vendredi 27 mars 2026

Vivre : définir ses limites

 
Sposalizio della Vergine (dett.) / Girolamo da Cottagnola / Pinacoteca nazionale / Bologna
 
Tu te sens fatiguée. Tu te dis que tu devrais faire plus, mieux, encore, encore mieux, encore plus. Tu passes mentalement en revue toutes les tâches qu'il te reste à accomplir - une liste longue comme un bras - et tu n'en reviens pas de ne désirer que le fond de ton fauteuil parsemé de flocons et de quelques chants d'oiseaux. Ne cherche pas : le stress t'a vaincue. Arrête. Respire. Tais-toi. Pas un mot, pas un centimètre de plus.
 
 
 

jeudi 26 mars 2026

Vivre : la neige qu'on attend

 



Les busards tournent autour de la maison. La maison tremble, s'agrippe, à deux doigts de s'envoler au diapason. 
Les vents se déchaînent, Bise, Joran, tous leurs tourments. Les couleurs s'enchaînent, turquoise, céladon, argent. 
La vie au-dedans se déploie aussi indolente qu'au-dehors violents se font les soufflements : paisiblement, on attend.
 

mercredi 25 mars 2026

Voyager : Bologne en boucle

 

 
Il y a des lieux, on s'y sent chez soi. Bologne me fait depuis toujours cet effet-là. C'est une ville qui stimule, qui remue, qui inspire, qui te fait ouvrir les yeux plus grands, qui te fait sourire à des tas de gens, très différents : des étudiants, des marchands, des passants, des jeunes, des vieux, des petits, des grands. C'est une ville très belle et très sale, où la classe côtoie sans cesse la crasse et précisément au moment où l'on voudrait détourner le regard on se retrouve face à une noble arcade ou à un médaillon flamboyant. 
 
 
C'est une ville désinvolte, qui vit et tient absolument à laisser vivre. Sur les façades, les murs, les colonnes, on trouve des banderoles, des graffitis, des slogans. Une ville où il y a de la place pour tous, où les gens semblent toujours disposés à entrer en relation. Bourgeoises aux vêtements  griffés, mendiants, jeunes militantes récoltant des fonds pour des médicaments, tous communiquent, interfèrent, se parlent, s'expliquent, s'interrogent, se répondent, se sourient tout naturellement. Ce n'est pas une ville d'esquive ou d'exclusion. C'est une ville de pulsion.
 

 

 
Traversant le quartier universitaire au pas de course, l'autre jour, j'ai longé toutes sortes de bistrots alternatifs, leurs terrasses africaines ou méditerranéennes nichées sous les arcades, où devisaient des filles dégustant des pâtisseries au taux de sucre indécent, où argumentaient des garçons qui se roulaient des cigarettes en insistant paisiblement sur leurs arguments. Après un repas des plus décontractés à Sale grosso, nous avons dû presser le pas - hélas - pour atteindre la pinacothèque saluer quelques visages très chers, avant de repartir en arrière plonger dans les ruelles du Quadrilatero, où vraiment - vraiment - trop de tentations nous attendaient. 
 

Écartelés, pressés, exténués, les bras chargés, nous avons finalement dû quitter la ville, ses chiens et ses enfants, le coeur serré, en programmant mentalement notre prochaine virée.
 


mardi 24 mars 2026

Vivre : time is money

 
Die Steuereintreber (détail) / Quentin Massys / Lichetenstein Museum
 
"Le temps, c'est de l'argent". Je me suis toujours méfiée de cette formule. Tout devrait-il être monnayé ? Tout devrait-il être investissement et productivité ? Et pourtant, c'est mon temps, mon précieux temps qui me donne la valeur de ce que je veux et de ce que j'attends. Si le temps n'est pas de l'argent, c'est de l'or assurément. Mon temps est l'unité de mesure qui m'indique ce qui vaut la peine ou non. Pas question de le perdre dans certaines relations, dans certains conflits, dans certaines ruminations. La valeur temps, je m'y réfère sans cesse pour savoir ce que je refuse et ce que je prends, ce que je donne et ce que j'accorde généreusement.
 
 
 

lundi 23 mars 2026

Vivre : à la conquête du lâcher-prise

 
Visage de la Madone (dett. Pala dei Muratori) / Maestro Pala dei Muratori / Pinacothèque / Bologne


Aux prises avec le réel, bonheurs et tristesses entremêlées,
bonheurs choisis, tristesses subies, avoir prise sur les uns,
si peu sur les autres, constater dans le monde tant d'avanies
et dire que la vie sur cette planète pourrait être si jolie...
 
 

dimanche 22 mars 2026

Vivre : Still life / 192

 

 
Sans transition, là-bas, les panettoni s'étaient envolés tandis que des milliers de colombes se retrouvaient à présent perchées au-dessus des comptoirs, des rayons, des présentoirs, y faisaient leur nid, raisins, amandes, chocolat noir, fruits confits, comment résister à ces migrations de saison, comment ne pas s'intéresser de près à tous ces volatiles et leur offrir un - très provisoire - abri ?
 
 

jeudi 19 mars 2026

Habiter : bobolangue

 
 

 
Dans ce quartier branché, aux trottoirs astiqués, aux trottinettes étincelantes, aux enfants dûment munis de brosses à dents et de bâtonnets de carottes pour le goûter, aux cafés littéraires proposant latte macchiato et thé vert poire litchi, le magasin qu'on appelait boulangerie, qui vend maintenant exclusivement des pains complets bio (avec mention d'éventuels allergènes) s'appelle "Urban Bakery". Évidemment ! Que cela est bien dit !