Affichage des articles dont le libellé est Enfance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Enfance. Afficher tous les articles

26 juil. 2026

Vivre : ces étés-là, au Frioul

Portrait d'une petite fille italienne  / Civita d'Aretino 1890 / Marie Kroyer / Skagens Kunstmuseer / DK
 
 soudain, sous les sapins, tandis que les enfants se renvoyaient  mollement leurs balles,
le moniteur sur son banc encore plus mollement motivé à les entraîner, le glaçon 
dans le crodino qui fondait lentement au fond du verre toujours plus pâlement orange, 
les souvenirs d'anciens étés sont remontés, effleurée par l'image des gelati à trente lires, 
les cousines qui avaient déjà appris à lire, et ce savoir, ma rage totale de me sentir exclue, 
l'impossible coucher malgré la nuit depuis longtemps tombée, les courses sur les places, 
les parents oubliés, comme une évidence d'éternité, jamais jamais cet été ne finirait, 
et pendant tout ce temps, sous les sapins, les balles, sur la terre battue qui résonnaient 
qui résonnaient, qui résonnaient comme les pièces de dix lires sur le comptoir des glaces...
 
 

8 juil. 2022

Vivre : remonter en enfance

 
L'étude des artistes allemands à Rome (détail) / Wilhelm von Kaulbach / Neue Pinakothek / Münich
 
L'autre jour, attablée dans une vaste salle, je tentais de résoudre un épineux problème avec une interlocutrice très impliquée. Soudain, presque à mon insu, j'ai évoqué un détail de mon enfance, oublié depuis fort longtemps (ou alors mis de côté parce que trop évident). J'ai craint un instant d'avoir fait dévier la discussion avec un élément importun, mais soudain dans cet espace aux chaises dépareillées, grosses bouteilles à disposition et verres en carton, il m'est apparu que la question que je tentais de régler était directement liée à l'enfant que j'avais été et qui manifestement avait grand besoin d'être reconnu, entendu et soulagé. D'un coup, la solution s'est imposée. 

17 nov. 2021

Vivre : retours

 
Portrait de jeune homme (détail) / Paolo Cagliari (Véronèse) / Fondation Bemberg / Toulouse
 
 
Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant.
Pablo Picasso
 
L'enfance : une façon pénétrante de regarder et de voir qu'on met des années à tenter de récupérer.

14 avr. 2021

Vivre : présence

 
Sleep / Gottfried Helnwein / Albertina / Vienne

Qu'importe ma vie ! Je veux seulement qu'elle reste jusqu'au bout fidèle à l'enfant que je fus.
 Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune
 
L'enfance : constante présence, ressource où puiser, point de départ, point d'arrivée, seule véritable loyauté.
 
 

19 déc. 2020

Vivre : comme des enfants

 

Il problema del cavallo / Claudia Fontes / Biennale 2017 / Venezia


Accepter d'apprivoiser. Accepter de ne pas savoir.
Se pencher, absorbés, intrigués. Commencer à intégrer.
Ouverts, prêts à reculer pour être capables d'avancer.

 

29 oct. 2020

Vivre : emmener vers demain

 
Comédien et enfant / Pablo Picasso /The National Museum of Art / Osaka
 
Ai tendu l'oreille l'autre jour à l'émission "Les pieds sur terre" intitulée "Un prof pour la vie". Des gens y parlaient des enseignants qui avaient eu une influence décisive sur leur existence, qui non seulement avaient su les aider, mais les avaient véritablement sauvés en leur permettant de prendre confiance en leur pas.
Tandis que j'écoutais, deux ou trois personnalités lumineuses se sont imposées à ma mémoire, dont la plus marquante était Mme G. Mme G. avec sa mise en pli et son visage ridé. Mme G. proche de la retraite. Mme G. terriblement sévère. Mme G. qui n'hésitait pas à me sanctionner quand mon comportement laissait à désirer (je devais être je crois un peu rebelle parce que, durant les deux années où elle a été ma maîtresse, Mme G. n'a jamais eu l'occasion de me mettre une bonne note en conduite, avec une petite étoile collée juste à côté. Je suis allée relire les livrets : "babil" "ne doit pas dire" ou "doit apprendre à respecter"). Mme G. ne plaisantait pas avec la discipline (et probablement qu'avec moi, elle a eu un peu de fil à retordre). Mais il faut mettre au crédit de Mme G. qu'elle n'avait aucun chouchou. Ce n'était pas une maîtresse à bouquets de fleurs, à risettes ou à révérences.
Mme G. m'a appris à être intransigeante avec moi-même, à respecter les règles (du moins celles qui concernaient la grammaire et l'orthographe), à penser droit, à aimer lire tous les livres qu'elle disposait au fond de la classe pour que nous puissions les emprunter. Elle ne voulait pas savoir si je faisais partie des enfants de migrants, si ma maison était isolée loin, très loin du quartier, si mes parents étaient quasi analphabètes ou si je n'avais pas d'appui pour mes devoirs. Elle voulait seulement que je ne fasse pas de fautes. Elle exigeait de moi ce qu'elle exigeait de tous les enfants, sans faire de différences, et ça m'a sauvé la mise.
Un jour, ma mère est allée la voir. Elle était inquiète car deux mamans du quartier l'avaient apostrophée : "Votre fille, c'est pas normal. Elle est trop intelligente. Vous devriez l'emmener voir un psychologue." Mme G. a réglé la question d'un mot. Elle a prononcé "Sottises!" d'un ton sec. "Votre fille travaille bien et il faut qu'elle continue de travailler." Point.
Ma pauvre mère était très jeune. Et très démunie. Elle ne trouvait pas ses mots en français. Elle craignait toujours de se tromper, de faire des faux pas dans ce pays d'accueil pas vraiment accueillant.  Elle ne pouvait pas s'imaginer (même si elle en faisait tous les jours l'amère expérience) l'étendue de la xénophobie dans ce quartier populaire en marge duquel nous vivions. Un quartier où l'on votait massivement en faveur de partis prônant "la régulation de la main-d’œuvre étrangère" et pour lesquels un bon étranger laisse au pays femme et enfants. Qu'une fille d'immigrés, censés faire le ménage ou travailler sur des chantiers, obtienne des "zéro faute" en dictée ou reçoive la meilleure note en composition, ça devait probablement les faire rager, les dames en question. Ça n'était pas normal, ça sortait de leur cadre. Du coup, effectivement, l'enfant concerné devait aller consulter. Heureusement, le cadre de Mme G. prévoyait bien des punitions et des remontrances, mais certainement pas l'exclusion des capacités et des compétences. 
Mme G. doit avoir quitté ce monde depuis fort longtemps. En regardant le ciel (très souvent dégagé ici) il me semble certaines nuits percevoir une étoile, émettant une lumière constante et ciblée, et qui luit de manière désapprobatrice, naturellement, quand elle me voit traiter avec désinvolture les accords de mes participes passés.

 

 

14 oct. 2020

Vivre : à la conquête des espaces

 

Sigismond Gonzague (détail Chambre des Époux) / Andrea Mantegna / Palais ducal / Mantoue
 
La petite, haute comme trois pommes, s'est échappée, a grimpé jusqu'à l'entrée de l'établissement, puis s'est tournée vers ses parents : Je vais juste voir s'il y a quelque chose de bon à manger, leur a-t-elle lancé avec aplomb.
Puis elle est ressortie : Venez, venez, y a des brioches à la confiture, y a tout plein de bonnes choses là-dedans.
Merveilleux enfants, qui s'élancent en toute confiance. Merveilleux parents, qui savent la donner, cette confiance. Qui permettent de lâcher leur main, et de la reprendre au besoin, sans humilier, sans réprimer. Qui cultivent l'assurance qu'on peut oser, explorer, s'aventurer.
 


17 juil. 2020

Vivre : retours


Fillette avec son chien / William Brymner / Musée des Beaux-Arts de Montréal


Certains jours, la seule chose à faire, c'est prendre soin de l'enfant qu'on porte en soi.
 

20 mars 2019

Vivre : leçon de vie


Au pied du campanile / place Saint-Marc / Venise

Il rêvait. Il courait.
Il riait. Il coursait.
Mais surtout, 
l'enfant
tombait
et se relevait.

23 nov. 2017

Vivre : avant la lettre


Piccolo teatro / Castello / Fontanellato

Il y en a des grandes et de toutes petites.
Il y en a de magnifiques.
Il y a des mamans et des bébés.
Il y a les élégantes et les attendrissantes.
Il y a les plus vraies que vraies.
Il y en a de souriantes et des qui font la moue.
Il y en a pour tous les goûts.
A tourner et retourner les pages du catalogue illustré,
je me surprends à rêver, comme à six ans, comme à huit ans,
quand pour Noël, je voulais tant une poupée.

5 avr. 2017

Vivre : remonter en enfance


Petite fille / village de l'Atlas / Maroc / 2010


De mon enfance solitaire
 je garde
le goût immodéré de construire des cabanes
(où que je me trouve, mer, ville, campagne,
je continue de m’inventer toutes sortes de constructions - mentales ou pas - 
dans lesquelles je m’imagine vivre),
l’aptitude à m’occuper avec trois fois rien, cailloux, coquilles, ou crayons minuscules,
le souvenir de jeux avec des chiens, des chats, des lapins, des souriceaux,
la tentation des choses formellement interdites
(cet immense entrepôt de menuiserie, parcouru le long des jeudis -
réputé beaucoup trop dangereux - objet de réprimandes répétées mais somme toute négligeables)
l'élection de Jo March comme meilleure amie,
(l'intrépide Jo occupée à lire dans un grenier et à écrire des nouvelles)
et surtout, surtout, le goût du silence, une sacro-sainte horreur

de tout ce qui piaille et pérore. 

24 mars 2017

Vivre : furtivement


Rovinj / 2016

Le chemin qui mène au village contourne ce qu’on nomme pompeusement le « château »,
une belle bâtisse début du XIXème fort bien entretenue par ses discrets propriétaires.
Son jardin arrière est clos par un mur sur lequel ondoie une vigne vierge à la belle saison.
Il y a, dans ce mur, juste au coin, un portail en bois patiné, toujours soigneusement fermé.
Le « château », bien que placée en son cœur, est certainement la maison la plus secrète du village .
Sauf que…
certains jours…
pas plus de deux ou trois dans l’année…
le portail est entrouvert (oh, très peu, juste de quelques centimètres)
Comme une invite.
Alors, immanquablement, je ressens l'envie de planter les freins, descendre et me glisser à l’intérieur.
C’est dans ces moments-là, quand mon pied se lève imperceptiblement,
que je me sens le plus proche de mes six ans.
Alors, quoi qu’on m’ait interdit, quelles qu’aient pu être les menaces,
je serais entrée

dans le plaisir électrique des palpitations surmontées.