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13 juil. 2021

Lire : de l'importance d'un arbre

 

 
Dans "L'Orme du Caucase", publié en 1993 au Japon, Jiro Tanigushi a adapté huit brefs récits de l'écrivain Ryuichiro Utsumi.
Ce sont de fines esquisses, des tableaux attachants, au sujet de liens brisés, on se sent remué en les parcourant. Il est question de ruptures muettes et cruelles, de familles séparées, de mésententes qu'on peinerait à première vue à s'expliquer. Il est question de souffrance intime et de larmes anciennes. Il est heureusement aussi question de cicatrisation et de reconnexion.
Les parents ont tendance à réprimander leurs enfants de manière déraisonnable. Ou à les abandonner pour des raisons difficiles à expliquer. Les enfants peuvent aussi se montrer cruels avec leurs parents, demander par exemple à un vieille veuve de vendre sa maison pour pouvoir en construire une neuve, dans laquelle on lui laisserait un tout petit espace à disposition. Ou évincer un père en le poussant à la retraite élégamment.
Ces histoires regorgent de cœurs lourds, de blessures jamais cicatrisées. Il n'y a jamais trop de mots, mais des regards qui en disent long. Heureusement, il y a aussi le travail patient du temps, le temps qui permet de comprendre et d'ouvrir des portes trop longtemps laissées fermées.
On l'aura compris : L'Orme du Caucase est un manga apte à vous embuer les yeux pour peu que l'on ait l'âme un brin sensible le jour où on le relit.
Le récit qui donne son titre au recueil a pour protagoniste un arbre, un arbre très vieux, dont tout le monde s'accorde à dire qu'il n'apporte que des embarras : ses feuilles, par exemple, à l'automne, sont une calamité contre laquelle les voisins ne cessent de se plaindre. L'arbre est devenu l'ennemi numéro un du quartier. Il n'est question que de l'abattre. Et pourtant, pourtant... quelque chose murmure à son nouveau propriétaire que l'arbre recèle des qualités précieuses. Le précédant occupant des lieux  lui confie : "L'orme habitait ici bien avant moi. Puis, je me suis installé et ce n'est que bien plus tard que des maisons ont commencé à se construire à l'entour. Aujourd'hui, on va l'abattre parce qu'il perd ses feuilles. Mais le vrai problème, c'est l'égoïsme de ceux qui sont arrivés après lui."


L'arbre, un personnage imposant, métaphore de tout ce qui devient trop vieux et encombrant dans notre société, tout ce dont on ne veut plus, tout ce qui ne convient plus, la pesanteur du passé, l'esquive des obligations, tout ce qui fait oublier la beauté d'un orme en bourgeons quand arrive le printemps.

Casterman, Paris, nouvelle édition : 2019