Face à tous les rétrécissements et à tous les grésillements que nous impose le quotidien, les départs sont indispensables. A quelques heures de route, il est possible de partir très loin. Là-bas nous attendent nombre de rencontres, des histoires invraisemblables. Nous allons arpenter les pavés et ouvrir les yeux, les laver, être prêts à être étonnés, séduits, éclairés par toutes les facettes de l'humanité. Avant d'y être, pas question de subir des avis imposés ou des parcours balisés. Le contact direct sera notre priorité.
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5 sept. 2026
Vivre : déménagements
Santa Chiara / Girolamo Mazzola Bedoli / Museo Capodimonte / Napoli
La femme est partie avec armes et bagages. En s'en allant, elle emportait tout ce qui la constituait.
Là où elle arriverait, elle déballerait sa vie, ses biens matériels et toutes ses affaires non élucidées.
Vivre : faire ce qu'on peut avec ce qu'on a
rien à voir : une plage des Pouilles
Aujourd'hui : temps maussade, gros mouvements de nuages et migraine latente,
toutes les conditions requises pour une journée pas vraiment fabuleuse. J'ai plongé
sous une pluie fine tandis que les baigneurs se raréfiaient. Un surveillant est passé.
Il m'a lancé : Vous avez une très jolie façon de nager. Ouf! ma journée était sauvée.
4 sept. 2026
2 sept. 2026
Vivre : de lieu en lieu gaiment se transporter
Sculptures romaines /Musée d'Archéologie / Split
avec l'âge, avec prudence, les virages...
et toujours
avec l'enfance en compagnonnage...
Toute fleur fane et l’âge abat toute jeunesse :
La vie, à chaque étape, également fleurit,
Toute vertu fleurit, toute sagesse aussi,
À leur heure ‒ et ne faut qu’elles n’aient point de cesse.
Le cœur doit être prêt, dès que la vie l’appelle,
À faire ses adieux, à tout recommencer,
Afin qu’avec bravoure et sans rien regretter,
Il se donne à quelque autre accointance nouvelle :
Il est un sortilège en tout commencement,
Et qui nous aide à vivre en nous prémunissant.
Il faut de lieu en lieu gaiment nous transporter,
Ne dépendre d’aucun comme d’une patrie,
L’univers ne veut pas être geôle étrécie,
Mais nous grandir à chaque étape, et exalter.
Dès que nous nous sentons dans notre intimité
Et chez nous quelque part, l’atonie s’envisage ;
Seul celui qui est prêt au départ, au voyage,
Échappe à l’habitude et n’en est hébété.
Peut-être serons-nous, à l’heure de la mort,
Vers quelques nouveaux lieux envoyés, galopins !
La vie et son appel n’auront jamais de fin.
Allons, mon cœur, allons, prends congé, du ressort !
La vie, à chaque étape, également fleurit,
Toute vertu fleurit, toute sagesse aussi,
À leur heure ‒ et ne faut qu’elles n’aient point de cesse.
Le cœur doit être prêt, dès que la vie l’appelle,
À faire ses adieux, à tout recommencer,
Afin qu’avec bravoure et sans rien regretter,
Il se donne à quelque autre accointance nouvelle :
Il est un sortilège en tout commencement,
Et qui nous aide à vivre en nous prémunissant.
Il faut de lieu en lieu gaiment nous transporter,
Ne dépendre d’aucun comme d’une patrie,
L’univers ne veut pas être geôle étrécie,
Mais nous grandir à chaque étape, et exalter.
Dès que nous nous sentons dans notre intimité
Et chez nous quelque part, l’atonie s’envisage ;
Seul celui qui est prêt au départ, au voyage,
Échappe à l’habitude et n’en est hébété.
Peut-être serons-nous, à l’heure de la mort,
Vers quelques nouveaux lieux envoyés, galopins !
La vie et son appel n’auront jamais de fin.
Allons, mon cœur, allons, prends congé, du ressort !
Stufen / Hermann Hesse / 1941
Trad. Lionel-Edouard Martin
***
Wie jede Blüte welkt und jede Jugend
Dem Alter weicht, blüht jede Lebensstufe,
Blüht jede Weisheit auch und jede Tugend
Zu ihrer Zeit und darf nicht ewig dauern.
Es muß das Herz bei jedem Lebensrufe
Bereit zum Abschied sein und Neubeginne,
Um sich in Tapferkeit und ohne Trauern
In andre, neue Bindungen zu geben.
Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne,
Der uns beschützt und der uns hilft, zu leben.
Wir sollen heiter Raum um Raum durchschreiten,
An keinem wie an einer Heimat hängen,
Der Weltgeist will nicht fesseln uns und engen,
Er will uns Stuf´ um Stufe heben, weiten.
Kaum sind wir heimisch einem Lebenskreise
Und traulich eingewohnt, so droht Erschlaffen;
Nur wer bereit zu Aufbruch ist und Reise,
Mag lähmender Gewöhnung sich entraffen.
Es wird vielleicht auch noch die Todesstunde
Uns neuen Räumen jung entgegen senden,
Des Lebens Ruf an uns wird niemals enden,
Wohlan denn, Herz, nimm Abschied und gesunde!
Dem Alter weicht, blüht jede Lebensstufe,
Blüht jede Weisheit auch und jede Tugend
Zu ihrer Zeit und darf nicht ewig dauern.
Es muß das Herz bei jedem Lebensrufe
Bereit zum Abschied sein und Neubeginne,
Um sich in Tapferkeit und ohne Trauern
In andre, neue Bindungen zu geben.
Und jedem Anfang wohnt ein Zauber inne,
Der uns beschützt und der uns hilft, zu leben.
Wir sollen heiter Raum um Raum durchschreiten,
An keinem wie an einer Heimat hängen,
Der Weltgeist will nicht fesseln uns und engen,
Er will uns Stuf´ um Stufe heben, weiten.
Kaum sind wir heimisch einem Lebenskreise
Und traulich eingewohnt, so droht Erschlaffen;
Nur wer bereit zu Aufbruch ist und Reise,
Mag lähmender Gewöhnung sich entraffen.
Es wird vielleicht auch noch die Todesstunde
Uns neuen Räumen jung entgegen senden,
Des Lebens Ruf an uns wird niemals enden,
Wohlan denn, Herz, nimm Abschied und gesunde!
© Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1953, 1961
Aus: Die Gedichte. Frankfurt am Main: Suhrkamp Verlag, 2001
Aus: Die Gedichte. Frankfurt am Main: Suhrkamp Verlag, 2001
31 août 2026
Vivre : Still life / 203
Ce matin, le chien souffrant m'a tirée du lit à potron-minet. Je me suis habillée vite fait pour me rendre compte, une fois dans la forêt, que j'avais enfilé mon chemisier à l'envers. En fait, il a été si bien cousu à l'anglaise que le travail ne se voyait pas. Toutes les coutures étaient enfermées dans un repli très propre. Je suis partie ensuite à la piscine dans cette version en remerciant mentalement l'ouvrière qui avait accompli - mais où donc ? - un si beau travail.
Devant les grilles qui s'ouvraient, j'ai eu une petite pensée pour mon habillement estival : les neuf dixièmes du temps c'est peu dire que je m'habille de manière décontractée. Tout est usé et ne doit répondre qu'à un critère : la praticité. Vieilles sandales en cuir, larges pantalons en jeans ou en viscose, hauts s'enfilant aisément sur une peau mouillée. Même si l'ensemble peut refléter une certaine élégance, tout doit être en mesure d'être perdu ou volé sans générer de tracas. J'ai regardé mes co-nageurs qui arrivaient.
Tout le monde avait adopté le même dress code : le seul but étant d'ôter ses vêtements et de les remettre en un temps éclair, ils semblaient tous être sortis d'un vestiaire Emmaüs. Les plus désinvoltes, habitants du quartier, arrivaient même en maillot, sans linge, pieds nus comptant sur quelques rayons de soleil pour se sécher. Les plus prudents avaient emporté un couvre-chef ou un porte-clef contenant de quoi se payer un café. La plupart affichaient des teintes passées, des cuirs tannés, des paréos effilochés.
J'adore cet endroit où les différences de classe s'effacent. Les marqueurs bien sûr existent, mais ils se révèlent ailleurs : à un maintien, une allure, un port de tête. Les corps parlent et même si les silhouettes des nageurs sont toutes musclées, il y en a qui savent raconter certaines épreuves, certains gestes, certaines tâches accomplies au fil des années. On n'est pas mince de la même manière quand on a passé sa vie à donner des ordres ou à les exécuter.
Sur ces considérations, je me suis hâtée vers les bassins. J'ai ôté prestement mon haut devenu réversible et j'ai plongé avec délice.
30 août 2026
Vivre : évasions
Le pêcheurs de Capri / Edmond de Pury / MAHN / Neuchâtel
Ah! Luxe incomparable des journées sans programme - aucun programme - en totale liberté. Ce qui est fascinant, en
les vivant, c'est de constater leur entière autonomie : elles n'ont besoin d'aucune impulsion extérieure pour se dérouler. Les balades se font, les micro conversations
dues à des micro rencontres surviennent, qui conduiront parfois à méditer. Les courses en magasin s'effectuent, qui porteront à choisir un fruit encore jamais goûté, une recette pour le déjeuner à laquelle on ne s'était encore jamais essayée. Le chien que les multiples orages ont terrorisé ne nous lâche pas
d'un coussinet tant il est apeuré et demande à être consolé. L'émission qu'on écoute - intensément, passionnément - nous conduit, par la succession des diffusions, à redécouvrir un artiste négligé depuis
quelques années, et ainsi de suite.
Ces journées sans programme se révèlent d'une totale banalité, et c'est précisément leur banalité qui en fait tout le charme. Personne pour nous dire quoi faire, quoi penser, quoi posséder. Personne pour nous tendre le miroir du "pas assez" et personne à qui les raconter. Juste une envie de bonheur tranquille à satiété. Suffisamment de temps, suffisamment d'argent, suffisamment de lucidité pour savoir gré et, dans la gratitude, ressentir avec la nature un bonheur partagé. Ah! Ce goût d'enfance retrouvée...
29 août 2026
Vivre : ô temps pour moi
Soir antique / 1908 / Alphonse Osbert / MCBA / Lausanne
les temps morts : en réalité des temps tout ce qu'il y a de plus vivants, puisque
c'est dans les temps dits morts que les idées émergent, que les projets se font jour.
28 août 2026
Vivre : à contre-courant
Fin août : tandis que certains reprennent le collier, moi je ne songe qu'à m'en défaire.
L'automne est un appel à dénouer, un fermoir à ouvrir, un horizon à conquérir.
27 août 2026
Vivre : perds ce que tu as retrouvé
Transition à la fois chagrine et suave que celle menant à l'automne, secouée de sanglots et apportant son lot de douceurs. Étrange passage que celui d'une fin d'été, tunnel secoué de deuils : comment accepter de perdre tant de moments aimés ? comment ne pas se reprocher de n'avoir pas su assez en profiter? Feuille parmi les feuilles on se laisse porter le long de la rivière. On regarde avec tendresse les moineaux, les libellules, les berges peu à peu désertées et qu'on devra bientôt abandonner, l'eau soudain devenue fraîche qui nous avait tant bercés et soudain on ressent ces inexplicables larmes en travers du gosier.
L'automne est depuis longtemps notre saison préférée. On aime ses promesses, ses découvertes, ses apaisements, ses énergies récupérées. On apprécie ses matins frissonnants, ses époustouflantes soirées et toutes ses générosités. On s'émeut au souvenir de tous les automnes passés.
Alors on s'engouffre dans le tunnel, on entre dans la ronde, on pleure et on sourit, on perd et on retrouve. On sait qu'au bout de la traversée il y aura toujours quelque chose à glaner.
26 août 2026
Vivre : people pleasing
Portrait de femme en robe rouge / Bernardino Zaganelli di Corignola / Coll. Princes du Liechtenstein
Combien nous coûte le besoin irrépressible d'être approuvé ?
25 août 2026
Vivre : d'actions en actions
Le Massacre des Innocents (détail) / Matteo di Giovanni / S.Maria della Scala / Sienne
Profitez. Économisez. Bénéficiez. Comparez. Saisissez l'occasion. Trouvez les meilleures promotions. Dépêchez-vous : les heures, les minutes, les secondes sont comptés. Bref : si vous voulez gagner, hâtez-vous de dépenser.
Pourquoi raboter sur l'essentiel pour se doter de tant d'accessoire(s) ? Devons-nous vraiment vivre aux dépens des producteurs, des agriculteurs, des travailleurs ? Voulons-nous vraiment le moindre et non le juste prix ? Cette vie au(x) rabais, l'avons-nous vraiment choisie ?
24 août 2026
Voyager : nos rêves en capsule
La nuit avant notre départ je m'étais endormie en murmurant "j'ai besoin de beauté", un cri du cœur prononcé dans les bras de Morphée. La beauté, si consolante, peine certains jours à se montrer. Il faut parfois des efforts pour la dénicher. On se sait dans l'absolue nécessité de la conquérir et on est prêts à s'élancer. En quittant la maison, on sait déjà que les vacances seront douces, on le pressent, on a le cœur grand ouvert et tous nos capteurs allumés.
Quelques heures plus tard, levant les yeux, apercevant au loin le sanctuaire dominant la plaine, j'ai senti mes épaules se relâcher. Pas de doute, j'étais arrivée. La suite n'a fait que confirmer ce simple fait : là-bas tout était calme, sourire et volupté. Je n'étais pas partie très loin, et pas dans un coin renommé, mais j'étais là où il fallait. Et une foule de belles images, quelques couplets - quelques sanglots - sont remontés.
La première nuit, après une longue balade dans la ville, dans la protection du palazzo stylé, enveloppée de silence et d'élégance, je me suis endormie en murmurant : "j'ai besoin de rester". J'avais trouvé ma bulle magique : pourquoi la quitter ? La lune par-dessus les toits, à demi-cachée, approuvait.
Qu'est-ce
que le luxe ? Quelque chose de tellement personnel et qui s'étend sur un
si large spectre... Pour certains, cela peut être de trouver avant le
soir un lit où se coucher. Ou alors obtenir un papier pour être enfin
légitimé. Pour d'autres cela peut être une Porsche ou des diamants ou
une maison sur une île grecque. Une femme confiait l'autre jour que pour elle ce serait s'offrir un air-fryer (tous les goûts sont dans la nature). Toutes ces choses, je n'en ai jamais ressenti l'envie ni l'impérieuse nécessité.
En
revanche, trouver refuge dans une petite ville baroque, un peu oubliée, délicieusement décalée, sans trop de discours, ni trop de bagages, sans autre équipage qu'une affectueuse complicité fut le luxe indéniable de ces dernières journées.
23 août 2026
Voyager : melting pot
Façade église San Pietro / Cherasco
De bric et de broc être faite,
assemblage, lieu de brassages,
allant chiner dans les voyages
les pièces éparpillées d'une identité.
22 août 2026
Vivre : le temps du mouvement
La compétence suprême, à l'avenir, serait donc de savoir s'adapter, pouvoir passer d'un état à un autre, suer, puis greloter, fondre, puis geler, être doués pour les transitions, la souplesse, l'adaptation, ne pas hésiter à entrer, petits rongeurs diligents, dans la turbine du changement...
20 août 2026
Vivre : faire comme les autres, aller où ils vont, en être, suivre le courant
Aujourd'hui ai trouvé sur le portail du Guardian, cet article parlant des Dolomites, reprenant un reportage de la Rai paru le 16 août 2026. En résumé, il relate le processus par lequel une vidéo devenue virale sur Tik Tok a fait d'un paisible refuge de montagne un lieu de surtourisme en l'espace de quelques jours.
Le refuge Friedrich August, dans le Val di Fassa, magnifique vallée du Trentin, se trouve devant un paysage exceptionnel. Il fait face au Sassolungo (le long caillou, en italien ) et pour les amateurs de montagne ce site est un enchantement. Seulement voilà... La file de visiteurs qui a envahi le lieu ces derniers jours n'est nullement attirée par les sommets, les vaches superbes, les pâturages, non, les gens se pressent, certains depuis l'aube, pour pouvoir... dévorer un krapfen. Les Krapfen, également appelés bomboloni en Italie, sont des viennoiseries très courantes, des beignets fourrés à la crème pâtissière qu'on trouve dans n'importe quel bar au moment du petit-déjeuner ou du goûter. Ils coûtent environ un euro cinquante et, quand ils sont bien préparés, ils sont un véritable délice.
Eh bien, l'influenceur sur Tik tok vantait les mérites des krapfen vendus dans le fameux refuge pour la modique somme de quatre euros. Des Krapfen ex-cep-tion-nels !!! Du coup, des cohortes de touristes se sont rués et ont fini par provoquer la colère des gens du coin. Ceux-ci se retrouvent envahis non pas par des amateurs de montagne, connaissant celle-ci et disposés à marcher pour atteindre leur but de randonnée, mais par des foules arrivées par leur propres moyens, souvent motorisés.
Sur le reportage de la Rai, on voit des gens tout sourire (pas forcément des ados en quête d'émotions fortes, non, des quinquagénaires bien sous tous rapports) dire innocemment : "On a trouvé ce message sur les social et on s'est dit qu'il fallait absolument aller voir comment c'est, puisque tant de gens ont décidé d'y aller."
Évidemment, les associations locales s'insurgent contre le phénomène. Toutefois une question se pose : d'où vient cette disponibilité à préparer tant de krapfen de la part des hôteliers ? Quel besoin de jouer à ce point le jeu du succès ? Ont-ils été contaminés par le désir de célébrité? Le mal des sommets les aurait-il frappés ?
19 août 2026
Vivre : sentir le monde
La première sortie dans le jour naissant nous guide toujours à travers d'étonnants parfums. Ce matin : des senteurs de mer (sel, sable, longues pinèdes, sortis peut-être d'un coffre voisin à moitié déchargé? ou des relents que le vent du Sud nous aurait ramenés?); une essence sauvage (la biche effarouchée qui depuis peu nous croise dans la forêt? une fouine? un renard embusqué?); une entêtante odeur de fumier (provenant des champs épandus hier ou des deux vaches en cavale qui avaient déserté leur pré?); des effluves de rose et de lavande (en tête des rangs de vigne pleins à craquer). Et puis : du foin mouillé, une vague odeur de pisse féline, du shampoing bon marché, du miel, du café, des fruits macérés.
Grand chasseur, équipé d'un odorat 10 000 à 100 000 fois plus sensible que celui de l'humain, P. s'adonne à ces balades avec passion. J'imagine sans peine la subtile lecture qu'il fait de notre itinéraire, sa manière de le cartographier, ses savoirs et ses intuitions, son intelligence en ébullition (et je n'ose imaginer combien il souffre de certaines incursions dans les villes, de leurs émanations frelatées, de leurs multiples pollutions).
18 août 2026
Vivre : un monde bouleversé
Kleinkinderschule auf der Kirchenfeldbrücke / 1900 /Albert Anker / Kunstmuseum / Bern
Énorme douche sur ce lundi de rentrée. Sous un ciel maussade, les gens aveuglés pendant tout l'été semblaient déboussolés. Les attentes, d'un jour à l'autre, avaient totalement changé : espérer avoir le temps de boire son café en terrasse entre deux averses, frissonner, retrouver au fond du coffre un vieux parapluie rouillé, mettre la main sur un T-shirt pour passer de quarante à quinze degrés, re-frissonner, envisager de manger autre chose que des salades et du halloumi grillé, éternuer. Peu de gens pour sourire. Tout le monde paraissait pressé. Certaines retrouvaient au fond de leur sac des choses incongrues : lunettes noires, tube de crème solaire, éventails. Certains évoquaient déjà les vacances de décembre (le Brésil! le Brésil!) En à peine l'espace d'une nuit le monde avait changé.
Seuls les petits, avec leurs sacs à dos et leurs bandes réfléchissantes, avaient l'air de s'amuser : retrouver les copains, les jeux, les cahiers, échapper à l'ennui des après-midis solitaires, partager des goûters. Ils quittaient à midi leur école avec fierté, tout heureux de revivre la magie des récrés.
17 août 2026
Vivre : il et elle
Portrait de Jules-César et buste d'Ammon, jeune et imberbe / Musée lapidaire / Avignon
Ils sont partis quinze jours en camper et on les croise séparément. Lui s'affiche bronzé, il parle de l'océan et de fruits de mers. Le top du top. Des vacances qu'il voudrait renouveler. Elle, rencontrée le lendemain soir, paraît éprouvée : la sécheresse dans les champs, les animaux exsangues, leur trajectoire détournée par les feux et leurs ravages, un monde qui donne à réfléchir : quel héritage va-t-on laisser ? Le même voyage, mais pas le même langage. Ces discours sont-ils contradictoires ? Ou bien s'agit-il d'une contradiction de surface ? Y aurait-il une image sociale à tenir, les vacances réussies, les expériences valorisantes, et puis, à l'intérieur, en retrait, la peur de la vie qui se dessine, avec ses violences et ses duretés ?
16 août 2026
Vivre : canicule / acte IV
Les parts d'ombre : des aspects de notre personnalité que nous préférons cacher.
Moi, en ce moment, ces parts, loin de les cacher, je les revendique. Je veux ma part.
L'ombre m'est nécessaire, comme l'eau et le silence. C'est là que je retrouve ma lucidité.
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