Érable / 2023 / Schloss Grubenhagen / Poméranie-Mecklenburg
Je dessine mon arbre pas à pas, en grimpant. Le tronc, ça s'escalade à toute vitesse. Pas de croisements, ni de panneaux vers des destinations alternatives. Et puis, on atteint les premiers embranchements. Ce qui m'intéresse, c'est la lente croissance de mon dessin; je prends le plus de temps possible : des heures, des jours, des semaines. Il faut qu'il témoigne de mon ressenti, infini et répétitif. Le dessin n'est autre que le résultat d'une errance à travers la nature. [GvM]
Prendre le temps. Avoir tout son temps. Donner du temps au temps. Des luxes, assurément. Ça faisait un bout de temps que je voulais écrire sur Gudrun von Malzan, une artiste d'origine allemande basée en France, dont j'ai découvert les dessins d'arbres à Arles au printemps dernier. Âgée de 85 ans, elle continue son travail de création et, depuis une décennie environ, elle s'attache à faire le portrait d'arbres, rencontrés le plus souvent dans sa région d'origine au nord de l'Allemagne. La voici présentée sur le site du Centre Pompidou : ICI
On pourrait naturellement passer devant ses longues bandes de papier, en admirant la délicatesse et la minutie de son dessin. Si ce n'est que l'artiste, à mesure que son travail progresse, note dans la marge - à droite et en unités d'heures - le temps qu'il lui a fallu pour avancer. Plus les parties contiennent de feuillages, de branches et plus rapprochées sont les annotations, évidemment.
Dans un monde de saccages et de précipitation, cette approche est fascinante. Il y a dans la lente montée vers le sommet - durant laquelle GvM déroule un long rouleau de papier journal vierge - quelque chose qui tient de l'apprivoisement.
"Tout le temps nécessaire" est une belle expression. Elle implique une notion de besoin et non de rentabilité. De plus, cette remontée tranquille, à son rythme, va de pair avec la temporalité du sujet : les arbres ont besoin de temps pour grandir, ils nous donnent la mesure du temps. "On ne peut pas aller plus vite que la musique" semblent-ils nous dire quand on les croise dans une forêt et alors, d'instinct, nos pas ralentissent. Notre corps se met à l'unisson et retrouve un rythme sage. Nous nous retrouvons en résonance avec leur univers, loin des courses et du besoin effréné de rendement.
détail frêne / 2023




