11 sept. 2026

Voyager : welcome / 6

 
 
 
Elle habitait impasse des Moutons numéro 33. Son code d'entrée était le 3333. Son code Wifi : 12345678
et son mot de passe "maisoùsontlesmoutons". C'était une fille très ouverte et vraiment pas compliquée.
 

5 sept. 2026

Voyager / Regarder : des étincelles dans l'été qui s'écoule

 

Face à tous les rétrécissements et à tous les grésillements que nous impose le quotidien, les départs sont indispensables. A quelques heures de route, il est possible de partir très loin. Là-bas nous attendent nombre de rencontres, des histoires invraisemblables. Nous allons arpenter les pavés et ouvrir les yeux, les laver, être prêts à être étonnés, séduits, éclairés par toutes les facettes de l'humanité. Avant d'y être, pas question de subir des avis imposés ou des parcours balisés. Le contact direct sera notre priorité.
 

Vivre : déménagements

 
Santa Chiara / Girolamo Mazzola Bedoli / Museo Capodimonte / Napoli
 
La femme est partie avec armes et bagages. En s'en allant, elle emportait tout ce qui la constituait. 
Là où elle arriverait, elle déballerait sa vie, ses biens matériels et toutes ses affaires non élucidées. 

Vivre : faire ce qu'on peut avec ce qu'on a

  
rien à voir : une plage des Pouilles
 
Aujourd'hui : temps maussade, gros mouvements de nuages et migraine latente,
toutes les conditions requises pour une journée pas vraiment fabuleuse. J'ai plongé
sous une pluie fine tandis que les baigneurs se raréfiaient. Un surveillant est passé.
Il m'a lancé : Vous avez une très jolie façon de nager. Ouf! ma journée était sauvée.
 

4 sept. 2026

Vivre : à bout de souffle

 
Du côté de Pienza
 
 
Le calme : ce point qui nous attend parfois tout au bout d'une expiration 
 
 

3 sept. 2026

Voyager : j'ai rêvé d'une île

 
Rien à voir : détail  reflets sur le sol de la cathédrale de Majorque
 
L'île toscane est protégée. On n'y accède pas directement depuis la terre ferme, mais à partir d'une autre île plus fréquentée. Les billets de ferry sont limités, ainsi que les visites guidées et une seule plage est autorisée au public. Un unique hôtel, un restaurant. Résultat : un écosystème préservé,  du calme à nuit tombée. Une véritable île, ouverte sur le large, sans shopping, ni vie nocturne endiablée, mais avec goélands et fonds marins verts turquoise. Le séjour ici ne revient pas plus cher, puisqu'on y consomme peu et qu'on n'y parade pas, mais il demande en revanche de prendre son temps et de tendre l'oreille à l'esprit des lieux. Bon sang : pourquoi le système du numerus clausus fonctionne-t-il dans certains endroits ? et pourquoi est-il si aisé de laisser le système s'emballer ailleurs, empêchant toute possibilité de faire marche arrière? 
Peut-être faut-il en chercher les raisons dans le passé : l'île a longtemps servi de pénitencier. Son histoire est racontée ICI. Elle accueille encore une structure restreinte d'une vingtaine de détenus. Dans le cadre d'une  réinsertion par le travail, ils participent à l'entretien des sites et au fonctionnement des structures d'accueil. Le photographe Roberto Ridi, originaire d'une île proche, a vécu parmi eux et en a tiré un livre : Border Light.
Les paradis n'existent pas, certes, mais il y a moyen de voyager autrement en approchant les lieux dans leur authenticité, à l'écart des sentiers ravagés, et surtout en laissant les clichés carte postale aux... cartes postales.
 

2 sept. 2026

Vivre : de lieu en lieu gaiment se transporter

 
Sculptures romaines /Musée d'Archéologie / Split
 
avec l'âge, avec prudence, les virages... 
et toujours 
avec l'enfance en compagnonnage...  
 
Toute fleur fane et l’âge abat toute jeunesse :
La vie, à chaque étape, également fleurit,
Toute vertu fleurit, toute sagesse aussi,
À leur heure ‒ et ne faut qu’elles n’aient point de cesse.
Le cœur doit être prêt, dès que la vie l’appelle,
À faire ses adieux, à tout recommencer,
Afin qu’avec bravoure et sans rien regretter,
Il se donne à quelque autre accointance nouvelle :
Il est un sortilège en tout commencement,
Et qui nous aide à vivre en nous prémunissant.

Il faut de lieu en lieu gaiment nous transporter,
Ne dépendre d’aucun comme d’une patrie,
L’univers ne veut pas être geôle étrécie,
Mais nous grandir à chaque étape, et exalter.
Dès que nous nous sentons dans notre intimité
Et chez nous quelque part, l’atonie s’envisage ;
Seul celui qui est prêt au départ, au voyage,
Échappe à l’habitude et n’en est hébété.

Peut-être serons-nous, à l’heure de la mort,
Vers quelques nouveaux lieux envoyés, galopins !
La vie et son appel n’auront jamais de fin.
Allons, mon cœur, allons, prends congé, du ressort ! 
Stufen / Hermann Hesse / 1941 
 

***

Wie jede Blüte welkt und jede Jugend
Dem Alter weicht, blüht jede Lebensstufe,
Blüht jede Weisheit auch und jede Tugend
Zu ihrer Zeit und darf nicht ewig dauern.
Es muß das Herz bei jedem Lebensrufe
Bereit zum Abschied sein und Neubeginne,
Um sich in Tapferkeit und ohne Trauern
In andre, neue Bindungen zu geben.
Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne,
Der uns beschützt und der uns hilft, zu leben.

Wir sollen heiter Raum um Raum durchschreiten,
An keinem wie an einer Heimat hängen,
Der Weltgeist will nicht fesseln uns und engen,
Er will uns Stuf´ um Stufe heben, weiten.
Kaum sind wir heimisch einem Lebenskreise
Und traulich eingewohnt, so droht Erschlaffen;
Nur wer bereit zu Aufbruch ist und Reise,
Mag lähmender Gewöhnung sich entraffen.

Es wird vielleicht auch noch die Todesstunde
Uns neuen Räumen jung entgegen senden,
Des Lebens Ruf an uns wird niemals enden,
Wohlan denn, Herz, nimm Abschied und gesunde!

 
© Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1953, 1961
Aus: Die Gedichte. Frankfurt am Main: Suhrkamp Verlag, 2001