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1 mars 2026

Vivre : les transitions

 
L'arrivée des moissonneurs dans les marais pontins / L. Robert / MAHN / Neuchâtel
 
T'as combien de printemps ? Pas mal, assurément. Mais le plus époustouflant, avec le printemps, c'est qu'on a beau le connaître, l'attendre - un vieil ami parti en voyage dont on espère le retour impatiemment - il est toujours aussi surprenant. Comme printemps rime avec renouvellement, le lascar se trouve toujours de nouveaux déguisements. Il n'arrive jamais le jour ni l'heure où on l'attend, se joue des prédictions, s'infiltre entre deux flocons, s'avance entre mille tourbillons, à la faveur de trois rayons. 
Oui, le débrouillard plonge comme une épidémie sur les gens et les surprend. Aujourd'hui la ville était en proie à la maladie jolie du printemps : une fièvre et des éruptions, des boutons, des bourgeons, des montées d'excitation, sans compter les rougissements, des sourires éclatants, des bouquets débordants, des regards bienveillants. Il nous a valu quelques heures d'enthousiasme et d'enjouement, des échanges charmants. Hélas! 
... quelques heures plus tard, l'affreux, le malotru, s'en est allé, s'est évaporé, s'est fait la malle, a mis les voiles comme un mal élevé, et le monde s'est retrouvé dépité, sous les nuages et les déversements, saisi de tremblements, guéri de la douce maladie, certes, mais un peu sonné, un peu malmené, et tout disposé à récidiver aux prochains signes de contagion.
 

25 févr. 2026

Vivre : c'est une journée...

 

... c'est une journée à se lever de bonne heure, de très bonne heure, à l'appel d'un oiseau - lequel? - vigoureux, déterminé, une véritable assignation à se lever, relayé par une multitude d'autres volatiles, des étourneaux, des mésanges, des merles, des pics épeiche, une journée à bondir, à obtempérer. 
C'est une journée à foncer dans ses bottes, droit devant, suivant le chien impatient, qui piste et qui trace, qui s'immobilise et lève sa truffe, qui repart en arrière, qui reprend en avant, qui suspend sa marche, patte levée, qui attend. Une journée à observer le jour qui pointe et se déploie en bleu, en or, en orange. 
Une journée qui impose ses conditions : pas question de trop traîner. Il faut partir. Il faut déguerpir. S'en aller à la découverte. Plus loin, très loin, juste après avoir salué du regard le pêcheur dans sa barque, déjà tout affairé, et le Jura flamboyant, et les traînées abricots sur fond mauve persan des avions impatients. C'est une journée ambitieuse qui ne souffre aucune hésitation, aucune rumination, aucune désolation. Une journée à impulsions.
Alors, on s'élance, on court au-devant des Alpes, on se métisse des salades, on se détourne de la médiocrité, on démêle des écheveaux, on reconstruit des projets. C'est une journée qui scintille, qui dore, qui brille. La lumière y est vive. Les sons articulés. C'est une journée à satiété. C'est une journée qui impose à elle-seule l'essence de l'été. 
 
 

15 nov. 2025

Vivre : dessine-moi une saison

 
Peintre et sa famille / Antoine Raspal / Musée Réattu / Arles
 
 Si l'automne me demandait son portrait, certains jours c'est ainsi que je le ferais :
 
Sainte Madeleine (détail) / Famille Memmi / Petit-Palais / Avignon
 
 
alors que, certains soirs, dans ma palette, très peu de bleu pour beaucoup de noir :
 
Driving East / Helen Frankenhalter / Audrey and David Mirvish / Toronto
 
toutefois, hier, face aux rives, bouche bée, c'est ainsi que je l'ai portraituré :
 
Lac de Neuchâtel
 

9 nov. 2025

Vivre : tel qu'en lui-même

 

 
Le Léman : un paysage qui ne change pas au fil des saisons.
(seul un élément végétal pourrait fournir quelques indications)
Un territoire céleste et intemporel, ignorant le futur et le passé,
appelant une présence qui panse, mais surtout : qui dé-pense.

17 févr. 2025

18 déc. 2020

Vivre : achever, entreprendre

 
Détail du jeune Ennea Silvio en chemin vers le concile de Bâle 
 / Librairie Piccolomini / Pinturicchio et aides / Cathédrale / Sienne
 
 
A chaque fin d'année, ressentir inévitablement la tristesse des choses perdues, des relations abandonnées, des essais ratés. Inévitablement, au point de devoir lutter intensément...
.. ces choses qui s'en vont cadenassent des possibles, ramènent à la fuite inexorable des jours...
....puis, immanquablement, dans la foulée, sentir resurgir en soi le désir de chevaucher et de reconquérir, d'aller ranimer toutes les étoiles échouées sur la grève. Dans toute fissure née de la perte s'infiltre un vent, un vent du Nord qui trace sa route, mordant au visage, balayant les feuilles à l'agonie, mettant à nu les branches, leur apportant une chance de reverdir encore. 
Perdre, alors, et achever avec le désir inaltéré de grandir, encore et encore.  

4 sept. 2020

Vivre : ma préférence à moi


Manifestation II / Entre ciel et terre / Fabienne Verdier / 2005 / Coll. Pinault

L'automne est une saison durant laquelle je vis comme à l'accoutumée, ce qui signifie que je rencontre, je peste, je planifie, j'invente, je me ravise, je recommence, je vais, je viens, je cherche, je range, puis je réarrange, je déprime, je me décourage, je me lance, je m'exclame, bref je m'adonne à toutes sortes d'activités (ou de non activités) de la vie courante. 
Rien de bien folichon parfois, quelques jolies surprises souvent. Que de l'ordinaire en somme... mais... ce qui fait de l'automne ma saison préférée, c'est que j'y sens souvent mon cœur sur le point d'exploser. A découvrir cette lumière stupéfiante, ces offrandes que la terre daigne nous accorder, ces paysages mouvants, ces matins qui hésitent toujours un peu avant de s'enflammer, ces hirondelles virevoltant autour de la maison, s'apprêtant à prendre congé comme de vieilles connaissances légèrement hallucinées, à entendre les enfants se chamailler sur le chemin de l'école, à deviner chaque jour dans la nuit qui s'évapore les pêcheurs penchés sur leurs filets, à glaner dans les champs et les prés des restes d'été, à lire langoureusement allongée sur la terrasse, absorbée autant par mon livre que par les lézards faussement immobilisés, à me sentir si imperméable aux petites comme aux grandes mesquineries, je me sens euphorique, éblouie, prise d'une enivrante envie de vivre et de me prosterner.

27 févr. 2020

Vivre : entre-saison




Hier : le corps plein sud et des envies d'hiver.
(les Alpes, la Savoie, les eaux qui scintillaient)
Ce matin : des giboulées et des flocons par milliers 
(l'arrivée d'un front qui a eu le front de tout dévaster)
Ce soir : le tête au nord et le cœur prêt au départ
(ce temps inconstant a le don d'effacer tout repère)
Où qu'il se tourne, quels que soient le lieu ou l'heure,
le regard ne rencontre qu'un lavis de blancheur.

20 févr. 2020

Lire : mettre ses pas dans le présent


Stanze cinesi / tapisserie (détail) / château de Govone / Piémont

"Vous les Occidentaux, m'a dit Daikô M., vous mettez toujours l'accent sur le but, la motivation. Quand vous tirez à l'arc, c'est pour atteindre la cible. Pour vous, les choses sont toujours ailleurs. Pour nous, elles sont uniquement ici. Toucher la cible n'est rien. Simple manifestation secondaire indiquant que vous avez atteint l'élévation d'esprit nécessaire. Aucune récompense ne viendra après. Tout a lieu maintenant."

 "Ichigo-ichie", dit-il citant une formule zen célèbre : "un moment, une rencontre" Chaque rencontre est unique, aucun instant écoulé ne se renouvellera jamais à l'identique.

"Demeurer véritablement dans le présent, ou du moins s'y efforcer, implique une qualité d'attention et de respect de l'autre sans équivalent. Car quand bien même je reprendrais demain le thé dans la même pièce, face à la même personne, lui comme moi aurions changé, le décor ne sera plus tout à fait semblable, ni la lumière, ni notre état d'esprit. Prendre pleinement conscience de cela, c'est se délivrer de cette hâte angoissée qui nous précipite sans cesse vers l'instant suivant, vers la pensée suivante, vers un futur par essence hypothétique..."

J'ai recommencé de lire "Un Automne à Kyoto". J'en avais grand besoin, surtout en fin de journée, quand, assise face à la forêt, je contemplais dans la lumière douce du soir les allées et venues des oiseaux, le passage du renard en lisière, renard qui semble boiter ces derniers jours (une voiture ? une vilaine branche ?). On pourrait croire que c'est une lecture tout à fait inappropriée (fine observatrice, l'auteure  y trace le parcours qui mène de l'été jusqu'au seuil de l'hiver, tandis que nous sommes en train de vivre ici un cheminement inverse, quittant les frimas pour rejoindre la période des douceurs). Mais, justement, il est toujours question de transitions, de passages d'un état à un autre. Ces derniers temps, il s'agit d'être pleinement présents à tout ce qui se passe (des changements de saison, plusieurs durant la journée, des envies de Sud, des besoins de chandails, en alternance, continuellement). 

Ce livre est devenu un indispensable rendez-vous. Après quelques pages, la respiration devient plus lente, le regard sur les arbres s'affûte, le cœur bat comme une aile apaisée, et surtout : l'aptitude à la joie éclot comme la primevère, là dans le pré.

Un Automne à Kyôto / Corinne Atlan / éd. Albin Michel / Paris / 2018 

23 juil. 2019

Vivre : jamais contente


Atlante / Cours Mirabeau / Aix-en-Provence

Éprouvante perspective : on nous promet le retour de températures caniculaires.
Pardon, Albert, mais j'aimerais tant, au milieu de l'été, découvrir en moi un invincible hiver. 

 

14 févr. 2019

Vivre : le coeur accordéon


Elle est revenue. Elle est donc déjà là, cette saison déjantée, où certains soirs ramènent des vents du Sud, évoquant des départs et de longues baignades, où certains matins rappellent les giboulées et leurs gifles glacées. Saison folle, où des nuées d'insectes émergent le long des champs, avalés goulûment par les oiseaux tout à leur bonheur naissant. C'est le moment éprouvant où l'hiver fricote avec l'été. C'est l'éveil du printemps qui s'invite entre deux assoupissements. Ce sont des Zéphyrs imprudents qui épousent dépressions et tourments. C'est la période chaotique où l'on vit au diapason, le cœur en accordéon.

28 janv. 2019

Vivre : festina lente



Janvier, mois de l'entre-deux, début où rien ne recommence, en latence,
lové dans son paysage neigeux, chargé d'attentes, se hâtant lentement,
entre intempéries et éclaircies, vers une année dont on espère les offrandes.


10 janv. 2019

Vivre : loin de soi



Dans les rues de janvier
des passants hâves, hébétés
la fin des Fêtes, si vite passées,
le froid cru, la frustration cruelle.
Seule antidote à ce désarroi :
 la vie qui palpite, mais qu'on ne voit pas,
pressés, détournés par le poids
des maux subis, de mots non dits,
et des devoirs qui s'amoncellent.


18 août 2018

Vivre : la traversée





Un tortueux et éblouissant tunnel fait de valises ouvertes, de portes refermées, fait de courses, d'attentes, d'étapes et de contrariétés, de silences intenses et de plats allégés, de saccades, de ruptures, de solitude abyssale et de foules rassemblées, de bruits et de cris, d'expansions et de replis, d'habitudes bousculées, de routines générées, oui un tunnel, un engorgement, un chamboulement dans l'implacable fuite du temps : l'été.

3 janv. 2018

Vivre : l’art de clore



La mère de Patti Smith disait que ce qu’on fait le 1er janvier préfigure ce que l’on fera le reste de l’année.**
Il est aussi possible que ce qu’on fait durant le dernier jour d’une année préfigure ce que sera la prochaine.
Ma main sur la joue de cette vieille femme endormie.
Cet homme, ce simple héros, cette présence lumineuse au cœur de la perte et du silence.
Et puis ces deux personnes, patinées par l'âge, qui ont bien voulu me confier quelques tranches de leur vie.
Et le soleil qui a daigné se déployer en orange et en carmin, tandis que défilait le paysage,
Et ces cahiers qui se sont laissés ouvrir sur de prenantes perspectives,
Et au fond de moi cette certitude d’avoir mené à bien ce que j’avais à faire.
Livre ouvert, yeux grands ouverts, dans un wagon qui roulait sur la bonne voie.



**Just kids, Folio, p. 293

31 déc. 2017

Vivre : still life / 36



Dans le cahier à spirale, l’année s’est déroulée en couleurs, en dessins, en collages :
De la créativité – jusqu’au tout dernier moment des solutions se sont invitées –
Des récompenses – inattendues, d’autant plus appréciées –
De l’argent - reçu, dépensé, reversé, de l’argent qui a circulé -
De l'élégance, de la sobriété - dans la maison toujours plus épurée -
De la tendresse, de l’amitié – du pur, du dur, ici aussi, le toc n'est pas d'usage –
Des voyages, des tas d’images, des rencontres – avec des personnages, avec des paysages –
Des nouveautés dans les contacts – comme dans le Larousse, quelques sorties et des entrées -
Des angoisses, des peurs, des doutes - ne serait-il pas sot de s'imaginer pouvoir y échapper ? –
Les larmes du monde, le deuil avant le deuil, la nature violentée - apprendre à faire face sans ciller -
Enfin ce projet, cet embryon, comme une luciole, comme une pépite à porter à inventer...


Et puis, hors cahier: la blancheur dorée du Jura ; les yeux bleus de celui qui porte mon cœur dans son cœur; le rouge des ciels au soir; l'évidence silencieuse du Bouddha; et le vol, le vol merveilleux des geais et des busards, des pies et des pics, des moineaux et des coccinelles; les visites des chats et des araignées, les passages du renard et des biches effarouchées; et le soleil, la pluie, les éclaircies; et les mots, tous les mots, les mots lus, les mots entendus, les mots écrits; et la valse des idées; et tous les regards portés, tous les regards échangés;et toutes les scènes de rue, et tous les mouvements de la vie, cette vie multicolore qui a pulsé dans mes artères, qui a circulé, qui a vogué dans l’air inspiré, s'est dispersée dans l’atmosphère, pour aller rejoindre toutes les couleurs de l'univers. 

23 août 2016

Vivre : switch


Dans l'air, comme un tremblement
La lumière se fait plus rasante,
Les feuillages se lassent
et se dorent
Les tournesols fatigués ploient l'échine
L'eau de la piscine redevient bonne fraîche
Des frissons, au petit matin.
Le soir la main se tend instinctivement vers un lainage.
Depuis quelques jours,
l'automne s'est annoncé.