26 août 2026

Vivre : people pleasing

 
Portrait de femme en robe rouge / Bernardino Zaganelli di Corignola / Coll. Princes du Liechtenstein
 
 
Combien nous coûte le besoin irrépressible d'être approuvé ? 
 

25 août 2026

Vivre : d'actions en actions

 
Le Massacre des Innocents (détail) / Matteo di Giovanni / S.Maria della Scala / Sienne
 
Profitez. Économisez. Bénéficiez. Comparez. Saisissez l'occasion. Trouvez les meilleures promotions. Dépêchez-vous : les heures, les minutes, les secondes sont comptés. Bref : si vous voulez gagner, hâtez-vous de dépenser. 
Pourquoi raboter sur l'essentiel pour se doter de tant d'accessoire(s) ? Devons-nous vraiment vivre aux dépens des producteurs, des agriculteurs, des travailleurs ? Voulons-nous vraiment le moindre et non le juste prix ? Cette vie au(x) rabais, l'avons-nous vraiment choisie ? 

24 août 2026

Voyager : nos rêves en capsule

 

 
La nuit avant notre départ je m'étais endormie en murmurant "j'ai besoin de beauté", un cri du cœur prononcé dans les bras de Morphée. La beauté, si consolante, peine certains jours à se montrer. Il faut parfois des efforts pour la dénicher. On se sait dans l'absolue nécessité de la conquérir et on est prêts à s'élancer. En quittant la maison, on sait déjà que les vacances seront douces, on le pressent, on a le cœur grand ouvert et tous nos capteurs allumés. 
Quelques heures plus tard, levant les yeux, apercevant au loin le sanctuaire dominant la plaine, j'ai senti mes épaules se relâcher. Pas de doute, j'étais arrivée. La suite n'a fait que confirmer ce simple fait : là-bas tout était calme, sourire et volupté. Je n'étais pas partie très loin, et pas dans un coin renommé, mais j'étais là où il fallait. Et une foule de belles images, quelques couplets - quelques sanglots - sont remontés. 
La première nuit, après une longue balade dans la ville, dans la protection du palazzo stylé, enveloppée de silence et d'élégance, je me suis endormie en murmurant : "j'ai besoin de rester". J'avais trouvé ma bulle magique : pourquoi la quitter ? La lune par-dessus les toits, à demi-cachée, approuvait.

 

 
Qu'est-ce que le luxe ? Quelque chose de tellement personnel et qui s'étend sur un si large spectre... Pour certains, cela peut être de trouver avant le soir un lit où se coucher. Ou alors obtenir un papier pour être enfin légitimé. Pour d'autres cela peut être une Porsche ou des diamants ou une maison sur une île grecque. Une femme confiait l'autre jour que pour elle ce serait s'offrir un air-fryer (tous les goûts sont dans la nature). Toutes ces choses, je n'en ai jamais ressenti l'envie ni l'impérieuse nécessité.

 

En revanche, trouver refuge dans une petite ville baroque, un peu oubliée, délicieusement décalée, sans trop de discours, ni trop de bagages, sans autre équipage qu'une affectueuse complicité fut le luxe indéniable de ces dernières journées.  
 

23 août 2026

Voyager : melting pot

 
 
Façade église San Pietro / Cherasco
 
De bric et de broc être faite, 
assemblage, lieu de brassages,
allant chiner dans les voyages 
les pièces éparpillées d'une identité. 
 
 

22 août 2026

Vivre : le temps du mouvement

 



 
La compétence suprême, à l'avenir, serait donc de savoir s'adapter, pouvoir passer d'un état à un autre, suer, puis greloter, fondre, puis geler, être doués pour les transitions, la souplesse, l'adaptation, ne pas hésiter à entrer, petits rongeurs diligents, dans la turbine du changement...
 

20 août 2026

Vivre : faire comme les autres, aller où ils vont, en être, suivre le courant

 
Photo tirée du net
 
Aujourd'hui ai trouvé sur le portail du Guardian, cet article parlant des Dolomites, reprenant un reportage de la Rai paru le 16 août 2026. En résumé, il relate le processus par lequel une vidéo devenue virale sur Tik Tok a fait d'un paisible refuge de montagne un lieu de surtourisme en l'espace de quelques jours.
Le refuge Friedrich August, dans le Val di Fassa, magnifique vallée du Trentin, se trouve devant un paysage exceptionnel. Il fait face au Sassolungo (le long caillou, en italien ) et pour les amateurs de montagne ce site est un enchantement. Seulement voilà... La file de visiteurs qui a envahi le lieu ces derniers jours n'est nullement attirée par les sommets, les vaches superbes, les pâturages, non, les gens se pressent, certains depuis l'aube, pour pouvoir... dévorer un krapfen. Les Krapfen, également appelés bomboloni en Italie, sont des viennoiseries très courantes, des beignets fourrés à la crème pâtissière qu'on trouve dans n'importe quel bar au moment du petit-déjeuner ou du goûter. Ils coûtent environ  un euro cinquante et, quand ils sont bien préparés, ils sont un véritable délice.
Eh bien, l'influenceur sur Tik tok vantait les mérites des krapfen vendus dans le fameux refuge pour la modique somme de quatre euros. Des Krapfen ex-cep-tion-nels !!! Du coup, des cohortes de touristes se sont rués et ont fini par provoquer la colère des gens du coin. Ceux-ci se retrouvent envahis non pas par des amateurs de montagne, connaissant celle-ci et disposés à marcher pour atteindre leur but de randonnée, mais par des foules arrivées par leur propres moyens, souvent motorisés. 
Sur le reportage de la Rai, on voit des gens tout sourire (pas forcément des ados en quête d'émotions fortes, non, des quinquagénaires bien sous tous rapports) dire innocemment : "On a trouvé ce message sur les social et on s'est dit qu'il fallait absolument aller voir comment c'est, puisque tant de gens ont décidé d'y aller." 
Évidemment, les associations locales s'insurgent contre le phénomène. Toutefois une question se pose : d'où vient cette disponibilité à préparer tant de krapfen de la part des hôteliers ? Quel besoin de jouer à ce point le jeu du succès ? Ont-ils été contaminés par le désir de célébrité? Le mal des sommets les aurait-il frappés ?

 

19 août 2026

Vivre : sentir le monde

 

 
La première sortie dans le jour naissant nous guide toujours à travers d'étonnants parfums. Ce matin : des senteurs de mer (sel, sable, longues pinèdes, sortis peut-être d'un coffre voisin à moitié déchargé? ou des relents que le vent du Sud nous aurait ramenés?); une essence sauvage (la biche effarouchée qui depuis peu nous croise dans la forêt? une fouine? un renard embusqué?); une entêtante odeur de fumier (provenant des champs épandus hier ou des deux vaches en cavale qui avaient déserté leur pré?); des effluves de rose et de lavande (en tête des rangs de vigne pleins à craquer). Et puis : du foin mouillé, une vague odeur de pisse féline, du shampoing bon marché, du miel, du café, des fruits macérés.
Grand chasseur, équipé d'un odorat 10 000 à 100 000 fois plus sensible que celui de l'humain, P. s'adonne à ces balades avec passion. J'imagine sans peine la subtile lecture qu'il fait de notre itinéraire, sa manière de le cartographier, ses savoirs et ses intuitions, son intelligence en ébullition (et je n'ose imaginer combien il souffre de certaines incursions dans les villes, de leurs émanations frelatées, de leurs multiples pollutions).