Raysse Tableau à haute tension 1969 / Elaine Sturtevant /Stedelijk Museum / Amsterdam
L'impasse était aussi étroite qu'elle était grande et, quand elle gesticulait, on aurait dit une basketteuse risquant toujours de se cogner. Elle parlait beaucoup, très vite. Elle semblait toujours devoir être ailleurs qu'à l'endroit précis où elle se tenait, toujours tendue vers un futur qui la happait: son dernier à aller récupérer, son train à attraper, son compagnon qui l'appelait. Elle parlait espagnol à son aîné, parce que c'est à Barcelone qu'il était né. Elle précisait qu'elle avait connu son mari à Singapour, et qu'ils avaient résidé à Stockholm, à New-York, à Bruxelles. Elle évoquait très vite le Cantal, où elle était née, une forêt immense, un bled minuscule qu'elle s'était hâtée de quitter. Elle disait à propos des lieux : cinq ans, c'est un maximum. Déjà, à peine de dernier coup de pinceau donné, elle parlait de quitter cette maison cette ville, qui commençaient à la fatiguer. Elle allait de projet en projet. Elle vivait de projets. Elle s'exprimait en termes de projets. Elle vivait à l'oblique. Jamais dans la verticalité. Toujours dans la vitesse, sans direction indiquée. En la quittant, on se demandait : A quoi rêvent les hamsters quand ils ont fini de tourner ?


