Sulla spiaggia di Viareggio / Philipp Klein / 1906 / Landesmuseum Hannover
Pendant longtemps l'été a été sans conteste ma saison préférée. C'était le temps réjouissant des grandes vacances, des départs à la mer, des fruits arrivés à maturité. C'était une longue rupture avec la routine annuelle, les soirées qui s'éternisaient, les étals des marchés colorés, les parfums des glaces entre lesquels hésiter. Le temps aussi des robes à fleurs, des sandalettes légères et des ballerines pour danser. En y repensant il y avait dans ces étés des rituels - destinations, personnes, maisons - qu'on retrouvait chaque année.
Avec le temps, surtout ces dernières années, l'été est devenu un moment saccadé, mené en traitillé, un bien à rentabiliser, fait de contrastes et de brusqueries, de cris et de bruits, d'accélérations et de tensions. Des semaines d'allers-retours, de chaos et de ruptures, avec des valises à faire, à défaire, à refaire, tandis que la météo, ses hauts, ses bas, ses hauts de plus en plus hauts, ses orages et ses éclats, s'évertue à mettre nos batteries à plat.
L'été s'est peu à peu transformé : une saison à manipuler avec précaution. Il s'agirait, pour en profiter, de développer de nouvelles compétences : évoluer à contre-courant, prendre tout son temps, se laisser aller à rêvasser, trouver à se balader sur des sentiers oubliés. L'été peut alors redevenir dans la lenteur et le recueillement une période de détente et de ressourcement, un ensemble de poésie, des pépites d'enchantements : un aigle voltigeant sur un époustouflant fond azurin, des matins embaumant les herbes coupées et les sapins, une forêt se révélant bleue comme une cathédrale médiévale, des pêches blanches ayant un goût divin, des souvenirs ramenés par brassées et d'autres à se créer, des livres abandonnés, des romans retrouvés.
L'été met au défi notre créativité. Pas question de suivre, d'imiter, de se lancer dans toutes les mêlées, de vouloir optimiser, capitaliser. On n'en sortirait que lessivés, frustrés, et évidemment démoralisés à l'idée la rentrée. L'été n'est pas un bagage à bourrer : pour être heureuse et belle cette saison a besoin d'être réinventée et personnelle.
