mardi 17 juillet 2018

Vivre : lequel des deux nous éclaire



Accueillir nos zones d'ombre, méditais-je dans le cloître, tandis que midi sonnait. 
Le pré n'en faisait pas toute une affaire : il basculait entre l'ombre et la lumière 
et jouait de ses tiges délurées tantôt en vert foncé, tantôt en vert clair.

lundi 16 juillet 2018

Vivre : l'exquise douceur des journées sans qualité


Adoration des Mages (détail) / Anonyme flamand / début XVIème siècle


Ne rien faire.
Sinon vivre. Sinon respirer. 
Sinon sauver un bruant chanteur égaré
(ou alors s'agissait-il d'un cassenoix moucheté ? 
quoi qu’il en soit : un piaf tourneboulé)
Sinon sauter dans l’Aar délicieusement fraîche en me laissant porter.
Sinon m'attabler devant une Gazosa 1883 glacée. Sinon babiller. 
Sinon déguster un Sarlet coulant agrémenté de miel poivré.
Sinon me réjouir d’avoir traité le petit prunier 
et cueilli les premières tomates de l’année.
Ne rien faire, et surtout rien de reluisant, d'insolite ou d'excitant.
Regarder quelques papillons voltiger, 
envisager quelques débuts de projets
et... contempler la valse immense des nuages embrasés. 

dimanche 15 juillet 2018

Vivre : sans complication


Crucifixion (détail) / Jan de Beer / 1510 env. / collection privée

Elle s’appelait Sophie. Vive, enjouée, elle souriait et s’activait. Elle faisait partie de ces gens alertes et présents qui, ayant reçu une demande, y répondent sans façons. Ou qui, ayant perçu l'éventualité d’un problème, trouvent la solution avant même sa formulation. Toute en rapidité, toute en sagesse, un cadeau de la vie, une bénédiction.

samedi 14 juillet 2018

Regarder : deux ou trois choses que je sais d'elle


Marguerite d'Autriche en veuve (détail)  /Bernard van Orley / Monastère royal de Brou

Elle était la petite-fille de Charles le Téméraire et fille d'empereur.
Elle a été mariée pour la première fois à l'âge de trois ans.
Répudiée à onze. Puis remariée deux fois et deux fois veuve.
Après avoir mis au monde un seul enfant, mort-né,
elle s'est occupée de l'éducation de ses neveux et nièces,
parmi lesquels Charles-Quint, dont elle fut la marraine.
Elle a fait édifier un monastère royal où elle ne mit jamais les pieds,
et, dans cette nécropole, deux monuments funéraires somptueux :
l'un dédié à son troisième époux, Philibert de Savoie et l'autre pour elle.
Ils avaient été tendrement attachés. Ils sont réunis pour l'éternité.
Femme riche et puissante, elle aimait les arts, les lettres. Elle aimait les poètes.
Elle aimait aussi la peinture de van Eyck, et celle de Bosch, et celle de Memling.
A cinq cent ans d'écart, la sentir si proche, si présente, à travers les sculptures,
à travers les tableaux, leurs thèmes, leurs courbes, leurs couleurs,
à travers son impressionnant univers de commanditaire.



Monastère royal de Brou / Primitifs flamands. Les trésors de Marguerite d'Autriche / Jusqu'au 26.08.2018

vendredi 13 juillet 2018

Vivre : orienté solutions



Uffizi / Firenze



Il y a les gens qui voient le verre à moitié vide. Et ceux qui le voient à moitié plein.
Gérard, lui, il appartient à l'heureuse catégorie pour qui le verre est toujours plein.

mercredi 11 juillet 2018

Lire : en avoir assez


Le repas modeste du Mezzogiorno / Giuseppe Palombo / 1907-1908


"Avoir assez" n’a rien à voir avec l’ascétisme ou le manque. Bien gérée, avec un peu plus d’intelligence et d’amour et moins de ce gaspillage insensé, notre planète peut offrir une abondance décente à des milliards de personnes en plus. Vous ne réussirez jamais à vivre plus simplement et dans la joie – joie qui est pour moi une de conditions sine qua non de toute cette démarche – si vous avez l’impression de vous priver de quelque chose.
Comme le disent avec finesse les deux mêmes auteurs**, " le gaspillage ne réside pas dans l’abondance de possessions, mais dans le fait de ne pas en jouir". Ici encore, vous êtes la seule personne pouvant savoir  si vous jouissez réellement de vos possessions ou pas.
Pierre Pradervand, La vie simple.

**Joe Dominguez et Vicki Robin, Votre vie ou votre argent, éd. Logiques, Montréal, 1997

mardi 10 juillet 2018

Vivre : rupture de barrage





Elles roulent, toutes grosses, elles déboulent.
Et c’est bon de les sentir rouler comme ça.
De les sentir effleurer mes lèvres, les saler, les imbiber.
Elles roulent, elles déboulent, elles sillonnent,
Emportent toute la détresse sur leur passage.
Ne pas chercher à les ôter,  ne pas trop vite les assécher, 
les larmes sages rompant le barrage.

lundi 9 juillet 2018

Regarder : des émotions par milliers




A chaque fois, je me dis que non, que je ne regarderai pas. A chaque fois, je finis par me faire prendre au jeu. Je n'y coupe pas. Je me fais happer et j'ai beau me dire regarde-toi, observe comment ton attention se fait capter, je replonge à chaque fois. Je me retrouve dedans sans trop savoir comment.
Apparemment, je ne suis pas la seule. Depuis hier soir, cette vidéo a été vue plus de 20'000 fois. C'est fascinant d'examiner toute la palette d'émotions vécues par les gens, jeunes ou vieux, petits ou grands. Ils sont capturés, pris par l'instant. Ils vivent entièrement ce qui se passe à l'écran. La tension, la peur, la tristesse, la stupéfaction, la joie, le délire, leurs visages, leur gestuelle expriment toute une gamme de sensations corporelles et de sentiments. 
C'est sans doute pour cela que le football est un sport populaire : il permet de se sentir palpiter profondément, d'expérimenter à fond et en chœur toutes les expressions du vivant.

dimanche 8 juillet 2018

Vivre : blanchisseuse


Rovinj / 2016

Tendre  la main pour ramener à soi
les linges, les draps.
Plier, disposer, ranger
des piles de fraîcheur immaculée.
Attendre avec impatience
l'heure des ablutions l'heure des songes.

samedi 7 juillet 2018

Vivre : switcher


Falassarna / Crète

C’est l’été. L’école a fermé ses portes. Les enfants sautillent devant les valises ouvertes. Ici et là on se propose de reprendre contact à la rentrée. De nouveaux horaires sont affichés. Les blogs se mettent en mode pause, d'autres clics sont à trouver. C’est l’été. La saison des piqûres et des longues soirées. La saison des cris et des messages d'absence. La saison des orages et des marchés. La saison des vides et des bouchons. La saison qui se voudrait reposante et n’est pas de tout repos. La saison qui s’agite et où l’on se sent agité. C’est l’été qu’on a longtemps espéré et qui va trop vite s’évaporer. C’est l’été. C’est enfin l’été. Alors... alors... entrer dans la danse, reporter les échéances et se laisser aller à savourer.

vendredi 6 juillet 2018

Vivre : les caresses de la vie


Lionello d'Este / Pisanello / Accademia Carrara / Bergamo

Il est tellement généreux qu’en lui demandant une faveur on a l’impression de lui rendre service.

jeudi 5 juillet 2018

Vivre : still life / 48




Période anniversaire : les cadeaux... Les cadeaux... qui disent les liens, qui disent les échanges. Il y a ceux qu’on désire, ceux qu’on demande et ceux qu'on reçoit, ceux qu’on n’aurait pas osé espérer, ceux qui surprennent, ceux qui font plaisir, ceux qui déçoivent atrocement (comment a-t-elle donc pu m’offrir ça ?), ceux qui empoisonnent, ceux qui sont vraiment trop moches, ceux qui vous feraient presque éclater de rire.

Longtemps, je me suis sentie obligée de les accepter, de les garder, de les employer. Longtemps, ils m’ont manipulée. Maintenant, c’est très simple : j’en fais strictement ce que je veux. Je prends, je profite, je me délecte ou bien je donne, je recycle, je jette. L'essentiel est sans doute, après avoir dit merci, de les laisser circuler, de reconnaître qu’ils font partie de tous les dons de la vie et, comme tous les dons de la vie, les sourires, les attentions, la santé, les égards, les merveilles, les instants diamant, ils sont simplement à prendre ou à laisser.

mercredi 4 juillet 2018

Lire : recevoir et être reçu


Domenico Di Bartolo / Santa Maria della Scala/ Sienne



Avec de la vertu, de la capacité, et une bonne conduite, l’on peut être insupportable. Les manières, que l’on néglige comme de petites choses, sont souvent ce qui fait que les hommes décident de vous en bien ou en mal : une légère attention à les avoir douces et polies prévient leurs mauvais jugements. Il ne faut presque rien pour être cru fier, incivil, méprisant, désobligeant ; il faut encore moins pour être estimé tout le contraire.
Les Caractères, De la société et de la conversation, 31

Cher Jean, on ne saurait mieux dire. 
En cette saison d'invitations et de conversations,
 tes mots sont un régal et tes observations d'une modernité totale !


mardi 3 juillet 2018

Vivre : retour à la case départ



Duccio di Buoninsegna / Maestà del Duomo (dett.) / Massa marittima

Je viens d’apprendre que cet homme, cet homme rencontré il y a deux ans un samedi de juin, ce vigneron plein de vitalité et d’entrain, qui nous avait raconté sa trajectoire et ses projets autour d'une bouteille et dont la faconde m’avait inspirée à tel point que j’en avais rempli une page entière dans mon journal le lendemain, qui apparaissait comme travailleur, baratineur, vital, latin, cet homme qui tendait le bras et balayait les vignobles alentour de la main, cet homme dont je me souviens quasiment tous le jours pour un détail insignifiant parce que ce matin-là il m’avait indiqué une herbe à curry dans son jardin, et que j’en ai planté une depuis dans le mien, cet homme vient de mourir le deux juin. Un mélanome malin.

A chaque  fois, me prendre une gamelle, subir une déferlante de tristesse, d'angoisse, de regret. A chaque fois, entendre au fond de mon estomac l'exclamation "merde", le sentiment d'injustice et la rage qui gronde. A chaque fois, me retrouver simplement, cruellement mortelle. A chaque fois, ressentir l'envie de dépenser, de conquérir, d'oser, de déchiqueter tous les impossibles.

A chaque fois, cette impression de n'avoir pas encore su apprivoiser la mort. A chaque fois, comme au jeu de l'Oye. 

lundi 2 juillet 2018

Voyager : rêverie bisontine







Porte noire / Besançon

Le cœur de la ville est niché dans une anse du Doubs et  la Grand Rue le divise de part en part. Quand on emprunte cette ancienne voie romaine, en direction de la cathédrale Saint-Jean, on se retrouve face à ce noble monument. 

Dans l’antique Vesontio, oppidum gaulois devenu capitale de la Séquanie, évoquée par Jules César dans son De Bello Gallico, on a édifié cet arc de triomphe en l'an 175, sous le règne de Marc Aurèle. C'est plus tard, au Moyen Âge qu'il a reçu le nom de Porte Noire.

Le temps, la pollution, le travail des éléments ont érodé la fine pierre de Vergenne. La sculpture en bas-relief représentant des scènes de la mythologie grecque et romaine s'est effritée au fil des ans. Par endroits, on distingue à peine certains sujets, mais s’imaginer tout ce qu’un tel monument a pu connaître au cours de son existence a quelque chose de poignant. 

Dans la ville, les invasions et les occupations se sont succédées, amenant impulsions et ravages. Les révolutions sont passées. Des industries sont nées et ont douloureusement disparu. Aujourd'hui, la maison natale de Victor Hugo exhibe fièrement ses attributs à quelques mètres de la porte. Les rues du quartier sont besogneuses et animées. Chaque jour des centaines d'étudiants les traversent pour rejoindre leur faculté. 

Il émane de cet arc une paix et une autorité étonnantes. Devant lui, on se sent à la fois petit et étrangement rasséréné. On s'incline devant l'auguste langage de la pierre mordorée.

dimanche 1 juillet 2018

Vivre : les 400 coups





Jadis, si je me souviens bien, on disposait de : donc, de ce fait, par conséquent, en conséquence, subséquemment, c’est pourquoi, partant...
Comment le phénomène est-il arrivé ? D’un coup, il me semble.
Il y a deux ans à peine, j’avais été frappée par cette stagiaire, qui, dans les moments où elle devait argumenter, justifier des options délicates qu’elle avait été amenée à prendre, expliquer des situations complexes, se prenait à formuler "du coup" à tout bout de champ, sémantique ou lexical. Plus l’explication se révélait alambiquée et plus elle mettait des "du coup" dans le coup.
L'expression semble à présent faire des ravages, et l’épidémie paraît se propager plus particulièrement dans certaines régions. L’autre jour, nous en avons eu notre dose. Cela a commencé par une serveuse, à laquelle nous avions posé une simple question concernant l’origine d’un vin. Pour nous répondre, elle n’a pas employé moins de six "du coup" à la chaîne, n’hésitant pas à en placer trois dans la même phrase. Puis, dans les magasins, à la moindre question (concernant une étoffe, un fromage ou une heure de fermeture), nous avons eu droit à des avalanches d’explications, qui semblaient devoir toutes recourir à la formule "du coup" pour tenir la route.
Impressionnés par ces tics à profusion, nous avons tiqué et à force de tiquer, nous avons fini par nous marrer. Ne sachant trop comment répondre du tac au tac, nous avons surenchéri du tic au tic (jusqu’à saturation).
Au bout du compte... sans aller jusqu'à la claque, je me pose quand même la question :
Si l’on peut soigner les TOC, pourrait-il en aller de même pour ce foutu tic ? L'espoir est permis, d'autant plus que la langue, on le sait bien, a ses usages et ses tendances. Tout passe, tout lasse. Bientôt ce connecteur barbant ne sera plus dans le coup. 
Du coup... patience !

samedi 30 juin 2018

Vivre : la revanche de Besançon




Depuis pas mal de temps déjà, j’ai perdu le goût de faire les soldes. Toutes ces marchandises entassées, en attente de preneur, toutes ces offres racoleuses, toutes ces affaires à faire ont le don de m’affliger et de me lasser. J'en viens rapidement à me demander : pour une judicieuse acquisition, combien de dilapidations?

Donc, à Besançon, l'autre jour, je me coulais dans les rues piétonnes en admirant l'élégance superbe des façades, happée par des détails architecturaux, la variété des lucarnes ou l'harmonie de trumeaux. 

Je ne sais  comment j'en suis arrivée à porter le regard sur certaines vitrines et, de fil en aiguille, à me demander si tout compte fait je ne me trouvais pas dans l'impérieuse nécessité de dénicher un top noir pour mes soirées. J'ai donc délaissé insidieusement la majesté des pierres de taille pour un vêtement qui soit à la mienne (de taille). 

Ce faisant, entrant, sortant de boutiques, j'ai senti remonter des émotions fortes, des souvenirs de l'été 2009. A la fin du mois de juin, j'avais pris un jour de congé et je me baladais dans les rues de Strasbourg envahies de touristes. Au centre ville, les soldes battaient leur plein. On voyait les passants décontractés - des mères avec leur fille, des amies, des familles - transporter des sacs bariolés et arborer en souriant leurs achats. La noble cour du lycée Fustel-de-Coulanges, écrasée de soleil, se préparait à une longue somnolence estivale. Un jeune enseignant avait enfourché son vélo et lancé à un dernier groupe d'étudiants : allez, passez un bon été !

L'année 2008-2009 avait été terriblement chargée pour moi. J'occupais un poste fixe exigeant jusqu'à la maltraitance. Par ailleurs, j'avais accepté d'animer à Genève un atelier destiné à des femmes en réinsertion professionnelle. Deux fois par semaine, je me levais aux aurores pour faire de longs trajets et j'avais dû prendre deux semaines sur mes vacances pour honorer ce contrat. De plus, notre nouvelle maison, dans laquelle nous venions d'emménager, n'en finissait pas de réclamer des travaux de finition, et la ronde des artisans semblait ne jamais devoir s'achever (pas plus que les casse-tête financiers). J'avais passé une année la tête sous l'eau et je ressentais un pénible besoin de reprendre souffle, sans parvenir à le satisfaire. Mon cœur qui battait la breloque me rappelait tous les soirs que ce rythme n'était pas le mien.

A Strasbourg, cette année-là, tandis que les vitrines appelaient à consommer et que les enseignants regardaient partir leurs élèves vers de belles vacances, j'aurais donné n'importe quoi pour pouvoir moi aussi flâner au hasard, me choisir un nouveau maillot de bain, avoir des congés devant moi, des perspectives de rivages bleus et de lectures enchantées. Je m'étais sentie submergée par une vague énorme de frustration, d'envie, d'aspiration à jouir de la vie.

Cette vague - la même intense, forte vague - je l'ai retrouvée à Besançon, tandis que j'entrais dans une énième boutique. Et là, tout à coup, sans protester, laissant de côté mes convictions, j'ai décidé de m'accorder ma compensation. J'ai entrepris de savourer le bonheur sans pareil de déambuler, de me chercher un petit je-ne-sais-quoi, en profitant d'une réduction de je ne sais combien, le bonheur de passer de magasin en magasin. Ensuite, installée sur une élégante terrasse, dans la lumière incandescente de cette magnifique journée, j'ai savouré la revanche de profiter - enfin - des soldes de juin. 

Au fond, les traversées du désert étant inévitables, n'est-ce pas seulement au moment où l'on se donne à soi-même une douce quittance, qu'on peut enfin tourner la page ?


vendredi 29 juin 2018

Habiter : la belle endormie







Ferme traditionnelle / Franche-Comté


Traverser le village d’Arc-sous-Cicon. Passer devant elle. Planter les freins. Opérer une marche arrière. S’arrêter pour l'admirer.
Ancienne, altière, souveraine, séduisante, mélancolique, désespérément seule, en manque de soins et d’attentions.
Comme tu es noble ! Le poids et les outrages du temps n’ont rien ôté à ta sublime élégance. 
Attends-tu toujours celui – ou ceux – qui sauront te comprendre, te sauver, te ramener à ta majesté passée ?


jeudi 28 juin 2018

Lire : l'inconsistance


Ordinary Man / Zharko Basheski / Arken Museum 2017 / CPH

J'atteignais péniblement la page cinquante et un
quand le livre (emprunté par chance) m’est tombé des mains
Cet écrivain qui sait se vendre et se vend bien
(on l'a vu côtoyer Paul Auster dans une émission de France 5)
a donc commis ce petit roman truffé de lieux communs ?
Publié par la maison Seuil...mmmh... 
n'aurait-il pas mieux valu dans la collection Harlequin ? 

mercredi 27 juin 2018

Vivre : Caroline a disparu


Photographie tirée du net

Habituellement, ce sont des chats.
Plus rarement, quelques clébards.
Aujourd'hui c'est la photo de Caroline
(ou plutôt sa carapace de face)
qu'on voit sur toutes les affichettes.
Caroline qui a pris la poudre d'escampette,
qui laisse une famille éplorée.
Bon sang, mais où est-elle donc passée?

mardi 26 juin 2018

Vivre : les heures turquoises



Affiche expo 2014

Certains jours de bise intense, le lac : 
cet à-plat turquoise, dense, vif,
cette surface de pâte tartinée en travers du territoire,
qu’il vaut mieux se délecter à regarder,
 dans lequel mieux vaut s’abstenir de plonger.


lundi 25 juin 2018

Voir : ou pas




Ces bandes-annonce tellement longues, tellement longues, qu'on en vient à reconnaître au film son mérite principal : 
nous faire économiser 90 précieuses minutes et dix-neuf francs au final.

dimanche 24 juin 2018

Voir : êtes-vous heureux ?




Étrange et captivante chronique que celle réalisée par Jean Rouche et Edgar Morin, durant un été au tournant des années 1960. Qu'est-ce donc que ce "cinéma vérité" qui a fait passablement débat alors ? Est-ce une recherche documentaire ? Un reportage ethnographique ? A partir de la question : êtes-vous heureux ? posée par Marceline Loridan à des Parisiens un rien gênés, le focus s'élargit sur le portrait d'une époque. La guerre d'Algérie, la fin des colonies, les survivants des Camps, les liens affectifs, l'argent (sa nécessité, son manque), la relation au monde professionnel sont autant de sujets évoqués à travers des "personnages" interviewés (dont le jeune étudiant Régis Debray).
Ce qui m'a le plus frappée : tous ces gens qui mentionnaient leur mal de vivre ou leur démotivation au travail. Sans avoir les mots pour le dire, ils parlaient déjà de burn out, de frustration, de mobbing. Ils s'efforçaient de décrire ce qu'ils ne pouvaient pas nommer. La tension entre l'obligation de gagner sa vie et l'aspiration à se réaliser était déjà au cœur de leurs existences. Des personnages éloignés dans le temps, se révélant très proches, finalement.
Et le noir&blanc... la beauté inégalable des images en noir&blanc...
Envie de revoir encore une fois ce film, restauré en 2011, pour mieux comprendre ce qui a changé depuis cet été-là...

Chronique d'un été / J. Rouche et E.Morin / Prix de la Critique internationale Cannes 1961 

samedi 23 juin 2018

Voyager : quand la reine est loin d'être petite












Bien sûr, il y a Amsterdam. Et naturellement Copenhague et Berlin. En Italie, il y a toutes les villes de la plaine du Pô, et, parmi celles-ci, Ferrare est sans doute celle qui fait à la bicyclette la part la plus belle. Ici, les vélos n'ont qu'une seule vitesse et toutes les priorités. Les rares moteurs tournent au ralenti. Au cœur de l'Emilie, en bécane on peut : s'élancer dans tous les sens interdits; couper la route à une voiture de police en toute impunité; foncer à contre-courant entre deux files de voitures démarrant au vert sans que cela pose un réel problème; faire le tour des remparts de la ville; entretenir une discussion animée; se parquer n'importe où; manger des glaces; véhiculer deux bambins un devant un derrière; emmener sa dulcinée sur son guidon et son chien dans un panier à l'arrière. Visitant la ville à ce rythme posé, paisible, on comprend le sens des mots "qualité de vie". Les anges semblent veiller sur les cyclistes et les passants. Une douce torpeur et une rare gentillesse se déposent sur les bâtiments et les échanges, loin, très loin des vrombissements des 4 x 4 aux dimensions insensées qui sont en train de se multiplier dans nos centres urbains.

vendredi 22 juin 2018

Manger : le coût des étoiles




Silhouette massive enveloppée dans un jean délavé, un T-shirt gondolant sur ses chairs rebondies, il est passé nous voir avant la commande, s’enquérant d’éventuelles intolérances ou allergies. Il est repassé en fin de partie pour un débriefing. Il s’est appliqué à passer de table en table. Il écoutait, il relançait, il assumait son rôle de maître des lieux. Arrivé à notre table, nous aurions voulu lui dire combien il nous avait comblés, avec tous ces accords parfaits, toutes ces subtilités. Mais un regard à son regard suffisait pour voir qu’il était crevé. Nous l’avons laissé repartir vers une autre tablée, écouter tous ces gens qui avaient tant de remarques à lui débiter, écouter leurs verdicts, leurs appréciations.

En le regardant quitter la salle pour une heure de repos bien méritée avant le rush du soir, j’ai pensé à ce stress bien particulier, qui provient de devoir sans cesse être en forme. Devoir créer, devoir toujours se donner. Se renouveler. Gérer et développer son affaire. Assurer sa promotion, soigner son image. Devoir plaire et être approuvé. Être évalué. Faire l'objet de critiques provenant de tous côtés, et surtout de la part de ceux qui se sentent autorisés à vous tancer en échange de quelques billets. 

Se sentir attendu au tournant. Se sentir vulnérable et éprouver, dans sa fragilité, un terrible besoin d'approbation et de valorisation. Sans compter la peur d’être déclassé. La peur de perdre ce qu'on a patiemment gagné.

Oui, son pas lourd qui quittait la scène disait le prix à payer, parmi tous les types de stress qu’on peut avoir à expérimenter, le prix élevé pour être un chef étoilé. 


Je viens de terminer cette BD. Elle montre l'autre face, celle de l'évaluation, à travers les yeux d'Emmanuelle Maisonneuve, première femme à avoir intégré l'équipe du Michelin. Le stress des uns, le stress des autres... Pas vraiment fan de guides ou d'attributions stellaires (à vrai dire pas fan du tout), je constate que les belles expériences peuvent énormément différer entre elles : depuis le charme d'une petite osteria dans un coin perdu, un plat de pâtes faites maison, un vin de la région, une ambiance bon enfant, jusqu'à la maestria d'un chef délirant qui fait de votre repas un enchantement, un théâtre, un éblouissement. Un point commun entre elles cependant : l'amour du travail bien fait, tellement bien fait que l'effort ne se voit pas.On a les papilles réjouies et l'estomac ravi. On sort heureux et comblé avec des étoiles, oui, mais dans les yeux. 
Avec Kan Takahama et  Julia Pavlowitch / Les Arènes BD / 2018

jeudi 21 juin 2018

Vivre : avec lui


Tapisserie de Saint-Eloi (détail) / Hospice / Beaune

Il est comme les arbres fruitiers
comme le soleil, comme les champs de blé :
il aime donner.
(déteste calculer)

mercredi 20 juin 2018

Vivre : Still life / 47





Quand on y pense : tous ces gens qu’on croise, l’espace d’un moment, avec lesquels on partage un trajet, une visite, une table, et qui s’en vont qu’on ne reverra jamais qui s'effaceront de notre mémoire ... tels des oiseaux de passage dont nous aurons été les compagnons volages ...

Parvenir à entrer dans ce monastère tenait du miracle, les horaires de visite demeurant un mystère épais, autant pour les employés de l’office de tourisme que pour les riverains. Nous nous étions précipités en voyant la porte ouverte. Il arrivait de Tokyo et bredouillait quelques mots d’anglais. A la porte, la vieille religieuse l’a toisé du haut de son mètre quarante et l'a informé d’un ton docte qu’elle ne parlait pas cette langue : qu’il veuille bien se débrouiller.
Enrobée dans toute sa virginale sévérité, voile bleu nuit, regard réprobateur dirigé contre toute tentative de questionnement, elle a entrepris de scander son maigre texte d’un ton monochrome, tandis que j'essayais de traduire et d’expliquer à notre ami nippon que la peinture à fresque des absides visitées était liée à l’atelier de Giotto, dont il se réjouissait d'aller visiter une fameuse chapelle le lendemain. Ayant terminé d’égrainer sa litanie, elle a énoncé : une seule photo ! il y a des cartes postales à l’entrée ! avant de pointer de l'index la boîte où déposer nos oboles.

A la sortie, je m'apprêtais à enfourcher mon vélo, quand il m'a tendu cet emballage en souvenir. Je suppose qu’il s’agit de dessous de verre, dont je n’ai pas le moindre besoin, et que c’est une reproduction d’Hokusai, ou d’Hiroshige qu'on voit imprimée dessus. Depuis mon retour, je n’ose ni ouvrir ni jeter le sachet. Je le garde encore vingt-quatre heures pour ne pas oublier la nonne aride, les fresques de San Antonio in Polesine, et le Japonais qui souriait. Le sachet s'en ira dès demain dans la corbeille à papier.

mardi 19 juin 2018

Voir : des poules heureuses


Extrait de Nul homme n'est une île, de Dominique Marchais.

A chaque fois que je vois une poule dans un pré,
vivant sa vie de poule, sautillant et picorant,
moi, ça me fait rêver.
Y a-t-il chose plus belle qu'une poule dans un pré?
Ici : Le Galline Felici, de Roberto Li Calzi en Sicile.

lundi 18 juin 2018

Vivre : courir pour soi


Coureurs / MANN / Naples


Ce qui fatigue, ce n'est pas l'effort fourni.
Ce qui fatigue, c'est la pression subie.

dimanche 17 juin 2018

Voyager : pour deux euros


Dans une ruelle d'Aix-en-Pce

Parfois, le voyage commence dans un petit magasin à l'aspect délabré.
Parfois, le voyage commence par un palais comblé de saveurs sucrées.

samedi 16 juin 2018

Vivre : de l'ombre, de la lumière


Michele Balugani / Dalle tenebre alla luce / MANF / Ferrara


Cette tendance à voir le verre à moitié vide ou à moitié plein, selon qu'on soit d'attaque ou en mode chagrin. Tout ce que la vie donne, tout ce qu'on reçoit, tout ce à quoi on pense certains jours avoir droit, qu'on réclame à grands cris, tandis que la vie donne, toujours, en continu, et qu'il suffit juste d'être là.

vendredi 15 juin 2018

Vivre : comme un edelweiss, une antilope, un orang-outan


Fresque / Santa Maria Maggiore / Bergamo


Quand l’orage a éclaté, nous avons trouvé refuge dans une librairie, le meilleur endroit pour attendre la fin d'une averse. J'ai déniché deux bouquins avec des héroïnes on the road et cherchant chacune à sa manière le moyen de trouver son chemin. Au moment d'encaisser, la libraire nous a demandé si nous allions à la mer et offert deux toiles pour protéger nos serviettes du sable avec, imprimé dessus, un extrait de La promenade au phare . Nous lui avons demandé si elle aussi partirait se baigner. Alors, elle a ouvert de grands yeux gourmands et souri : Non, non, moi, je passe mes vacances à la campagne, je vais cueillir des fruits.
Elle nous a expliqué qu’une de ses amies agricultrice possédait un énorme verger et qu’une fois la récolte effectuée, elle lui laissait champ libre (si l’on peut dire). Alors elle grimpait dans les arbres et dévorait tout plein de fruits (elle faisait aussi de la confiture et nous en aurait volontiers remis un pot le lendemain si nous ne partions pas si tôt). Puis elle nous a parlé de la musique des feuillages, du murmure des oliviers et de la façon très particulière qu'ont les fleurs de chanter.
Elle avait le sourire séraphique de certains enfants rêveurs, de certaines saintes au fond de d’églises oubliées, et la fraîcheur d’un ruisseau de montagne, elle avait l’indulgence de ceux qui sont comblés, de ceux qui n’ont pas grand-chose à désirer.
Dehors, la pluie finissait de pianoter. En la remerciant chaleureusement, on se disait que certaines personnes, à l’instar d’espèces rares, en voie d'extinction, mériteraient d’être protégées. Et si l'avenir de l'humanité résidait dans cette faculté subversive de savoir se hisser dans des branches pour déguster de douces offrandes à notre portée ?

jeudi 14 juin 2018

Vivre : still life / 46



La reine des sauces, un concentré de Sud, de vacances, d'Italie.
Il y a la pasta, déclinée sous toutes ses formes et ses sughi.
Il y a la pizza, incontournable rendez-vous des vendredis.
Il y a les osso bucchi, le boulettes, les multiples recettes, inventées ou suivies.
Ici la jauge clignote dès qu'il n'en reste plus que cinq bocaux.
Le signal est donné. Il faut se remettre au boulot : carottes, oignons, céleri
vont rejoindre des tomates bien mûres, à la rigueur d'excellents pelati.
ça mijote pendant deux heures, ça prend de belles couleurs.
Et toute la maison sent bon la cuisine tandis que je débouche un bon Chianti.

mercredi 13 juin 2018

Vivre : face aux chiens, aux fleurs, aux montagnes et à la mer


Rouge et blanc / Roger Bissière / 1950 / Annexe XXe Musée Granet / Aix-en-Pce

Il y a beaucoup de façons différentes de regarder n'importe quelle chose, quel fait ou quel processus. Un chien est un chien, sans plus. D'une certaine façon, il n'y a rien de spécial à cela et, en même temps, c'est extraordinaire, c'est même miraculeux. Cela dépend entièrement de la façon dont vous le regardez. Nous pourrions dire qu c'est à la fois ordinaire et extraordinaire. Le chien ne change pas quand vous changez la façon dont vous le regardez. Il reste toujours ce qu'il est, sans plus. C'est pourquoi les chiens, les fleurs, les montagnes et la mer sont d'excellents maîtres. Ils reflètent votre état d'esprit. C'est votre esprit qui change.
J. Kabat-Zinn / Au coeur de la tourmente / J'ai lu / p.284


La banalité n'existe pas. La routine non plus. 
Ceux qui se plaignent que ce soit : dépassé, vieillot, répétitif, usé
n'ont rien compris aux infinies possibilités 
des jours, des choses et des regards.

mardi 12 juin 2018

Ecouter : quand la musique est bonne


David Leeuw and his family (détail) / Abraham van der Tempel / Rijksmuseum / Amsterdam

Certains dimanches soir, ZB et moi, on aime bien faire découvrir à l’autre des chansons qu’on apprécie particulièrement.
On s’assied sur le divan. On écoute à deux. Avec concentration.
Quand c’est le morceau de l’autre, on se montre attentif, immobile. Poli.
Quand c’est notre propre morceau qui passe, on est plutôt tendu. Comme en attente d’un verdict. 
On voudrait que l’autre s’écrie : ouais, super, génial, je vais le charger tout de suite. 
Mais ça n’arrive jamais. On se sourit gentiment. On dit : oui. On dit : c’est bien. 
Et prestement, on passe à autre chose.
Heureusement qu’on n’a pas besoin de la musique pour souder nos liens.