Affichage des articles dont le libellé est Bologne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bologne. Afficher tous les articles

25 mars 2026

Voyager : Bologne en boucle

 

 
Il y a des lieux, on s'y sent chez soi. Bologne me fait depuis toujours cet effet-là. C'est une ville qui stimule, qui remue, qui inspire, qui te fait ouvrir les yeux plus grands, qui te fait sourire à des tas de gens, très différents : des étudiants, des marchands, des passants, des jeunes, des vieux, des petits, des grands. C'est une ville très belle et très sale, où la classe côtoie sans cesse la crasse et précisément au moment où l'on voudrait détourner le regard on se retrouve face à une noble arcade ou à un médaillon flamboyant. 
 
 
C'est une ville désinvolte, qui vit et tient absolument à laisser vivre. Sur les façades, les murs, les colonnes, on trouve des banderoles, des graffitis, des slogans. Une ville où il y a de la place pour tous, où les gens semblent toujours disposés à entrer en relation. Bourgeoises aux vêtements  griffés, mendiants, jeunes militantes récoltant des fonds pour des médicaments, tous communiquent, interfèrent, se parlent, s'expliquent, s'interrogent, se répondent, se sourient tout naturellement. Ce n'est pas une ville d'esquive ou d'exclusion. C'est une ville de pulsion.
 

 

 
Traversant le quartier universitaire au pas de course, l'autre jour, j'ai longé toutes sortes de bistrots alternatifs, leurs terrasses africaines ou méditerranéennes nichées sous les arcades, où devisaient des filles dégustant des pâtisseries au taux de sucre indécent, où argumentaient des garçons qui se roulaient des cigarettes en insistant paisiblement sur leurs arguments. Après un repas des plus décontractés à Sale grosso, nous avons dû presser le pas - hélas - pour atteindre la pinacothèque saluer quelques visages très chers, avant de repartir en arrière plonger dans les ruelles du Quadrilatero, où vraiment - vraiment - trop de tentations nous attendaient. 
 

Écartelés, pressés, exténués, les bras chargés, nous avons finalement dû quitter la ville, ses chiens et ses enfants, le coeur serré, en programmant mentalement notre prochaine virée.
 


23 déc. 2025

Vivre : le sens de la Fête

 
 Firenze, duomo
 
 
La ville, telle une éponge, tendait facilement, sous le ciel de décembre, à s'imbiber de vacarme et de vulgarité. La richesse extrême y côtoyait des hordes germaniques et des accents yankees, des communautés différentes s'y croisaient sans jamais se considérer. La pluie fine paraissait salir les trottoirs, la pluie drue semblait grasse et noire. On aurait pu s'y perdre et choir. Tomber sans parvenir à s'y relever. Mais... levant les yeux au ciel, la ville se dévoilait belle, révélait l'essentiel.
 
 *****
 
 Bologna, basilica di San Petronio, installation IWAGUMI,, voir ICI
 
 
L'autre ville, presque voisine, on pourrait dire : la porte à côté, déroulait à travers ses ruelles médiévales une décontraction phénoménale. Les habitants, les passants s'y rencontraient en toute spontanéité sans craindre les mélanges de genre et de langage. Sous ses kilomètres d'arcades pluriséculaires, on y riait, on y conversait, on y câlinait des nourrissons, on y interpelait des octogénaires. La pluie, ici, n'était qu'un phénomène secondaire. Cette autre ville ne faisait pas de manières. Sa beauté était populaire et sa fête tenait à une énergie continuelle. 
 

24 avr. 2024

Vivre : la patrone

 

 
Elle était petite, menue, elle agitait ses bras sans cesse pour mener son monde à la baguette, paraissait ne jamais pouvoir rester en place. A l'âge où d'autres revendiquent un repos mérité, elle tenait à être partout, à s'occuper de tout, dans les moindres détails. Il y avait l'immense domaine et sa cave qu'elle tenait à faire visiter en personne. Il y avait le restaurant qui accueillait à tour de bras des fêtes et des célébrations. Les pères et les mères reçus pour organiser baptêmes, mariages et communions. Et il y avait aussi quelques chambres, dont une qui nous a accueillis le temps d'une nuit. 
On entendait sa voix. On entendait ses pas. On entendait le personnel, le couple de Philippins disciplinés, le jeune malhabile qui débutait, l'étudiant qui faisait des extras, on les entendait tous répondre oui, oui, Letizia. Elle vociférait. Elle ordonnait. Grâce à elle, les décibels atteignaient des sommets. Elle tenait à tout contrôler. Les hôtes, les invités, les gens venus pour acheter ou pour réserver. Rien ne devait lui échapper. Même la commande d'un dessert devait lui être rapportée. A tout vouloir commander, tout finissait par se disperser. On a dû remplir deux, puis trois fois la fiche d'inscription pour la nuitée. Elle remplissait, puis elle oubliait, elle oubliait qu'elle avait déjà rempli et oublié, et les papiers voltigeaient, les notes s'envolaient. Elle se voulait indispensable et générait une pagaille sans pareil. 
Elle a demandé si on allait prendre le petit déjeuner le lendemain. J'ai pensé à la ville qui se réveillerait en douceur comme tous les dimanches, au son atténué de ses cloches, aux rayons dansant sur ses façades cuivrées. Je me suis souvenue d'une certaine pâtisserie, avec son incomparable odeur de café, ses habitués, avec leurs chiens choyés qui patientaient devant des déclinaisons de croissants dorés. J'ai pensé à ce mot : folie. Un mot qui ne veut rien dire sauf quand il évoque la fuite devant toutes sortes de barbaries. J'ai répondu sobrement : non, merci.




22 avr. 2024

Voyager : des oui et des non

 

 
Que dit-on quand on souhaite bon voyage à quelqu'un ? Se réfère-t-on au trajet qui va d'un point à un autre, souhaite-t-on qu'il se passe au mieux, sans encombres ni retards, sans rencontres inopportunes ni incidents déplaisants, parle-t-on d'un passage qui se termine exactement au moment de l'arrivée à bon port ?  
A chaque départ, je me souhaite un bon voyage (lequel inclut selon moi le moment du départ et le moment du retour et tout ce qui se passe d'un bout à l'autre de l'expérience) et il me semble que si cette aventure ne contient aucun apprentissage, aucun dérangement, s'il s'agit d'un simple dépaysement,  alors il n'y a pas eu de voyage. Il y a peut-être eu du repos, du divertissement, ailleurs, quelque part, loin, ou près, peu importe, mais point de réel voyage.
A chaque retour d'un bon voyage, je regarde les lieux qui me sont habituels avec des yeux neufs. Je fais un état de ces lieux. A chacun de ces retours, il m'arrive de dire fermement non à un certain nombre d'éléments, car mon regard se pose sur le superflu ou sur les inepties du quotidien. Il me faut alors absolument déblayer toute une série de choses pour permettre à d'autres de prendre place.
Je ramène dans mon sac de voyage bon nombre de refus et quelques ouvertures. Mon absence - ma présence à d'autres réalités - doit servir à opérer un reset, une réinitialisation de fonctionnements par trop évidents. Un voyage est par essence même une désorganisation. C'est pourquoi les voyages dits organisés me paraissent être de pures contradictions.

 

30 août 2019

Voyager : entrée libre



 
Bien qu'on y dispose d'une offre intéressante,

 

Sabotez avec grâce.


je rechigne toujours 

 Désobéissez avec générosité // un baiser, un baiser ne tue pas
 toujours un peu, là-bas

Qui menace ta sécurité ? Journée mondiale du réfugié. 
à entrer dans un musée.

Bologne

19 août 2019

4 juil. 2016

Voyager : Chiuso per ferie


Combien j'ai aimé parcourir les rues de Bologne, l'été dernier, avec leurs glaciers généreux, leur laisser-aller leur vie estudiantine en stand by, les échos de certains élans communistes, et l'orage les trombes d'eau miraculeuses, les échappatoires sous les longues arcades, les magasins qui baissaient leurs rideaux de fer un à un, au soir du 31 juillet : Chiuso. Torniamo a settembre ! (Certains même : Si riapre a ottobre. Le rêve!). Je ressentais alors ce mélange de joie indicible et de regret intense, comme quand je sais devoir retourner à un exil après avoir retrouvé fugacement mon Ithaque.