Regno, regnabo, regnavi, sum sine regno. Je règne, je règnerai, j'ai régné, je me retrouve sans royaume. Etait-ce à cause de ces temps tourmentés ? ou alors cela tenait-il au nombre restreint de visiteurs, à la musique poussant à une plus grande intériorité ? Toujours est-il que la cathédrale ce jour-là invitait à baisser les yeux sur son pavement divinement orné. A nos pieds, la Roue de la Fortune tournait tournait.
Depuis 1372, en cette place, elle
tournait. En réalité, depuis le début de l'Humanité, elle tournait, et
elle n'était pas près de s'arrêter. Elle semblait plus que jamais
inviter les hommes à plus d'humilité.
Et, tandis qu'un roi plus puissant, installé au sommet, semblait maîtriser leurs destinées, les Hommes tanguaient, tanguaient, se raccrochaient tant bien que mal, tels des marionnettes, tels des jouets.
Aux quatre coins de la mosaïque, Épictète, accompagné de trois autres philosophes de l'Antiquité, Aristote, Euripide et Sénèque, envoyait son message à l'Humanité : il l'invitait à ne pas se vanter des cadeaux de la Fortune, mais à se focaliser sur les valeurs de l'âme. "Ne frimez pas, chers amis, ne vous croyez pas à l'abri. Rien n'est acquis. C'est votre force intérieure qui compte et pas vos signes extérieurs de richesse et de profits."**
Dans la ville, Palio annulé, désinfectants, passants masqués, tout venait rappeler, en chaque instant et à chacun, qu'il était question de baisser le regard et de se retrousser les manches, en cette époque bouleversée.
Mosaïque de la Roue de la Fortune / Pavement Cathédrale de Sienne / dernière image: Pinterest
**non fortunae muneribus sed animi bonis gloriandum