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31 déc. 2019

Voyager : affluences et divergences



Photographies sur le site des Usines Fagor / Biennale Lyon 2019

Grisailles et fureurs, hurlements et moteurs. Lacérée par des routes implacables, saturée de contrastes et manquant cruellement de grâce, la métropole semble malade de décembre. Des signes indécents de richesse côtoient la misère lasse de ceux qui font tache. Des urbains chics croisent les chiens rageurs des débarqués de la croissance. Les sièges classieux des multinationales s'exhibent pile en face des autos dortoir et des caravanes crasses. Les vigiles harnachés assument des allures de chiens policiers. Perturbations atmosphériques, trafics incessants, instabilités électriques. Sous l'A7, l'attente misérable de deux filles en latex, glacées de froid, peut-être d'effroi. Sur les trottoirs, des rendez-vous de covoiturage, des prénoms pour un moment de partage, des sacs Tati transvasés, des canettes abandonnées. Un homme pisse contre une porte blindée. Une péniche garde les marques de festivités branchées.
Le Rhône rattrape l'autoroute, il se dépêche. La Saone le rejoint en charriant ses eaux beigeasses. Indifférent à tout ce tintamarre, le musée s'élève, clinquant, domine cette confluence, lieu de toutes les divergences. C'est dimanche, c'est jour de croisements et de terne effervescence. Les voitures déchirent incessamment l'espace où la culture tient à prendre sa place. Imaginer Picasso à la Sucrière, quitter sa zone de confort pour atteindre les friches des Usines Fagor. Ne pas se prendre à rêver à un monde meilleur, plus tendre envers tous ses habitants. Ne pas s'attarder, avancer vers la biennale, aller voir comment les artistes conviés reflèteront toute cette pagaille.


25 déc. 2017

Regarder : la blancheur du monde


Forever immigrant / Marco Godinho / Biennale Lyon 2017





Synclastic/Anticlastic  / Hector Zamora  et Forever immigrant / Marco Godinho / Biennale Lyon 2017


A la Sucrière, dès les premiers pas, il semblait basculer dans un monde de blancheur, d’imaginaire (bien que tout renvoyât à des réalités bien concrètes : l’interconnexion, la communication, les migrations, l’avenir de notre planète). Cependant tout portait à prendre connaissance et conscience en baignant dans une mer de bien-être et de bienveillance. Tout circulait, rien ne bousculait. Ce n’étaient qu’invitations au voyage, aux perceptions, aux émerveillements.
A la sortie, nous attendaient un ciel crasseux, des flaques, des averses, les démarches décidées de mecs en costards noirs, les silhouettes tendances happées par des affaires à faire, les formules à 6,99 euros (soda et viennoiserie compris), l'alignement implacable d'habitats donnant sur des centres d'achats. Des pôles, des zones, des cités.

Qu’importe : nous avions intégré la blancheur et nous l’avions gardée précieusement quelque part au fond de nous. Nous savions que nous pourrions retrouver la mémoire de ce monde immaculé, lent, un monde qui invitait à rêver, à explorer, à méditer, à penser global, à penser écologie, les yeux grands ouverts sur l'univers, ses ombres, ses reflets, ses murmures et ses fascinantes manifestations. 

24 déc. 2017

Lire : en diagonale



Yuko Mohri / Pleated Image / MAC / Biennale 2017

Autour du prunier, les oiseaux s’intéressent aux graines.
Les chats s’intéressent aux oiseaux.

Derrière la vitre, mon regard papillonne du livre au prunier,
voltige des signes aux graines, 
s'intéresse aux chats et aux oiseaux,
puis revient du prunier au papier.