29 sept. 2026

Vivre : Still life / 205

 



 
 
Petit objet d'usage courant à manier toutefois avec précaution : n'a pas sa pareille pour répondre à des questions qu'on ne se pose pas, pour suggérer des solutions à des problèmes qu'on n'a pas, pour proposer des choses dont on n'a aucune utilité, pour faire émerger des besoins dont on n'avait pas idée. Dérange au nom d'une urgence très souvent surestimée. Distrait de réalités essentielles. Met à mal nos capacités visuelles. Inonde d'informations débiles. 
Le garder à disposition, dans un lieu où l'on puisse aisément le trouver, puisqu'il pourrait se révéler utile, mais ne pas hésiter à remettre l'importun à sa place toutes les fois qu'il dépasse les bornes et abuse sans vergogne de notre précieux temps. Bref : autant que possible fermer à la chose son clapet. 

28 sept. 2026

Vivre : et soudain, la voilà ...

 

 Ce matin, surprise : elle était là, se reflétait dans le lac,
impulsait au paysage un je-ne-sais-quoi de magique. 
Ainsi donc, pendant que nous dormions, elle veillait, 
se penchait sur nos rêves secrets, nos désirs, nos prières.
Elle nous a suivis pendant notre balade, présence pâle,
diaphane, étrangement féérique, une boule de mystère
sur une matinée qui s'annonçait des plus pragmatiques :
 nettoyage des vitrages, astiquage des carrelages, repassage, 
toutes ces choses négligées depuis... des lunes, je crois...



27 sept. 2026

Vivre : Still life / 204

 

 
 
On les a longées durant tout l'hiver. On les a couvées des yeux quand les neiges et les intempéries ont détrempé leurs pieds. On a observé les travailleurs venus les tailler en février. Peu à peu, au fil des promenades, on a vu leurs tendres feuilles pousser, et des grappes, minuscules, contenant chacune de fines perles vert tendre se faire jour entre les vrilles avec timidité. On a tremblé lors des orages, et quand la grêle menaçait. On a caressé du regard leurs fruits jaunes et noirs, sous un soleil implacable, qui mûrissaient. On a vu s'échapper les renards parmi leurs sarments, et les oiseaux gourmands s'infiltrer entre leurs ceps entortillés. On a attendu. On a espéré. On a constaté combien les fruits se développaient avec bonheur, ils embellissaient de jour en jour, un véritable miracle de sérénité. 
Et puis un jour, la première équipe est arrivée, avec des caisses, avec des saisonniers, leurs VW bus rouillés, leurs chiens crasseux entre leurs souliers. Au bout de deux semaines, tout le vignoble du village a fini par être vendangé. Et ces raisins si blonds ont la douceur des attentes longtemps cultivées. Ils sont particulièrement doux, particulièrement sucrés. Ils ont été si peu traités. Les peaux claquent sur  la  langue, les pulpes ravissent nos papilles avec volupté.
Maintenant les plantes, lasses sous la lumière trop vive, s'affaissent comme des accouchées, rougissent, jaunissent, non sans fierté, ne demandent qu'à se reposer.

26 sept. 2026

Vivre : complètement happés

 
Street Art / Bologna
 
 
Hier, ai déboulé sur le parc de la Kleine Schanze juste au moment où midi sonnait à tous les clochers. Une lumière vive dansait sur la ville. De nombreuses chaises longues avaient été disposées sur l'herbe qui scintillait. Un endroit idéal pour se laisser aller à paresser. Soudain, un détail m'a frappée : étendues, assises ou allongées une vingtaine de personnes penchaient la nuque en avant, ignorant les carillons, gardant à l'ombre leurs écrans, indifférentes à toute autre réalité, totalement obnubilées par la virtualité qu'elles picoraient avec voracité. 
A quelques pas, et s'approchant, lentement mais surement, les moineaux et les pigeons guettaient les cartons-déjeuner délaissés et sautillaient, sautillaient, terriblement intéressés...
 

25 sept. 2026

Vivre : virer l'été!

 

 
Neuf degrés au réveil. Treize en milieu de matinée. Une jolie bise qui hérisse certains jours le lac et lui donne des allures de coq ébouriffé. Certains superposent leurs pullovers, d'autres enfilent leur anorak pour aller faire leur marché. Pour ma part, je continue de sortir avec le même top de coton noir, celui qui m'a accompagnée dans la forêt durant tout l'été. Je sens le froid, mais je n'ai pas froid. Je ne frissonne pas. Il me semble que la chaleur accumulée durant les quatre derniers mois n'est pas encore évacuée. Je plonge avec les canards dans une eau à dix-huit degrés. Je suis comblée.  
  

24 sept. 2026

23 sept. 2026

Lire : les mots d'Irène

 
 
 

De quoi ai-je hérité, moi, sans recevoir d'héritage ? Quelle est la forme de cet héritage sans propriété ni capital mesurable ? [p.12]
Certains traduiraient ma posture en termes de transfuge ou de transclasse. Je ne suis pas sûre qu'enfermer une trajectoire vivante dans cette notion aide vraiment à comprendre.  On ne passe pas d'un camp à un autre, on ne fuit pas forcément, en tous les cas on ne fuit pas tout. On avance, on transforme, on métamorphose ce que l'on a vécu avec ce que l'on vit. On traverse. On traverse des situations, des périodes, on passe, mais il y a toujours des ponts. Les ponts sont plus ou moins accessibles, plus ou moins longs, les franchissements plus ou moins dangereux, plus ou moins heureux, plus ou moins visibles, mais ils sont là. [p.159]
Irène Fenoglio est une chercheuse, une directrice de recherches émérite en sciences du langage au CNRS. C'est aussi une travailleuse manuelle, pratiquant la sculpture sur bois. Elle n'est pas une romancière, ni une poétesse. "Tout héritage est une métamorphose" se présente comme un livre à part, ni une autobiographie, ni un texte sociologique. A travers lui, son autrice souhaitait écrire : "aux cendres éparpillées anonymement de [son] père et de [sa] mère."[p.19] 
 
En retraçant la trajectoire de ses parents, des "gens de peu" (selon l'expression arrogante d'un jeune président de la République), des gens "simples", "qui ne sont rien", Irène Fenoglio leur rend un vibrant hommage. Elle parle de leurs régions d'origine, deux vallées montagnardes du Piémont, de leurs ancêtres, de leurs maisons natales, de leurs exils et de leurs conquêtes. Elle décrit avec des mots sobres et dans un style épuré leurs misères et leurs luttes, les inévitables adversités qu'ils ont rencontrées, comme les ont rencontrées tous ceux qui sont pauvres et ne veulent plus l'être, ou dans tous les cas, veulent éviter que leur pauvreté ne se transmette à leurs enfants. 
 
Le livre est parsemé de plusieurs photographies en noir et blanc. Le portrait des parents. Quelques photos de famille. Un bol qui servait de moule à fromage. Des lunettes avec leur étui en bois poli. Une chatière construite il y a plus d'un siècle par un grand-père sur une maison de montagne (symbole d'une bienveillance "écologique" envers la nature environnante). Des êtres et des choses modestes que l'autrice entend mettre en évidence et, à sentir sa fierté d'en être l'actuelle détentrice, on mesure toute la richesse de cet héritage. 
 
Cet ouvrage contient de  très  belles pages sur les maisons. Irène Fenoglio retourne voir celles des origines. Quand l'occasion se présente, elle n'éprouve toutefois pas le besoin d'acquérir celle où sa mère est née. Elle n'a pas besoin de "posséder" matériellement un lieu. C'est par d'autres biais que la transmission se fait. 
Lors de mon dernier passage la maison était à vendre. Des clopinettes. L'idée de l'acheter m'a traversé l'esprit. Mais pour quoi l'acheter ? Qu'aurait ajouté la possession de ce lieu ? Sa propriété ne m'en aurait pas rendue plus héritière, moi qui l'avais déjà reçue en moi, cette maison, au rythme des souvenirs répétés de ma mère, moi qui avait pu entendre son émotion quand elle en parlait. Il ne s'agit pas de retenir exactement un passé qui en m'appartient pas, ou pas directement. Revoir suffit. [p.65] 
 
Ce récit présente le minutieux travail de (re)valorisation effectué par une femme universitaire qui vit confortablement dans le XIIIe arrondissement de Paris et qui en même temps affirme haut et fort son attachement à son milieu familial. D'autres écrivaines issues de  milieux ouvriers ou paysans, comme Annie Ernaux ou Marie-Hélène Laffont, ont déjà - et très bien - écrit des textes en référence à leurs origines. Mais il y a ici quelque chose de particulier, me semble-t-il : il ne s'agit pas de littérature, ou pas vraiment, mais de témoignage. Dès lors, ce que le récit cède en élégance il le gagne en émotion. 
Le ton frappe par sa sincérité (Irène Fenoglio n'hésite pas à évoquer les défauts de ses parents et leurs failles éducatives. Elle évoque à de nombreuses reprises le travail psychanalytique qu'elle a dû entreprendre pour faire face à ses divers nœuds intérieurs). Les dernières pages sont particulièrement intéressantes, qui traitent des "racines", un terme dont l'autrice se méfie :
Tous, nous venons d'ailleurs de là où nous sommes, ici et maintenant. Tous, nous venons d'ailleurs. [p.196] 
Hériter, ce n'est  pas retrouver des racines que nous n'avons pas, nous humains. La transmission se passe ailleurs. L'héritage de biens matériels n'est pas indispensable, ni essentiel. Certes, l'émotion peut s'accrocher à un lieu, une maison, un pays. Certes, nous pouvons nous ancrer dans un lieu aimé ou utile, selon les événements et le rythme qu'ils imposent à notre vie; mais nous ne nous y enracinons pas; nous nous posons, nous jetons l'ancre. Et un jour, on lève l'ancre, on repart, ou on revient, peu importe. L'ancre est là pour imprimer la possibilité du mouvement. [p.197-198] 

Cette prise de distance par rapport à la notion d'origines donne lieu à pas mal de réflexions. Suivant notre trajectoire dans le sens d'une "ascension" trahit-on ses origines ? Faut-il venger ceux dont nous sommes issus ? Que fait-on des choses du passé, pour nous, pour ceux qui nous suivrons ? Sommes-nous tenus de transmettre, que choisissons-nous de transmettre, que nous permet-on de transmettre ? Tant de questions essentielles, tant de réponses complexes dont on garde les échos une fois le livre achevé. Du grain à moudre tandis que nous n'en finissons pas de nous sentir héritiers. 
 
 
 

22 sept. 2026

Lire : laisser aller total, art magistral

 
Anvers / 1988 / Harry Gruyaert / Le sens du lieu / Rencontres d'Arles 2026
 
 
Se permettre de rien faire. Se poser dans le calme d'une après-midi déserte, scandée par les heures martelées au clocher, par quelques insectes nullement belliqueux, plutôt paresseux, par des moteurs abandonnant leur vocation de ronfler pour gentiment se laisser rouler. Demeurer un instant attentive au soleil badinant à travers les branches. 
Sentir autour de soi la densité du silence, perméable à quelques appels lointains, des murmures de branches frôlées, des pas appuyés de coureurs sur la chaussée, trois fois rien, juste une après-midi pour respirer, installée dans le fauteuil jaune, aussi jaune que les tiges dehors en train de se déshydrater. Ressentir comme un appel à recevoir. Être prête à accueillir.  
Commencer par la couverture, relire la quatrième et parcourir les dédicaces, accorder une attention toute particulière aux épigraphes, et puis là, exactement là, comme devant une mer, plonger dans  la lecture.
 

21 sept. 2026

Vivre : prise pour cible

 
Buste de femme ou de marin / Pablo Picasso / Musée Picasso-Paris
 
Elle raconte d'une voix défaite qu'elle s'est fait agresser. Elle s'est pris des insultes de plein fouet. Comment l'apaiser ? Cette pluie d'injures, ces incivilités, comment lui expliquer qu'elle n'y est pour rien, qu'elle n'est pas concernée. Elle se trouvait juste par hasard et au mauvais moment devant un sujet frustré. Ce n'est pas à elle qu'il s'adressait, c'est aux manquements de sa misérable réalité. 
  

20 sept. 2026

Vivre : ah! les triangles !


 Jean-Michel Folon


La triangulation est une technique géométrique qui consiste à déterminer la position d'un point ou la distance d'un objet en mesurant les angles d'un triangle formé avec des points de référence connus, plutôt qu'en mesurant directement la distance.[source : Wikipedia] 
 
En psychologie, c'est une stratégie de manipulation où une personne implique un tiers dans un conflit pour exercer un contrôle ou diviser les autres.   
Être l'objet d'une triangulation dans un système relationnel signifie qu'une personne introduit une tierce personne dans votre relation duelle pour manipuler, créer de la rivalité, ou décharger sa propre anxiété sur vous. Qu'il s'agisse d'un milieu professionnel, familial ou d'une relation amoureuse, cette dynamique de division cible les failles et les exploite. Elle peut déstabiliser, voire nuire. Dans tous les cas, rien de véritablement positif ne peut résulter de ce genre d'embrouille (plus proche d'une pelote emberlificotée que d'un pur triangle). La réaction la plus saine est sans doute de détecter le phénomène au plus vite, de s'en dégager, de laisser le manipulateur face à sa réalité.

On se prend à rêver que les êtres puissent toujours communiquer en face à face. Les choses seraient tellement plus honnêtes et plus claires. Cela demanderait juste un peu de courage : le courage d'être soi, de défendre ses droits et, peut-être, de ne pas les outrepasser. Il s'agirait, au fond, d'agir en adulte, en véritable adulte., dans un monde d'adultes. Autant dire : tout un programme!
 

19 sept. 2026

Vivre : portrait de dame en carosse

 
New-York / Helen Lewitt / Coll. privée
 
Comme tous les gens dont la valeur personnelle et les valeurs matérielles dépendent du regard d'autrui, quand son mari lui a annoncé son intention de s'acheter un SUV en leasing, elle s'est montrée ravie. Elle lui a sauté au cou et lui a tout promis : elle se rendrait une fois par semaine au hard-descounter, n'achèterait naturellement que le strict nécessaire, veillerait à se faire couper les cheveux par sa belle-sœur. Cette nouvelle voiture, noire, était un vrai bonheur : elle mesurait 4 centimètres de plus que celle des voisins (et 5 dans la largeur). Avec quelle fierté elle paraderait dans le quartier! 
A vrai dire, avant de se coudre expressément un coussin pour se trouver à hauteur, ses premiers essais de conduite lui donnèrent plutôt quelques frayeurs. Ne parvenant pas à discerner la chaussée, elle se mit à klaxonner à tout va. Il est vrai que son mari l'avait lourdement tancée : pas question que leur signe extérieur de prestige subisse la moindre griffure. Maintenant, elle se hisse et pose ses fesses dodues sur 10 centimètres de mousse bien rembourrée. Elle continue de klaxonner en continuité : toutes les fois qu'un véhicule, un enfant ou un chien se met en travers de son chemin (elle a encore quelque peine avec la pédale des freins).
Elle descend de voiture un peu genre reine d'Angleterre, mais en plus rond, en plus tassé, en plus grognon. C'est qu'une fois sur le parking, elle réalise jour après jour qu'il est plein de SUV comme le sien, noirs, tout noirs, au point que parfois elle s'y perd. 
Sa plus grande contrariété, c'est d'avoir constaté la semaine dernière que les gens du troisième s'étaient procuré un modèle plus large et plus long que le leur. Depuis, pour masquer son dépit, elle ne les salue plus et s'efforce de regarder ailleurs. Vite vite elle dégringole de son trône et rentre cuisiner ses coquillettes débusquées au fond du hard-descounter.
 
 

18 sept. 2026

Vivre : si durs envers nous-mêmes

 
 
Porträt einer Frau / Bernhard Striegel / Sammlungen des Fürsten von und zu Liechtenstein

 
Que ton indulgence se tourne en priorité vers toi. 
Quoi qu'il arrive : la douceur est le premier pas. 
 
 

17 sept. 2026

Regarder : en être

 

 I don't want to belong to any club that will accept me as a member
(Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre)
Groucho Marx 

L'exclusion et la confrontation au sentiment de supériorité sont des réalités aussi courantes que douloureuses ou consternantes. On peut en pâtir, on peut s'insurger. On peut théoriser et aussi : Analyser. Lutter. Boycotter. Mais peut-être que la dérision est encore le meilleur moyen de faire face et de dénoncer. Le photographe sénégalais Omar Diop, spécialisé dans l'art du portrait, et le documentariste Lee Shulman, réalisateur et collectionneur londonien, on traité subtilement le sujet avec la série Being there.

 
 
Ils ont utilisé la technique suivante : utilisant un fond d'images états-uniennes datant des années 1950-1960, ils ont choisi de substituer dans chacune un personnage en le remplaçant par Omar Victor Diop qui prend la pose de l'absent. Le résultat est une sorte de documentaire sociologique sur les années ségrégationnistes. On a le sentiment de regarder un roman-photo de l'époque concernée dont l'aspect incongru, parfois attristant et souvent comique saute aux yeux des visiteurs. 
 
 

 
A noter que ce témoignage pourrait aussi être transposé à notre époque, laquelle ne manque pas de clivages et de fractures sociales : que se passerait-il si l'on procédait de nos jours de la même manière ? il serait dans le fond tellement aisé d'introduire un élément dissonant dans un portrait de groupe pratiquant l'entre-soi. 
Toutes les fictions sont permises. Chacun peut ainsi développer sa lecture personnelle. En ce qui me concerne, impossible de parcourir l'exposition  sans avoir le sourire, voire le rire aux lèvres. En effet, ces situations collectives, ces visages conformistes sont affligeants de banalité, tristes à pleurer. Le photographe africain prenant la pose se révèle décontracté, ludique, élégant. Son image s'insère par la magie du numérique avec un naturel confondant et agit comme révélateur du monde étriqué dans lequel il prend la pose. 
 
Les  mots de Groucho Marx, cités en exergue, me sont revenus en mémoire : quoi ? moi ? désirer être des vôtres ? Jamais ! J'y serais trop à l'étroit! C'est en cela que ce travail itinérant (datant de 2023 et qui a déjà été présentée dans diverses institutions) m'a paru fascinant : il invite à changer de focus pour imaginer toutes sortes de situations d'exclusion qui peuvent nous paraître à ce point naturelles que nous les acceptons comme des réalités allant de soi.
 

 Being There / Collège Mistral / Rencontres d'Arles / jusqu'au 4 octobre
 

16 sept. 2026

Vivre : la blogueuse qui suit la blogueuse littéraire

 
La lecture / Henri Fantin-Latour / Musée des Beaux-Arts / Lyon
 
 
Elle s'intéresse à la littérature, c'est sûr.
Une fois sur dix, elle écrit :
"J'ai lu son premier livre, j'avais beaucoup aimé."
Neuf fois sur dix, elle commente :
"Il a l'air vraiment intéressant. Je suis très tentée"
"Je l'ai repéré en librairie. Ça me donne bien envie."
"La médiathèque de mon quartier l'a commandé". 
"J'ai entendu l'autre jour une interview de cet écrivain."
Puis arrivent les mots révélant l'authentique lectrice :
"Du coup je le mets sur ma PAL." 
(pas de vraie lectrice sans énooorme PAL à ses côtés) 
Et voilà. Le tour est joué... On est dans la course.
 C'est la rentrée! Ainsi suivie, la blogueuse commentée est ravie :
un deux trois quatre cinq six. Multiplié par ses réponses,
ça fait douze. C'est bien assez pour un blog de qualité!

15 sept. 2026

Vivre : cohérences / incohérences

 
 Le Recensement de Bethléem (détail) / Peter Brueghel le Jeune / Coll. Princes du Liechtenstein
 
 
De plus en plus de gens hyperactifs incapables de patienter, qui klaxonnent ou s'énervent à la moindre fraction de seconde de retard, 
et les mêmes qui sont capables d'attendre pendant plus d'une heure, petits moutons dociles, devant un restaurant n'ayant rien d'extraordinaire
recommandé par Tik-Tok ou Tripadvisor. Cherchez, mais cherchez l'erreur! 
 

14 sept. 2026

Voyager : ruissellements

 
 
Où que nous fussions, avec ou sans climatisation, ça coulait. Nous dégoulinions. Sur les prévisions, il y avait un chiffre plus ou moins acceptable vu la nouvelle canicule annoncée et juste à côté une précision : "ressenti" comportant une augmentation de quatre ou cinq degrés. Il n'y avait que le matin, sous le mince filet que nous accordait le pommeau, que notre douche continuelle perdait de sa vigueur, acquérait un peu de fraîcheur. 

 
 

13 sept. 2026

Regarder : nos rêves lointains

Cheval et pyramide. Le Caire / 1985 / Fouad Elkoury / avec l'aimable autorisation de l'agence Signatures


De quoi sont faites les histoires que racontent les photos ?
 Ont-elles des ingrédients qui se modifient avec le temps -
le grain des années, la lumière qui jaunit et éclate parfois
en paillettes, les bords qui s'adoucissent comme les caractères,
les détails cachés qui émergent ?
Ont-elles comme des livres la capacité de se déployer en nous,
de nous parler comme si elles n'existaient que par notre regard ?
Attendent-elles patiemment que nous trouvions, enfin,
en quoi elles nous ressemblent, en quoi elles sont le miroir
de nos peines et de nos espoirs ?
 
 
C'était la dernière expo de la journée. J'ai presque hésité à m'y rendre tellement la touffeur accumulée m'avait épuisée. Mais à peine avais-je franchi le seuil que ma fatigue s'était dissoute. C'est sans doute à cette occasion que j'ai ressenti combien la beauté peut soulager. La beauté soigne et console. C'est un fait à présent avéré. 
Très vite je me suis sentie happée par la voix suave de Nathacha Appanah qui lisait ses propres textes, diffusés dans les  divers espaces de l'exposition "Nos rêves lointains". Il y avait dans cette voix quelque chose d'hypnotique. Chargée de relier la centaine de photographies retenues dans l'imposante collection FNAC (tellement différentes entre elles, dans leur date de création, dans leur thématique), l'écrivaine avait su trouver, telle une Circé, et le ton et les mots  pour nous entraîner dans un univers d'évasion, intemporel et onirique.
 
Carnaval, Olomouc (Moravie, CZ) / 1968 /Josef Koudelka / avec l'aimable autorisation de Magnum
 
Voilà que des années après, il l'avait retrouvée, 
cette douceur qui avait fait de lui un enfant lumineux.
Je ne savais pas qu'on pouvait renouer avec les traits
de son enfance, comme on se réapproprierait l'innocence.
 
 
Bawwab (concierge) et son petit-fils à Gizeh / 1994 / Denis Dailleux / avec l'aimable autorisation de "VU"
 
Tous les gens rencontrés les jours suivants, qui étaient passés devant ces images, avaient reconnu, les yeux brillants, en avoir été profondément marqués. Mais que s'était-il donc produit pour que j'en aie perdu toute notion de temps, toute perception de lourdeur, et que je me sois laissée entraîner dans un univers très intime, fait de réminiscences et de liens entrelacés ? 
A vrai dire, toutes les images me parlaient. Les grands noms de la photographie y étaient représentés. Les tailles des tirages étaient quasiment toutes les mêmes, à part quelques grands formats destinés à organiser l'espace. Du noir et blanc, le plus souvent. L'ensemble contribuait à brouiller la conscience du temps et des territoires pour nous faire accéder à notre monde intérieur.
 
 Troupeau de rennes nenets. Presqu'île de Yamal. Sibérie / 1992 / Françoise Huguier / avec l'aimable autorisation de "VU"
 
Progressant dans l'exposition, retrouvions-nous des voyages, des terres lointaines parcourues autrefois ? Rejoignions-nous des patries abandonnées dont nous ne nous étions jamais remis de la perte ? Captions-nous des sentiments d'exil, des souvenirs égarés, enfouis depuis longtemps dans notre mémoire ? Toujours est-il que notre respiration se faisait peu à peu plus lente, nos muscles se relâchaient, nos yeux s'habituaient à la pénombre, et notre cœur - oui, notre cœur - entreprenait de nous parler. C'était beau. C'était percutant. Envoûtant.
 
Enfant dans la Cité des morts au Caire / 2001 / Denis Dailleux / avec l'aimable autorisation de "VU"
 
 
J'étais lasse de ma perméabilité, depuis ce matin -
de tous ces souvenirs, de toutes ces images, de toutes ces pensées
qui me traversaient. Lasse de cette impression de flotter, entre
rêve et réalité, de simplement marcher dans un jardin, et de 
me retrouver dans un monde retourné. 
 
 
  Scanno, Italie / Mario Giacomelli / 1957-1959 / avec l'aimable autorisation de Simone Giacomelli
 
P.S. : A un certain moment, il s'est passé un minuscule incident. Entourée de sollicitations au voyage, face à une reproduction représentant une ancienne carte de l'Italie, un tirage de Luigi Ghirri je crois, je me suis souvenue d'un prochain voyage qui s'annonçait mal ficelé. Notre première nuit venait d'être annulée. Nous devions changer nos plans. J'ai soudain pensé à Modène comme étape de substitution et je me suis mise à chercher sur la carte représentée où se trouvait la ville. Mais l'écriture gothique rendait impossible la lecture du plan. Après un moment, désirant connaître le titre, je me suis approchée de la légende. L'intitulé du tirage était... Modena. Pas de doute : la solution était là.
 
 
 Nos rêves lointains / Espace Monoprix / Rencontres d'Arles 2026 jusqu'au 4 octobre
Textes rédigés et lus par Nathacha Appanah, in :

12 sept. 2026

Vivre : argh!

 
Détail fresque / Ospedale di Santa Maria della Scala / Sienne
 
moi, ce que j'en dis...
j'dis ça, j'dis rien...
j'vous aurais avertie... 
après... chacun fait comme il veut...
faudra pas venir vous plaindre... 
 
 

11 sept. 2026

Voyager : welcome / 6

 
 
 
Elle habitait impasse des Moutons numéro 33. Son code d'entrée était le 3333. Son code Wifi : 12345678
et son mot de passe "maisoùsontlesmoutons". C'était une fille très ouverte et vraiment pas compliquée.
 

5 sept. 2026

Voyager / Regarder : des étincelles dans l'été qui s'écoule

 

Face à tous les rétrécissements et à tous les grésillements que nous impose le quotidien, les départs sont indispensables. A quelques heures de route, il est possible de partir très loin. Là-bas nous attendent nombre de rencontres, des histoires invraisemblables. Nous allons arpenter les pavés et ouvrir les yeux, les laver, être prêts à être étonnés, séduits, éclairés par toutes les facettes de l'humanité. Avant d'y être, pas question de subir des avis imposés ou des parcours balisés. Le contact direct sera notre priorité.
 

Vivre : déménagements

 
Santa Chiara / Girolamo Mazzola Bedoli / Museo Capodimonte / Napoli
 
La femme est partie avec armes et bagages. En s'en allant, elle emportait tout ce qui la constituait. 
Là où elle arriverait, elle déballerait sa vie, ses biens matériels et toutes ses affaires non élucidées. 

Vivre : faire ce qu'on peut avec ce qu'on a

  
rien à voir : une plage des Pouilles
 
Aujourd'hui : temps maussade, gros mouvements de nuages et migraine latente,
toutes les conditions requises pour une journée pas vraiment fabuleuse. J'ai plongé
sous une pluie fine tandis que les baigneurs se raréfiaient. Un surveillant est passé.
Il m'a lancé : Vous avez une très jolie façon de nager. Ouf! ma journée était sauvée.
 

4 sept. 2026

Vivre : à bout de souffle

 
Du côté de Pienza
 
 
Le calme : ce point qui nous attend parfois tout au bout d'une expiration 
 
 

3 sept. 2026

Voyager : j'ai rêvé d'une île

 
Rien à voir : détail  reflets sur le sol de la cathédrale de Majorque
 
L'île toscane est protégée. On n'y accède pas directement depuis la terre ferme, mais à partir d'une autre île plus fréquentée. Les billets de ferry sont limités, ainsi que les visites guidées et une seule plage est autorisée au public. Un unique hôtel, un restaurant. Résultat : un écosystème préservé,  du calme à nuit tombée. Une véritable île, ouverte sur le large, sans shopping, ni vie nocturne endiablée, mais avec goélands et fonds marins verts turquoise. Le séjour ici ne revient pas plus cher, puisqu'on y consomme peu et qu'on n'y parade pas, mais il demande en revanche de prendre son temps et de tendre l'oreille à l'esprit des lieux. Bon sang : pourquoi le système du numerus clausus fonctionne-t-il dans certains endroits ? et pourquoi est-il si aisé de laisser le système s'emballer ailleurs, empêchant toute possibilité de faire marche arrière? 
Peut-être faut-il en chercher les raisons dans le passé : l'île a longtemps servi de pénitencier. Son histoire est racontée ICI. Elle accueille encore une structure restreinte d'une vingtaine de détenus. Dans le cadre d'une  réinsertion par le travail, ils participent à l'entretien des sites et au fonctionnement des structures d'accueil. Le photographe Roberto Ridi, originaire d'une île proche, a vécu parmi eux et en a tiré un livre : Border Light.
Les paradis n'existent pas, certes, mais il y a moyen de voyager autrement en approchant les lieux dans leur authenticité, à l'écart des sentiers ravagés, et surtout en laissant les clichés carte postale aux... cartes postales.
 

2 sept. 2026

Vivre : de lieu en lieu gaiment se transporter

 
Sculptures romaines /Musée d'Archéologie / Split
 
avec l'âge, avec prudence, les virages... 
et toujours 
avec l'enfance en compagnonnage...  
 
Toute fleur fane et l’âge abat toute jeunesse :
La vie, à chaque étape, également fleurit,
Toute vertu fleurit, toute sagesse aussi,
À leur heure ‒ et ne faut qu’elles n’aient point de cesse.
Le cœur doit être prêt, dès que la vie l’appelle,
À faire ses adieux, à tout recommencer,
Afin qu’avec bravoure et sans rien regretter,
Il se donne à quelque autre accointance nouvelle :
Il est un sortilège en tout commencement,
Et qui nous aide à vivre en nous prémunissant.

Il faut de lieu en lieu gaiment nous transporter,
Ne dépendre d’aucun comme d’une patrie,
L’univers ne veut pas être geôle étrécie,
Mais nous grandir à chaque étape, et exalter.
Dès que nous nous sentons dans notre intimité
Et chez nous quelque part, l’atonie s’envisage ;
Seul celui qui est prêt au départ, au voyage,
Échappe à l’habitude et n’en est hébété.

Peut-être serons-nous, à l’heure de la mort,
Vers quelques nouveaux lieux envoyés, galopins !
La vie et son appel n’auront jamais de fin.
Allons, mon cœur, allons, prends congé, du ressort ! 
Stufen / Hermann Hesse / 1941 
 

***

Wie jede Blüte welkt und jede Jugend
Dem Alter weicht, blüht jede Lebensstufe,
Blüht jede Weisheit auch und jede Tugend
Zu ihrer Zeit und darf nicht ewig dauern.
Es muß das Herz bei jedem Lebensrufe
Bereit zum Abschied sein und Neubeginne,
Um sich in Tapferkeit und ohne Trauern
In andre, neue Bindungen zu geben.
Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne,
Der uns beschützt und der uns hilft, zu leben.

Wir sollen heiter Raum um Raum durchschreiten,
An keinem wie an einer Heimat hängen,
Der Weltgeist will nicht fesseln uns und engen,
Er will uns Stuf´ um Stufe heben, weiten.
Kaum sind wir heimisch einem Lebenskreise
Und traulich eingewohnt, so droht Erschlaffen;
Nur wer bereit zu Aufbruch ist und Reise,
Mag lähmender Gewöhnung sich entraffen.

Es wird vielleicht auch noch die Todesstunde
Uns neuen Räumen jung entgegen senden,
Des Lebens Ruf an uns wird niemals enden,
Wohlan denn, Herz, nimm Abschied und gesunde!

 
© Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1953, 1961
Aus: Die Gedichte. Frankfurt am Main: Suhrkamp Verlag, 2001 
 
 

1 sept. 2026

Vivre : se jeter à l'eau

 
La vague / Gisbert Combaz / coll. Langenstein / Porrentruy
 
La plupart du temps je ne donne pas mon avis à moins qu'on me le demande expressément (pas de conseils gratuits, puisque ce qui est gratuit ne vaut rien, c'est bien connu). Mais là, quand, ayant pris des nouvelles, je me suis retrouvée face à un visage grimaçant et des yeux remplis de larmes, j'ai pensé : stop. Il y a un moment pour pleurer, un moment pour que le chagrin entende raison et un moment pour prendre des décisions.
J'ai pris soin d'enrober mon discours de quelques précautions, évoqué sa petite-fille qui avait besoin d'elle à ses côtés, parlé des avantages de recommencer une nouvelle vie ailleurs, fourni quelques pistes, donné une ou deux adresses. Ce qu'elle ferait de mon opinion, je m'en fichais. De toutes façons, j'avais l'intention de lui parler franchement avant la fin de la saison. 
A vrai dire je m'attendais à me faire jeter. Ce ne fut pas le cas ... elle n'a pas opposé toutes sortes d'objections pour consolider son statu quo sentimental, elle a eu l'air d'évaluer les ouvertures que j'avançais. Il y a un temps pour tout et là, la phase des pleurs n'avait que trop duré. Avec toutes ses larmes le niveau de la piscine risquait de déborder. Pleurer équivalait à le laisser gagner. L'heure était venue pour elle de monter au filet. A-t-elle entendu, je n'en sais rien. Dans tous les cas, elle a écouté.
 
 

31 août 2026

Vivre : Still life / 203

 

 
Ce matin, le chien souffrant m'a tirée du lit à potron-minet. Je me suis habillée vite fait pour me rendre compte, une fois dans la forêt, que j'avais enfilé mon chemisier à l'envers. En fait, il a été si bien cousu à l'anglaise que le travail ne se voyait pas. Toutes les coutures étaient enfermées dans un repli très propre. Je suis partie ensuite à la piscine dans cette version en remerciant mentalement l'ouvrière qui avait accompli - mais où donc ? - un si beau travail.
Devant les grilles qui s'ouvraient, j'ai eu une petite pensée pour mon habillement estival : les neuf dixièmes du temps c'est peu dire que je m'habille de manière décontractée. Tout est usé et ne doit répondre qu'à un critère : la praticité. Vieilles sandales en cuir, larges pantalons en jeans ou en viscose, hauts s'enfilant aisément sur une peau mouillée. Même si l'ensemble peut refléter une certaine élégance, tout doit être en mesure d'être perdu ou volé sans générer de tracas. J'ai regardé mes co-nageurs qui arrivaient.
Tout le monde avait adopté le même dress code : le seul but étant d'ôter ses vêtements et de les remettre en un temps éclair, ils semblaient tous être sortis d'un vestiaire Emmaüs. Les plus désinvoltes, habitants du quartier, arrivaient même en maillot, sans linge, pieds nus comptant sur quelques rayons de soleil pour se sécher. Les plus prudents avaient emporté un couvre-chef ou un porte-clef contenant de quoi se payer un café. La plupart affichaient des teintes passées, des cuirs tannés, des paréos effilochés. 
J'adore cet endroit où les différences de classe s'effacent. Les marqueurs bien sûr existent, mais ils se révèlent ailleurs : à un maintien, une allure, un port de tête. Les corps parlent et même si les silhouettes des nageurs sont toutes musclées, il y en a qui savent raconter certaines épreuves, certains gestes, certaines tâches accomplies au fil des années. On n'est pas mince de la même manière quand on a passé sa vie à donner des ordres ou à les exécuter. 
Sur ces considérations, je me suis hâtée vers les bassins. J'ai ôté prestement mon haut devenu réversible et j'ai plongé avec délice. 
 

30 août 2026

Vivre : évasions

 
Le pêcheurs de Capri / Edmond de Pury / MAHN / Neuchâtel
 

Ah! Luxe incomparable des journées sans programme - aucun programme - en totale liberté. Ce qui est fascinant, en les vivant, c'est de constater leur entière autonomie : elles n'ont besoin d'aucune impulsion extérieure pour se dérouler. Les balades se font, les micro conversations dues à des micro rencontres surviennent, qui conduiront parfois à méditer. Les courses en magasin s'effectuent, qui porteront à choisir un fruit encore jamais goûté, une recette pour le déjeuner à laquelle on ne s'était encore jamais essayée. Le chien que les multiples orages ont terrorisé ne nous  lâche pas d'un coussinet tant il est apeuré et demande à être consolé. L'émission qu'on écoute - intensément, passionnément - nous conduit, par la succession des diffusions, à redécouvrir un artiste négligé depuis quelques années, et ainsi de suite. 
Ces journées sans programme se révèlent  d'une totale banalité, et c'est précisément leur banalité qui en fait tout le charme. Personne pour nous dire quoi faire, quoi penser, quoi posséder. Personne pour nous tendre le miroir du "pas assez" et personne à qui les raconter. Juste une envie de bonheur tranquille à satiété. Suffisamment de temps, suffisamment d'argent, suffisamment de lucidité pour savoir gré et, dans la gratitude, ressentir avec la nature un bonheur partagé.  Ah! Ce goût d'enfance retrouvée...
 

29 août 2026

Vivre : ô temps pour moi

 
Soir antique / 1908 / Alphonse Osbert / MCBA / Lausanne
 
 
les temps morts : en réalité des temps tout ce qu'il y a de plus vivants, puisque 
c'est dans les temps dits morts que les idées émergent, que les projets se font jour. 
 

28 août 2026

Vivre : à contre-courant

 

 
Fin août : tandis que certains reprennent le collier, moi je ne songe qu'à m'en défaire. 
L'automne est un appel à dénouer, un fermoir à ouvrir, un horizon à conquérir.
 

27 août 2026

Vivre : perds ce que tu as retrouvé

 

 
Transition à la fois chagrine et suave que celle menant à l'automne, secouée de sanglots et apportant son lot de douceurs. Étrange passage que celui d'une fin d'été, tunnel secoué de deuils : comment accepter de perdre tant de moments aimés ? comment ne pas se reprocher de n'avoir pas su assez en profiter? Feuille parmi les  feuilles on se laisse porter le long de la rivière. On regarde avec tendresse les moineaux, les libellules, les berges peu à peu désertées et qu'on devra bientôt abandonner, l'eau soudain devenue fraîche qui nous avait tant bercés et soudain on ressent ces inexplicables larmes en travers du gosier. 
L'automne est depuis longtemps notre saison préférée. On aime ses promesses, ses découvertes, ses apaisements,  ses énergies récupérées. On apprécie ses matins frissonnants, ses époustouflantes soirées et toutes ses générosités. On s'émeut au souvenir de tous les automnes passés. 
Alors on s'engouffre dans le tunnel, on entre dans la ronde, on pleure et on sourit, on perd et on retrouve. On sait qu'au bout de la traversée il y aura toujours quelque chose à glaner. 
  

26 août 2026

Vivre : people pleasing

 
Portrait de femme en robe rouge / Bernardino Zaganelli di Corignola / Coll. Princes du Liechtenstein
 
 
Combien nous coûte le besoin irrépressible d'être approuvé ? 
 

25 août 2026

Vivre : d'actions en actions

 
Le Massacre des Innocents (détail) / Matteo di Giovanni / S.Maria della Scala / Sienne
 
Profitez. Économisez. Bénéficiez. Comparez. Saisissez l'occasion. Trouvez les meilleures promotions. Dépêchez-vous : les heures, les minutes, les secondes sont comptés. Bref : si vous voulez gagner, hâtez-vous de dépenser. 
Pourquoi raboter sur l'essentiel pour se doter de tant d'accessoire(s) ? Devons-nous vraiment vivre aux dépens des producteurs, des agriculteurs, des travailleurs ? Voulons-nous vraiment le moindre et non le juste prix ? Cette vie au(x) rabais, l'avons-nous vraiment choisie ? 

24 août 2026

Voyager : nos rêves en capsule

 

 
La nuit avant notre départ je m'étais endormie en murmurant "j'ai besoin de beauté", un cri du cœur prononcé dans les bras de Morphée. La beauté, si consolante, peine certains jours à se montrer. Il faut parfois des efforts pour la dénicher. On se sait dans l'absolue nécessité de la conquérir et on est prêts à s'élancer. En quittant la maison, on sait déjà que les vacances seront douces, on le pressent, on a le cœur grand ouvert et tous nos capteurs allumés. 
Quelques heures plus tard, levant les yeux, apercevant au loin le sanctuaire dominant la plaine, j'ai senti mes épaules se relâcher. Pas de doute, j'étais arrivée. La suite n'a fait que confirmer ce simple fait : là-bas tout était calme, sourire et volupté. Je n'étais pas partie très loin, et pas dans un coin renommé, mais j'étais là où il fallait. Et une foule de belles images, quelques couplets - quelques sanglots - sont remontés. 
La première nuit, après une longue balade dans la ville, dans la protection du palazzo stylé, enveloppée de silence et d'élégance, je me suis endormie en murmurant : "j'ai besoin de rester". J'avais trouvé ma bulle magique : pourquoi la quitter ? La lune par-dessus les toits, à demi-cachée, approuvait.

 

 
Qu'est-ce que le luxe ? Quelque chose de tellement personnel et qui s'étend sur un si large spectre... Pour certains, cela peut être de trouver avant le soir un lit où se coucher. Ou alors obtenir un papier pour être enfin légitimé. Pour d'autres cela peut être une Porsche ou des diamants ou une maison sur une île grecque. Une femme confiait l'autre jour que pour elle ce serait s'offrir un air-fryer (tous les goûts sont dans la nature). Toutes ces choses, je n'en ai jamais ressenti l'envie ni l'impérieuse nécessité.

 

En revanche, trouver refuge dans une petite ville baroque, un peu oubliée, délicieusement décalée, sans trop de discours, ni trop de bagages, sans autre équipage qu'une affectueuse complicité fut le luxe indéniable de ces dernières journées.