samedi 14 février 2026

Voyager : dôles de rencontres

 

 
En rentrant du Piémont - une petite cité idéale scintillant sous un ciel étoilé, quelques restaurants justement distingués - nous avons décidé de faire un crochet par l'entreprise Aulina  où un jeune couple de producteurs passionnés fabriquent des produits d'hygiène à base de plantes bio et de lait d'ânesse. Ils se sont formés dans la région de Forcalquier et ne cessent de diversifier leurs productions.
Nous les avons quittés tout heureux de nos achats et avons décidé de rejoindre Turin par des routes nationales. Au bout de cinq minutes, nous avons été arrêtés par un contrôle de gendarmerie. Pièces d'identité. Papiers du véhicule. C'est alors que l'interrogatoire a commencé:
- Vous venez d'où ?
- Vous allez où ? 
- C'est où, votre domicile ?
Les questions de ces jeunes gendarmes ont commencé à rendre le chien méfiant. Il s'est mis à grogner. D'autant plus que, avec des papiers suisses et des plaques suisses, il y avait de fortes chances pour que nous habitions la Suisse. Mais, en êtres civilisés, nous avons continué de leur répondre gentiment.
- Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?
- Du tourisme ?!? Mais il n'y a rien ici!!! 
Devant l'insistance du gendarma, nous avons commencé nous aussi à nous poser des questions, tandis que notre chien s'est mis à carrément aboyer. 
Nous avons réalisé que les deux - très - jeunes militaires avaient un accent du Sud prononcé. Sans doute venaient-ils d'être nommés au Nord du pays, loin de leur terre ensoleillée, de leur bord de mer, de leur famille. Sans doute ne comprenaient-ils pas ce qui pouvait attirer des gens qui n'y étaient pas contraints à sillonner cette terre aride du Piémont, parsemée de carcasses industrielles, avec ses habitants rigides comme des métronomes. Leur attitude "Qu'est-ce que vous venez foutre ici ?" est soudain devenue compréhensible.
On leur a fait de grands signes en les saluant et on s'est dit que ce genre d'incident ne peut arriver que quand on voyage hors saison, hors des sentiers battus (même si la quatrième ville du pays et sa Mole Antonelliana se trouvaient à peine à une quarantaine de kilomètres). Ça nous a donné l'impression d'être partis très loin et ça m'a ramenée à mon premier voyage en Grèce, dans la ville de Ioannina, où un habitant sur deux nous demandait : "d'où est-ce que vous venez ? où est-ce que vous allez ?" comme si nous étions des extraterrestres. Rafraîchissant souvenir d'avant le surtourisme, autant dire : la Préhistoire! 
 
 
Château de Govone / escalier monumental

 

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