dimanche 4 mars 2018

Vivre : soir d'hiver en Catalogne


Pleurants / MNAC / Barcelone

Dans cette banlieue de Barcelone où nous avions débarqué pour la première fois il y a trente-cinq ans, nous attendaient la pluie et bientôt la neige, et malgré cet événement somme toute exceptionnel, au premier regard, rien ne semblait vraiment avoir changé. Les immeubles paraissaient tout autant décrépits, même s’ils côtoyaient à présent une multitude d’hypermarchés. De plus en plus d’invitations à consommer : sans doute le changement le plus marquant.

Les rues désertées, désolées n’invitaient pas à la réjouissance. Aux balcons, quelques drapeaux catalans et espagnols se faisaient face avec des mines d’écoliers réprimandés. Dans le salon où l’on me rafraîchit ma coupe, on usa d’euphémismes pour évoquer les tensions du moment : « les événements », les « circonstances », prononçait le coiffeur tout en se hâtant de parler de surf et d’enfants. A nuit tombée, devant  l'ajuntament, les flocons semblèrent harceler une pauvre manifestation. La belle saison est plus propice semble-t-il aux chamboulements.

Ce lieu où nous avions connu tant de rires, tant d’espérances post-franquistes, tant de débats stimulants, n’accueillait à présent que des promeneurs de chiens et des consommateurs pressés. Sur les trottoirs, les vendeurs de loterie distribuaient avec un certain succès leurs tickets chargés d’espoirs acharnés. J’acceptai l’offre d’un homme brandissant des sachets de citrons. On me dit plus tard qu’il s’agissait d’un gitan et qu’ils avaient probablement été volés.

A quelques kilomètres de là, les touristes livrés par RyanAir se baladaient sur les ramblas et commandaient des cognacs pour oublier le mauvais temps. Ils étaient venus consommer du sud et se retrouvaient à grelotter sous une couche de froidure polluée.

La roue tourne incessamment. Tout change tout passe. Et même l’accablement d’une ville ouvrière écrasée par l’hiver fondra bientôt, se transformera en rires et en fleurs, le temps d’un nouveau tour de roue, le temps d'un nouveau printemps.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire