Pourquoi ? Pourquoi suivre des recettes à la lettre quand on peut faire un pesto maison, sans parmesan mais avec des amandes (moulues) dedans ? Pourquoi ne pas tenter de glisser quelques feuilles de menthe entre les tiges de basilic, juste pour voir, juste pour goûter ? Pourquoi ne pas saupoudrer ces pâtes de fines tranches de courgettes tranchées à la mandoline et dorées dans une belle huile presque aussi verte que les bouquets broyés ? Pourquoi devrait-on toujours tout prendre pour argent comptant, ingurgiter tout ce qu'on tente de nous faire avaler ? Pourquoi emprunter toujours des chemins balisés ?
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22 juin 2026
11 mai 2026
Manger : le ciel par-dessus nos assiettes
Ce soir-là, d'apéritifs en plats de résistance,
sans oublier quelques crèmes glacées,
les façades veillèrent sur notre festin prolongé.
8 mars 2026
Vivre : des champignons et des hommes
paysage des Langhe
On trouve désormais du « brie fourré saveur truffe » chez Lidl, de la mayonnaise à la truffe chez Monoprix, et des gougères à la truffe blanche chez Leclerc. Il n’y a que la truffe qui ne soit pas à la truffe, puisque l’invasion est surtout celle de la « saveur truffe », voire, pire, de l’« aromatisé à la truffe ». Dans le cycle de vie du luxe – rare, envié, copié, saturé, ringardisé –, que le saumon fumé a déjà connu, le « à la truffe » entame sa grande glissade et c’est la revanche des anti-truffe, désormais autorisés à dénoncer sa saveur qui écrase tout.
Il y a vingt ans, un jour dans les Langhe, notre voisin agriculteur qui aimait partir à l'automne sillonner la campagne avec le petit roquet qu'il avait patiemment dressé, a sonné chez nous pour nous inviter au restaurant. Il tenait dans une boîte Tupperware quelques cailloux blanchâtres à l'odeur entêtante qu'il nous a présentés fièrement. Nous avons ce soir-là mangé l'intégralité d'un simple (et délicieux) repas piémontais sur lequel le gérant râpait abondamment les fameux champignons. Nous avons tout dégusté et chaudement remercié le voisin pour sa générosité. Je crois que ce soir-là j'ai avalé assez de truffe pour des décennies.
Je n'aime pas trop cet Tuber magnatum. C'est un peu comme le choux de Bruxelles ou le vin jaune, si je dois, je ne refuse pas, mais je ne vais pas m'empresser d'en demander. Quand j'ai parcouru hier l'article du Monde sur l'omniprésence de la truffe dans l'alimentation, ingrédient luxueux dont l'invasion vire à la saturation, je me suis sentie moins seule. Je dois dire que la déferlante de truffes qu'on trouve dans le commerce me stupéfie (y a-t-il vraiment dans nos sols autant de truffes que cela ? ). De plus, le cérémonial que font certains dans les restaurants aurait tendance à me faire rigoler : arrivée du serveur avec trois cailloux sur un plateau de cristal, une précieuse balance pour mesurer au plus juste le gramme acheté, regards silencieux et scrutateurs de la tablée, des paroissiens à l'heure de la communion ne seraient pas plus concentrés.
Dans ces moments, je me demande : Qu'est-ce qui se cache donc derrière l'effet "truffe" de notre alimentation ? Quels besoins est donc censé assouvir ce malheureux champignon ? La chronique (savoureuse) de Guillemette Faure aide à répondre à la question.
31 mars 2025
Vivre : les sept temps du silence
ces derniers temps, de plus en plus besoin de lieux calmes,
de personnes calmes, de trilles, de clapotis, de formes simples.
me font fuir les salles où l'on mange en hurlant pour ne tenir que
des propos inconsistants, les décibels qui augmentent, l'indifférence
progressive à ce qui entre dans les ventres, le brouhaha poussant
à se rencontrer pour mieux s'entrechoquer, le mépris du silence,
me manquent les soupirs et les trêves, les suspensions et les pauses
6 mars 2025
Manger : minimalisme
Nature morte à la tourte entamée / Peter Claesz / Musée des Beaux-Arts / Besançon
Pourquoi cherches-tu l'art d'accommoder les restes ?
Quel besoin de recettes qui créeront d'autres restes ?
Tu demandes des conseils, des trucs anti-gaspi ?
Congèle ou réchauffe. Pourquoi te compliquer la vie ?
6 févr. 2025
Manger / Vivre : Still life / 163
Aujourd'hui, jour de pluie, j'ai décidé de faire des madeleines. Ça devait bien faire... cinq ou six ans. Je cherche une recette qui me paraît simple et dont j'ai dans mes placards tous les ingrédients. Un seul problème : ma plaque en silicone contient 9 petits moules (ça me va très bien, en début d'année, pas besoin de se gaver) tandis que la recette est prévue pour 24 biscuits. Ok. Je vais diviser toutes les quantités par trois. Comme je n'ai pas de balance, avec mon bon vieux doseur, j'en arrive très vite à l'à-peu-près : un tiers de 50 grammes de lait et... un tiers de 8 grammes de levure... Je prélève ensuite un sixième de jus et de zeste de citron. Tant qu'à faire je décide que le morceau de beurre au fond du frigo équivaudra à 33 grammes et qu'il aura besoin d'être complété par une tombée de crème. Au moment de verser mon appareil, je constate qu'il y a largement de quoi remplir mes neuf coquilles. Advienne que pourra!
Pour moi, la cuisine, c'est exactement ça: des essais, des rajouts, des rectifications, de
l'intuition, des improvisations. Un
peu comme la vie: quoi qu'on fasse, on fait avec ce qu'on a, on se lance
et on finit par se confronter au résultat. Tout compte fait ce qui sort du four n'est pas décevant : des biscuits d'une délicate saveur citronnée, d'une exquise légèreté. (tout bien réfléchi, vu qu'on n'en fait qu'une bouchée, 24 madeleines, la prochaine fois ce sera juste assez).
29 déc. 2024
Vivre : Still life / 159
Ce soir, ce sera pizza. La pâte si simple à préparer. La sauce tomate maison si belle à étaler. Sur cette base, être libre de disposer les garnitures désirées : mozzarella, gorgonzola, olives, câpres, artichauts, jambon, thon ou anchois. Sans oublier l'origan, l'oignon, le basilic ou l'ail. Napolitaine ou romaine, hérétique ou pas, qu'importe. Ce qui compte, c'est d'aimer la réaliser et la déguster avec joie. Je réalise que ma manière de
préparer ma pizza ressemble furieusement à ma manière de concevoir les fêtes de fin d'année, de les
vivre et de les expérimenter. Quelque chose de personnel, aucune recette toute faite, un ou deux
trucs picorés ça et là. L'essentiel est qu'elle soit réalisée avec des ingrédients de premier choix. Et s'il y a des restes, demain, c'est en apéritif qu'on les
consommera.
16 déc. 2024
Voyager / Manger : comme là-bas, cuire et recuire
Photo tirée du net
Il me serait impossible je crois de partir en Toscane (sept heures de route sans imprévus), de marcher là-bas tout au long de la journée en visitant villes et musées, de m'adapter à des chambres et à des rythmes inhabituels si je ne pouvais compter sur une nourriture de qualité, à la fois digeste et roborative. Parmi tous les trésors de la tradition culinaire toscane, essentiellement paysanne, les soupes jouent un rôle de premier plan. Il y a la panzanella, la pappa al pomodoro (toutes deux plutôt estivales) et il y a surtout la ribollita. C'est une soupe assez similaire au minestrone, sauf que dans ce dernier on tendrait à mettre des pâtes à la place du pain rassis et des légumes tels que courgette, choux-fleur ou petits-pois à la place du chou noir toscan et du chou frisé.
Ces soupes épaisses mangées en entrée, mais qui peuvent tenir lieu de plat unique, enchantent le palais. On en trouve dans tout restaurant ou osteria qui se respecte et elles offrent le double avantage d'être saines et bon marché. Un de mes blogs de cuisine préférés, Un déjeuner de soleil, animé par la dynamique Edda, en présente une version très convaincante.
Durant tout l'hiver, il m'arrive d'en consommer quotidiennement en appliquant ma recette personnelle, qui n'a rien de vraiment
orthodoxe, mais présente l'atout majeur de se préparer rapidement et de
recycler tous les légumes à disposition dans la cuisine.
A une base de haricots blancs ou roses précuits la veille, j'ajoute de l'oignon, de l'ail, des patates, des carottes, du cavolo nero, de la verza (achetés en quantité sur un marché de Florence avant-hier), un peu de tomates, du bouillon, du sel, du poivre et je complète avec tout ce qui peut traîner comme légumes au fond du bac (de la courge, par exemple). J'y associe même une croûte de parmesan s'il y en a et je laisse cuire et recuire ce mets simplissime. Comme une grosse casserole peut m'assurer un certain nombre de repas, l’investissement en temps de préparation est vite amorti. Cette potée se consomme normalement avec du pain rassis (mais le pain ici n'a jamais le temps de rassir et je finis par le toaster). Naturellement, sur la table trône toujours une bouteille d'huile d'olive, or vert de première qualité.
Enfin, avant de partir en voyage, je m'arrange toujours pour en laisser une ou deux portions dans le congélateur : rien de meilleur quand on rentre à la maison à nuit tombée que de pouvoir se préparer un bon bol de soupe fumante. Après un long trajet, hors de question de manger froid ou de se mettre aux fourneaux. Suffit de laisser la ribollita dégeler à feu doux tandis qu'on range les trésors rapportés ou qu'on passe en revue quelques photos.
6 nov. 2024
Vivre / Manger : plus de crème dans les millefeuilles!
Woman and Child / Sam Jinks / Arken Museum / Gosh! It's Alive! /2017
Elle gère un établissement accueillant des personnes âgées. Dernièrement, elle a fait procéder à une enquête de satisfaction auprès des résidents concernant les repas. Résultats : le "café complet" a été ovationné (rappelons que ce terme désuet se réfère à un dîner typiquement helvète : café, pain, beurre et confiture, éventuellement un peu de fromage. Servi le dimanche soir dans les familles, mais aussi les colonies de vacances quand elles ne s'appelaient pas encore camps ou stages). Grosse contestation : la quantité de légumes dans les assiettes. Revendication majeure : plus de frites ! la portion prévue par la diététicienne est beaucoup trop réduite ! révoltant !
1 nov. 2023
Vivre : manger avec les yeux (mais pas que)
C'est l'invitation la plus délirante de l'année. Elle commence sur un trottoir, dans le centre d'une petite ville provinciale où je n'aurais pas vraiment l'intention de me rendre et encore moins de m'attarder. Mais il se trouve que dans cette rue, il y a de nombreux palais, aux superbes plafonds décorés à fresque, assez bien conservés pour avoir fière allure, et pas assez pour attirer des investisseurs mal intentionnés. A dix-neuf heures trente, on sonne donc à la porte cochère et on obtient le droit d'entrer.
Généralement, on se retrouve seuls, devant une cour plutôt impressionnante, au fond de laquelle est érigé un grand palais. C'est ici que se loge l'Accademia Filarmonica, l'académie de musique, sise depuis 1827 au cœur du Palazzo Gozzani di Treville, et il est assez fréquent d'entendre par les fenêtres entr'ouvertes quelques laborieuses mélodies s'échapper. On se sent un peu intimidé : la lumière faiblissante, sans doute, ou le contraste entre la modestie de la ville et le baroque des lieux. On se dirige à droite vers le grand escalier.
On lève la tête, naturellement. On a beau connaître, on a beau savoir, on se sent toujours un peu chavirer, immergée dans un monde de fastes passés. La tête tourne. Il y a tant à découvrir, tant de détails à observer.
Ce que l'on aperçoit sur la photo ci-dessus, c'est l'arrière-train de mon chien. Ce qu'il est difficile de deviner, ce sont les mouvements constants de sa truffe émoustillée. A coup sûr, il savait exactement où se diriger et n'aspirait qu'à nous y emmener.
A l'intérieur du restaurant se déploient plusieurs salles en enfilade dont chacune a sa particularité. On se dirige vers la table qui nous a été attribuée. On prend place sur des chaises un brin malcommodes si bien qu'on se voit proposer, avec le menu, des coussinets. Et là, la fête commence, car en cuisine une équipe jeune et motivée se met en quatre pour vous étonner.
A partir d'ici, plus de photographies. Notre seul objectif, c'est de nous régaler. Apprécier comme il se doit la cuisine piémontaise traditionnelle, non dénuée de panache et d'inventivité. Le patron et ses dynamiques serviteurs ne se prennent pas la tête. Ici pas de falbalas ou de grands discours, car l'essentiel est dans l'assiette. Pas besoin d'en rajouter.
Hélas, tout a une fin. Au moment de quitter tous les plaisirs du palais, on ressent une ondée de profond regret. Très déraisonnablement, on aimerait recommencer. Remonter les marches, sonner à nouveau à la porte, se faire conduire à sa table et... se réjouir de commander.
5 juil. 2023
Vivre : bien manger pour bien vivre
J'aime beaucoup la petite ville de Bra, au Piémont. J'aime sa pétulance provinciale, sa simplicité, son élégance sans manières, ses églises baroques, et surtout son marché du vendredi (ou plutôt : ses marchés, puis qu'il y a celui du haut et celui du bas, ce dernier peut-être plus populaire, pratiquant des prix légèrement plus accessibles). Or, j'ignore pourquoi depuis le temps que nous nous arrêtons dans cette paisible bourgade écrasée entre la capitale, l'austère Turin, et l'effrontée Alba, qui commence à se la jouer un peu trop parvenue avec sa truffe réputée et ses manifestations à la pelle, je n'avais jamais pris la peine d'aller manger au Boccondivino. La crainte d'y trouver un lieu snobinard, sans doute, jouant un peu trop la carte du "y en a point comme nous" en matière de bonne bouffe.
C'est que c'est précisément ici qu'est né en 1986 le mouvement Slow Food (dont le siège se trouve juste en face de la mythique osteria, au numéro 14 de l'étroite rue de la Mendicità Istruita). A ses débuts, Slow Food s'appelait Arcigola et se voulait un antidote à la folie universelle de la "fast life", une réaction contre ceux qui confondent l'efficacité avec la frénésie. Il affirmait le droit au plaisir de la lenteur, prônait l'éducation au goût et la sauvegarde de notre Terre nourricière. Avec le temps, ce credo du bien manger, naturellement, équitablement n'a fait que s'étendre et trouver des émules dans tous les coins du monde.
L'autre jour, finalement, j'ai franchi le pas. Le restaurant se loge au fond d'une cour, dans une maison typique du centre ville, offrant à la belle saison une grande terrasse couverte de glycines. Il applique des prix doux et offre un service des plus décontractés. A part une table occupée par un couple d'Allemands, les salles n'étaient destinées qu'à des locaux, des familles du coin, des tablées d'amis, les uns venues fêter un anniversaire, d'autres des retrouvailles conviviales.
Le menu : une stricte proposition des classiques piémontais. La décoration était des plus sobres : "que l'importance soit dans ton assiette et dans le verre amicalement partagé". Seules les meilleures bouteilles des meilleures caves étaient destinées à décorer le lieu (et dieu sait si le lieu était divinement décoré). Une équipe dynamique et souriante veillait à ce que les convives soient sustentés comme il se doit. Que du bonheur !
A un moment donné, l'animation était telle que j'en ai profité pour passer au chien tapi à nos pieds l'os de ma pintade. Le taux de décibels a fait en sorte que personne ne remarque quoi que ce soit. Le jeune qui a desservi ensuite m'a regardée d'un air poliment étonné. Mais il s'est empressé de m'apporter le dessert : un bunèt parfait, le meilleur que j'aie jamais mangé.
18 mai 2023
Vivre : l'art des terrasses
Pourquoi donc chercher midi à quatorze heures ?
Et pourquoi pas dès les premiers coups de onze heures ?
30 juil. 2022
Vivre : vénéneuses emmerdeuses
Keith Haring / Affiche du Montreux Jazz Festival 1983
Impudentes bourdonnantes, exaspérantes gourmandes,
touche-à-tout, passe-partout, risque-tout,
jamais invitées, jamais rassasiées, mais toujours attablées,
éternelles pique-assiettes, malhonnêtes trouble-fête
exécrées, mais obstinées : les guêpes.
24 juil. 2022
Manger / Vivre : fais ce qu'il te plait
Retour de chasse (détail) / attr. Barthelémi Hopfer / Musée historique / Strasbourg
En préparant les felafels exactement comme il ne faut pas (c'est-à-dire avec œuf et farine et un chouia de levure) s'interroger une nouvelle fois sur les indications à suivre (ou pas). Les recettes sont utiles pour inspirer, pour donner des idées, mais il faut avouer qu'originales, elles peuvent manquer d'originalité. Les astuces, c'est évident, on prend, mais les figures imposées, non. Comme tous les références, elles ont besoin d'être rectifiées, apprivoisées, on doit pouvoir se les approprier, faute de quoi la vie manquerait de saveur et de créativité. Dès lors, le seul véritable défi est de se lancer, accepter de se tromper, se laisser surprendre et surtout ne jamais hésiter à retenter.
7 mai 2020
Vivre : relâcher d'un cran
Maestro dei Mesi / Museo della Cattedrale / Ferrara
Il fallait t'y attendre. Francesca Melandri, dont tu as lu la lettre plusieurs fois, cette voix qui te parvenait de ton pays, cette voix amie, t'avait pourtant avertie (cela semble être si vieux, déjà, il y a longtemps, il y a si longtemps, il y a pourtant à peine plus d'un mois) ses mots t'avaient prédit que tu prendrais du poids.
Depuis, il y a eu les recettes inratables que tu n'as presque pas ratées, les recettes classiques, les recettes interprétées, toutes ces recettes qui te faisaient voyager : les pitas bien dodues et celles qui ont refusé de gonfler, et les curries - tous les curries végétariens ou pas - qui t'emportaient vers de lointaines provinces indiennes, les felafels, dont les parfums t'ont ramenée dans la vieille ville de Jérusalem, les tajines qui te conduisaient tout droit jusqu'au Sud marocain, et les différentes sortes de pasta, les lasagnes, les canneloni aux épinards et à la ricotta, les pizzas divines agrémentées d'artichauts et de gorgonzola (avec ces dernières tu te retrouvais au cœur de soirées romaines, dans le quartier de Trastevere, il te semblait entendre les cris et les rires qui fusaient de toutes parts) et il y a eu d'autres pâtes, et différents pains, les tartes fines aux asperges et celles aux champignons, et les desserts, les crumbles aux pommes et aux baies des bois, les cinnamon rolls te rappelant ceux des cafés danois, les croissants, les carrotcakes, les tartelettes au citron meringuées, sans oublier le fameux gâteau aux noisettes piémontais que tu prépares les yeux fermés. Oh oui, tu as pris grand plaisir à concocter ces mets, tu as vu du pays, tu as retrouvé mille souvenirs sous tes papilles, tu t'en es donné à cœur joie. Sans compter les herbes aromatiques que tu allais tous les soirs humblement quémander à ton jardin, menthe, romarin, thym, origan, que tu ramenais en fleurs dans ton tablier. Tout en pétrissant, en mélangeant, en assaisonnant, tu écoutais des émissions (certaines te distrayaient, d'autres te lassaient, à la fin tu préférais les chants qui parvenaient de la forêt). Cette occupation quotidienne et créative, banale et sublime a mis tous les jours du piment et du soleil dans tes journées, a enrichi les conversations, a rythmé tes soirées.
Depuis, il y a eu les recettes inratables que tu n'as presque pas ratées, les recettes classiques, les recettes interprétées, toutes ces recettes qui te faisaient voyager : les pitas bien dodues et celles qui ont refusé de gonfler, et les curries - tous les curries végétariens ou pas - qui t'emportaient vers de lointaines provinces indiennes, les felafels, dont les parfums t'ont ramenée dans la vieille ville de Jérusalem, les tajines qui te conduisaient tout droit jusqu'au Sud marocain, et les différentes sortes de pasta, les lasagnes, les canneloni aux épinards et à la ricotta, les pizzas divines agrémentées d'artichauts et de gorgonzola (avec ces dernières tu te retrouvais au cœur de soirées romaines, dans le quartier de Trastevere, il te semblait entendre les cris et les rires qui fusaient de toutes parts) et il y a eu d'autres pâtes, et différents pains, les tartes fines aux asperges et celles aux champignons, et les desserts, les crumbles aux pommes et aux baies des bois, les cinnamon rolls te rappelant ceux des cafés danois, les croissants, les carrotcakes, les tartelettes au citron meringuées, sans oublier le fameux gâteau aux noisettes piémontais que tu prépares les yeux fermés. Oh oui, tu as pris grand plaisir à concocter ces mets, tu as vu du pays, tu as retrouvé mille souvenirs sous tes papilles, tu t'en es donné à cœur joie. Sans compter les herbes aromatiques que tu allais tous les soirs humblement quémander à ton jardin, menthe, romarin, thym, origan, que tu ramenais en fleurs dans ton tablier. Tout en pétrissant, en mélangeant, en assaisonnant, tu écoutais des émissions (certaines te distrayaient, d'autres te lassaient, à la fin tu préférais les chants qui parvenaient de la forêt). Cette occupation quotidienne et créative, banale et sublime a mis tous les jours du piment et du soleil dans tes journées, a enrichi les conversations, a rythmé tes soirées.
Il te faut à présent admettre les faits : question calories tu t'es surendettée et tous tes crapahutages à travers les champs et les bois n'y ont rien changé : ta ceinture exige à présent d'être desserrée. Pénible bilan. Et ton seul espoir à présent, c'est vraiment, vraiment qu'avec ce foutu déconfinement tu te trouves d'autres saines activités, d'autres challenges, d'autres projets. Ton corps, ton miroir et tes jeans les appellent de leurs vœux. Urgemment. Et ton mental lui aussi aspire à d'autres conquêtes, d'autres territoires et passe-temps.
16 oct. 2018
Manger : à l'école
Stèle égyptienne (détail) / MAM / Marseille
Après cette matinée passée face aux étals du Vieux-Port, nous savions (presque) lever des filets, (quasiment) réaliser une bouillabaisse, (à peu près) nettoyer des encornets et (pratiquement) les farcir dans les règles. La sempiternelle dame qui remet le chef en questions était présente, et aussi une jeune femme enceinte (accompagnée de son frère cadet). Le papa arrivé en avance de Saint-Raphaël était fier du cadeau de son fiston. Quant à l'oncologue très concentré, il s'était tellement emporté en parlant de son métier qu'il n'avait probablement pas savouré les amuse-bouche à sa portée.
Le repas (plus ou moins) élaboré par nos soins fut arrosé d'accent chantant et d'un blanc sympathiquement fruité. Étonnamment, le groupe était plutôt jeune et masculin, et le dynamique maître des lieux plutôt bienveillant. Encore une matinée comme celle-là, et on aurait commencé à se faire tout plein de copains. A la sortie, nous attendaient un soleil insolent, deux manifestations vociférant de curieuses sonorités et les incontournables splendeurs de l'Empereur.
Le repas (plus ou moins) élaboré par nos soins fut arrosé d'accent chantant et d'un blanc sympathiquement fruité. Étonnamment, le groupe était plutôt jeune et masculin, et le dynamique maître des lieux plutôt bienveillant. Encore une matinée comme celle-là, et on aurait commencé à se faire tout plein de copains. A la sortie, nous attendaient un soleil insolent, deux manifestations vociférant de curieuses sonorités et les incontournables splendeurs de l'Empereur.
19 août 2018
Manger/Boire : le meilleur des rosés
Dans mes bagages, pas de provisions, mais une furieuse addiction : le jus de rhubarbe.
Dès le premier soir, dans la Gasthof, on m'a servi un Hausgemachter Rhabarbersaft.
Depuis, ma soif est sans limites, avant, pendant et après l'apéro :
300 grammes de rhubarbe (épluchée ou pas) débitée en petits tronçons
6 décilitres d'eau
du sucre (pour moi : un demi-verre à thé)
Faire cuire cinq minutes et laisser reposer ensuite pendant une demi-heure.
Filtrer sans trop presser.
Ajouter le jus d'un demi citron et déguster, tiède ou glacé.
Un brin de menthe ou une tranche de citron vert pour décorer.
(quant aux restes, ils peuvent être recyclés :
en compote, avec les céréales du petit-déjeuner)
22 juin 2018
Manger : le coût des étoiles
Silhouette massive
enveloppée dans un jean délavé, un T-shirt gondolant sur ses chairs rebondies,
il est passé nous voir avant la commande, s’enquérant d’éventuelles intolérances ou allergies. Il est repassé en fin de partie pour un débriefing. Il s’est
appliqué à passer de table en table. Il écoutait, il relançait, il assumait son
rôle de maître des lieux. Arrivé à notre table, nous aurions voulu lui dire
combien il nous avait comblés, avec tous ces accords parfaits, toutes ces subtilités. Mais un regard à son regard
suffisait pour voir qu’il était crevé. Nous l’avons laissé repartir vers une
autre tablée, écouter tous ces gens qui avaient tant de remarques à lui
débiter, écouter leurs verdicts, leurs appréciations.
En le regardant
quitter la salle pour une heure de repos bien méritée avant le rush du soir, j’ai pensé à ce stress bien particulier, qui provient de devoir sans cesse être en forme. Devoir créer, devoir toujours se donner. Se renouveler. Gérer et développer son affaire. Assurer sa promotion, soigner son image. Devoir plaire et être approuvé. Être évalué. Faire l'objet de critiques provenant de tous côtés, et surtout de la part de ceux qui se sentent autorisés à vous tancer en échange de quelques billets.
Se sentir attendu au tournant. Se sentir vulnérable et éprouver, dans sa fragilité, un terrible besoin d'approbation et de valorisation. Sans compter la peur d’être déclassé. La peur de perdre ce qu'on a patiemment gagné.
Se sentir attendu au tournant. Se sentir vulnérable et éprouver, dans sa fragilité, un terrible besoin d'approbation et de valorisation. Sans compter la peur d’être déclassé. La peur de perdre ce qu'on a patiemment gagné.
Oui, son pas lourd
qui quittait la scène disait le prix à payer, parmi tous les types de stress qu’on peut
avoir à expérimenter, le prix élevé pour être un chef étoilé.
Je viens de terminer cette BD. Elle montre l'autre face, celle de l'évaluation, à travers les yeux d'Emmanuelle Maisonneuve, première femme à avoir intégré l'équipe du Michelin. Le stress des uns, le stress des autres... Pas vraiment fan de guides ou d'attributions stellaires (à vrai dire pas fan du tout), je constate que les belles expériences peuvent énormément différer entre elles : depuis le charme d'une petite osteria dans un coin perdu, un plat de pâtes faites maison, un vin de la région, une ambiance bon enfant, jusqu'à la maestria d'un chef délirant qui fait de votre repas un enchantement, un théâtre, un éblouissement. Un point commun entre elles cependant : l'amour du travail bien fait, tellement bien fait que l'effort ne se voit pas.On a les papilles réjouies et l'estomac ravi. On sort heureux et comblé avec des étoiles, oui, mais dans les yeux.
Avec Kan Takahama et Julia Pavlowitch / Les Arènes BD / 2018
Avec Kan Takahama et Julia Pavlowitch / Les Arènes BD / 2018
21 mars 2018
Manger : ras la fraise!
Portrait de Haesje van Clayburg / Rembrandt / Rijksmuseum / Amsterdam
Inodores, venues de loin et n'ayant le goût de rien,
que font-elles sur les étals, tandis qu'encore il neige?
Tordons enfin le cou à ces propositions obscènes :
mangeons sage, mangeons local, mangeons bien.
que font-elles sur les étals, tandis qu'encore il neige?
Tordons enfin le cou à ces propositions obscènes :
mangeons sage, mangeons local, mangeons bien.
2 sept. 2017
Vivre : des choses tristes, des choses gaies
Cres
Parmi
les choses tristes de l’été :
Ces
papillons de nuit qui surgissent au matin
- un
linge saisi, une cafetière déplacée -
et
se soulèvent avec peine et s’en vont mourir
juste
un peu plus loin.
Parmi
les choses gaies de l’été :
Ces
gelati chocolat noir pistache salée
qu’on
savoure à deux, lentement d’abord,
en
fermant les yeux,
puis toujours plus vite,
qui
finissent par couler le long des doigts,
- attention attention, là et là et là -
dans les mouchoirs, sur le trottoir.
Qui
font de ce cornet goûteux
une
aventure d’amoureux.
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