Les fleurs bleues, le dernier film d'Andrzej Wajda : le chef-d’œuvre pessimiste d’un vieillard
de 90 ans.
Un hymne à la résistance, quel qu'en soit le prix.
Une facture classique et des images
sobres pour raconter les dernières années de l’artiste Wladyslaw
Strzeminski, principal représentant de l'avant-garde polonaise,
un créateur
incapable de compromis, honni par le régime stalinien.
On suit la déchéance progressive de
cet homme, qui a bien connu Kandinski et Malevich, qui enseigné aux Beaux-Arts et fondé le
Musée d'art de Lotz.
De l’art d'asphyxier un être humain, en le bannissant inexorablement.
Impressionnant, le personnage de sa
fille Nika*, adolescente têtue et fière, déchirée entre sa mère agonisante et
son père déchu, mais croyant résolument en leur génie.
Nika, son regard azur intense, son pas
décicé, petit chaperon dans son manteau élimé, semble être le fil conducteur,
le point lumineux de l’histoire. Elle, qui finit dans un orphelinat, qu’on voit
suivre seule le corbillard de sa mère, elle qui arrive trop tard à l’hôpital et
demande à toucher les draps dans lesquels a agonisé son père.
Je suis allée faire quelques recherches
sur le personnage réel. Difficile de trouver des informations. Il semble que Nika Strzeminska soit par la suite devenue médecin, psychiatre, écrivain et qu’elle ait beaucoup
œuvré pour la réhabilitation de ses parents. Dans le film, à un certain moment, son
père l'observe alors qu'elle quitte fâchée son appartement et prédit : "Sa vie ne
sera pas facile".
J’aurais aimé que Wajda tourne la suite :
l’histoire d’une petite fille au manteau rouge qui avait appris dès l’enfance à se
battre obstinément et qui a dû mener une "vie pas facile".
* Le rôle est tenu par la toute jeune Bronisława, fille de l'excellent Zbigniew Zamachowski, héros attachant de Trois couleurs : Blanc.
