Automne :
il a plu tout le jour, mais quelque part un soleil attend
L'idée me vient que, si l'équinoxe marque le moment de l'année où jour et nuit sont d'égale durée, j'ai pour ma part dépassé le milieu de la vie. "Profite du jour qui reste!" semble dire le vent rouge soufflé par les amaryllis, dans un murmure plus optimiste que celui qu'entendit Issa un certain printemps :
Qu'il soit d'automne ou de printemps, l'équinoxe a pour nom higan, l' «autre rive», la rive du fleuve qui sépare ce monde-ci de celui de la mort. En ce jour, on prie pour tous ceux qui ont abordé l'autre rive, on se rend sur les tombes des parents disparus. [p.68-69]
Aucune autre culture au monde n'a entrepris de dresser une liste du réel aussi systématique : il s'agit de "saisir" au sens propre la réalité accessible non par l'intermédiaire de concepts, mais par le biais des perceptions et sensations.[p.67]
Je suis rentrée au Japon le lendemain de la pleine lune de septembre, réputée pour être la plus belle de l'année et marquant l'entrée dans la saison automnale. J'ai un pincement de cœur à l'idée que je n'ai pu arriver à temps pour célébrer la "belle nuit" (ryôya).
"Plutôt que le spectacle d'une lune immaculée brillant sur un millier de lieues, c'est aux approches de l'aube, son apparition inattendue, cette saisissante pâleur bleuâtre aperçue au fond des montagnes, à la cime des cèdres à travers les feuillages ou derrière le rideau d'une nuée d'averse, qui suscite une émotion à nulle autre pareille. Et son scintillement sur les feuilles luisantes, comme humides, de l'yeuse ou du chêne éveille au plus profond de mon être avec le regret de l'absence d'un ami de coeur, la nostalgie de la Capitale.Est-ce toujours d'ailleurs tellement avec les yeux qu'on contemple la lune et les fleurs ?"