lundi 27 avril 2026

Vivre : rire aux anges

 
Archange Michel / Portail central / Collégiale (ou cathédrale) Saint-Vincent / Berne
 

Certains dimanches matin, partir tôt à Berne, longer l'Aar, de là voir la ville si haute si belle, toujours la même balade, mais jamais la même promenade, toujours le même alignement, et jamais les mêmes façades. Avancer parmi les ions négatifs, les murmures nonchalants, les flots bouillonnants, les chœurs volatiles, et, sur le gravier, les poussées cadencées des joggeurs,  les dérapages plus ou moins contrôlés de quelques cyclistes amateurs, les pas légers des marcheurs, et les cloches, quelque part dans les airs, les cloches qui ne cessent de s'appeler de s'interpeler de clocher en clocher. A tant être dans l'instant j'en oublierais mon enveloppe humaine, je suis brise, je suis chant, je suis bronze vibrant, je suis gong qui résonne. Le bonheur des dimanches est là : dans cette fusion totale, cette appartenance universelle. Je fonds dans la ville comme un sucre au fond de son bol. Je fonds et je suis. Je ris aux anges. Je vis.

 

dimanche 26 avril 2026

Vivre : signe et persiste

 
statuette / Museo nazionale archeologico / Taranto
 
 
 impossible de reculer, impossible de les fuir
ces moments où la vie nous impose de grandir 
 

samedi 25 avril 2026

Vivre : un ouragan d'objections

 
Portrait du Comte Preben Bille-Brahe /C.W. Eckersberg / NYCarlsberg Foudation / Copenhague
 
 
 A l'homme rempli d'indignation 
objecter cette simple évidence :
quand on adresse une demande
on peut se voir répondre : "non"
 
 

vendredi 24 avril 2026

Vivre : réveiller la lumière

 
Château d'Issogne / Val d'Aoste
 
 Tous les matins
quelle que soit la saison
 être éveillée avant son entrée
voir poindre et se former 
le premier rayon 

jeudi 23 avril 2026

Vivre : questions de conduite

 

 
Hier était une journée à peu près ordinaire. Ce qui signifie : balades avec le chien, yoga et relecture de Patti Smith (Devotion). Comme R. devait prendre trois trains plus un bus pour se rendre à un rendez-vous, je lui ai proposé de l'accompagner en voiture jusqu'à la ville la plus proche et d'aller l'y rechercher à son retour, histoire de raccourcir les temps d'attente (des temps qui en ce moment de l'année sont souvent bouleversés par les accidents de personnes ou des pannes diverses). 
A l'aller, après l'avoir déposé, j'ai promené le chien avec une certaine appréhension, car je n'avais pas assez de monnaie pour mon parcomètre. Je marchais sous un soleil insolent en craignant de trouver une prune sur mon pare-brise à la fin de notre balade. Au retour, l'après-midi, j'avais de l'avance et j'ai décidé de patienter devant la gare. Il y avait deux voitures de police sur la place et ce qui m'a frappée, c'est l'attitude des policiers envers les conducteurs de deux véhicules mal garés. On aurait pu croire que les choses allaient se passer ainsi : constat, verbalisation, injonction à dégager. Mais pas du tout. Les gendarmes discutaient, longuement, civilement, avec les intéressés. On aurait dit une conversation aimable, un échange de points de vue (j'ai souvent constaté que cette petite ville est un parangon de savoir-vivre, souvent les gens sont confondants d'amabilité). Dans les faits, je suis restée là pendant 15 minutes et durant tout ce temps aucune amende n'a été remise. Les dialogues étaient encore en train de se poursuivre quand j'ai embarqué R. pour rentrer. 
Apparemment, pour apprendre à vivre en société, ici on préfère discuter plutôt que tacler.
 

mercredi 22 avril 2026

Vivre : chaque chose en son temps

 
 

 
pourquoi tant d'impatience à vouloir déjà être là-bas
quand c'est juste à présent qu'ici fleurit le colza ? 
 
 

mardi 21 avril 2026

Vivre : passer à la caisse

 
Portrait de femme / Hans Holbein l'Ancien / Musée Unterlindent / Colmar
 
 
Au début, comme c'est un petit supermarché, même si j'étais pressée, je n'osais pas trop scanner mes achats : il ne fallait pas que la caissière pense qu'on lui retirait son travail. Maintenant, je veille à la solliciter au bon moment. S'il y a trop de monde dans la file, je scanne. Sinon, je passe vers elle et j'en profite pour lui demander des nouvelles. De sa santé. De la santé de son mari. Je glisse toujours un compliment à son attention, sa coupe, sa manière consciencieuse de veiller aux réductions. Je lui demande conseil, sur la qualité d'un fruit ou sur les meilleures céréales. C'est une femme qu'on aurait définie entre deux âges  il y a encore quelques années, mais qui a pris un coup de vieux, depuis la maladie de son mari, depuis surtout que les responsables de magasin (dont la photographie est affichée à l'entrée, avec celle de leur adjoint juste au-dessous) ont commencé à se succéder à des rythmes presque endiablés. C'est que la Direction avec un D majuscule, celle qui officie depuis la plus grande ville du pays, a décidé que les employés ne devaient pas s'encroûter et se met un point d'honneur de booster leur dynamisme. Dès lors, on a mis sur pied un tournus qui a généré pas mal de turn over. Les visages de ses collègues changent sans arrêt. Elle est la seule à rester. Sans doute trop âgée pour qu'on l'intègre au fonctionnement proactif en cours, mais pas assez pour voir sa retraite poindre à l'horizon. Elle met pratiquement chaque lundi un nouveau collègue au courant. On dirait qu'elle passe son temps à expliquer. Elle est aussi censée surveiller les bouteilles d'alcool que certains pourraient chouraver et à remettre en place ce que d'autres ont déplacé. 
Parfois, dans un moment de répit, son visage se fixe sur le fond du magasin. On dirait une lionne en cage qui ne s'est pas résignée et qui attend et qui, en attendant, fait de son mieux et ronge son frein.
Merde alors ! La cinquantaine pourrait être un si bel âge. Pourquoi entretient-on l'idée que la fin (la fin de quoi exactement ?) est déjà en train d'arriver ? Au nom de quelle rentabilité ? Pourquoi injecte-t-on tant de tristesse dans les regards ? Tant de vide au fond des prunelles ? Tant de sentiment de ne plus rien valoir ?