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24 mai 2026

Vivre : la sagesse en cinq lettres

 
Statues / entrée de l'arsenal / Venise

Assez. Étymologiquement : provient du latin "ad satis".  En suffisance ou à satiété.
Assez ! ça suffit ! Ordre intimé. Plus serait exagéré. On ne saurait davantage en tolérer. 
En avoir assez = Sentiment d'avoir atteint ses limites. Il est temps de stopper.
Assez (adverbe) =  atténue l'adjectif ou l'adverbe qu'il accompagne. Assez beau. Assez bien.
 Assez (adverbe) =  curieusement peut aussi renforcer. Un événement assez marquant.
Quelle que soit son acception, cet indicateur de quantité mériterait d'être mieux exploré.
Nous aiderait peut-être à mieux vivre. Avec nous-mêmes. En société. 

29 nov. 2025

Vivre : comparaisons et déraisons

 
Photo tirée du net
 
C'est devant l'alignement impressionnant d'emballages le long des rayons 
que j'ai compris pourquoi on nous proposait de gagner toujours plus de temps : 
pour pouvoir se choisir une confiture ou des cornichons.
 

22 oct. 2025

Vivre : do it yourself

 
chez l'apothicaire / détail fresque / château d'Issogne / Val d'Aoste 
 
Derrière la pharmacienne courraient des rangées et des rangées de boîtes colorées. On aurait dit le rayon sucreries d'un supermarché. En bonne place se succédaient des emballages de magnésium d'une marque ayant sauvagement dominé les espaces pub ces derniers temps à la tv. Quand elle m'a proposé le médicament que je voulais, elle m'a demandé : "saveur citron ou cerise ?" J'avais toujours connu ce traitement pour la gorge en version mentholée. Je suppose que le public est censé non seulement être sensible aux couleurs mais aussi aux saveurs tendance. Depuis pas mal de temps, ma pharmacie me fait l'effet d'une succursale de la grande distribution, ne manquent que les chariots à l'entrée et les affiches indiquant les actions.
J'ai hésité pendant quelques secondes. Je me suis demandé si, somme toute, mes meilleurs médicaments ne seraient pas le temps et le ralentissement. Me soustraire pendant 24 heures à certaines pressions, boire quelques tisanes, me gargariser de sel de mer et laisser les choses se faire, à leur rythme, loin des matraquages de toutes sortes. 
Entre citron et cerise, finalement, ce ne sera pas pour ma pomme. J'ai répondu : "tout compte fait, rien". Le fait maison au final me conviendra très bien.
 

13 sept. 2025

Vivre : quand l'habit fait la moniale

 


Pour la seconde fois cette saison, je suis entrée dans la même boutique du centre ville. Pour la seconde fois, j'en suis sortie sans rien acheter. La première fois, j'avais été frappée par l'attitude désinvolte de la vendeuse qui m'avait ignorée. La même vendeuse cette fois-ci m'a adressé un large sourire en me priant de prendre tout mon temps pour regarder. Quelle différence entre les deux expériences ? En juillet, j'étais partie en ville précipitamment, un large chemisier sur mon vieux jeans et mes baskets de balade en forêt. Hier, je portais une paire de jeans MAC, une tunique stylée, des tennis blancs et j'affichais une coupe que Marie à Arles avait particulièrement réussie. 
J'étais la même personne. J'avais les mêmes moyens financiers. J'expérimentais seulement la manière dont le monde vous donne le sentiment de votre importance selon vos apparentes possibilités de dépenser. Ça m'a fait sourire, même s'il n'y avait sans doute pas matière à rigoler : il suffit qu'un matin vous vous sentiez vaciller pour une raison ou une autre, et l'univers de la mode vous renvoie à vos manques supposés, vous appelant à consommer consommer consommer.
  

23 juil. 2025

Vivre : à la traîne

 
A Midnight Blue Silk / Soledad Sevilla / 2018 / Glyptotek / Copenhague / 2024
 
 



 

 
Pas de compte FB, ni X. Aucun achat sur Shein, Temu ou Amazon. Un manque déplorable d'applications. Pas de carte de crédit. Aucun paiement par Twint, Apple Pay, Google Pay. Pour les parcomètres, toujours sur moi un peu de monnaie. Je devrais me méfier : bientôt c'est dans une réserve qu'on va me parquer. 
 
 

29 mai 2025

Vivre : ce qui dé-range

 
 
A la caisse, la vendeuse me remercie avec un large sourire. Je viens juste de lui tendre la paire que je m'apprête à acheter et les deux autres pantalons, rangés sur leur cintre pour une remise en rayon. D'un geste, elle indique une cabine d'essayage où un tas de vêtements gisent à terre abandonnés. "Certaines pensent qu'on est là pour ça : remettre en ordre, ranger derrière elles, sans un merci et sans un au revoir". Pensive, je me demande comment, une fois rentrées chez elles, ces clientes se font traiter ...
 
 
 

27 févr. 2025

Lire : quantité vs qualité

 

 
Liu Ye / Books on Books / Biennale Venise / 2017

Il y en a qui disent "50". Il y en a qui se proposent "100". On en voit même qui veulent atteindre les "300". On se demande : Pourquoi parler de ses projets de lecture en chiffres ? Où est le plaisir ? Quel est l'objectif ? Depuis quand la lecture est-elle soumise à un rendement annuel ? Intégrera-t-elle bientôt le CAC 40 ? En bout de course, où donc s'en iront ces lectures ? qui vont-elles enrichir ? Et si un livre, un seul, pouvait suffire ? Et si un seul livre pouvait vous donner l'envie de le lire et le relire ? Devrions-nous être navrés parce que ce livre nous aurait retardés ? Petits hamsters nous voici condamnés à consommer consommer consommer même ce qui pourrait nous inviter à grandir ou à penser...
 

18 févr. 2025

Vivre : si la vie te donne du chocolat...

 
détail du Bon Gouvernement / Ambrogio Lorenzetti / Palazzo communale / Sienne

Les halles d'Avignon, détournées de leur vocation première, sont devenues des attractions à touristes désertées par une clientèle locale. Ainsi, en basse saison, leur offre est complètement dévitalisée. Peu de victuailles donnaient envie de les emporter. Sur notre route du retour se trouvait la petite ville de R. dont le marché se tient tous les vendredis. Aïe! Quelle désolation! Sous un mistral des plus teigneux, quelques pauvres stands avec des produits maraîchers pas vraiment reluisants en bordure d'une zone de parcage à moitié inondée. Nous avons fui ce lieu démoralisant. Que faire pour ne pas quitter le Gard dans ces conditions ? Ni une ni deux, nous avons mis le cap sur Nîmes, ses halles, ses petits artisans, ses excellents commerçants. Un détour sans conséquence, de jolies expériences. Les halles de Nîmes - espérons qu'elles vont le rester - sont un véritable bonheur pour les yeux et le palais. Les prix ont grimpé un peu comme partout ces dernières années, mais la qualité des produits, elle, est bien au rendez-vous. Une petite recherche sur leur histoire m'a conduite à cet article du Financial Times, datant de décembre dernier et qui les place parmi les 30 marchés les plus intéressants au monde. Un choix subjectif, évidemment, mais amplement mérité. Cette publicité supplémentaire en dehors des frontières se fera-t-elle pour le bonheur des gens du coin ? Difficile de le prédire, mais la sélection du F.T. m'a aussi rassurée : il n'y a dans leur liste aucun de mes marchés préférés. 
En attendant, par le plus grand des hasards, ce bref voyage a placé sur notre route quantité d'artisans chocolatiers. De quoi se damner. On n'en avait pas particulièrement besoin, mais, si la vie met sur ton chemin d'exquises douceurs, n'hésite pas, déguste, suis ton palais qui insiste, savoure ton bonheur.


16 févr. 2025

Voyager : habiter chez "Aby"

 
Atlante / Aix-en-Pce
 
Il devient de plus en plus difficile de voyager de manière équitable sans participer à des pratiques douteuses. Depuis un certain temps déjà, j'ai renoncé aux locations saisonnières de type Airbnb. Le principe initial (mettre en contact les visiteurs étrangers avec les habitants qui les accueillent dans un échange réciproque de bons procédés) s'est complètement dévoyé, à la faveur d'investissements immobiliers plus ou moins discutables, toujours plus virtuels, et à la défaveur des populations les plus modestes cherchant à se loger. Sans compter qu'à la fin de l'expérience l'exercice imposé de commentaires positifs est des plus horripilants. Je refuse de participer à cette forme d'exploitation qui exclut peu à peu les locaux des centres ville et me tourne vers des structures où une personne impliquée se trouve sur place, accueille et fournit les explications. 
L'autre jour pourtant, notre lieu idéal dans les environs d'Avignon étant fermé pour cause de travaux, j'ai cherché une alternative sur une plateforme connue (laquelle garantit le paiement et la publication de l'évaluation finale). La recherche de dernière minute était un peu ardue : le chien nous accompagnait et, entre les hôtels glauques et les 5* aux tarifs insensés, je me suis décidée pour un appartement calme, propre, central et acceptant les toutous. J'ai pensé dans un premier temps me trouver face au propriétaire pour la remise des clefs, voire le check out. J'étais disposée à m'ajuster à ses horaires pour le rencontrer. Mais rien de tout cela ne s'est passé. Toutes les indications ont été envoyées par messagerie interposée. Le logement étant hypersécurisé, une safe box nous attendait, avec un trousseau bien fourni, clefs, badge, télécommande et nous avons été inondés par la suite de messages "hypercordiaux" (dont beaucoup en anglais) de la part d'un certain "Aby" nous rappelant qu'il était toujours à notre disposition en cas de besoin par 06 interposé. Un peu impersonnel, pas vraiment accueillant, mais tout s'est bien déroulé.
Par pure curiosité, j'ai cherché combien ce type de logement coûtait s'il devait être loué à l'année : quelque chose comme 600 euros mensuels. Ainsi, en quatre nuits par mois environ, un gérant rentre dans ses frais et peut disposer de son logement en tout temps et en toute liberté. De plus, en période de festivités, il peut augmenter ses revenus sans être inquiété. J'ai pesté contre cette méthode Airbnb gagnant même les plateformes de réservations hôtelières les plus fiables. J'ai retenu la leçon et je pensais en rester là. Mais...quelle n'a pas été ma surprise au retour de recevoir un dernier message :
 
J’espère que vous êtes bien arrivés à destination. Encore une fois, un grand merci d’avoir séjourné chez moi, j’espère que l’appartement vous a plu !
J’ai fait de mon mieux pour vous offrir une belle expérience, même s’il est toujours possible d’avoir quelques petites imperfections, et je m’en excuse. Si vous avez apprécié votre séjour, votre soutien me serait très précieux
en me laissant une note globale de 10. Une note de 10 ne signifie pas que tout était parfait, mais qu’il correspondait bien à l’annonce et que vous avez passé un bon moment.
Si toutefois vous ne souhaitez pas attribuer cette note, je vous serais reconnaissant de ne pas en laisser, car
une note inférieure à 10 peut impacter négativement la visibilité de mon annonce sur la plateforme. N’hésitez pas également à me faire part de vos remarques en privé, cela m’aidera à m’améliorer pour mes futurs voyageurs.
 
 
Dans la concurrence entre locations, certains n'hésitent pas à fausser les évaluations pour s'attirer des clients. Pitoyable, mais courant. Qui se cache derrière l'identité "Aby" ? Un propriétaire bien réel ? Une agence immobilière ? Un intermédiaire peu scrupuleux ? J'ai relu l'annonce que "Aby" fait paraître sur deux plateformes. Impossible de le savoir.  Une seule chose est sûre : le logement sera évalué et publié selon nos critères et ... il n'est pas prêt de nous revoir. 

14 févr. 2025

Vivre : love love love

 
L'étude des artistes allemands à Rome / Wilhelm von Kaulbach / Neue Pinacotek / Münich
 
Partout, des fleurs, des nounours, des cœurs,  
des offres, des rubans, du rouge, des affaires,
les feux de l'amour, un seul jour dans l'année,
se muent pour certains en un véritable brasier
 

18 déc. 2024

Vivre : les besoins des gens

 
Scènes de la vie de Saint-Matthieu / prédelle / Orcagna / Galleria degli Uffizi / Firenze
 
En pénétrant dans ce débit de tabac pour se procurer quatre tickets d'autobus, on est frappée par le nombre de gens dans une si petite boutique : un couple assis dans un coin à une table ronde, trois clients debout, deux autres occupés avec la buraliste. Et toutes ces personnes comme aimantées par une télévision fixée à l'une de parois. On se demande quel match peut se dérouler en semaine à cette heure de la journée. Du football ? Une coupe de tennis qu'on aurait négligée ? Pas un couronnement, tout de même ? Ni l'enterrement d'une tête couronnée ? En attendant que les tickets soient imprimés, on lève la tête et l'on aperçoit le tirage silencieux d'une loterie. Difficile de décrire les visages scotchés au poste, porteurs d'espoir crispé et d'attente fébrile. Difficile d'imaginer combien de frustrations et de défaites tiennent au fil des numéros qui l'un après l'autre s'affichent en rouge à l'écran. 
Dans un même mouvement, et très très légèrement, les têtes s'abaissent, les épaules s'affaissent, comme une reddition, et sept silhouettes s'en vont l'une après l'autre retrouver la grisaille des jours ordinaires que le soleil criard ne sait défaire.
 
***
 
A la caisse de la librairie Feltrinelli, au cœur de la ville sertie de mille illuminations, le vendeur s'est mis à nous parler. Il nous a expliqué que son fils footballeur avait failli être engagé par un club de Lugano, lequel lui avait proposé 200'000 francs suisses par année, mais que le jeune a refusé le contrat parce qu'il exigeait aussi un appartement et une voiture de fonction et qu'on les lui avait refusés.
En sortant, R. m'a demandé : tu crois qu'il se moquait de nous ? J'ai hésité. Peut-être. Peut-être pas. Mais à vrai dire, je m'en fichais un peu, du type et de ce qu'il nous avait raconté. Les histoires de football ne sont pas ma tasse de thé. J'étais entrée pour un livre et je l'avais trouvé. En revanche, cette librairie est située au centre des rues marchandes les plus chics. C'est un lieu habituellement clinquant, mais encore plus clinquant à l'approche de Noël, quand, entre les berlines avec chauffeur et les enseignes de luxe, entre les chiffres annoncés et les cartes dégainées, on aurait aisément le sentiment d'être secoués comme dans une boule de neige et dans ces conditions il y avait probablement de quoi perdre tout sens de la mesure, perdre la tête, perdre ses facultés et perdre enfin toute notion des réalités.


3 déc. 2024

Vivre : craquer

 
Femme de Majorque / Pablo Picasso / Musée Pouchkine / Moscou


Parfois la chose la plus raisonnable à admettre 
c'est la nécessité impérative de faire une folie

1 déc. 2024

Vivre : étourderie

 

 
Argh! Enfer et damnation! Qu'est-ce qui m'a pris hier matin alors que la journée avait si bien commencé - une trouée d'azur entre deux pans de nuages candides, la traversée du Berner Sternenmarkt en train de s'animer parmi les étoiles et les sapins endimanchés - qu'est-ce qui m'a pris de vouloir faire plaisir à R. et de m'inquiéter pour ses extrémités glacées en allant lui procurer une paire de semelles en authentique mouton et tant qu'à faire des chaussons en feutre de laine super réconfortants ? Pourquoi, mais pourquoi, alors que les appels de phares "attention Black Friday, Black Week" retentissaient depuis des jours et des jours dans ma messagerie, sur les affiches et au milieu de tous les sites, pourquoi m'être aventurée dans le centre du centre de la cité ? Pourquoi ai-je fini par me retrouver au milieu d'une foule pressée et compressée, avide de consommer ?
Pourquoi ? Peut-être parce que ce Black Machin, je me suis toujours arrangée pour l'ignorer. Un détail sans importance, un pétard mouillé au firmament de la publicité. L'essentiel: hier pour finir, on s'en est sortis et le chien aussi. Comme on était indemnes, on s'est redirigés vers le marché de Noël paisiblement fréquenté (et pour cause...) et là, devant les vendeurs grecs de pitas, senteurs de halloumi et de poulet grillé, R. enfin remis sur pied(s) a cessé de frissonner et nous a invités.

22 nov. 2024

Vivre : contester en beauté

 

Sentie et pressentie l'autre jour dans les yeux d'un homme chancelant parmi les badauds pressés, elle est enfin arrivée, par flocons et par rafales, s'est installée, au grand dam du chien qui peine à renifler, dont le sel agresse les coussinets. Mais redoutée ou espérée, joyeuse ou teigneuse, elle ramène des souvenirs d'enfance par brassées. Poussant à d'autres rythmes, elle parait venir militer pour le colourful Friday. Du bleu, canard, électrique ou acier. Du blanc, du beige, du gris pour compléter. Mais refus total d'une noirceur assommante pressant à consommer.



22 août 2024

Vivre : non!

 
Miss.Tic Présidente
 
Cette illusion de pouvoir tout connaître, tout voir, tout lire, tout englober. Cette illusion portée par des tonnes d'invitations, de sollicitations, de publicités (par des biais de plus en plus alambiqués). Cette folle épopée qu'on voudrait nous voir emprunter. Ce délirant mensonge qui conduirait à toujours se développer. Il n'y a qu'un seul mot à lui opposer : non.

28 mai 2024

Vivre : l'espace interstellaire

 Voûte de la chapelle des Scrovegni / Giotto et atelier / Padoue

 
En tant que consommateurs, nous sommes de plus en plus sollicités à disperser des étoiles. Difficile d'y échapper. La moindre commande en ligne, le moindre appel à un prestataire peut donner lieu à une sollicitation : votre avis compte pour nous ! Une sacrée forme de pouvoir accordée au client, quand on y pense. Quel miel pour son ego : s'il peut exprimer des louanges ou alors carrément tacler toute personne qui n'aura pas répondu à toutes ses attentes, serait-il quelqu'un d'important ? Hmm... perturbant....
 
Le fait d'organiser un départ, de recourir à divers services ou prestations hôtelières augmente les demandes. Jusqu'ici j'avais toujours appréhendé le système de manière rationnelle : ne noter que ce qui en vaut la peine et attribuer cinq étoiles aux prestations, aux personnes, aux produits appréciés (sans hésiter à complimenter, car les compliments sont bons à recevoir et aussi à exprimer, l'énergie positive doit circuler). Donner une note moyenne, quand quelque chose d'important a failli (commencer par exprimer le positif de l'expérience, puis énoncer le ou les points à améliorer, en citant des faits et jamais des émotions). Ignorer quand une expérience a été décevante (par chance je ne tombe jamais sur des prestations mauvaises).
 
Petite règle personnelle : ne jamais écrire un avis sur demande. Je n'apprécie pas qu'un commerçant particulièrement souriant me lance un appel à donner une note positive quand je quitte son établissement. De grâce, évitons le racolage. 

Avec les années, je suis devenue de plus en plus restrictive. Je note le moins possible et seulement ce que j'estime excellent ou marquant. D'une part, le fait de donner son avis exige du temps, un temps qui m'appartient et que je n'ai pas envie d'utiliser n'importe comment. D'autre part, ces avis sont nettement plus coercitifs qu'il n'y paraît : utilisés pour contrôler les employés des boîtes concernées, ils sont un outil supplémentaire de pression sur leur travail ou pour diverses manipulations. Hmm... préoccupant...
 
Autre point : les notations censées porter sur une échelle entre 1 et 10 tendraient logiquement à dire qu'une note moyenne oscillerait entre 5 et 6. Eh non! attention ! C'est ce que m'a expliqué un efficace conseiller l'autre jour. Il s'agit de décoder : 8 signifie "mauvais"; 9 "médiocre" et 10 "bon". Intéressant de savoir dans quoi on s'engage quand on pense attribuer un jugement sincère. Les gérants le savent bien : il leur faut toujours se situer entre 9 et 10 pour que leur établissement soit jugé à la hauteur. Un hôtel noté à 8 est estimé de piètre qualité. Hmm... carrément stupéfiant!
 
Enfin, pour terminer, n'oublions pas que les arroseurs sont souvent arrosés : en tant que clients, pas d'illusions à se faire, nous aussi sommes évalués. Une seule solution, en voyage ou dans la vie quotidienne : être respectueux, prêter attention à tout ce qui constitue une information, développer une bonne communication et... oser. Oser les expériences, oser les différences, oser les mésententes, oser la reconnaissance, oser le fait que rien n'est parfait et que c'est parfaitement bien ainsi, puisque l'imperfection, c'est la vie! 
 

26 mars 2024

Vivre : le monde en grand

 
Il farmacista / Pietro Longhi / Accademia / Venezia
 
On avait besoin de collyre pour P qui à force de taupiner et de muloter n'en finit pas d'emplir ses mirettes de bactéries. On est donc entrés dans ce qu'on croyait être une pharmacie, une banale pharmacie urbaine. Ce qui frappait d'emblée c'était les paniers qui attendaient, des paniers et d'énormes allées comme au supermarché. Pour un peu on se serait attendus à voir des gens circuler avec des chariots et des listes à cocher. Il y avait de tout, en très grande quantité et à des prix cassés. On s'est un peu paumés. Entre la cosmétique et les soins capillaires, les articles pour bébés et pour animaux (juste à côté), les produits d'entretien dentaire et les aides miracle à la minceur, la phytothérapie et l'homéopathie, on a finalement déniché, tout au fond, en suivant la file qui décrivait un S, les comptoirs où officiaient divers professionnels en blouse immaculée. Là, on a attendu un bout de temps. Ce n'est pas qu'il y ait eu énormément de gens, mais apparemment leurs ordonnances contenaient d'impressionnantes quantités de médicaments. Le mec devant moi, qui devait avoir dans les 35 ans, souffrait apparemment d'un rhume carabiné. Il a tendu la liste remise par son médecin traitant : un traitement pour fluidifier, un autre pour dormir, un autre pour se réveiller, un quatrième pour faire des rinçages d'eau salée, un cinquième pour sa gorge qui risquait de le démanger, un sixième pour le cas où, et un septième pour si jamais. Il est reparti avec un sac rempli, on aurait dit qu'il venait de faire ses courses de la semaine. Nous, on s'est sentis complètement dilettantes, des amateurs débarquant de la lune, de vrais touristes au pays des médocs. On était empruntés, alors on a décidé de procéder étape par étape, en laissant faire la nature, et on est reparti tout légers avec du sérum physiologique en dosettes  à 3 euros 19 l'emballage de 12. Aux dernières nouvelles, la solution est efficace. P dort bien, mulote plus que jamais et ses yeux ont arrêté de couler.

5 nov. 2023

Vivre : la course en avant

 
Donna alla finestra / Michelangelo Pittatore / Pinacoteca Mazzetti / Asti
 
 
Qu'est-ce que j'accepte de perdre en voulant tant et tant gagner ? 

29 oct. 2023

Vivre : le glucose qu'on nous propose

 
Just before now / Olafur Idriasson / Palazzo Strozzi / Florence / 2022
 
Placardés dans les rues, affichés au bord des nationales, proposés par mailings à la chaîne, des cadeaux, des propositions, des réductions. Est-il possible que nous ayons vraiment à ce point besoin de compensations ? De quoi manquons-nous si cruellement pour qu'un rabais offert soit censé nous attirer comme un aimant ? Sommes-nous vraiment si affamés qu'un supplément de n'importe quelle sorte nous paraisse alléchant ? D'où viennent donc tant de relances, tant de fringales pour des choses et des choses et des choses affreusement inutiles, terriblement banales ?

30 sept. 2022

Vivre : l'exposition d'une question

 

Exposition 2014 / MAK / Vienne

 

Idéalement, on voudrait répondre "non". Mais est-ce si simple ? Ce n'est pas parce que soixante ans d'appels exponentiels à la consommation nous ont promis le bonheur que celui-ci n'a aucun lien avec notre pouvoir d'achat.
Si seulement nous pouvions être heureux d'acheter selon nos besoins réels, réellement identifiés. Et ne pas nous laisser emporter par les diktats, les tendances, les statuts promis et les statuts exposés. "New"! "Nouveauté"! "Dernier modèle"! quelles argumentations!
Si seulement nous pouvions être sûrs de ne pas être ce que nous avons, mais d'avoir ce à quoi nous aspirons. Alors, oui, on pourrait consommer avec bonheur ce qui réjouit notre cœur.