"Prima
donna" / 22.08.17 / Barbara Grazzini, Silvia Felisetti, Susie Georgiadis,
La
nuit venait de tomber. Nous avons obtenu la dernière table libre car le concert
allait débuter. Ce soir-là sur la piazza: un spectacle consacré à
« la Callas», avec trois cantatrices pour donner de la voix. Devant
nous, une longue table avait été réservée par un groupe d’amis, qui se sont
retrouvés, embrassés, congratulés, et empressés de discuter. Bien vite, ils ont fait circuler leurs smarphones et ont commenté leurs
messages durant toute la soirée. Ils avaient à leurs pieds un tout petit chien apeuré, tandis qu'un peu plus loin, un autre clébard se mettait régulièrement à aboyer..
Un couple de sexagénaires aux longs cheveux gris
nous a demandé si la chaise devant nous était libre. Ils semblaient avoir fait
il y a très longtemps un voyage à Katmandou et ne l’avoir jamais vraiment
oublié. La femme a sorti de son sac indien un cahier de mots croisés et ne l’a
pas lâché de toute la représentation, tandis qu'elle se faisait masser les pieds par son compagnon. Un peu plus tard, ils se sont déplacés vers une
petite table qui s’était libérée.
Une très très vieille dame, accompagnée de sa fille, s'est alors approchée. Elle s’est assise sur la chaise
en attendant qu’on lui trouve une place plus proche de la scène. C’était une
dame très maigre et très sourde, qui souriait à chaque fois que sa fille lui
caressait la joue. Elle posait sur la place un regard éperdu, comme si elle était
étonnée d’être là, tout en tenant fermement sa fille par le bras.
Quand
elle a quitté la chaise, un couple de touristes espagnols l’a accaparée.
L’homme, très vite, s’est énervé contre la tablée d’à-côté : chut chut, leur lançait-il avec de
grands gestes des bras. Le groupe d’amis n’a pas paru plus impressionné que ça
et l’homme, l’homme qui apparemment appréciait les artistes sur scène et la divine Diva,
se désespérait, se plaignait auprès de son épouse, laquelle assistait
impassible à son drame mélomane.
Ils
ont enfin déniché deux sièges en contrebas. A ce moment-là, une petite fille aux cheveux crépus a
été assise avec autorité sur la chaise par son père, qui avait quelques amis à
saluer. La petite (trois ans à tout casser mais vive comme une chèvre) n’a pas
tardé à se lever et à aller quémander à toutes les tables des olives vertes
dont elle semblait raffoler. Le père est venu la récupérer et l’a assise
d’emblée sur son vélo tandis qu’elle suçotait une dernière olive
dénoyautée.
Le
serveur allait et venait, apportant gelati et cafés. R., comme le
touriste espagnol, s'était pris d'admiration pour les deux jeunes
sopranos. Ils se sont levés pour aller les photographier.
Un
groupe d’adolescentes en short est venu poser sacs et casquettes sur la
chaise abandonnée. Elles rigolaient en se racontant leur été, leurs bronzages,
leurs ravages. Leurs gloussements se fondaient dans les trémolos de la Tosca.
A
la fin du spectacle, nous avons longuement applaudi, nous avions vraiment
apprécié.Nous étions tous ravis: quel beau spectacle, quelle merveilleuse soirée ! C’était une nuit étoilée, une belle nuit d’été. Lentement, nous nous
sommes tous dispersés tandis que le serveur remettait la chaise en place et
desservait les tablées.