Ces derniers temps j'étais constamment à la recherche de calme. J'avais besoin de sentir mon souffle rassuré, de suivre ma respiration aller et venir, en harmonie avec les divers chants de la forêt. J'ai fini par redécouvrir à deux pas d'ici la plage de mes rêves, insupportablement fréquentée durant les mois d'été, agréablement désertée dès la rentrée. Dans la douceur des fins d'après-midi tandis que le soleil tremblait à l'ouest avant d'aller se perdre derrière le Jura, la lumière acquérait peu à peu une douce teinte orangée. Je longeais de vastes espaces vides (les parkings mis à disposition des touristes à la belle saison) et je rejoignais une baie silencieuse que je partageais avec une colonie de cygnes et une smala de canards. en face, on voyait les rives s'évanouir dans la brume de septembre. Sur l'eau, les insectes dessinaient de jolis ronds délicats.
Il faisait étonnamment doux. La brise semblait nous caresser. Il émanait certains jours de cet endroit quelque chose de méditerranéen et, certains autres, on se serait crus sur des rivages danois, si proches des côtes suédoises qu'ils semblaient les toucher. Avec un peu d'imagination on aurait pu se croire en vacances au bord de l'Øresund.
En regagnant la voiture après chaque baignade, sur le petit chemin taquiné par les ondes, je me prenais à marcher de plus en plus lentement, comme si quelque chose me retenait de quitter cet endroit. Je rêvais d'y paresser jusqu'à nuit tombée. Je saluais quelques promeneurs solitaires, deux ou trois véliplanchistes échappés avec soulagement de leurs bureaux, un ou deux ornithologues concentrés qui murmuraient à propos des cormorans et des grèbes huppés comme des curés de campagne disant leur bréviaire.
Un soir, en rentrant, j'ai remarqué que les piqûres de moustiques sur mon dos et mes épaules s'étalaient en jolies plaques rouges. Il devait y en avoir plus d'une vingtaine. J'ai appliqué un gel sur ma peau boursouflée et, le lendemain, nous avons décidé de partir chercher un autre calme, ailleurs.
