10 oct. 2026

Voyager : destination mer

 

  
Automne :
il a plu tout le jour, mais quelque part un soleil attend


 

Lire : ce que le corps comprend

 

 
Je prends tous les jours un moment pour relire "Automne à Kyôto". Je vais, je viens parmi les pages, n'hésitant pas à parcourir des chapitres déjà lus plusieurs fois. Je réalise que je suis meilleure relectrice que lectrice : lors de la première lecture, en pleine exploration, en complète immersion, je suis happée par l'histoire, je survole mille détails. La structure du livre, le processus de création et le sens profond de certaines réflexions ont tendance à m'échapper, alors que l'approfondissement de la relecture mène toujours à des surprises. Je ne m'ennuie jamais en relisant, je n'ai jamais le sentiment de perdre mon temps. Ainsi, hier : 
 
Amaryllis - 
ici jadis
une courtisane a pleuré.
L'idée me vient que, si l'équinoxe marque le moment de l'année où jour et nuit sont d'égale durée, j'ai pour ma part dépassé le milieu de la vie. "Profite du jour qui reste!" semble dire le vent rouge soufflé par les amaryllis, dans un murmure plus optimiste que celui qu'entendit Issa un certain printemps :
  Prépare-toi à la mort
prépare-toi
bruissent les cerisiers en fleurs. [p. 62-63]
 
Qu'il soit d'automne ou de printemps, l'équinoxe a pour nom higan, l' «autre rive», la rive du fleuve qui sépare ce monde-ci de celui de la mort. En ce jour, on prie pour tous ceux qui ont abordé l'autre rive, on se rend sur les tombes des parents disparus. [p.68-69] 
 
Je comprends soudain en  (re)découvrant les lignes de Corinne Atlan pourquoi ce sont les matins de fin septembre et de début octobre qui m'apportent une déchirante nostalgie. C'est précisément durant ces matins que se vit la bascule : on y expérimente à travers le déclin de la lumière d'autres pertes, bien plus importantes, la victoire de la nuit, l'approche inéluctable de la mort. Je constate que, dans ces instants, c'est le corps qui parle et exprime la perte ressentie à tout l'organisme, y compris à l'état d'esprit. 
Le 2 novembre, jour suivant la Toussaint, ne me fait jamais cet effet. C'est que le corps n'a rien à me dire durant cette journée de célébration officielle, commémoration des défunts selon le rite catholique. Certains vont au cimetière. D'autres en profitent pour partir en vacances. Je n'éprouve pas de tristesse en cette occasion parce que la bascule a déjà eu lieu lors du solstice. Autour de moi, je vois la vie s'acheminer à petits pas vers les festivités de fin d'année et le retour des jours. De plus en plus de bougies sont allumées. Face à l'obscurité le monde disperse des lucioles.
 
Aucune autre culture au monde n'a entrepris de dresser une liste du réel aussi systématique : il s'agit de "saisir" au sens propre la réalité accessible non par l'intermédiaire de concepts, mais par le biais des perceptions et sensations.[p.67] 
 
J'ai un besoin absolu de relire, décidément, parce que j'ai trop à apprendre. Je ne peux pas me lancer dans une course à la nouveauté (même si les impulsions nouvelles sont nécessaires) parce que je veux intégrer et non accumuler. 
 
 
 
 

9 oct. 2026

Vivre : renversements

 
Rue de Paris. Temps de pluie / Gustave Caillebotte /  Musée Marmottan / Paris
 
En une douzaine d'heures, on est passés d'août à novembre. Des seaux se déversent sans discontinuer. Devant la porte, le chien refuse d'avancer. Et nous, médusés, devant nos maillots qui peinent à sécher, on se demande : comment on s'habille, déjà, quand il pleut, qu'est-ce que, mais qu'est-ce qu'on met ?
(plus tard, dans les magasins, on découvre les décorations de Noël déjà exposées. On serait donc passés d'août à fin décembre en moins d'une journée ?!?)

8 oct. 2026

Vivre : les couleurs de la vie

 
"The Walking Trees" (photos d'oliviers) / Alejandro Chaskielberg / Monopoli / Pouilles / 2017
 
 
 c'est toujours en automne que les couleurs t'ébahissent et c'est à chaque fois comme une première fois
 
 

7 oct. 2026

Vivre : conditionnel sous condition

Madone de la Miséricorde / Hans Clemer / Casa Cavassa / Saluzzo
 
 
 "devrais" : conjugaison qui déplait 
devoir au conditionnel a toujours quelque chose de suspect 
 
 
 
 

6 oct. 2026

Vivre : donner pour donner

 
dimanche matin / Berne / Herrengasse

Zum mitnehmen ! A prendre. Ou à laisser. Dès qu'un déménagement a lieu à Berne, ou un réaménagement, qui sait, on trouve un peu partout dans des cartons des objets courants, parfois quelques vêtements à donner. Tout simplement. Prendre. Laisser. On passe et on se sert. On donne et on peut se servir. Il n'y a pas si longtemps j'ai déposé bien en vue sur un trottoir les moissons de mon rangement de janvier. J'ai aussi embarqué une moka Bialetti six tasses pour mon petit-déjeuner. J'aime voir les choses circuler, pas question de les jeter quand elles ont encore leur utilité. 
 

5 oct. 2026

Lire : rendez-vous manqués

 
 
 
J'avais emporté au Piémont "Un automne à Kyoto", un livre que j'aime relire en cette saison depuis plusieurs années. A la page 41, Corinne Atlan explique :
 
Je suis rentrée au Japon le lendemain de la pleine lune de septembre, réputée pour être la plus belle de l'année et marquant l'entrée dans la saison automnale. J'ai un pincement de cœur à l'idée que je n'ai pu arriver à temps pour célébrer la "belle nuit" (ryôya).  
Elle se prend à rêver à ce qu'elle a manqué (elle aurait "composé des haikus en agréable compagnie") et elle cite une phrase de Kenkô Urabe, tirée de son œuvre "Les heures oisives" :
"Plutôt que le spectacle d'une lune immaculée brillant sur un millier de lieues, c'est aux approches de l'aube, son apparition inattendue, cette saisissante pâleur bleuâtre aperçue au fond des montagnes, à la cime des cèdres à travers les feuillages ou derrière le rideau d'une nuée d'averse, qui suscite une  émotion à nulle autre pareille. Et son scintillement sur les feuilles luisantes, comme humides, de l'yeuse ou du chêne éveille au plus profond de mon être avec le regret de l'absence d'un ami de coeur, la nostalgie de la Capitale.
Est-ce toujours d'ailleurs tellement avec les yeux qu'on contemple la lune et les fleurs ?"  
 
J'ai repensé alors à ce matin tout proche où je m'étais retrouvée face à la fameuse lune de septembre. qui m'était apparue à l'aube et m'avait émerveillée. Moi aussi, finalement, comme Corinne Atlan, j'avais eu du retard. A quelques jours près, grâce à son livre, j'aurais pu partager avec le moine Kenkô, son admiration pour l'éclat de la lune en ce moment particulier de l'année. Soudain, la lecture de ces "heures oisives" me manque. Je me promets de les déposer très bientôt sur ma table de nuit.