Affichage des articles dont le libellé est Sienne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sienne. Afficher tous les articles

20 mars 2023

Voyager : d'une ville à l'autre

 
Casato di Sotto / Siena
 
ce besoin de mettre nos pas dans le silence
- nullement une absence de bruit, juste : du silence -

deux villes comme des cousines, même accents, mêmes origines,
 pourtant si opposées par leurs caractères, tumultueuse la première,
trop agitée, livrée en pâture à trop d'étrangers. Nous l'avons quittée.

 Via Banchi di Sopra
 
Ainsi... dans la seconde cité, racée, animée, vaguement décentrée,
nous avons trouvé la joie sans les cris, l'énergie sans la frénésie

 
Tête d'homme au bonnet phrygien / Museo archeologico / Siena
 
les rythmes et les allures se mettaient naturellement au ralenti
- pourtant, on aurait juré que tout allait se faire, comme promis -


 Casato di Sotto
 
les linges au soir rejoindraient leurs armoires pliés, parfumés,
les enfants retrouveraient leurs rêves après avoir longtemps joué
 
portrait d'un bijoutier (détail) / Maître flamand / collection Spannocchi / Santa Maria della Scala / Siena
 
 les trésors de la petite ville tenaient dans ce pudique secret :
savoir simplement être sans craindre de perdre ou de disparaître


12 juin 2022

Voyager : saisir ou vivre

 

Là-bas, j'aurais voulu tout photographier, pour tout ramener, pour ne rien oublier. Et puis, tôt ou tard, parfois tard dans la soirée, un insupportable tiraillement me saisissait. Tout m'appelait à vivre, tout me rappelait à seulement vivre. Suivre la danse délurée des nuages, admirer la silhouette d'un contrapposto à contre-jour, écouter les hirondelles emportées dans leur sarabande endiablée, percevoir la ville qui fatiguait, lentement s'épuisait. Une joie lacérante s'emparait alors de moi, accompagnée d'une non moins lacérante envie d'arrêter le temps.
Qu'est-ce que le temps présent ? Peut-être quelque chose d'impossible à capter, à immobiliser. Du sable entre les doigts, du bonheur qui s'en va. Inexorablement.
Saisie d'une pulsion irrépressible, je dirigeais mes pas vers la Vecchia Latteria, la petite échoppe dans la via San Pietro qui n'a l'air de rien mais propose des glaces artisanales comme autrefois. Je tendais l'index, une deux trois fois et puis je tendais trois pièces de monnaie par-dessus le comptoir. Je me dirigeais illico vers le Campo, j'allais m'asseoir en tailleur sur les pavés lustrés, parmi les enfants infatigables et les chiens résignés, et là, les yeux fixés sur la tour que le ciel azurait, je me laissais aller à simplement déguster.

22 sept. 2021

Vivre : le passage


 
Dans la nuit imperturbable, comme un souffle clair, une présence, une rivière.
Les pavés, pris de tremblements, ruisselaient, drainant des flots de lumière,
reflets fuyants engloutis par les pierres, larmes d'argent, poissons éphémères.
 
(décidément je ne me lasserai jamais de cette Porta Romana)
 


21 sept. 2021

Vivre : de ville en ville

 


 
 Autre ville, autres toits, mais... n'étaient-ce pas les mêmes nuages ?
N'étaient-ce pas les mêmes présences en voyage qui s'en allaient
de crêtes en crêtes rejoindre d'autres ocres et d'autres mirages ?


22 déc. 2020

Regarder : juste avant la bataille

 

Cheval et cavalier sur le départ / Marco Cheli / Exposition Fortza Paris au Palazzo Pubblico / 2020 / Sienne

Cette photographie, prise lors du Palio de Sienne, a quelque  chose de fascinant : l'ombre, l'attente, la lumière. On y sent toute la tension qui vibre avant une compétition. Le calme avant le déchaînement. La concentration avant la compétition. Le cheval et son cavalier sont prêts à l'action et, si l'homme semble recueilli, confiant en lui et en sa monture, le véritable sujet de l'image est l'animal. Sa tête exprime une détermination sans pareille, une volonté farouche d'entrer dans l'arène et de se donner entièrement. Son regard, d'une intelligence aiguisée, le montre déterminé. Les naseaux traduisent la fougue et l'impétuosité retenue. Ses muscles sont tendus sous la robe lustrée, témoins de longs et exigeants entraînements dans la campagne solitaire.
Ces deux-là vont-ils gagner ? On n'en sait rien, on ne saura pas. Le plus important n'est pas là. Le plus important réside dans leur alliance commune, leur patient effort d'apprivoisement pour parvenir à faire équipe, leur volonté de faire face ensemble à l'épreuve qu'ils veulent surmonter.
On voudrait certains jours - quoi qu'on fasse - appartenir à une équipe comme celle-là, et surtout on se voudrait cheval pour devenir un seigneur tel que celui-là.

Le Palio de Sienne est une noble et ancienne course de chevaux, qui se tient deux fois par an (le 2 juillet et le 16 août) sur la Piazza del Campo, place centrale de la ville, en forme de coquille. Chaque couple cavalier/cheval représente une des dix-sept contrade (quartiers) de la ville. Bien que jouissant d'une renommée internationale, cette course est restée authentique, un point d'ancrage essentiel dans la vie sociale des différents quartiers. Un grand cortège historique précède la manifestation. Le "palio" tire son origine du Moyen Âge. Cette tradition se poursuit encore dans divers points d'Italie, même si celle de Sienne est de loin la plus réputée.

L'exposition "Fortza Paris" (cri de ralliement sarde, traduisible par "En avant, frères") s'est tenue durant l'été 2020 dans la cour du Palazzo Pubblico. Le photographe, Marco Cheli, est natif de Sienne. Designer de formation, il a décidé de s'adonner à cette démarche photographique en amateur, voulant montrer le Palio de sa ville sous un angle nouveau, loin des clichés habituels attirant chaque année des milliers de touristes. Il a ainsi consacré un reportage aux cavaliers sardes, qui, depuis les années 1960, ont émigré vers le Nord de l'Italie pour y fuir la pauvreté de leur île et faire valoir leurs compétences en matière de compétitions équestres (le plus fameux d'entre eux a été Andrea Degortes, dit Aceto, qui remporta pas moins de 14 victoires). Le travail de Marco Cheli s'est déroulé sur une année entière, depuis les entraînements dans la campagne environnante jusqu'aux moments décisifs de la compétition. Le résultat final vient d'être publié et a été présenté cet automne au Trieste Photo Days (festival international de photographie de Trieste).
 
 
Entraînement dans la campagne siennoise

15 sept. 2020

Regarder / Vivre : maternages


Madonna con bambino e santi / Matteo di Giovanni / Pinacoteca / Siena

Alors que je quittais la petite pinacothèque où tant de Marie
présentaient, serraient, enveloppaient, cajolaient leur petit,
m'engageant dans une ruelle, aspirant à une absolue liberté,
en proie à un besoin intense de lumière, d'oxygène, d'espace,
subitement, très profondément, je compris tout le sens
de l'expression convenue "prendre soin de l'enfant en soi".

4 juil. 2020

Voyager : les yeux rivés au sol



Regno, regnabo, regnavi, sum sine regno. Je règne, je règnerai, j'ai régné, je me retrouve sans royaume. Etait-ce à cause de ces temps tourmentés ? ou alors cela tenait-il au nombre restreint de visiteurs, à la musique poussant à une plus grande intériorité ? Toujours est-il que la cathédrale ce jour-là invitait à baisser les yeux sur son pavement divinement orné. A nos pieds, la Roue de la Fortune tournait tournait.



Depuis 1372, en cette place, elle tournait. En réalité, depuis le début de l'Humanité, elle tournait, et elle n'était pas près de s'arrêter. Elle semblait plus que jamais inviter les hommes à plus d'humilité.


Et, tandis qu'un roi plus puissant, installé au sommet, semblait maîtriser leurs destinées, les Hommes tanguaient, tanguaient, se raccrochaient tant bien que mal, tels des marionnettes, tels des jouets. 


Aux quatre coins de la mosaïque, Épictète, accompagné de trois autres philosophes de l'Antiquité, Aristote, Euripide et Sénèque, envoyait son message à l'Humanité : il l'invitait à ne pas se vanter des cadeaux de la Fortune, mais à se focaliser sur les valeurs de l'âme. "Ne frimez pas, chers amis, ne vous croyez pas à l'abri. Rien n'est acquis. C'est votre force intérieure qui compte et pas vos signes extérieurs de richesse et de profits."**
Dans la ville, Palio annulé, désinfectants, passants masqués, tout venait rappeler, en chaque instant et à chacun, qu'il était question de baisser le regard et de se retrousser les manches, en cette époque bouleversée.

Mosaïque de la Roue de la Fortune / Pavement Cathédrale de Sienne / dernière image: Pinterest

**non fortunae muneribus sed animi bonis gloriandum

13 déc. 2017

Voyager : chambre avec vue


Chiostro del Carmine / Siena

Le matin, au réveil,
on aurait cru plonger 
dans les divines fresques 
à peine admirées la veille.
Scrutant la campagne,
il nous semblait apercevoir
le fauconnier et sa belle compagne,
le petit cochon blanc et noir**.


Les effets du bon Gouvernement (détail campagne) / A. Lorenzetti / Siena


** cinta senese (ou ceinture de Sienne) est une race DOP de cochons très ancienne qui a été de  justesse préservée jusqu'à nos jours, alors qu'il n'en restait que 150 spécimens environ et qui arbore les couleurs de la ville.

3 déc. 2017

Regarder : le charme d'Ambrogio




Annonciation / Ambrogio Lorenzetti / Pinacoteca / Siena

Je pars le rejoindre. Il est grand temps.
Je me languissais tellement.
Je quitte pour quelques jours ma vie et vais retrouver la Sienne.
La Paix alanguie qui se laisse désirer, 
le Bon Gouvernement, ses sages enseignements,
la danse des demoiselles un jour d'été,
l'élégance et l'harmonie répandues à travers champs.
Ce monde restera-t-il figé, est-il permis d'y aspirer? 
Où donc, mais  où donc est la baguette qui saura le réveiller ?

12 sept. 2016

Voyager : moments à part


Ambrogio Lorenzetti // Annonciation 

Dans la plus belle ville du monde
(selon lui)
une des
(selon moi)
la foule envahit les ruelles.
Grosses glaces et smartphones polyglottes.
Si ce n'est qu'ici
au cœur de ce palais ignoré
le silence est d'or
et les visiteurs rares.
La dame du guichet s'est presque excusée 
de nous demander quatre euros
pour avoir le droit d'admirer
toutes ces splendeurs muettes.