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15 mai 2017

Lire : écrire, selon Alessandro


Ritratto di giovane uomo / Lorenzo Lotto / Accademia / Venezia

La voix nue d’A. Baricco parlait cette semaine de la création littéraire, ouverte sur les mille champs d’inspiration possibles, musique, peinture. Une voix avec un accent italien dense, qui tutoyait constamment Raphaelle Rérolle, laquelle le vouvoyait obstinément en retour, dans un bel échange.

Dans ma façon d’écrire, il y a pour simplifier deux périodes différentes dans le travail d’un livre. La première période, est quelque chose que tu ne fais pas à la table, sinon pour des moments de synthèse. Mais sinon tu fais ça chaque minute, chaque heure de ta vie. Tout le long. C’est un peu comme attendre quelqu’un qui arrive. Tu tournes dans ta tête en continuation cette histoire, ce paysage. Et tu attends que ça se forme. Tu dois attendre. C’est comme mettre quelque chose dans le four. Et tu dois attendre. Et tu attends tout le temps. 
 C’est pour ça que les gens autour de toi te trouvent un peu absent. Parce que tu es là, à faire cette sorte de chasse, avec cette chose-là.  
Et puis il y a des moments de synthèse dans lesquels tu te mets à table et tu commence à faire des esquisses. Mais tu recueilles des choses qui sont nées dans ta tête avant. Et ça, c’est la période fantastique. Parce que tu n’écris rien, tu es déjà dedans cette histoire, ce paysage-là. Personne ne sait rien. Et tu es partout. Ça c’est très bien. Ça peut durer des mois ou des années. Et la chose géniale, c’est que dans la tête tu as trois, quatre, cinq livres qui travaillent dans le même temps. Dans la tête, tu as comme des petites usines. J’écris des livres, et parfois ça fait douze ans, quinze ans que j’ai pensé à ça. Donc tu passe dans les petites usines. Tu visites les usines. Et puis tu restes la plupart du temps dans la petite usine qui fait le travail le plus urgent. Mais en effet, tu jette un coup d’œil aussi à la petite usine qui est le roman que tu vas écrire dans douze ans, peut-être.

[Raphaelle Rérolle :
Douze ans, c’est long pour les gens qui vivent avec vous, si vous êtes absent? ]

Et oui, si j’oublie un fils à l’école, bon, ça c’est compréhensible. Ok, mais enfin, on n’est pas si fous, quand même les écrivains, en général. On a la possibilité d’être de bons pères. Mais le travail, c’est comme ça. Et si tu as un père politicien, c’est pire.