8 juil. 2026

Vivre : la difficulté d'être

 Maria Magdalena / Anonim / 1507-1520 / Museu de Mallorca / Palma
 

Être soi. Juste soi. Où que l'on soit. Avec qui que ce soit, mendiant, enfant ou roi.
Être et rester droit, en accord avec ce qu'on perçoit, ce qu'on pense, ce qu'on voit. 
 Incarner quelque chose comme un idéal d'évidence. Est-ce possible ? Souhaitable ?
Peut-on rester perméable et ancré sur un socle que rien ne peut éroder, ébranler ?
 
 
 

7 juil. 2026

Vivre : Still life / 199

 
 

 
La semaine dernière, dans cette vallée alpine du Piémont, on nous avait annoncé à peine 30 degrés, mais je ne sais trop pourquoi, je commence à douter des prévisions qu'on nous balance, peut-être histoire de nous rassurer. Nous avons pénétré aux environs de 17 heures dans la demeure où régnait un calme presque oppressant. Dans la pénombre, les meubles, les bibelots étaient toujours à leur place. On avait juste l'impression de devoir se frayer un chemin à la machette dans une chaleur à forte densité. Depuis quand ces espaces n'avaient-ils plus été aérés ?
La chambre que nous avions connue au joli mois de mai était toujours la même : élégante, sobre, apaisée. Une vieille dame affrontant une situation pénible avec dignité. Le propriétaire nous a désigné d'emblée un infâme objet, une espèce de veau blanc sur roulettes, relié à l'extérieur par un gros boudin bleu. Je me suis méfiée. 
Juste avant de partir, je m'étais intéressée au moyen de continuer de vivre décemment dans notre habitat surchauffé sans aggraver la situation sur le plan local ou environnemental. Pas question de gaspiller inutilement argent et électricité. Pas question surtout de s'affoler en se ruant sur les premières actions venues, proposant des appareils mal conçus, gourmands et à efficacité très modérée. J'en étais arrivée à la conclusion qu'un bon ventilateur, silencieux, discret - rien de trop design, aucune marque anglaise trop stylée - serait un excellent atout pour permettre à la maison de résister.
 
J'ai appris plus tard que le dernier occupant de la chambre s'était plaint sur une plateforme de ce qu'elle n'était pas climatisée. Du coup, le gérant avait dû se ruer dans le grand supermarché chinois à l'entrée de la vallée. Résultat : le veau s'est mis en marche avec une quantité impressionnante de décibels. On aurait dit un responsable administratif veillant à paraître occupé. Au bout de 40 minutes, la température avait baissé d'un degré, mais le bruit, lui, n'avait pas diminué. On se serait crus voisins d'une décharge ferroviaire. On n'a même pas pu choisir. C'était : peste et choléra. Chaleur et bruit en continuité. Enfer assuré. On a fini par fermer à la chose son clapet. Ouvert grand les fenêtres sur une nuit africaine. Au moins, la chambre pouvait-elle respirer. 
Au retour, mon choix s'est confirmé : j'ai foncé en ville et ai rapporté Zorro, ventilateur 35 Db, lutteur et justicier, sachant être présent tout en se faisant oublier. Le voici, il trône au salon, ce bien nommé. 
 

6 juil. 2026

Vivre : Still life / 198

 


Selon un récent article de RTS info, faire des listes aide le cerveau à gérer la complexité du monde. Je veux bien le croire. Tant d'idées, de projets, de priorités à poser qui nous passent par la tête durant la journée! Les déposer quelque part devient indispensable. Les organisés qui parviennent à les noter dans un carnet sont admirables, de même que les numérisés confiant à leur smartphone cette utilité, sans compter les appliqués se vouant à suivre une méthode point par point  J'ai, un peu partout, des tonnes de carnets, dans la boîte à gants, dans mon bureau, dans l'armoire de l'entrée, mais quand je dois absolument me délester de plusieurs sujets me passant par la tête, aucun joli carnet à l'horizon. Mon smartphone est toujours à l'autre bout de la maison. Les méthodes Bac+5 pour apprendre ne sont pas ma tasse de thé. 
Dès lors, je dois chercher des yeux une vague quittance, un billet de train, un porte-sachet de thé, une vieille facture, ou pire : la page de garde d'un livre moyennement apprécié. Ces derniers temps, c'était le grand n'importe quoi (mes petits papiers disséminés étaient-ils le reflet de la complexité de l'univers ?) Alors quand chez Anliker l'autre jour j'ai retrouvé un "Zupf" j'ai décidé de m'en choisir un, à déposer im-pé-ra-ti-ve-ment à côté de mon fauteuil de lecture et d'écriture. Celui-ci m'a paru assez fou-fou pour m'aider à remettre un semblant d'ordre dans mes idées. Nul doute : quand la fleur aura éclos ma vie sera totalement réorganisée. Adopté!
 
 
 

5 juil. 2026

Vivre : en bonne compagnie

 
Entrée cafétéria / Museo Correr / Venezia
 
Faut-il se prendre au sérieux ?
Oui. Naturellement. Toujours.
Se prendre au sérieux,
mais avec légèreté. 
 

1 juil. 2026

Vivre : caramba !

 

 
Attendu, guetté, espéré, 
hélas,
le gredin nous a snobés
s'est détourné, le grossier, 
a préféré une autre vallée 
nous a laissés dégouliner
nous a abandonnés dépités,  
désarmés, jusqu'au coucher.

30 juin 2026

Vivre : perdre pour gagner

 
Le martyre de St Jean l'Evangéliste / Francesco Morandini / Badia di San Fedele / Poppi
 
Tant de choses qui pèsent inutilement 
alors que grandir (ou mûrir)
 c'est aller d'allègement en allègement
 
 
 

29 juin 2026

Habiter / Vivre : lui et moi, une histoire

 

Les lumières de fin d'après-midi sont propres à ces bredouillements toujours avortés. La colonne vertébrale du fût s'anime, impulsant à la cage thoracique l'immense frémissement foliaire. Cette transe et le découragement à transformer le principe vital qui s'ensuit me bouleversent au plus haut point. Les milliers de feuilles qui paraissent comme autant de fanions au vent produisent pourtant un sentiment d'euphorie. Cela n'a évidemment rien à voir avec le murmure du vent dans les arbres. Cette activité qui survient à chaque instant du jour et de la nuit est banale. Le souffle dont je parle est différent. Il éveille l'arbre de l'intérieur, agissant comme un influx nerveux. J'ai toujours pensé que dans l'Ecriture, les chênes de Mambré s'animaient ainsi. Ils s'agitent pour avertir Abraham de la présence divine, c'est un signe de promesse. Ainsi annoncent-ils la naissance prochaine d'Isaac. . [p.150-151]
 
En mode re- ces derniers jours j'ai relu "La maison du retour". Je suis tombée sur ce passage à propos des liens très particuliers que l'on peut développer avec un arbre (de même qu'avec toutes sortes d'autres êtres vivants). L'an dernier début juillet au moment de repeindre notre façade, les ouvriers installant les échafaudages n'ont pas fait de manières : pour assurer le passage des peintres, il fallait scier le petit arbre qui avait décidé de grandir dans le bac au-dessus du garage. Ils n'ont laissé que le tronc à hauteur humaine et une petite branche d'environ soixante centimètres ornée de quelques feuilles, bien vite déprimées. J'en étais affligée, mais que faire ? Je suis allée parler à l'arbre traumatisé. Durant tout l'été je l'ai caressé, encouragé, arrosé matin et soir. En partant, à l'aube, le chien savait qu'il nous fallait prioritairement remplir un seau pour le déverser au pied de l'infortuné. Il y a des mots doux qui se disent sans mots mais avec détermination. Tu ne peux pas mourir, je ne veux pas que tu meures.
L'arbre s'en est sorti. Il est redevenu vigoureux. Ses branches ont forci, elles ont pris de la rondeur. Il a belle allure. En ces jours caniculaires il protège notre porte des violents rayons qui s'abattent sur elle quand rougeoie le soir. Naturellement, avant chaque balade, je déverse un seau à son pied comme il se doit.