samedi 14 mars 2026

Vivre : choisir son camp

 
 
Bildnisstudie  einer jungen Dame / Sir Jushua Reynords / KHM / Wien


Hier, je devais appeler E. pour trouver un arrangement suite à un contretemps survenu le matin même. J'ai réalisé que je craignais de ne pas réussir à me faire comprendre. Je me préparais avec dans ma tête des constructions grammaticales semblables à des pelotes emberlificotées. Vous voyez...vous comprenez... Finalement quand j'ai eu E. au bout du fil, elle m'a dit : c'est ok, je vous propose deux alternatives (des alternatives tout ce qu'il y avait de plus sympa, E. s'est révélée la plus cool des personnes). Au bout du compte, la solution trouvée était encore meilleure que celle d'avant le contretemps.  
 
Il y a des gens orientés "solutions" et il y a des gens orientés "problèmes". Tout  le monde le sait. Mais parfois, je le constate, j'ai le don de me créer des scénarios catastrophe. Le plus drôle, c'est que je suis consciente d'anticiper toutes sortes de complications qui n'existeront peut-être pas. Or, pourquoi ne pas adopter d'emblée une  attitude positive ? pourquoi ne pas agir tout le temps comme si les interlocuteurs allaient appartenir au camp des adorables simplificateurs ?
 
(je sais bien... les incapables, les grincheux, les mal lunés... mais... pourquoi tenir compte en priorité de ces gens-là ? n'est-ce pas leur accorder trop de pouvoir ? il sera toujours temps de se colleter avec leurs incompétences quand elles auront émergé...)
 

vendredi 13 mars 2026

Vivre : le sens de la gratuité

 

 
 
Donne par besoin ou par plaisir.
Mais n'attends jamais rien en retour.
Et prends de même (besoin, plaisir)
sans jamais rien devoir en retour. 
 
 
 
 

jeudi 12 mars 2026

Vivre : dix heures quinze, numéro onze, premier étage

 
Il famacista (o il dentista) / Pietro Longhi / Gallerie dell'Accademia / Venezia
 
 
Tout compte fait, il n'y avait rien de si difficile : 
pendant trois heures garder la bouche bien ouverte,
respirer et le laisser traiter le problème à la racine.
 

mercredi 11 mars 2026

Vivre : slaloms

 
 
Spider Couple / Louise Bourgeois / Musée Louisiana / Humlebaeck
 
Une compétence à conquérir et à consolider sans cesse : détecter les toxiques et les éviter comme la peste
 
 
 

mardi 10 mars 2026

Vivre : la puissance des fleurs

 

 
Il y a des jours, face au monde et aux nouvelles, exaspérés, indignés, on a envie de lever les yeux au ciel. On élève le regard et... là... là, on aperçoit les fleurs, de simples et extraordinaires fleurs. Des présences, des voiles, des mouchoirs, des mains tendues par les arbres pour consoler nos cœurs. Les fleurs sont toujours les mêmes, d'année en année, toujours les mêmes couleurs. Pendant longtemps, on a trouvé normal, tellement normal qu'au sortir de l'hiver, les branches nous offrent ces fleurs et que leurs pétales s'imposent sur le ciel enchanteur.
Maintenant, on s’extasie devant la ténacité de ces fleurs, devant leur insistance à tenir toujours le même langage, affirmant encore et encore la nécessité de la douceur.

 

lundi 9 mars 2026

Vivre : Still life / 190

 
 

 
Il fait beau. Il fait trés très beau. Cela pourrait me donner une folle énergie : jardiner, astiquer, bricoler, tant de choses à faire pour toute la maisonnée. Au lieu de quoi, je passe de longues après-midi allongée à lire ou à observer la forêt. Rien faire me paraît la plus saine et la plus adéquate des occupations. Car rien faire ce n'est pas rien. C'est une sacrée compétence, qui permet au corps de se reposer, à l'esprit de divaguer, aux idées d'aller et venir en toute liberté. Aujourd'hui, j'ai rêvé d'un départ dans un lieu béni des dieux dont le calme saurait m'enchanter et je me suis souvenue d'un des plus jolis moments de l'année 2025 : c'était à la fin d'un repas à La Cerqua, un repas tout en harmonie et en simplicité, des légumes du jardin, une mamma en cuisine, un poêle en fonte pour tempérer. Au moment de régler l'addition, je leur ai fait remarquer qu'ils n'avaient pas pris en compte le café (une minuscule moka usée apportée à table et versée dans un dé à coudre, un défi au monde unifié des capsules et des multinationales). Non, non, le café est offert, m'a-t-on répondu, et ce présent fut la meilleure manière de clore la soirée.
Rien faire et me souvenir d'une cafetière ont été aujourd'hui mes principales activités.
 
 
 

dimanche 8 mars 2026

Vivre : des champignons et des hommes

 
 
paysage des Langhe
 
On trouve désormais du « brie fourré saveur truffe » chez Lidl, de la mayonnaise à la truffe chez Monoprix, et des gougères à la truffe blanche chez Leclerc. Il n’y a que la truffe qui ne soit pas à la truffe, puisque l’invasion est surtout celle de la « saveur truffe », voire, pire, de l’« aromatisé à la truffe ». Dans le cycle de vie du luxe – rare, envié, copié, saturé, ringardisé –, que le saumon fumé a déjà connu, le « à la truffe » entame sa grande glissade et c’est la revanche des anti-truffe, désormais autorisés à dénoncer sa saveur qui écrase tout.
 
Il y a vingt ans, un jour dans les Langhe, notre voisin agriculteur qui aimait partir à l'automne sillonner la campagne avec le petit roquet qu'il avait patiemment dressé, a sonné chez nous  pour nous inviter au restaurant. Il tenait dans une boîte Tupperware quelques cailloux blanchâtres à l'odeur entêtante qu'il nous a présentés fièrement. Nous avons ce soir-là mangé l'intégralité d'un simple (et délicieux) repas piémontais sur lequel le gérant râpait abondamment les fameux champignons. Nous avons tout dégusté et chaudement remercié le voisin pour sa générosité. Je crois que ce soir-là j'ai avalé assez de truffe pour des décennies.
Je n'aime pas trop cet Tuber magnatum. C'est un peu comme le choux de Bruxelles ou le vin jaune, si je dois, je ne refuse pas, mais je ne vais pas m'empresser d'en demander. Quand j'ai parcouru hier l'article du Monde sur l'omniprésence de la truffe dans l'alimentation, ingrédient luxueux dont l'invasion vire à la saturation, je me suis sentie moins seule. Je dois dire que la déferlante de truffes qu'on trouve dans le commerce me stupéfie (y a-t-il vraiment dans nos sols autant de truffes que cela ? ). De  plus, le cérémonial que font certains dans les restaurants aurait tendance à me faire rigoler : arrivée du serveur avec trois cailloux sur un plateau de cristal, une précieuse balance pour mesurer au plus juste le gramme acheté, regards silencieux et scrutateurs de la tablée, des paroissiens à l'heure de la communion ne seraient pas plus concentrés. 
Dans ces  moments, je me demande : Qu'est-ce qui se cache donc derrière l'effet "truffe" de notre alimentation ? Quels besoins est donc censé assouvir ce malheureux champignon ? La chronique (savoureuse) de Guillemette Faure aide à répondre à la question.