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20 sept. 2019

Vivre : Nord-Est



Portrait d'enfant avec petit cheval / peintre anonyme / musée d'ethnographie / Udine

Retrouver le fil, le Nord.
Repasser par l'enfance.
Remonter la filière des sens.
Les saveurs, les odeurs.
La campagne et ses silences. 
Les ciels, immenses. 
Pas une once de vulgarité. 
A perte de vue, le maïs.
Son univers de placidité.
La femme m'a fixée. Elle a dit : "... une si forte nostalgie...". Je n'avais pas encore compris que je portais en moi des brassées de souvenirs, qui cognaient et demandaient à resurgir. Elle, l'inconnue aux yeux clairs, à peine avais-je prononcé trois phrases, qu'elle avait tout saisi.

19 sept. 2019

Voyager / vivre : changer de cap



Il y a des voyages comme ça. On part avec une idée et cette idée n'en finit pas d'être contrariée. Rien ne va, rien ne va comme on le voulait, rien ne va plus. On se confronte à une suite d'oppositions incompréhensibles et injustifiées. On s'agacerait presque. On éprouverait presque un sentiment d'échec ou d'impuissance.
Jusqu'au moment où l'on se décide : on se décide à lâcher. On abandonne ce qu'on avait décidé.
Et on retrouve alors son chemin, celui qui conduit chez soi, à travers une route limpide, sous un ciel miraculeusement dégagé. Des sonorités fraternelles, des accents familiers parviennent finalement à nos oreilles. On retrouve les odeurs, les clochers et les champs de mais où l'on courait enfant. Alors, on comprend qu'enfin, on est arrivé.

21 sept. 2016

Voyager : à l'origine




Ce qui va de pair avec la douce lumière de l'automne, avec les frissons du soir, avec l'apparition des courges et la disparition des hirondelles, c'est le plaisir intense de repartir à la mer, pour les dernières brasses de l'année.

Demain, nous partirons à l'aventure, vers une région où je ne suis jamais allée, si proche pourtant de ma terre natale, juste à quelques encablures. Et peut-être, si l'envie me prend, si le besoin deviendra trop pressant, qu'on fera un détour. J'irai alors fleurir quelques tombes dans un village oublié, déserté de la plupart de ses habitants. Je sais que les vivants se désintéressent de ces murs reconstruits et sans âme. Je sais que ma maison natale n'est plus, qu'elle s'est écroulée il y a bien longtemps, Je sais aussi que je sillonnerai des paysages de mon enfance, de mon adolescence, qui n'auront plus aucun lien avec mes souvenirs. Je sais que j'ai peu de chance d'entendre les sons de ma langue maternelle, que Pasolini aimait tant et qui est devenue décidément trop vernaculaire. Je sais que dame mélancolie sera du voyage.

Je sais que je penserai une nouvelle fois à mes racines, je m'interrogerai sur le sens de ma vie. J'aurai une pensée pour tous ceux qui ont travaillé cette terre ingrate, pour ceux qui l'ont quittée en cherchant des Amériques, pour ceux qu'on a fusillés tandis qu'ils défendaient leurs pauvres biens. Mon histoire et l'Histoire se croiseront dans ce petit cimetière où tous les noms me parlent et que je retourne fleurir de temps en temps.

Tornant al país
 
Fantassuta, se i fatu
sblanciada dongia il fòuc,
coma una plantuta
svampida tal tramònt,
"Jo i impiji vecius stecs
e il fun al svuala scur
disínt che tal me mond
il vivi al è sigúr".
Ma a chel fòuc ch'al nulís
a mi mancia il rispír,
e i vorès essi il vint
ch'al mòur tal país.


Pier Paolo Pasolini, Poesie a Casarsa (1941-1943)