Où que nous fussions, avec ou sans climatisation, ça coulait. Nous dégoulinions. Sur les prévisions, il y avait un chiffre plus ou moins acceptable vu la nouvelle canicule annoncée et juste à côté une précision : "ressenti" comportant une augmentation de quatre ou cinq degrés. Il n'y avait que le matin, sous le mince filet que nous accordait le pommeau, que notre douche continuelle perdait de sa vigueur, acquérait un peu de fraîcheur.
... MaGARi!
14 sept. 2026
13 sept. 2026
Regarder : nos rêves lointains
Cheval et pyramide. Le Caire / 1985 / Fouad Elkoury / avec l'aimable autorisation de l'agence Signatures
De quoi sont faites les histoires que racontent les photos ?
Ont-elles des ingrédients qui se modifient avec le temps -
le grain des années, la lumière qui jaunit et éclate parfois
en paillettes, les bords qui s'adoucissent comme les caractères,
les détails cachés qui émergent ?
Ont-elles comme des livres la capacité de se déployer en nous,
de nous parler comme si elles n'existaient que par notre regard ?
Attendent-elles patiemment que nous trouvions, enfin,
en quoi elles nous ressemblent, en quoi elles sont le miroir
de nos peines et de nos espoirs ?
C'était la dernière expo de la journée. J'ai presque hésité à m'y rendre tellement la touffeur accumulée m'avait épuisée. Mais à peine avais-je franchi le seuil que ma fatigue s'était dissoute. C'est sans doute à cette occasion que j'ai ressenti combien la beauté peut soulager. La beauté soigne et console. C'est un fait à présent avéré.
Très vite je me suis sentie happée par la voix suave de Nathacha Appanah qui lisait ses propres textes, diffusés dans les divers espaces de l'exposition "Nos rêves lointains". Il y avait dans cette voix quelque chose d'hypnotique. Chargée de relier la centaine de photographies retenues dans l'imposante collection FNAC (tellement différentes entre elles, dans leur date de création, dans leur thématique), l'écrivaine avait su trouver, telle une Circé, et le ton et les mots pour nous entraîner dans un univers d'évasion, intemporel et onirique.
Carnaval, Olomouc (Moravie, CZ) / 1968 /Josef Koudelka / avec l'aimable autorisation de Magnum
Voilà que des années après, il l'avait retrouvée,
cette douceur qui avait fait de lui un enfant lumineux.
Je ne savais pas qu'on pouvait renouer avec les traits
de son enfance, comme on se réapproprierait l'innocence.
Bawwab (concierge) et son petit-fils à Gizeh / 1994 / Denis Dailleux / avec l'aimable autorisation de "VU"
Tous les gens rencontrés les jours suivants, qui étaient passés devant ces images, avaient reconnu, les yeux brillants, en avoir été profondément marqués. Mais que s'était-il donc passé pour que j'en aie perdu toute notion de temps, toute perception de lourdeur, et que je me sois laissée entraîner dans un univers très intime, fait de réminiscences et de liens entrelacés ?
A vrai dire, toutes les images me parlaient. Les grands noms de la photographie y étaient représentés. Les tailles des tirages étaient quasiment toutes les mêmes, à part quelques grands formats destinés à organiser l'espace. Du noir et blanc, le plus souvent. L'ensemble devait contribuer à faire perdre la notion du temps et des territoires pour nous faire entrer dans notre monde intérieur.
Troupeau de rennes nenets. Presqu'île de Yamal. Sibérie / 1992 / Françoise Huguier / avec l'aimable autorisation de "VU"
Progressant dans l'exposition, retrouvions-nous des voyages, des terres lointaines parcourues autrefois ? Rejoignions-nous des patries abandonnées dont nous ne nous étions jamais remis de la perte ? Captions-nous des sentiments d'exil, des souvenirs égarés, enfouis depuis longtemps dans notre mémoire ? Toujours est-il que notre respiration se faisait peu à peu plus lente, nos muscles se relâchaient, nos yeux s'habituaient à la pénombre, et notre cœur - oui, notre cœur - entreprenait de nous parler. C'était beau. C'était percutant. Envoûtant.
Enfant dans la Cité des morts au Caire / 2001 / Denis Dailleux / avec l'aimable autorisation de "VU"
J'étais lasse de ma perméabilité, depuis ce matin -
de tous ces souvenirs, de toutes ces images, de toutes ces pensées
qui me traversaient. Lasse de cette impression de flotter, entre
rêve et réalité, de simplement marcher dans un jardin, et de
me retrouver dans un monde retourné.
P.S. : A un certain moment, il s'est passé un minuscule incident. Entourée de sollicitations au voyage, face à une reproduction représentant une ancienne carte de l'Italie, un tirage de Luigi Ghirri je crois, je me suis souvenue d'un prochain voyage qui s'annonçait mal ficelé. Notre première nuit venait d'être annulée. Nous devions changer nos plans. J'ai soudain pensé à Modène comme étape de substitution et je me suis mise à chercher sur la carte représentée où se trouvait la ville. Mais l'écriture gothique rendait impossible la lecture du plan. Après un moment, désirant connaître le titre, je me suis approchée de la légende. L'intitulé du tirage était... Modena. Pas de doute : la solution était là.
Nos rêves lointains / Espace Monoprix / Rencontres d'Arles 2026 jusqu'au 4 octobre
Textes rédigés et lus par Nathacha Appanah, in :
12 sept. 2026
Vivre : argh!
moi, ce que j'en dis...
j'dis ça, j'dis rien...
j'vous aurais avertie...
après... chacun fait comme il veut...
faudra pas venir vous plaindre...
11 sept. 2026
Voyager : welcome / 6
Elle habitait impasse des Moutons numéro 33. Son code d'entrée était le 3333. Son code Wifi : 12345678
et son mot de passe "maisoùsontlesmoutons". C'était une fille très ouverte et vraiment pas compliquée.
5 sept. 2026
Voyager / Regarder : des étincelles dans l'été qui s'écoule
Face à tous les rétrécissements et à tous les grésillements que nous impose le quotidien, les départs sont indispensables. A quelques heures de route, il est possible de partir très loin. Là-bas nous attendent nombre de rencontres, des histoires invraisemblables. Nous allons arpenter les pavés et ouvrir les yeux, les laver, être prêts à être étonnés, séduits, éclairés par toutes les facettes de l'humanité. Avant d'y être, pas question de subir des avis imposés ou des parcours balisés. Le contact direct sera notre priorité.
Vivre : déménagements
Santa Chiara / Girolamo Mazzola Bedoli / Museo Capodimonte / Napoli
La femme est partie avec armes et bagages. En s'en allant, elle emportait tout ce qui la constituait.
Là où elle arriverait, elle déballerait sa vie, ses biens matériels et toutes ses affaires non élucidées.
Vivre : faire ce qu'on peut avec ce qu'on a
rien à voir : une plage des Pouilles
Aujourd'hui : temps maussade, gros mouvements de nuages et migraine latente,
toutes les conditions requises pour une journée pas vraiment fabuleuse. J'ai plongé
sous une pluie fine tandis que les baigneurs se raréfiaient. Un surveillant est passé.
Il m'a lancé : Vous avez une très jolie façon de nager. Ouf! ma journée était sauvée.
Inscription à :
Articles (Atom)
