lundi 19 novembre 2018

Vivre : l'air du temps



Dernières coquetteries des arbres dépouillés,
dernières danses larmoyantes, dernières boucles ambrées,
les feuilles tremblent, valsent comme des papillons affolés.

dimanche 18 novembre 2018

Regarder : vingt-quatre heures à Besançon

Intérieur du musée / Sainte-Cécile / Ecole bolonaise / MBAA

Vendredi matin, le périmètre était bouclé. Beaucoup de magasins n'ont pas vu leurs employés, ni leurs clients arriver : le président venait inaugurer.
Vendredi après-midi, on entendait des coiffeuses tout excitées, des serveuses se réjouir d'y retourner : on sentait dans les rues et dans les discussions la fébrilité monter. Tout le monde demandait : allait-on y aller?
Vendredi soir, il y avait quelque chose d'émouvant, d'éclatant à voir toute une ville vibrer pour son musée. Des concerts sur la place, une foule jeune (en moyenne très jeune), un public bigarré qui se pressait pour entrer. Sur la façade, les images de "murs mitoyens" annonçaient déjà la relation de proximité entre l'institution et les citoyens. A l'intérieur, l'enthousiasme et l'émerveillement des visiteurs faisait plaisir à voir. C'était la fête. Toute une communauté en liesse disant combien son patrimoine lui avait manqué pendant plus de quatre ans. Un élan populaire, où des gens de tous milieux étaient rassemblés.
Le lendemain matin, il avait fallu bien sûr revenir pour admirer les œuvres, le travail architectural, la muséographie, car la veille, toute l'attention était happée par le spectacle sans pareil des habitants aimantés. La veille, c'était la foule qui tenait la vedette, dans sa fierté et son attachement envers son musée, vivant, accueillant, bien-aimé.

samedi 17 novembre 2018

Regarder : deux portraits de Ginevra


Jeune femme vêtue en mode oriental / G. Cantofoli / Musei civici / Padova


Elle s'appelait Ginevra. Elle est née à Bologne en 1618 et y est décédée en 1672. Elle a appris la peinture dans l'atelier d'une autre femme peintre, Elisabetta Sirani, dont le cercle féminin était alors très réputé. On connaît son visage par un autoportrait où elle pose en allégorie de la peinture et qu'on peut admirer à Milan. On sait qu'elle s'était mariée (à l'âge de 35 ans) et avait eu deux enfants (elle avait prénommé son fils Michelange). 
Un esprit fin, un caractère tenace. Une femme terriblement douée, injustement ignorée.


Allégorie de la peinture / Pinacothèque de Brera / Milan

vendredi 16 novembre 2018

Vivre : des retrouvailles


Portrait d'un abbé / Ferdinand Voet / pinacothèque / Padoue

J'ai regardé la montre et j'ai pensé :
dans exactement trente-sept minutes pas une de plus
je vais pouvoir partir, je vais enfin pouvoir le reconduire ici.

jeudi 15 novembre 2018

Voyager : quand l'eau monte


Grand Canal / Venise

Nous connaissons depuis des années cet hôtel dédaigné par les agences touristiques, parce que trop petit, trop intime, dépourvu de bar, mal doté en matière de wifi et autres commodités. Le fidèle réceptionniste nous a remis nos clefs. Comme je m'étonnais de voir remonter vers les étages supérieurs tout un groupe armé de sacs à provisions, il a levé les yeux au ciel et prononcé d'un air peiné: airbnb... Il s'est ensuite épanché : la vieille dame du deuxième était décédée, en laissant des héritiers bien décidés à rentabiliser leurs avoirs. Puis, le propriétaire du dernier étage ayant vendu à des investisseurs étrangers, une bonne partie de ce magnifique palazzo du XVème siècle (donnant sur un adorable campo) venait d'être réaménagé en quatre immenses logements de vacances.

La ville entière, nous raconta-t-il, se transformait inexorablement en un vaste parc de locations airbnb. Lui-même avait galéré pour trouver un propriétaire au Lido disposé à lui louer un appartement à prix abordable. Il gagnait 1'300 euros par mois et son trois-pièces lui revenait à 1'000 euros. Il devait cumuler les petits boulots pour faire face. Tout le monde sait ici qu'en louant à la journée ou à la semaine, on gagne deux fois plus qu'avec un locataire fixe. 
A Marghera, a-t-il ajouté, avec la bénédiction des autorités, on a donné l'autorisation de rénover d'anciens bâtiments industriels. Les promoteurs ont conçu des hôtels où l'on loue non pas des chambres, mais des lits pour 30 euros la nuit. En prime, le touriste reçoit un ticket pour faire un trajet sur le Grand canal (valeur : 7,50 euros). 
Il relevait aussi que les touristes plus nombreux tendaient à être moins respectueux. Le mois précédent, assurant le service de nuit, il avait dû aller prier des jeunes hébergés dans les étages, de cesser leur raffut : ils avaient installé des amplis dehors sur le campo et, à trois heures du matin, diffusaient encore de la techno à toute berzingue.

(Oui, la ville change. Depuis mon enfance, j'y retourne régulièrement et bien sûr au fil du temps j'ai constaté des modifications progressives. Mais les changements semblent s'emballer depuis quelques années. Le turn over dans la gestion des commerces est impressionnant. Les magasins traditionnels ferment l'un après l'autre au profit de ceux qui proposent fast food et verroteries made in China. Ici, comme dans tant d'autres endroits du monde, les sauterelles ravageuses dévastent tout sur leur passage.)

Personne n'ose apparemment s'insurger contre les caprices du dieu tourisme en vertu de sa manne supposée (manne qui concerne en fait une minorité, puisque la plupart des jeunes familles locales sont expulsées vers les banlieues de l'entroterra). Depuis le vaporetto, un peu plus tard, nous avons découvert cette publicité recouvrant l'église de la Pietà, en réfection à deux pas de Saint-Marc. Dubai te laisse bouche bée, quel que soit ton point de vue. Je me suis demandé quel en était le sponsor, quel était l'auteur de ce message... somme toute assez malin... Et si une association de vieux et authentiques Vénitiens s'était cotisée pour parvenir à ses fins ?



mercredi 14 novembre 2018

Voyager : fiabilité moyenne


Allégorie de la Justice / Arsenal / Venise

Nous avons glissé deux-cent grammes de vêtements et un kilo de livres dans un sac.
Nous nous sommes acheminés vers la gare en pestant contre l'oubli de nos parapluies.
La météo avait annoncé du vent, des averses et des orages en fin de journée.
Trente minutes plus tard, devant la stazione Santa Lucia, nous attendaient le Grand Canal, 
des rayons primesautiers et un trafic intense : toute la ville semblait en pleine réfection.
A mesure que nous progressions, le soleil s'est fait plus insistant, les flots plus scintillants.
Nous nous sommes posés devant l'Arsenal, pour déguster des tramezzini au thon bien dodus.
L'air était doux, pur, les lions souriants et les pigeons autour de nous inutilement confiants. 
L'acqua alta avait fait des siennes durant les jours précédents - disons : un peu plus qu'à l'accoutumée -
fake news ou good news, les photographies de la ville inondée en avaient découragés plus d'un.
La Sérénissime se prélassait donc, calme, coquette, se refaisait une beauté entre deux invasions,
et, tandis que les restaurateurs se lamentaient en évoquant les nombreuses défections,
nous avons dirigé nos pas vers toutes sortes d'assemblages et de constructions.

mardi 13 novembre 2018

Regarder : les couleurs des sentiments


Retrouvailles de Joaquim et d'Anne / Giotto / Chapelle des Scrovegni / Padoue


La Visitation 

 Nativité

Déploration / chapelle des Scrovegni / Padoue

Déploration / chapelle des Scrovegni / Padoue

Giotto, immense créateur, génial innovateur de l'espace. 
Avec ses drapés, ses postures, ses tonalités, Giotto plein de grâce. 
Giotto, surtout, sensible peintre des émotions humaines :
l'empathie amicale, l'expression de la tendresse conjugale,
le visage candide d'une Marie éblouie par son nouveau-né,
le désespoir sans pareil d'une mère face à son fils assassiné.
Les joies attendrissent, embellissent les douces carnations.
Les douleurs marquent les traits, vieillissent les personnages.
Tout s'anime, vit et meurt dans ces fresques sans âge.


(La chapelle est étroite et les fresques du haut difficiles à capter. Donc...
Photos1,2,3,4, 5 tirées du livre : Giotto. La capella degli Scrovegni. A cura di Roberto Filippetti, 2017
Photo 6 : Dad)