Affichage des articles dont le libellé est Auster. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auster. Afficher tous les articles

10 févr. 2018

Lire : se dépêcher d'écrire



Paul Auster est en France actuellement pour la promotion de  son dernier roman. L’autre soir, après avoir évoqué L’Invention de la solitude, son premier livre en prose, celui dans lequel il effectue un chemin de mémoire, retrace la vie de son père, ses silences, ses replis, ses drames familiaux, Laure Adler lui demande :

Aujourd’hui, Paul Auster, vous êtes plus âgé que l’âge auquel votre père est mort et a été enterré, je me demande si vous auriez pu écrire ce roman très étrange, très captivant, très étourdissant si votre père était encore vivant ?

PA : Ah... je crois que mon père aurait … 105 ans maintenant, donc c’est peu probable. Non, je crois que cela ne m’empêcherait pas.Mon père est mort quand j’avais trente ans. Alors il n’a pas lu un seul mot de prose que j’ai écrit. Seulement des poèmes que j’écrivais dans la vingtaine. J’ai commencé à écrire des livres de prose après. […] Alors il n’a pas vu mes romans, mes autres livres. 
La chose étrange, c’est que j’ai commencé à écrire 4,3,2,1 à l’âge de 66 ans. C’est exactement son âge quand il est mort et, c’était étrange, de passer à travers ce rideau invisible et d’être plus âgé que ton père était dans son vivant. Et j’étais un peu hanté par ça au début, durant les premiers mois, comme si je n’avais pas le droit de vivre plus longtemps que lui. C’est tout à fait une sorte de mysticisme bizarre qui n’a rien de rationnel là-dedans. Alors j’ai commencé ce livre... et j’avais peur. Je pensais que le livre allait me prendre 6 ou 7 ans d’écriture, parce que vous savez, c’est très long.[note: le livre fait 1016 pages] Et, hanté par cette idée de la mort, la chose que je ne voulais pas, c’était que je meure avant de terminer le livre. Alors j’ai beaucoup travaillé, j’ai travaillé de manière un peu féroce. Je suis toujours féroce, mais là j’étais plus féroce que d’habitude. Et le livre a été terminé en trois ans. Avec peut-être quatre, cinq,  six mois de révision de petites choses après, mais essentiellement, le livre était fini au bout de trois ans. Une sorte de record. Et je suis heureux que j’ai vécu... de voir la fin du livre. 

L'invention de la solitude, éd. Poche, 1994
L'heure bleue / 02.02.2018 / France inter

30 janv. 2018

Lire : la quinzième, la seizième et la dix-septième raison




Face à la forêt, bouquin bien calé sur mes genoux, ai entamé ce pavé. L’histoire - ou plutôt : la multitude d'histoires ont vite fait de me happer. 
Dès le début, me suis vue entraînée, comme dans un de ces manèges forains où l’on se retrouve après quelques tours avec son siège à l’horizontale, le souffle coupé, sans savoir ni quand ni comment on va s’arrêter.
Ai beaucoup aimé la liste des dix-huit raisons pour lesquelles Rose, la jolie mère de Ferguson, s’est décidée à épouser son père, le prévenant Stanley :
Quinzièmement : Stanley pensait qu'elle était la plus belle femme de New-York. Elle savait bien que ce n'était pas vrai, mais était certaine que Stanley le pensait vraiment. Seizièmement : il n'y avait personne d'autre en vue. Même si Stanley ne pouvait pas être un nouveau David, il était largement supérieur à la bande de pleurnichards que Nancy lui avait envoyés dans les pattes. Stanley au moins était un adulte. Stanley au moins ne se plaignait jamais. Dix-septièmement : Stanley était juif tout comme elle, un membre loyal de la tribu, mais qui ne s'intéressait pas particulièrement à la pratique religieuse et ne jurait pas allégeance à Dieu, ce qui voudrait dire une vie débarrassée du rituel et de la superstition, avec simplement des cadeaux pour Hanoukkah, de la matza et les quatre questions une fois par an au printemps, la circoncision pour un garçon s'ils en avaient un mais pas de prières, pas de synagogue, pas besoin de faire semblant de croire à ce en quoi elle ne croyait pas, ce en quoi ils ne croyaient pas.