samedi 28 février 2026

Vivre : des trésors à portée de soi

 
Installation JM Othoniel / Château Lacoste / Le Puy Sainte Réparade
 
 
 Le monde, de plus en plus fou, de plus en plus complexe,
 heureusement, les arbres...
plus tu cherches à tout ce chaos un sens et plus celui-ci t'échappe 
heureusement, les arbres...
à n'y rien comprendre, à en perdre son latin et tout le reste
 heureusement : les arbres...
 
 

vendredi 27 février 2026

Voir / Entendre : les filles épicées

 

 

Quand j'ai vu pour la première fois "Les Feuilles mortes", en septembre 2023, je me souviens être sortie de la séance vaguement déçue. Je n'avais retrouvé dans ce film ni la beauté lacérante de "l'Homme sans passéni la profondeur humaniste de "L'autre Côté de l'Espoir". Bref, j'étais rentrée en me demandant ce qui avait pu lui valoir le prix du Jury à Cannes  et je l'avais relégué aux oubliettes. 
Mais, hier soir, en suivant les parcours d'un homme et d'une femme sans âge, deux êtres cabossés qui traînent derrière eux un passé lourd et doivent se coltiner une vie de précarité, j'ai été immédiatement conquise. Il est question à la fois d'une narration ancrée dans l'actualité (les nouvelles de la guerre d'Ukraine sont relayées par les transistors qu'écoutent les personnages et ajoutent à leur tristesse) et en même temps il pourrait s'agir d'une histoire intemporelle, une histoire d'amour entre deux solitaires, avec des décors issus des sixties, des dialogues minimalistes, des travailleurs exploités et des présences fascistes. Tout concourt à rappeler les grands classiques du cinéma, dont on aperçoit les affiches derrière nos anti-héros se retrouvant de manière répétée devant une salle : le néo-réalisme italien, les films de Godard, les références à Charlie Chaplin, et soudain ce scénario épuré m'est apparu comme terriblement original et poignant.

Enfin, ce qui caractérise cette œuvre, c'est le fait que les chansons et la musique occupent autant de place que les dialogues pour soutenir la trame. A la fin du générique, je suis allée chercher qui sont les deux filles qui chantent une mélodie entêtante et mélancolique dans le bar où Holappa, le protagoniste alcoolique, écluse son spleen en fin de soirée. C'est ainsi que j'ai découvert le groupe Maustetytöt  (Spice Girls en finnois ) constitué des sœurs Kaisa et Anna Karjalainen, qui avaient déjà connu un certain succès en Finlande quelques années avant le tournage et auxquelles Kaurismaki a fait appel pour participer à l'illustration sonore des Feuilles mortes. Depuis, cette mélodie toute simple, aux paroles saisissantes ne cesse de ramener les images du film à ma mémoire. 
 

jeudi 26 février 2026

Vivre : faire place au présent

 
 
Méditation en cobalt / 1997 / Fabienne Verdier / Musée Cernuschi / Paris

 
L'art de l'essentiel :  de tous les arts, probablement le plus difficile
 
 
 
 

mercredi 25 février 2026

Vivre : c'est une journée...

 

... c'est une journée à se lever de bonne heure, de très bonne heure, à l'appel d'un oiseau - lequel? - vigoureux, déterminé, une véritable assignation à se lever, relayé par une multitude d'autres volatiles, des étourneaux, des mésanges, des merles, des pics épeiche, une journée à bondir, à obtempérer. 
C'est une journée à foncer dans ses bottes, droit devant, suivant le chien impatient, qui piste et qui trace, qui s'immobilise et lève sa truffe, qui repart en arrière, qui reprend en avant, qui suspend sa marche, patte levée, qui attend. Une journée à observer le jour qui pointe et se déploie en bleu, en or, en orange. 
Une journée qui impose ses conditions : pas question de trop traîner. Il faut partir. Il faut déguerpir. S'en aller à la découverte. Plus loin, très loin, juste après avoir salué du regard le pêcheur dans sa barque, déjà tout affairé, et le Jura flamboyant, et les traînées abricots sur fond mauve persan des avions impatients. C'est une journée ambitieuse qui ne souffre aucune hésitation, aucune rumination, aucune désolation. Une journée à impulsions.
Alors, on s'élance, on court au-devant des Alpes, on se métisse des salades, on se détourne de la médiocrité, on démêle des écheveaux, on reconstruit des projets. C'est une journée qui scintille, qui dore, qui brille. La lumière y est vive. Les sons articulés. C'est une journée à satiété. C'est une journée qui impose à elle-seule l'essence de l'été. 
 
 

mardi 24 février 2026

Vivre : le dernier des Mohicans

 
 
Portrait de Francesco Querini / Palma il Vecchio / Fondazione Querini-Stampalia / Venezia
 
 
Il porte tous les jours un costume trois pièces en velours côtelé. Il lève par-dessus ses lunettes cerclées d'or un regard délavé. Quel que soit le sujet qu'on aborde devant son guichet, il se termine toujours avec lui par une citation de Goethe ou de Nietzsche. Il dit que la confirmation, il demandera à son collègue de nous l'envoyer : les messages électroniques, il ne sait pas comment on fait.
 
 

lundi 23 février 2026

Vivre : love me, love me tender!

 
Femme nue debout / Vilhelm Hammershøi / SMK / Copenhague
 
Elle veut être aimée. Elle veut absolument être aimée. Et aussi admirée. Avec le temps, elle a asséché tout son entourage de proximité. Dans sa vitrine, elle s'affiche douce, perspicace, étoilée, une parfaite que tout le monde rêve d'apprivoiser. Elle est admirable, cumule les efforts pour tout contrôler, mais à force d'efforts justement - toutes ces sucreries à exhiber, toutes ces démonstrations de bonté, tant de perfection tant de bouquets - elle se retrouve enfermée, serrée serrée, dans ce rôle d'amie parfaite qu'elle s'est inventé. 
Le soir, au coucher, le doute la saisit face au silence de la nuit. Dans son miroir elle se voit ridée. Elle entend au loin ses voisins crier. La réalité la frappe dans toute sa médiocrité. Alors, elle s'empare de son meilleur ami, écran écran magique, dis-moi aujourd'hui qui est le plus likée, elle tremble, elle s'accroche, elle espère, soudain de battre son cœur s'est arrêté. Mais enfin : une lumière dans le noir, l'écran a réagi, trois mots, deux exclamations, et, par la grâce du copié-collé, toute une pluie d'émojis... la voici qui revit.
 
 
 

dimanche 22 février 2026

Vivre : dimanche, 6h36

 



 
superbes dans la nuit, les chants nous inventent un printemps