'une montagne - et encore ! - ou replié chez soi, réfugié dans l'entre-soi ? Trouver alors l'équilibre entre cette folie et les moments de récupération. Parce qu'on ne peut pas se soustraire à toute nuisance, il est urgent de pouvoir profiter de tout instant de beauté, de grâce. S'exercer comme des équilibristes à perdre et à retrouver la qualité de vie à laquelle on aspire. Oui : devenir de véritables artistes dans le grand cirque dont on fait partie.

23 oct. 2026

Vivre : soupirs soupirs

 

Il y a eu la "belle saison". Il y a eu la saison trop longue des fournaises répétées. Il y a eu tous ces mois où les valises et les vélos des touristes n'ont cessé de circuler (savent-ils, quand ils déboulent, braillards et jubilants, combien de gens partent se terrer?) 
Et puis, tout à coup, voici les derniers bateaux partant hiberner, voici les rives désertées, au coeur du silence comme un sentiment de vérité retrouvée. Dans ce précieux isolement, laisser les leçons de ces derniers mois ressurgir, laisser la vie, la vraie, tutoyer les canards et les cygnes rassemblés. 
 

Vivre : tableau d'une exposition

 

 
En arrivant, je me suis demandé si l'exposition serait très fréquentée.
Je n'avais pas franchi le seuil que la réponse m'était fournie.
 

22 oct. 2026

Vivre / Voyager : rentrer et trouver la pluie

 
Kirghize nomade avec aigle, capuchon de cuir et gant / Ella Maillart / 1932 / URSS
 
 Maintenant, je sais avec une certitude absolue pourquoi l'on voyage :
afin de se trouver soi-même.
Ella Maillart 
 
Rentrer, à l'automne, c'est particulièrement complexe. Partir, c'est rentrer avec des stimuli, des invitations à changer de focale, à repenser sa vie, à la remettre en questions. On a le regard décapuchonné par des expériences et des rencontres, et, s'il arrive de se dire "c'est vraiment pas mal ici", souvent on réalise que cela pourrait être autrement, ou mieux, comme on l'a pressenti ailleurs. 
On lance une machine ou deux. On fait face à la suite des jours. On métabolise cette autre vie qui s'est rappelée à notre souvenir. On trie. Les sensations. Les photographies.
 

21 oct. 2026

Vivre : pour la galerie

 
Monumenta / Anish Kapoor /Paris / 2011
 
Elle dit que sa vie a changé depuis près d'une année. Elle avait découvert Instagram à l'âge de 17 ans et en est très vite devenue accro durant toutes ses études universitaires. Heureusement, entretemps, elle avait refusé TikTok et Snapchat, mais elle s'est rendu compte que petit à petit sa vie tournait autour de l'obsession de produire de belles images, puis de se soucier du nombre de réactions reçues (voire, ô horreur, du manque d'approbations constatées). 
Un jour, elle est partie faire un voyage lointain avec son compagnon, dans un pays très beau, elle y a découvert des paysages hallucinants de splendeur et c'est alors qu'elle a réalisé une chose très simple qui ne l'avait encore jamais frappée : durant ce voyage - et quoi qu'elle ait pu entreprendre - elle n'était jamais seule, ou jamais en tête à tête avec son ami. Ils étaient toujours trois : le monologue intérieur Instagram s'invitait à leurs soirées, à toutes leurs visites. Elle ne cessait de cadrer la réalité, les lieux en se demandant ce qui pourrait plaire. 
A son retour, elle a reçu relativement peu de réactions à propos d'un lieu stupéfiant, le plus merveilleux monument qu'elle ait jamais admiré. Très étonnée, elle a commencé à s'interroger. D'abord, elle s'est remise en question, puis elle a décidé de prendre le temps d'une réflexion. Elle a soudain vu que sa vie tournait autour de l'approbation de personnes qu'elle ne connaissait pas, qu'elle n'avait jamais vues. Des êtres invisibles très présents dans sa vie.
Elle a décidé de prendre un mois sabbatique. Elle a supprimé Insta de son téléphone pendant trente jours.  Ce genre de décision peut avoir des effets redoutables : elle a constaté qu'elle pouvait vivre pour elle, penser par elle-même, apprécier son travail pour le plaisir qu'il lui procurait. Il y a eu une prolongation d'un mois, puis de deux, puis d'un troisième. Maintenant, depuis une année elle vit sans l'application. Certes moins reconnue, moins approuvée (par qui?) mais beaucoup plus présente à tous les éléments  de sa vie.
Sa philosophie : "Même sans Insta, ça va". Qu'ajouter à cela ? Insta, pourquoi pas ? A condition de bien savoir pour qui et pour quoi. Surtout : pour quoi.
 

20 oct. 2026

Vivre : nos trésors intérieurs

 
 
Saint Jean Évangéliste apparaît à Galla Placidia (détail) /Niccolò Rondinelli / Museo Nazionale / Ravenna

Notre vie, si belle, si brève,
et tant d'appels à perdre
notre précieux temps... 
 

19 oct. 2026

Vivre : trop plein

 
Madonna con bambino e santi (dett.) / Michele Giambono / Pinacoteca / Fano
 
Dans l’œnothèque où l'on arrive pour choisir quelques bons vins, c'est le branle-bas de combat. Des bouteilles partout. Sur les présentoirs, sur des étagères, sur le comptoir, dans les couloirs, par terre. Des cartons éventrés, des chariots pleins à craquer, des promotions exhibées. On hésite soudain comme si trop de vin tuait chez l'amateur le désir du vin. Toute la production de cette région semble avoir déboulé dans le magasin. La propriétaire émerge d'une pyramide de magnums. Elle se dit épuisée. C'est le jour de l'inventaire et dès demain on exposera l'offre de Noël : de grands crus, des paniers garnis et des sélections primées qu'on vient de leur livrer. 
Stupéfiant: la saison touristique vient à peine de se terminer, une brise légère souffle sur les plages dorées et voici qu'on voudrait déjà nous entraîner dans les fêtes de fin d'année. Quand donc ces gens prennent-ils le temps de récupérer ? Ici, les affaires marchent. Très bien. Trop bien peut-être. Ils ont de quoi rouler en BMW, ils pourraient se permettre de ralentir, de savourer, mais ils continuent de s'agiter.
Deux hommes, penchés sur l'inventaire, trimant sur des montagnes de chiffres délurés, lèvent la tête avec des regards de noyés. On voudrait leur dire "stop". "Prenez le temps". "C'est votre vie que vous dépensez sans compter". Mais on s'en va dare-dare avec un carton sous le bras rejoindre la mer, ses chants et ses galets tandis qu'ils replongent dans leur gestion démesurée.