Les lumières de fin d'après-midi sont propres à ces bredouillements toujours avortés. La colonne vertébrale du fût s'anime, impulsant à la cage thoracique l'immense frémissement foliaire. Cette transe et le découragement à transformer le principe vital qui s'ensuit me bouleversent au plus haut point. Les milliers de feuilles qui paraissent comme autant de fanions au vent produisent pourtant un sentiment d'euphorie. Cela n'a évidemment rien à voir avec le murmure du vent dans les arbres. Cette activité qui survient à chaque instant du jour et de la nuit est banale. Le souffle dont je parle est différent. Il éveille l'arbre de l'intérieur, agissant comme un influx nerveux. J'ai toujours pensé que dans l'Ecriture, les chênes de Mambré s'animaient ainsi. Ils s'agitent pour avertir Abraham de la présence divine, c'est un signe de promesse. Ainsi annoncent-ils la naissance prochaine d'Isaac. . [p.150-151]
En mode re- ces derniers jours j'ai relu "La maison du retour". Je suis tombée sur ce passage à propos des liens très particuliers que l'on peut développer avec un arbre (de même il me semble qu'avec toutes sortes d'autres êtres vivants). L'an dernier début juillet au moment de repeindre notre façade, les ouvriers installant les échafaudages n'ont pas fait de manières : pour assurer le passage des peintres, il fallait scier le petit arbre qui avait décidé de grandir dans le bac au-dessus du garage. Ils n'ont laissé que le tronc à hauteur humaine et une petite branche d'environ soixante centimètres ornée de quelques feuilles, bien vite déprimées. J'en étais affligée, mais que faire ? Je suis allée parler à l'arbre traumatisé. Durant tout l'été je l'ai caressé, encouragé, arrosé matin et soir. En partant, à l'aube, le chien savait qu'il fallait prioritairement remplir un seau pour le déverser au pied de l'infortuné feuillu. Il y a des mots doux qui se disent sans mots mais avec détermination. Tu ne peux pas mourir, je ne veux pas que tu meures.
Cette année, l'arbre est redevenu vigoureux. Ses branches ont forci, elles ont pris de la rondeur. Il a belle allure. En ces jours caniculaires il protège notre porte des violents rayons qui s'abattent sur elle quand rougeoie le soir. Et moi avant chaque balade je déverse un seau à son pied comme il se doit.




