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2 avr. 2017

Regarder : l'ombre, la chaîne et la lumière



« Mais Fabritius… il fait un calembour sur le genre, c’est une riposte magistrale à toute idée de trompe-l’œil… parce que dans d’autres endroits de l’œuvre – la tête ? l’aile ? – pas le moins du monde animal ni littéral, il déconstruit l’image de manière très délibérée pour nous montrer comment il l’a peinte. Barbouillages et taches de couleur très travaillés, à la main, surtout la ligne du cou, une peinture solide, très abstraite. C’est ça qui fait de lui un génie plus de notre époque que de la sienne. Il y a un double sens. On voit la patte du peintre, on voit la peinture pour la peinture, et aussi l’oiseau vivant."  
Donna Tartt / Le Chardonneret 

J'avais oublié quant à moi... 
la chaîne, l'imposante part d'ombre sur la surface... 
j'avais oublié que le petit oiseau était prisonnier. 
Observant cette situation cruelle,
j'en veux à Fabritius de nous laisser devant ce drame
 Impuissants. 
Le véritable génie aurait été de peindre...
une tenaille.



Contrariée, je pénètre dans la salle suivante,
 où très vite je sens un regard intense posé sur moi.
Levant les yeux, je l'aperçois. 
Quoi ? Elle ? Là ? Déjà ?
Sa présence est quasiment palpable,
je ne serais pas surprise de la voir s’animer d’un coup.
Partir d’un éclat de rire. M’adresser une politesse.
Sortir du cadre.
La lumière danse, voltige sur ses lèvres, sur sa peau douce, 
sur les soieries qui l’enveloppent.
Ce face à face est sidérant.
Johannes, tu es le plus grand !


La Jeune fille à la Perle / J Vermeer / Mauritshuis


15 juil. 2016

Lire : Quand Donna rencontre Barbara




J'ai voulu reprendre cet été Le Chardonneret, que je m'étais procuré à sa sortie en français et dont j'avais arrêté la lecture au bout de 200 pages.
Il y a des livres que j'abandonne sans état d'âme, quand ils ne me plaisent pas. Mais il y en a d'autres que je mets de côté pour plus tard, en me disant qu'ils ont de la valeur et que dans un autre état d'esprit je parviendrai à franchir le mur du son littéraire. Curieusement, quand je reprends ces lectures, je me retrouve souvent en situation d'arrêter une nouvelle fois, juste à l'endroit où je l'avais abandonnée. Je m'efforce alors de poursuivre, mais je parviens difficilement à continuer pendant plus de deux ou trois pages.
Il est rare que ces livres mis de côté, je parvienne à les achever. Ce qui ne m'empêche pas de continuer de déposer des bouquins dans le coin des "à reprendre" et de m'obstiner à remettre l'ouvrage sur le métier.
Là, il y a quelques jours, je suis allée à la cave repêcher l'ouvrage de Donna Tartt et très vite ce qui avait bloqué chez moi il y a deux ans m'a sauté aux yeux : cette histoire me lacère le cœur. Elle met en scène les aventures d'un orphelin, une sorte de David Copperfield des temps modernes, et commence au moment où, visitant une exposition sur l'âge d'Or hollandais au MET en compagnie de sa mère, le musée est la cible d'une explosion terroriste. Théo parvient à s'en tirer, tandis que sa mère tendrement aimée n'a pas cette chance.
En s'extirpant du bâtiment ravagé, il emporte le fameux Chardonneret, minuscule tableau de Carel Fabritius, que sa mère admirait. Cet acte impulsif, dont il garde le secret, sera le fils d'Ariane de l'intrigue.
Hier, un détail m'a frappée : rentré chez lui après l'attentat, le jeune héros se raccroche désespérément à l'espoir de voir arriver sa mère. Il  passe l'appartement en revue. Son regard balaie ce qui fut la vie avec elle et ce faisant, il trouve sur le dossier du canapé le livre qu'elle avait laissé en cours de lecture.
Ce livre, c'est Jane et Prudence, de Barbara Pym. Et, curieusement, ce livre oublié, d'une auteure encore plus oubliée aujourd'hui, je viens de le terminer, je l'avais commandé sur internet il y a deux ou trois semaines.
A ce moment-là, j'avais déploré que plus personne ne parle de Barbara Pym et qu'on ait tant de peine dans les librairies à en trouver des publications.

Je me demande jusqu'où j'irai, cette fois-ci, dans la lecture du Chardonneret ?