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3 févr. 2026

Vivre : qui cherche trouve (ou pas)

 
 
Entrée / Cathédrale / Pise
 
Tu cherches, tu cherches encore et ta recherche devient labyrinthique. Cet objet, banal somme toute, auquel depuis ces dernières heures tu te surprends à tenir de manière ab-so-lue, cet objet, tu l'avais entre les mains hier encore, et tu te souviens l'avoir tenu dans la voiture, cet objet, il commence à te manquer ter-ri-ble-ment (alors que tu pourrais en trouver un autre, similaire, pour relativement peu d'argent), alors tu fouilles, tu farfouilles encore et au moment où tu cesses d'investiguer, où tu te vois prête à abandonner, l'objet réapparaît comme par miracle. Et il était... dans sa place habituelle... é-vi-dem-ment, juste un peu planqué, et il se tient devant toi avec un petit air innocent! 
 
 

12 févr. 2024

Vivre : casse-têtes administratifs

 
Scuola di San Giorgio / Vittore Carpaccio / San Giorgio degli Schiavoni / Venezia
 
Abominablement fastidieux ? 
A s'en arracher les cheveux ?
Cesse de te mettre martel en tête.
Morcèle, morcèle, morcèle! 

3 avr. 2023

Vivre : fiabilité élevée

 
Il a dit : un vrai temps à arcs-en-ciels
Et effectivement quelques minutes après...



31 mars 2023

Vivre : des fourmis et des hommes

 
Allégorie de l'Astronomie / Tombe de Fabrizio Ottaviano Mussotto / Giovanni Duprè / Camposanto / Pisa


Sur le quai de la gare, elle observait les gens, montant, descendant, faisant les cent pas, courant pour attraper leur correspondance, se bousculant, se remerciant, confus, pour un parapluie oublié et miraculeusement tendu, adoptant des mimiques irritées quand d'autres voyageurs se mettait en travers de leur chemin, ressemblant à ces fourmis sillonnant le monticule de leur fourmilière qu'elle aimait tant, enfant, observer durant des après-midis entières, tarabuster parfois à l'aide d'une brindille, fascinée par leurs trajectoires survoltées, organisées mais si aisément agitées. 
Puis, quand son train arrivait, elle estimait en avoir assez vu et tirait un livre de sa poche, bien décidée à ne rien perdre du voyage, à ne parcourir qu'une ligne à la fois, sans sauter ni esquiver ni changer de voie, absorbée par le discours, décidée à rester sur les rails qui gentiment la berceraient jusqu'à la fin du trajet.
 
 

6 mars 2023

Vivre : larguer les amarres

 
Le vaisseau Brielle sortant de la rivière Maas à Rotterdam / Ludolf Bakhuysen / Rijksmuseum / Amsterdam

Il faut oser. Oser s'embarquer, mettre les voiles et voguer. Oser délaisser les rivages trop fréquentés. Quitter les parcours et les escales et les quais cent fois abordés. Aller découvrir d'autres destinations et d'autres destinées. Le vent du large nous appelle. Le pire serait d'opter pour la sécurité. Décidément : oser.

26 déc. 2022

Vivre : l'extraordinaire de l'ordinaire

 
 Beim Frühstück / Carl Moll / Wienmuseum / Vienne
 
 
Longtemps, quand j'entrais dans un magasin et que je savais avoir dans mon portemonnaie suffisamment d'argent pour me procurer de quoi me nourrir, je me suis sentie nantie. Quand je racontais cela, les gens autour de moi prêtaient distraitement l'oreille. C'était si normal, somme toute, les rayonnages remplis (et les plaintes si l'approvisionnement connaissait le moindre retard).
Longtemps, et bien avant que j'avais décidé d'entreprendre un travail sur l'habitat pleinement ressenti, je m'exclamais : "Quel privilège d'avoir un toit !". On écoutait poliment, mais souvent l'insatisfaction pointait. Certains auraient voulu obtenir quelque chose de plus grand, un autre quartier, des pièces plus ensoleillées.

Cette année, et de manière particulière, j'ai savouré comme jamais le pain, le goût incomparable du pain qui sait rassasier et le privilège de n'avoir à sauter aucun repas. Cette année, plus que jamais, j'ai connu la joie d'avoir un toit pour protéger mon quotidien (R. ajoute à chaque fois : et des espaces chauffés, n'oublie pas). Cette année, des fragilités en tous genres sont venues nous dire que rien n'est normal, rien n'est banal, que l'habituel n'est pas le dû et qu'il y a du miraculeux dans ce que l'on a toujours tenu pour acquis.

21 nov. 2022

Vivre : keep cool

 
Femme au divan / Henri Matisse / Kunstmuseum / Bâle
 
Paradoxe qui ne cessera jamais de surprendre :
la rapidité avec laquelle on exécute des tâches entamées avec lenteur, ou avec désinvolture,
tandis que les efforts pressés et saccadés ne portent qu'à maints déboires et contrariétés. 
 
 
 

14 nov. 2022

Vivre : longer la forêt

 
Retable des Dominicains (détail Noli tangere) /Martin Schongauer / Musée Unterlinden / Colmar

Dans les heures pales où la lumière peine à se frayer un chemin
- heures de novembre, noires, constellées de bulles de brouillard -
qui devinera la tendre clarté d'un chant d'oiseau à peine entamé ?
 
Dans les moments où le jour tangue, où déboule soudain la nuit 
- peut-on vraiment parler de jour, de nuit dans cet univers tout gris ? -
qui dira la beauté d'un seul cri, lancé depuis les arbres endoloris ?
 


13 mai 2022

Vivre : cadeaux du ciel

 
Arbre Collier / Jean-Michel Othoniel / Château La Coste / Le Puy-Ste-Réparade
 
Pourquoi changer de lieu, pourquoi changer de paysage quand on peut changer d'horaire ? C'est sans doute ce que pense Mister P., le bougre, quand il vient secouer ses puces et ses médailles devant notre porte à l'heure où le coq n'a pas encore entrepris de chanter et, si j'aime faire partie de ceux qui  entendent le gallinacé en premier, ça ne m'empêche pas de bougonner. Cependant, à peine debout, à peine dehors, tandis que je bouscule quelques grappes de glycine encore endormies, mon humeur acquiert vite la roseur candide du ciel qui se déploie et berce le lac somnolent sur lequel quelques pêcheurs ondoient. 
Oui, pourquoi changer de paysage quand un autre paysage est là ? Les aubes ne sont jamais les mêmes, et ces aubes-ci, celles de ce printemps princier, ne seront jamais pareilles à celles de toutes les autres années.
Sur la route, les merles font du rase-motte. Ils jouent avec les pneus, nous défient, ignorent le danger. Nous croisons une voiture,
mal réveillée, puis une seconde, aux manoeuvres saccadées. Deux renards d'une belle robe mordorée nous coupent la priorité. Là-haut, tout semble ouvert, tout semble attendre. L'air embaume les mille parfums de mille herbes coupées. Les champs striés de colza, les longues bandes de feuillus, les parcours tracés, les chemins égarés, tous, oui tous, attendent que le dieu soleil daigne se lever. Au loin, tout au fond, un lac, un autre, plus petit, offre sa face mauve aux dernières étoiles oubliées par la nuit.
Nous marchons lentement, fendant sifflements et cris. Les épaules effleurées par des bourgeons vert vif, nous avançons parmi les brindilles. Nous glissons entre deux touffes nos pieds détrempés. Un papillon pas plus large qu'un pouce vient nous saluer. Un oiseau décrit des arabesques dans l'azur et, à le découvrir si gracile, si déluré, nous nous demandons s'il est le premier oiseau qui sache voler. Quoi de plus beau qu'un oiseau, seul, fendant l'aube épurée ?

Nous hésitons à redescendre, nous savons que la journée sera remplie de menues contrariétés, que des galettes seront trop salées, et des refus opposés, que des tracas viendront, que des mots ne viendront pas, nous savons tout cela, mais nous connaissons la valeur du moment savouré : derrière les sapins, un éclair écarlate, immense, triomphant vient de s'imposer. Ce jour sera une fête et la fête peut commencer. 
 

24 avr. 2022

Vivre : des moments comme ça

 
Panneau de polyptyque avec saint (détail) / Agnolo Gaddi / Museo di San Matteo / Pisa
 

Un des meilleurs moments : quand l'angoisse dure et intransigeante, qui tenaille depuis trop longtemps, se met à fondre et se rend.
Un des plus doux : quand le sommeil se promène sur les draps fragrants et que son souffle est là qui vous emporte, à peine a-t-on éteint.
Un des plus grisants : quand les yeux du chien vous guettent, devinent votre silhouette et que ses griffes s'apprêtent à vous labourer de ravissement.

 

1 avr. 2022

Vivre : l'anticipation

 
Le Calvaire (détail) / Attr. Lorenzo d'Alessandro / Musée du Petit-Palais / Avignon

Inutile de te faire tout un cinéma
Problème(s) il y aura (oh oui)
Mais jamais ceux que tu crois.

19 nov. 2021

Vivre : la seule vie possible

 
Diane chasseresse / Pietro Ricchi / Venaria Reale / Turin
 
Savourer le goût du pain. Rire de la tartine qui tombe côté confiture (autant de calories qu'on n'aura pas à brûler). Percevoir dans la grisaille des jours quantité de formes et de murmures (tout un monde à explorer). Affronter le vent du Nord avec impétuosité, lui tendre une joue, et puis tendre l'autre, tout naturellement, et marcher à contre-vent comme on nage parfois à contre-courant. Refuser les escalades symétriques, et laisser les arrivistes s'acharner à grimper. Connaître désormais la plupart des pièges à éviter. Voir passer les visages maussades, leur inventer des histoires, des misères, des déboires, puis diriger son regard vers des figures plus belles à deviner. Observer le chien s'acharner sur son os, cette passion qu'il sait tous les jours renouveler. Aimer ce chien, aimer ses grognements, aimer la fureur de ses crocs acérés. Cultiver les saveurs, amères, violentes ou acidulées, cultiver la douceur qui se laisser apprivoiser. Aimer la vie, aimer cette vie, la seule vie possible. Et choisir chaque matin un nouvel angle pour la croquer.

16 janv. 2021

Vivre : fiat lux!

 
Le Couronnement de la Vierge (détail) / Enguerrand Quarton / Musée / Villeneuve-lès-Avignon
 
Tant de choses se sont mises en travers de mon chemin ces derniers temps - un tout petit peu trop de choses - si bien que quand le garagiste, s'étant penché sur mon feu arrière gauche, m'a dit : je vais chercher l'ampoule de rechange et s'est dirigé vers le fond de son atelier, j'ai été certaine qu'il reviendrait en prononçant d'un air vaguement peiné : désolé, je n'en ai plus en stock. Je dois les commander à la centrale, car elles sont fabriquées en Allemagne. Mais en ce moment, à cause du Covid, leur production a été ralentie et ils ne sont pas en mesure de nous fournir ce que nous leur demandons dans les délais habituels. Il faudra compter quelques semaines. Je vous appelle dès que je les reçois. Au lieu de cela, il s'est présenté avec dans la main une minuscule ampoule Osram H4 XYZ, qu'il a vissée immédiatement, en me demandant un montant ridicule pour ce service. A ce stade, j'ai éprouvé tout au fond de moi quelque chose d'inattendu, que dis-je inattendu ? Quelque chose d'extraordinaire : le miracle des choses qui fonctionnent bien.


25 déc. 2020

Vivre : ouvrir les yeux

 
 
Polittico Lion (détail Madone) / Lorenzo Veneziano / Galleria Accademia / Venezia
 
 
On rêve. On attend. On craint. On espère. On s'exaspère. On vitupère aussi. Mais... dira-t-on jamais assez la beauté de la vie ? 


12 déc. 2020

Vivre : les choses rassurantes

 
Triptyque (détail Annonciation) / Carlo Bracesco /Le Louvre / Paris
 
Sur la table, il y a cinq pommes. Cinq belles, grosses et imparfaites pommes. Et la vue de ces fruits me rassasie. C'est lui qui les a achetées. J'aime l'idée qu'il y ait quelqu'un dans ma vie qui dépose des pommes, tavelées, puissantes, odorantes sur la table de ma maison. 
Sur la table, il y a quelques livres qui sont là depuis des années et sur lesquels je pourrai toujours compter. Ils sont usés, ravagés par les marquages, visités par les marque-pages, et gorgés de mots qui consolent et qui réparent. 
Sur la table, il y a des noix. Des livres neufs qu'on dirait cirés à l'encaustique. Des lettres qui attendent de partir. Des branches et des fleurs.
Et par-delà la table, il y a le lac et le Jura. Et les nuages, qui même s'ils passent, seront toujours là. Et, toutes ces choses, les pommes, le lac et le reste, forment un tableau sur lequel s'esquissent mes rêves, se tissent mes soupirs, se déroulent mes inlassables espoirs. 

28 nov. 2020

Vivre : petits égarements quotidiens

 
Vierge à l'enfant (détail) / Attr. à Jan Gossaert / MBAA / Besançon
 

Je cherche et cherche encore obstinément un petit objet plat (tellement banal qu'à force il deviendrait transparent) un objet ordinaire dont j'ai absolument besoin. Je farfouille dans la cave, là où j'étais pourtant sûre de l'avoir rangé, et je passe plusieurs tiroirs au peigne fin. Je peste, je persiste: impossible de mettre la main dessus. Je pourrais me rendre folle à insister. Je préfère abandonner.

Alors que je parcours les étagères de mon bureau à la recherche d'un bouquin, je réalise qu'il ne s'y trouve point. J'inspecte, je soulève, je remue, je passe en revue: rien. J'aurais pourtant bien juré qu'il y a moins d'un mois les Notes de chevet étaient encore en cet endroit. Mais voilà qu'au moment de laisser tomber, je me trouve nez à nez avec le petit objet plat que je devais de me résoudre à racheter. Me voici consolée.
 
Ainsi, comme dans la vie, je vais d'objet perdu en objet retrouvé et c'est toujours au moment où je m'y attends le moins que je retrouve ce dont j'avais besoin. Tôt ou tard - livres, bijoux, broutilles - tout finit par émerger. Je me demande parfois quel est le sens de ces pertes (qui n'en sont pas véritablement - ou si rarement). Sont-elles des leçons de séparation, de petits tests pour m'apprendre un jour à tout quitter ? Les objets jouent-ils à cache-cache avec moi ? Se rient-ils de mes petits tracas ?  Murmurent-ils à mon oreille "déleste-toi, déleste-toi"?

A présent, je le sais, le livre de Sei Shonagon, je vais finir par le dénicher : il me suffit d'attendre qu'une nouvelle chose soit égarée et me mettre alors à la rechercher.

R. se penche dans le couloir et me tend une petite vis dorée. A quoi sert-elle ? D'où vient-elle ? Qui l'a perdue ? Quel écrou son pas a-t-il quitté ? Nous n'en savons rien. Gardons-la. On verra bien. On saura peut-être demain.