lundi 23 février 2026

Vivre : love me, love me tender!

 
Femme nue debout / Vilhelm Hammershøi / SMK / Copenhague
 
Elle veut être aimée. Elle veut absolument être aimée. Et aussi admirée. A force, elle a épuisé tout son entourage de proximité. Dans sa vitrine, elle s'affiche douce, perspicace, étoilée, une parfaite que tout le monde rêve d'apprivoiser. Elle est admirable, cumule les efforts pour tout contrôler, mais à force d'efforts justement - toutes ces sucreries à exhiber, toutes ces démonstrations de bonté, tant de perfection tant de bouquets - elle se retrouve enfermée, serrée serrée, dans ce rôle d'amie parfaite qu'elle s'est inventé. 
Le soir, au coucher, le doute la saisit face au silence de la nuit. Dans son miroir elle se voit ridée. Elle entend au loin ses voisins crier. La réalité la frappe dans toute sa médiocrité. Alors, elle s'empare de son meilleur ami, écran écran magique, dis-moi aujourd'hui qui est le plus likée, elle tremble, elle s'accroche, elle espère, soudain de battre son cœur s'est arrêté. Mais enfin : une lumière dans le noir, l'écran a réagi, trois mots, deux exclamations, et, par la grâce du copié-collé, toute une pluie d'émojis... la voici qui revit.
 
 
 

dimanche 22 février 2026

Vivre : dimanche, 6h36

 



 
superbes dans la nuit, les chants nous inventent un printemps
 
 

samedi 21 février 2026

Vivre : to do or not to do

 
relatum the stage / 2022 / fondation Lee Ufan / arles
 
 
Pas question de procrastination : tout devient si lisse, si évident sans ajournements
 
 
 
 

vendredi 20 février 2026

Voir : poursuivre son objectif

 
 

Pour le dire en deux mots : j'ai cessé mon activité de photographe pour devenir écrivain.
Rester écrivain a été une autre histoire. 
 
 Le métier d'écrivain, c'est entretenir un feu qui ne demande qu'à s'éteindre. Un feu dans la neige.
[A pied d’œuvre, chap. 1]
 
 
Hier fut une journée d'intempéries continues, parfaite pour une expédition cinéma. Le seul film qui me tentait, A pied d’œuvre, passait encore dans une salle à 45 bornes d'ici. La route, toute en virages, en plein brouillard mâtiné de neige, s'est révélée un peu longue, mais on l'a suivie sans regrets. La séance en valait la peine.
 
Cette adaptation du livre de Franck Courtès, publié en 2023 par les éditions Gallimard, retrace une histoire vécue. L'écrivain, photographe reconnu, a décidé d'interrompre sa première activité pour se consacrer entièrement à son travail d'écriture après avoir publié trois livres et rencontré un succès d'estime. Le film commence lors d'un moment de crise : refus de son éditrice de publier son dernier manuscrit, Histoire d'une fin ("thème trop ressassé" que celui d'un couple qui se délite, elle lui demande quelque chose de fort); épuisement de ses ressources financières; divorce et départ  au Canada de son ex-épouse avec leurs deux enfants; liquidation de l'appartement familial et emménagement dans un studio en sous-sol, bruyant et mal chauffé; entourage peu empathique (c'est le moins que l'on puisse dire de son père et de sa sœur). Le cadre est posé. 
 
Le film (relativement court, une heure trente à peine) raconte les conséquences de ce choix de vie, la précarité et la solitude assumées envers et contre tous les regards et tous les obstacles. Il présente donc l'expérience d'un créateur vivant à Paris, loin des paillettes et de la réussite. Il doit survivre avec trois fois rien et se résoudre à obtenir des petits boulots sur une plateforme pratiquant la sous-enchère (des missions à dix-huit euros, débarras de caves, travaux de jardinage, voiturage). L’œuvre décrit au quotidien et par petites touches une pauvreté choisie, qui confronte au mépris, à la pitié, voire à l'indifférence, qui met le corps en danger, qui épuise toutes les ressources, financières ou physiques. Il dénonce l’uberisation du travail de plus en plus ordinaire : les êtres humains traités comme des marchandises, mis en vente comme un appareil photo ou une mobylette. Il montre aussi un homme déterminé à vivre ce qu'on pourrait appeler une passion, quitte à en payer le prix fort et à perdre quasiment tous ses privilèges.
 
Sans spoiler (le livre d'inspiration autobiographique a été publié et bien accueilli) on pourrait dire que l'histoire se termine "bien". Il n'en demeure pas moins qu'elle nous entraîne dans les bas-fonds de l'exploitation urbaine du travail, géré avec des applications, des algorithmes et des évaluations hâtives qui dictent de façon subjective les rythmes de travail, les salaires et la survie. Au moyen de scénettes, aussi brèves que bien interprétées, la déshumanisation et la paupérisation liées au système capitaliste sont pointées. Elles font froid dans le dos. 
 
Heureusement, il reste aussi le portrait d'une "belle personne", un homme intègre, qui assume dans la solitude un choix de vie radical sans jamais être dans la plainte. Le rôle est parfaitement tenu par Bastien Bouillon, dont on oublie la jeunesse au fil des scènes tant il sait rendre son personnage crédible (alors que Franck Courtès était âgé de 50 ans lors de son expérience). C'est beau, un portrait d'homme droit au cinéma. C'est inspirant, car finalement, on n'en voit pas tant que ça.
 
  
 
 prix du Meilleur Scénario à la dernière Mostra de Venise / 2025
 

jeudi 19 février 2026

Vivre : février hostile, ne te découvre pas d'un fil

 



Les échanges, certains matins d'hiver, sont plutôt restreints. 
Mais depuis que la météo est devenue franchement teigneuse, 
c'est commode. On sourit et on répond : "Mieux que le temps".  
 

mercredi 18 février 2026

Vivre : une ville, deux visages

 
L'étoile filante (détail) / Félix-Maurice Charpentier / Ny Carlsberg Glyptothek / Copenhague
 
L'autre nuit, à C., la ville semblait enchantée : une multitude d'étoiles pleuvait sur elle d'un ciel bleu de Chine et lui rendaient son altière vérité. Pas un chat, pas seul être, on aurait dit un théâtre muet, sans rôles et sans metteur en scène. Dans l'épais silence, les façades et les palais, les arcs et les passages conversaient. Le temps s'était arrêté. Émus par cette beauté, on se retenait de respirer.
 
Le lendemain, sur sa place principale, se tenait un marché. De solides gaillards, de braves paysannes, des dialogues enflammés, des problèmes concrets. Un vendeur soldait des chaussures made in China à six euros. Une femme tentait de faire obéir son roquet. Les façades et les palais, défaits, réduits à de pâles décors, se taisaient. Déçus, incrédules, on se retenait de soupirer.
 

mardi 17 février 2026