« Et tous les espaces de nos solitudes passées, les espaces où nous avons souffert de la solitude, désiré la solitude, joui de la solitude, compromis la solitude sont en nous ineffaçables. Et très précisément, l’être ne veut pas les effacer. Il sait d’instinct que ces espaces de sa solitude sont constitutifs. Même lorsque ces espaces sont à jamais rayés du présent, étrangers désormais à toutes les promesses d’avenir, même lorsqu’on n’a plus de grenier, même lorsqu’on a perdu la mansarde, il restera toujours qu’on a aimé un grenier, qu’on a vécu dans une mansarde. » Gaston Bachelard, La poétique de l'espace, éd. PUF, p.28
Comment ne pas adhérer pleinement à ces mots de Bachelard ? Comment ne pas vouloir entrer encore et encore dans sa poétique si douce et si proche de l'enfant que nous étions ?
Les maisons essentielles de notre vie - combien peut-il donc y en avoir ? une ? deux ? une petite poignée ? - se retrouvent toutes nichées au fond de nous, dans un lieu imaginaire et sûr où rien ne saurait les détruire ni les effacer.
Quel meilleur moyen, vraiment, pour retracer le parcours de sa vie que de revisiter par la mémoire les maisons passées ?
Quel meilleur moyen pour savoir si notre vie nous convient que de comparer notre maison actuelle à celles qui nous ont été essentielles ?
Et ce plaisir de trouver sur le chemin de nos balades une cabane, qui éveille au fond de soi le souvenir de toutes les cabanes inventées...
