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5 mars 2023

Vivre : visions du réel

 
La maîtresse et la servante (détail) / Johannes Vermeer / The Frick Collection / New-York
 
Dans un tableau, ce sont parfois de tout petits détails de rien du tout,
des minusculeries, qui m'attendrissent et me laissent ébahie : ici,
les points de couture qu'une main zélée a sans doute un peu trop serrés,
histoire de bien fixer la bordure d'hermine, et qui font gondoler le velours.
Ces infimes choses portraiturées donnent à l'étoffe ourlée sa matérialité
les yeux trompés trompent le corps qui tend d'instinct le doigt pour effleurer.


4 mars 2023

Regarder : correspondances

 
La Lettre d'Amour / Johannes Vermeer / Rijksmuseum / Amsterdam

Vermeer est, dit-on, le peintre des intérieurs (une seule vue de sa ville natale et une seule ruelle au compteur). Le peintre du mystère et de la lumière. Le peintre qui donne à rêver, à imaginer des histoires. Mais ce tableau-ci, à cette époque-là, il fallait le faire : seul le tiers central de la toile contient le sujet de la scène (une femme aisée qui reçoit une lettre d'amour). Le maître de Delft fait décidément de nous des voyeurs. Cela dit, non seulement, il nous met dans l'embarras, mais il ne s'embarrasse pas avec des questions triviales et nous donne à voir le contenu d'un débarras, des torchons, un balai, des mules qui traînent, un panier de linge (sale?).
Nous voici devenus curieux, puisqu'on nous a permis de pénétrer dans l'intimité de la dame. Le peintre nous a invités à entrer dans son jeu et nous voici pris par l'envie de rechercher des indices, de composer le contenu de la lettre, d'imaginer l'expéditeur et tout ce qui se trame. La maîtresse a mis sa servante dans la confidence et se fiche éperdument de l'état de son logement. Peut-être que son époux est en voyage d'affaires, un marchand sans doute, prenant régulièrement la mer. La missive serait-elle de sa main ou alors... ? Madame ne semble plus faire grand cas de son cistre et de sa partition (on connaît la chanson). Que va-t-il donc se passer une fois le message lu? Se pourrait-il qu'un lien illicite se noue ?
Toutes les hypothèses étaient permises... Il y avait objectivement trop de visiteurs dans l'exposition. Trop de gens de tous âges et de toutes tailles dont on découvrait les épaules et les crânes chevelus ou dégarnis. Faute de pouvoir disposer de l'espace pour admirer et en attendant d'accéder au devant de la scène, je m'amusais à imaginer les interprétations des autres observateurs. Une mise en abîme, en quelque sorte. Regarder ceux qui regardent. Balayer du regard la salle. Échafauder ce qui pouvait se passer dans la tête du public fasciné : tout bien considéré, à des siècles d'écart, la téléréalité, Insta et FB n'ont rien inventé.


Vermeer / Rijksmuseum / 10.02.2023-04.06.2023

2 avr. 2017

Regarder : l'ombre, la chaîne et la lumière



« Mais Fabritius… il fait un calembour sur le genre, c’est une riposte magistrale à toute idée de trompe-l’œil… parce que dans d’autres endroits de l’œuvre – la tête ? l’aile ? – pas le moins du monde animal ni littéral, il déconstruit l’image de manière très délibérée pour nous montrer comment il l’a peinte. Barbouillages et taches de couleur très travaillés, à la main, surtout la ligne du cou, une peinture solide, très abstraite. C’est ça qui fait de lui un génie plus de notre époque que de la sienne. Il y a un double sens. On voit la patte du peintre, on voit la peinture pour la peinture, et aussi l’oiseau vivant."  
Donna Tartt / Le Chardonneret 

J'avais oublié quant à moi... 
la chaîne, l'imposante part d'ombre sur la surface... 
j'avais oublié que le petit oiseau était prisonnier. 
Observant cette situation cruelle,
j'en veux à Fabritius de nous laisser devant ce drame
 Impuissants. 
Le véritable génie aurait été de peindre...
une tenaille.



Contrariée, je pénètre dans la salle suivante,
 où très vite je sens un regard intense posé sur moi.
Levant les yeux, je l'aperçois. 
Quoi ? Elle ? Là ? Déjà ?
Sa présence est quasiment palpable,
je ne serais pas surprise de la voir s’animer d’un coup.
Partir d’un éclat de rire. M’adresser une politesse.
Sortir du cadre.
La lumière danse, voltige sur ses lèvres, sur sa peau douce, 
sur les soieries qui l’enveloppent.
Ce face à face est sidérant.
Johannes, tu es le plus grand !


La Jeune fille à la Perle / J Vermeer / Mauritshuis


27 mars 2017

Voyager : slow food



Image tirée du net

Je pars.
Demain j’ai rendez-vous avec de vraies stars, 
une jeune fille et un petit oiseau, 
dans un décor plutôt chic.
Suite à cela, je serai admise à la table de grands maîtres.

Après ces rencontres fastueuses, 
il s'agira de trouver un troquet à la hauteur
pour casser dignement  la croûte le soir venu.

25 juil. 2016

Voyager : retrouver Vermeer...



A partir d'un livre
acheté l'an dernier,
 oublié, 
puis repris, 
soudain éprouver l’irrésistible envie
 de revoir les Vermeer...