Photographies sur le site des Usines Fagor / Biennale Lyon 2019
Grisailles et fureurs, hurlements et moteurs. Lacérée par des routes implacables, saturée de contrastes et manquant cruellement de grâce, la métropole semble malade de décembre. Des signes indécents de richesse côtoient la misère lasse de ceux qui font tache. Des urbains chics croisent les chiens rageurs des débarqués de la croissance. Les sièges classieux des multinationales s'exhibent pile en face des autos dortoir et des caravanes crasses. Les vigiles harnachés assument des allures de chiens policiers. Perturbations atmosphériques, trafics incessants, instabilités électriques. Sous l'A7, l'attente misérable de deux filles en latex, glacées de froid, peut-être d'effroi. Sur les trottoirs, des rendez-vous de covoiturage, des prénoms pour un moment de partage, des sacs Tati transvasés, des canettes abandonnées. Un homme pisse contre une porte blindée. Une péniche garde les marques de festivités branchées.
Le Rhône rattrape l'autoroute, il se dépêche. La Saone le rejoint en charriant ses eaux beigeasses. Indifférent à tout ce tintamarre, le musée s'élève, clinquant, domine cette confluence, lieu de toutes les divergences. C'est dimanche, c'est jour de croisements et de terne effervescence. Les voitures déchirent incessamment l'espace où la culture tient à
prendre sa place. Imaginer Picasso à la Sucrière, quitter sa zone de
confort pour atteindre les friches des Usines Fagor. Ne pas se prendre à rêver à un monde meilleur, plus tendre envers tous ses habitants. Ne pas s'attarder, avancer vers la biennale, aller voir comment les artistes conviés reflèteront toute cette pagaille.