Abbondanza / Arsenale / Venezia
Dernièrement, au micro d'Eva Bester, Rachida Brakni a décliné plusieurs remèdes à la mélancolie avec lesquels je me suis sentie en affinité - les photographes Saul Leiter et Robert Capa, Nick Cave - et puis, elle a lu ce passage du Livre de l'Intranquillité (des pensées et aphorismes que Fernando Pessoa a rédigés entre 1913 et 1935 et ont été publiés en français pour la première fois entre 1988 et 1992 par Christian Bourgois) :
Voyager ? Pour voyager, il suffit d'exister. Je vais d'un jour à l'autre, comme d'une gare à l'autre, dans le train de mon corps ou de ma destinée, penché sur les rues et les places, sur les visages et les gestes, toujours semblables, toujours différents, comme, du reste, le sont les paysages.Si j'imagine, je vois. Que fais-je de plus en voyageant? Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on aie à se déplacer pour sentir. En fait, le bout du monde, comme son début lui-même, c'est notre conception du monde.C'est en nous que les paysages trouvent un paysage. C'est pourquoi, si je les imagine, je les crée. Si je les crée, ils existent. S'ils existent, je les vois, tout comme je vois les autres.A Madrid, à Berlin, en Perse, en Chine, à chacun des pôles, où serais-je sinon en moi-même, et enfermé dans mon type et mon genre propre de sensations ?
La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes.Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.
Je fais si régulièrement l'expérience de ces longues journées quotidiennes, qui sont belles et me font voyager, depuis ma maison, ma forêt, ma chambre. Je ne pouvais naturellement qu'adhérer, qu'être déjà emballée, prête à m'embarquer et je me suis promis que dès la semaine prochaine ce livre intranquille serait pour quelques mois à mon chevet.
Le remède à la mélancolie / France Inter (une des émissions les plus stimulantes que je connaisse)