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24 juil. 2026

Vivre : ce sentiment de l'été

 
Clotilde sous un parasol / Joaquìn Sorolla / Museo Sorolla / Madrid
 

Le sentiment d'être en vacances est curieusement rare... pouvoir y accéder, à n'en pas douter, c'est tout un art. Un état d'esprit, une manière d'être au monde et de se laisser porter par la félicité. On peut partir, on peut revenir, sans pour autant avoir fait l'expérience de cette ouverture. Il ne suffit donc pas d'avoir des vacances, de se payer un départ, de pouvoir en rentrer en montrant des images et d'en parler autour de soi, il ne suffit pas d'endosser le rôle du vacancier pour éprouver le bonheur de se défaire de ses ornières. 

Le sentiment d'être en vacances peut vous surprendre n'importe quand. Il n'a rien à voir avec des attentes, ni une certaine durée ni avec des photos sur papier glacé. Il suffirait en fait de se laisser aller, de décrocher. Durant une heure, une après-midi, durant un jour, ou même l'espace d'une brève rencontre, un paysage, une personne ou un rosier. C'est une expérience que rien ni personne ne peut vous enlever. Il est rarement question de faire, il est question d'être. Se tenir là, présents, et se laisser happer par les mille séductions de l'été. 
 
 

15 juil. 2026

Vivre : question philo


  Mirmande / 2021
 
 Au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un invincible été.
Retour à Tipasa / Albert Camus / inclus dans le recueil "l'été" 
  

 A vrai dire, moi ces jours-ci j'apprends qu'au milieu d'un été caniculaire
il peut exister en moi un invincible hiver.
(ce qui tout bien réfléchi pourrait revenir au même)
  

 

12 juil. 2026

Vivre : festival infernal


 
première soirée, une fois la sono allumée  
 
 

 tandis que le public s'échauffait
 
  
le ciel lui aussi s'embrasait
  

1 juil. 2026

Vivre : caramba !

 

 
Attendu, guetté, espéré, 
hélas,
le gredin nous a snobés
s'est détourné, le grossier, 
a préféré une autre vallée 
nous a laissés dégouliner
nous a abandonnés dépités,  
désarmés, jusqu'au coucher.

30 juil. 2025

Vivre : retrouvailles

 
 

 
Hier matin - ô surprise - il annonçait son arrivée. Bientôt il serait là. Après tant et tant de jours on l'avait presque oublié. 
En percevant ses avants-courriers, on n'osait y croire. C'était comme un vieux souvenir, enfoui tout au fond de notre mémoire, 
comme un ami très cher dont on s'était pris à faire le deuil : le soleil. 
 

26 juil. 2025

Vivre : inviter les anges

 
Détail Jugement universel / Fresques sur l'arc monumental de l'église Sant'Agostino /Maestro dell'Arengo /Museo della città / Rimini
 
 
Une saison toute de silences et de désertions, 
de flottements et d'infinies précautions. 
Dans la pénombre, on se penche sur l'eau 
qui palpite - juste avant son frémissement -
se languit des feuilles, appelle leur infusion. 
On boira à petites gorgées la grâce de ces journées. 
 

9 sept. 2024

Vivre : déjà?

 
 
 Annonciation (détail) / Botticelli / Galerie des Offices / Florence
 
 
Quoi ? Déjà la saison ? Déjà le temps des frissons ?
La rivière se fait lasse, nous balade sans conviction. 
Entre les herbes folles, un chat noir épie les nageurs.
Les rires se font plus doux, les défis plus rares.
On se susurre des confidences, on se dit au revoir.
(les adieux des vieilles ont quelque chose d'amer)
(les petits oublient des balles que les chiens récupèrent)
Voici donc revenue la saison d'inventer d'autres horizons.
 

9 juil. 2024

Vivre : à nos matins incertains

 
 








 

 
On ne sait jamais. On ne peut pas savoir. Au jour qui se lève, on aurait envie de demander : Les blés dorés vont-ils se faire arroser ?

8 juil. 2024

Vivre : battre la semelle

 
Guarigione di Ananio (détail) / Marco Basaiti / Gallerie Accademia / Venezia
 
Cet été, la météo est-elle pourrie ? A quoi bon porter des jugements sur le temps ? Il fait... le temps qu'il fait. Autant le prendre comme il vient. Toujours est-il qu'entre matinées pluvieuses, menaces d'orages et orages avérés, les possibilités d'aller nager - surtout en rivière - ont été quasi nulles jusqu'ici. Le débit de l'Aar était de 550 m3/s. ces derniers jours. Habituellement, il oscille entre 170 et 220. Peu de gens se risquent à plonger. A vrai dire : personne ne semble vouloir se lancer dans les flots tumultueux qui suivent les nuits de tempête. Je me contente de nager dans l'eau des bassins et... je marche, histoire de me dépenser. Je marche dès le matin avec le chien. Je marche au cours des heures suivantes. J'adore marcher en écoutant les arbres babiller. Résultat : en moins de 15 jours, je me suis retrouvée avec trois paires de baskets bonnes pour la poubelle. Je réalise que leur semelle est fendue quand j'entends un drôle de couinement à chacun de mes pas. Je me retrouve avec les pieds détrempés et des chaussures qui piaillent comme une portée de poussins affamés. Godillots de marque ou pas, aucune différence : il faut les remplacer. En revanche, le beau maillot acheté à Majorque l'an dernier est encore muni de son étiquette. Il reste suspendu comme une âme en peine et semble totalement déprimé. Comment lui expliquer, que c'est juste l'été de cette année... ?


22 juin 2024

Vivre : cinétoile

 

 
dieux du ciel! me suis-je exclamée tandis que le troisième épisode de notre polar se terminait et que dehors la poursuite se prolongeait


8 sept. 2023

Vivre : se refuser à finir

 
Monumental Brooke with Beachball / Carole A. Feuermann / Biennale Venezia 2017
 
Avant-hier, K. m'a accueillie au bord du bassin, avec un "Profitons des derniers jours!". Elle a prononcé en souriant ces mots innocents, mais je l'ai soudain détestée. J'ai bougonné un vague "Quinze jours encore" avant de plonger. La fermeture de la piscine est chaque année une torture que je me refuse à anticiper. Quatre mois, c'est trop peu, c'est la crise assurée (inutile de m'imaginer aller barboter en hiver dans un espace clos, rempli d'échos, empestant le chlore et suintant l'ennui cadencé). Heureusement, aujourd'hui, je suis tombée par hasard sur le livre de Chantal Thomas, L'étreinte de l'eau, une série d'entretiens avec Fabrice Landreau, un régal que je me réjouis d'entamer. En le feuilletant, j'y ai découvert à la toute fin, une pépite apte à me consoler, un passage du livre de Julie Otsuka, Ligne de Nage :
  
C'est comme si on volait. Le plaisir pur d'être en mouvement. La disparition de tout besoin. Je suis libre. Soudain vous planez. A la dérive. Plongée dans l'extase. L'euphorie. Dans le bonheur qui nous ravit, telle une transe. Et si vous nagez assez longtemps, vous ne savez plus où finit votre corps et où commence l'eau, la frontière s'estompe entre vous et le monde. C'est le nirvana
 
Là, je me suis retrouvée dans mon univers. Julie Otsuka, quel bonheur de vous découvrir ! J'ai hâte de vous lire et ce qui est sûr, c'est que cette lecture m'aidera à traverser une des plus mauvaises passes de l'année.

23 août 2023

Vivre : compter les jours

 


Le matin, lors de notre première balade là-haut, d'innocents nuages rosissent à notre passage. Ils semblent intimidés et désireux de nous souhaiter la plus douce des journées. On dirait des tout petits traçant leurs premières lettres d'alphabet, leurs premiers bâtonnets. Hélas! dès notre retour, une fois tartines et croquettes avalées, le rose disparaît à la faveur d'un bleu intraitable qui bataille avec les cumulus pour imposer sa chape implacable. Je me surprends à consulter les sites météo pour y trouver quelques réconfortantes nouvelles, telles ces personnes acharnées à lire leur horoscope pour y découvrir d'heureux présages. Apparemment, c'est vendredi - encore trois longues journées - que l'orage devrait éclater. Ainsi, moi aussi, comme les petits nuages de l'aube, rosie par la chaleur de ces heures africaines, je compte sur mes doigts : pouce, index, majeur, un, deux, trois...

18 août 2023

Vivre : battre son plein

 

 
Arrivent toujours au cœur de l'été quelques journées de pause infinie. Tout s'arrête, tout semble suspendu. Le silence s'empare de la campagne. Il y a ceux qui sont partis, ceux qui ne sont pas encore revenus, ceux qui se terrent en attendant des heures meilleures. Sur un chemin, un enfant lance un cri (ou est-ce une buse qui gémit ?). Un chevreuil somptueux longe au loin un pré, présence beige qui se fige, curieuse. On le scrute, heureuse, incrédule, mais... il suffit d'un battement de cil et le voilà évaporé. On croit avoir rêvé. Dans la lenteur de ces après-midi inondées de moiteur et harcelées par le vent, des feuillages bruissent, des pensées surgissent, voltigent, se liquéfient. On voudrait aligner des axes, des projets, des cohérences. On ne récolte que sensations, soupirs, réminiscences.
Les arbres ça et là rougissent. Quoi ? déjà l'automne et ses cargaisons de rouille ? Tiens donc! L'automne nous enverrait dès à présent ses avant-courriers ? On avait oublié que chaque saison abrite en son apogée l'essence de la suivante, que tout n'est que manège destiné à tourner. Alors sillonnant ces journées privilégiées, se sentir vivre, se sentir respirer, se sentir feuille, et chevreuil et aigle qui s'élance, tournoie, gravite autour d'une invisible étoile. Sentir alors en soi des soleils palpiter. 

23 juil. 2023

Vivre : au ralenti

 
Sur la plage de Viareggio / 1906 / Philippe Klein / Niedersächsisches Landesrmuseum Hannover
 
Dans la torpeur de cet été, il y a des lenteurs et des langueurs, un fort sentiment de vacance, des choses qu'on préfère garder à distance, des envies de départs sans cesse reportées, des nouvelles qu'on préfèrerait laisser de côté, des baignades de rigueur, des bouteilles sublimes qu'on choisit au coup de cœur, de longues plages de lecture, et le chien qui va qui vient qui revient en pleine lumière qui s'allonge sur les lattes bouillantes... qui finit par aller s'affaler dans l'ombre fraîche du cellier... pour mieux remonter, se mettre à laper et recommencer sa ronde. On jurerait qu'il tient à veiller sur la maison le temps que des heures plus raisonnables veuillent bien s'annoncer. 
Tapie dans l'ombre, on lève la tête et on médite sur toutes sortes de réclusions, sur le passé qui ne reviendra pas, sur ce qui fut, ce qu'on n'a pas, ce qu'on aurait pu si seulement on avait su. On se sent très proche de cette petite Anne de quatorze ans, on la comprend tellement, on la rejoint dans son enfermement. On suit ses mots tandis qu'elle remplit vaillamment ses pages. On est avec elle. On fait corps avec ses tracés. Sauf que nous, on connaît déjà la fin du cahier.



19 juil. 2023

Vivre : les vacances, l'enfance

 
 
 
Dans les silences de l'été, il y a des rêves qui ne veulent pas vous abandonner.
Dans les silences de l'été, des images qui remontent et des visages qui ne doivent pas être oubliés.
Dans les silences de l'été, il y a des gestes furtifs qui vous glissent un billet. Ces glaces convoitées qui coulaient, qui vous tachaient et des regards mécontents et des yeux pleins de complicité.
Dans les silences de l'été, il y a des voix qui vous appellent, des phrases qui vous répètent l'endroit précis d'où vous venez. Dans les silences de l'été, il y a des nuits qui viennent toquer et qui pourtant ne reviendront jamais. Dans les silences de l'été, il y a des trop-plein et trop de vide. Il y a l'angoisse qui flotte, l'angoisse qui joue à cache-cache, qui affleure avant de se dissiper.
Dans les silences de l'été, il y a les mains qui se rappellent, qui épluchent, qui font mousser des souvenirs qu'on est tout prêts à fêter.

15 juil. 2023

Vivre : à contretemps

 
Parc de la Residenz / Würtzburg / 2013
 
L'été : saison insaisissable. On attend la détente, on trouve souvent la pression. Le beau temps et on subit canicule ou inondations. Les vacances et on se voit confronté à des obligations. La météo est souvent à l'orage, avec des hauts et des bas, maints caprices et variations. On attendait tant et tant, on avait fomenté toutes sortes de projections, on se trouve face à toutes sortes d'annulations. On a trop chaud, on dégouline. On attend la délivrance et voici que le temps pluvieux décontenance. L'été : saison des piqûres et des démangeaisons, des départs, des retards sur horaire, des reports. Des bouchons, des migrations. Des vacillements, des tensions, des événements contrariants. Des petits sommes et des grandes siestes. Des cauchemars - mais pourquoi chercher pendant des heures une fichue robe noire, pourquoi ne pas fuir en abandonnant cet effet secondaire dans son placard? L'été : saison du stress par excellence. On cherche le calme, le calme résolument, on le veut, on l'espère, on l'attend.
 
Et puis, heureusement, là-haut : les murmures, les scintillements, les bruissements. Le vent. Parfois : un grognement. 

22 juin 2023

Vivre : légèretés

 
Bulles de savon / Adolfo Mattielli / 1917 /Museo Reale / Pisa

La lune : un croissant ténu. Vénus : unique étoile perdue.
Sur l'immense toile que tes doigts patients esquissent
les nuages passent, allument, illuminent et effacent
des envolées douces, des Suds remplis de promesses.

31 juil. 2022

Vivre : il y a dans l'été

 
Abbaye de Silvacane / 2018
 
Il y a dans l'été ce sentiment de vide qui s'invite soudainement, des places de parcage miraculeusement libres, des commerçants somnolents, des librairies désertes et des mises en attente qui durent trop longtemps. Il y a sur les étals des fruits qui n'en finissent pas de se languir et des cageots qui désespèrent de trouver preneur.
Il y a dans l'été un besoin subit d'accélérer le temps (un besoin qu'on méprise habituellement, qu'on rejette absolument). Une envie folle d'aller rejoindre autre chose, quelque part, ailleurs. Une incitation à aller boire d'autres verres sur d'autres terrasses, devant d'autres paysages, d'autres silhouettes, d'autres babillages.
(quels nécessités à assouvir ? quelles réalités à fuir?)
Il y a aussi dans l'été une invite à se recentrer, se retrouver, se réinventer. Il y a des crayons qui attendent de larges feuilles qui sauront leur rendre le goût d'esquisser, il y a des formes et des couleurs - des verts très turquoise, des grenats très framboise - qui ne demandent qu'à se faire remarquer. Il y a une urgence de l'été, entre vigueur et repli, une aspiration à être une multitude de choses en même temps. L'été : la saison des infinis tiraillements. 

16 août 2021

Vivre : l'entre-deux


70 heures d'affilée sans pluie, c'était presque trop beau pour être vrai.


On était sur le point de croire que l'été pouvait commencer.

Déjà, on s'était mis à enfiler des sandales. Le soir, on scrutait les étoiles.


Après 70 heures, trente-six minutes et quelques secondes,
l'orage a éclaté. Ce fut un bel orage, un orage presque parfait.
L'avantage : cette année, pas une fois on n'a eu besoin d'arroser.