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29 sept. 2022

Voyager : une ville, la nuit

 

C'est beau, une ville la nuit, d'autres l'ont déjà dit, c'est fascinant, toutes ces lueurs, ces coins désertés, et ces places agitées. Pour connaître un lieu, il faut sans doute en traquer la luminosité, le découvrir très tôt le matin, et puis en plein midi et puis encore à nuit tombée.
 
 
(une ville est aussi belle quand doucement l'ombre l'appelle, la cueille, la saisit, petit à petit)
  
 
Les lieux ne vivent que par les présences, présences qui passent, qui se remplacent, qui s'effacent. Qui tremblent, qui vrombissent, qui s'évanouissent. On ne se sent jamais seul la nuit dans une ville. Il y a toujours une ombre lasse, qui se déplace, un frémissement, un cri, un crissement. Un appel que personne n'entend, un désespoir qui se rend, la demande de quelqu'un qui attend. Des gens qui se retrouvent, des pas qui se perdent.
 
 
Jamais la ville ne dort vraiment. Ses reflets palpitent, hésitent, reprennent vite la pulsion qui jamais ne quitte son cœur frémissant.

Le cœur des villes les conduit jusqu'au matin et elles recommencent alors leur rengaine habituelle. Comme si de rien n'était. Elles ouvrent leurs terrasses, les cafés offrent leurs tasses, les passants passent et repassent. Tout reprend dans un continuel mouvement.



28 sept. 2022

Regarder : sur les murs, les messages

 
shiFe / tag / centre ville / Padoue
 
No rain no rainbow
la sagesse en 4 mots 
 

27 sept. 2022

Voyager : des images dans la ville

 
Baptistère / Cathédrale de Padoue / Giusto da Menabuoi
 
C'est une ville où les images sur les parois médiévales sont étincelantes. A l'intérieur d'un baptistère ou de chapelles privées, elles ont la beauté d'un paradis retrouvé. On en perdrait la boule à trop vouloir les regarder. Sortant, on quitte avec difficulté le vertige qui s'est emparé de soi, Stendhal me comprendra, sentiment de retrouver la terre ferme après avoir failli se noyer. C'est une ville où l'on perdrait aisément la notion de l'espace et du temps.
 
 
Dans les rues, dans les coins plus précisément, on retrouve aussi d'autres images, moins élégantes, plus terre à terre, certaines se défont sous l'effet de la pluie et de divers outrages, d'autres ont surgi, à l'improviste, qu'on voit qu'on ne voit pas, on a l'impression d'en découvrir à chaque fois.
 

C'est une ville qui vit, qui déverse dans ses artères des flots de chiens, de pèlerins, d'écoliers et de vélos. On y cultive encore plus qu'ailleurs l'art de la discussion et l'art suprême de l'apéro. On tremble en la voyant découvrant promue dans toujours plus de magazines, vantée avec des couleurs sursaturées. On craint dès l'an prochain un excès d'arrivées prêtes à tout désarticuler, des flots de touristes envahissants évinçant les traditionnels croyants. On aimerait la préserver comme on la connait, depuis toujours, avec ses vendeurs de cierges, ses curés empêtrés dans leurs soutanes, ses fonds d'artichaut qui dansent dans leurs bassines et les clochers déployant leurs chants à toute volée par-dessus les cris des étudiants enfin diplômés. On la regarde comme un bien fragile, un chef-d’œuvre en péril, un enfant chétif à protéger. On savoure la fin de son été.



25 sept. 2022

Vivre : Still life / 122

 

Visiter une ville ne signifie pas s'intéresser uniquement à ses attractions et à la carte de ses restaurants, c'est aussi et surtout une question de regards, de détails et d'attitudes, conduisant à de stimulantes rencontres et de belles surprises. 
Le café Giotto, découvert par hasard un matin de safari photo, proposait des pâtisseries exquises et quelques bonnes idées de cadeaux. C'était aussi un lieu un peu spécial : on y vendait des produits réalisés en prison et reconnus en Italie comme de première qualité (leur panettone est classé depuis longtemps parmi les meilleurs produits dans la Péninsule).
Faire de l'expérience carcérale un moment de réinsertion et d'apprentissage, rien d'occupationnel mais un ensemble d'échanges positifs avec le monde extérieur et une opportunité pour les détenus concernés de gagner un salaire et de pouvoir soutenir ainsi leurs familles.
Une idée à encourager et à développer. Et de sublimes douceurs à tester (leurs glaces : à tomber!)

13 nov. 2018

Regarder : les couleurs des sentiments


Retrouvailles de Joaquim et d'Anne / Giotto / Chapelle des Scrovegni / Padoue


La Visitation 

 Nativité

Déploration / chapelle des Scrovegni / Padoue

Déploration / chapelle des Scrovegni / Padoue

Giotto, immense créateur, génial innovateur de l'espace. 
Avec ses drapés, ses postures, ses tonalités, Giotto plein de grâce. 
Giotto, surtout, sensible peintre des émotions humaines :
l'empathie amicale, l'expression de la tendresse conjugale,
le visage candide d'une Marie éblouie par son nouveau-né,
le désespoir sans pareil d'une mère face à son fils assassiné.
Les joies attendrissent, embellissent les douces carnations.
Les douleurs marquent les traits, vieillissent les personnages.
Tout s'anime, vit et meurt dans ces fresques sans âge.


(La chapelle est étroite et les fresques du haut difficiles à capter. Donc...
Photos1,2,3,4, 5 tirées du livre : Giotto. La capella degli Scrovegni. A cura di Roberto Filippetti, 2017
Photo 6 : Dad)

12 nov. 2018

Voyager : vers l'Est


Padova / Torre dell'Orologio

Tu lo sai bene: non ti riesce qualcosa, sei stanco e non ce la fai più. E d'un tratto incontri nella folla lo sguardo di qualcuno - uno sguardo umano - ed è come se ti fossi accostato a un divino nascosto. E tutto diventa improvvisamente più semplice..
Tu le sais bien. Rien ne te réussit, tu es fatigué, à bout de forces. Et, tout à coup, tu rencontres un regard dans la foule, un regard humain, et alors c’est comme si tu t’étais approché d'un élément divin caché. Et tout devient soudainement plus simple. Andrei Tarkovski 




Sur l'autoroute, en direction de l'Est, les camions tanguaient dans le brouillard tandis que les voitures valsaient entre leurs roues détrempées. Soudain, bien après Vérone, au moment de bifurquer, le soleil a fait un miraculeux come back. Nous avons retrouvé la ville alanguie sous les pas de ses passants peu pressés. Le long de ruelles pavées, des étudiants en T-shirt devisaient, courbés sur leurs bicyclettes ou rassemblés sur des murets. Blotti contre le Palazzo, le marché offrait des montagnes de châtaignes piémontaises et de kakis lustrés, quantités de cime di rapa, de puntarelle et de radicchio artistiquement bouclé. Les maraîchères bâillaient, pressées d'achever leur journée. Quelques clients promenaient des regards hésitants sur les étals pourtant alléchants. 

Près du baptistère, le musée diocésain était en train de fermer ses portes. Le bénévole à l'entrée nous a invités à revenir le surlendemain et vanté les charmes de Arquà Patrarca et de Villa dei Vescovi. Il insistait : nous devions absolument nous y rendre et il a tenu à noter scrupuleusement les lieux sur un bout de papier. Sur une paroi, près de l'entrée, une citation tirée du film Andreï Roublev et, face à la porte, un accordéoniste roumain particulièrement inspiré.



La nuit était déjà tombée mais il était bien trop tôt pour entrer dans une osteria (juste l'heure de s'arrêter sous les arcades boire une dernière tasse ou un premier verre). Nous avons marché longuement, parmi les ombres pressées, les pierres illuminées, les vitrines colorées de panettone et de marrons glacés. Nous sommes entrés dans la librairie Pangea, ouverte sur toutes sortes de départs, déclinant toutes sortes d'invites vers des paysages inconnus. Puis, trop fatigués pour nous mettre en quête de haute gastronomie vénète, nous avons terminé la soirée devant une pizza qui n'avait de divin que le nom et un verre d'efficace Cabernet.



Pour rejoindre notre hôtel, nous avons longé la basilique, rassurés par sa présence tutélaire. Comme une portée de chatons, les coupoles couchées sous une nouvelle couverture de brouillard semblaient désireuses d'apparaître sur la dernière photographie de la journée. Alors... nous les avons immortalisées. 

11 nov. 2018

Voyager : prêter attention


Padova / via San Francesco

Dans les villes de la plaine du Pô,
rester toujours sur ses gardes, car
le danger est souple, alerte et surtout : 
terriblement silencieux.

4 févr. 2018

Regarder : les histoires dans la ville




A Padoue, j'ai suivi le peintre de la nuit, celui qui habille la ville de petites histoires anonymes, 
celui que l'on ignore sans rien discerner ou celui qui vaut qu'on s'arrête pour regarder.
Celui qui fait partie des meubles ou de la poésie.

24 janv. 2018

Vivre : le serveur du caffè Pedrocchi




Il y a des êtres comme ça, qui illuminent le monde de leur cordialité. Il nous a reçus tout sourire dans ce café historique non dépourvu d’histoires au quotidien, monument classé et classieux, au centre du centre de la ville.

Contrairement à ses collègues du Florian, qui, à cinquante kilomètres d'ici, déposent devant vous leurs plateaux avec des mains gantées et des moues hautaines (tout en vous taxant de seize euros pour un English Breakfast), lui a les yeux qui brillent, s’inquiète de votre confort, vous prie de vous mettre à l’aise.

Près de la fenêtre : un couple de touriste anglophones termine son déjeuner en jouant les prolongations. Devant nous : trois Italiens élégants discutent d’affaires apparemment très complexes. A l'entrée, s'avance une jeune femme blonde, élancée, portant un manteau jaune à la coupe superbe; elle va s’installer dans un angle et commande une coupe de champagne pour accompagner son club sandwich. Un garçon et une fille, des écoliers dirait-on, sirotent un café après avoir déposé sur la banquette leurs sacs à dos monstrueusement bombés.

Il arrive avec nos théières, accompagnées d’une assiette de cantuccini encore tièdes et d’une bonbonnière en cristal contenant des biscuits frais du jour (petites attentions de la maison). Il nous confie qu’il partira dans quelques jours en train de Venise à Vienne (une ligne spéciale vient d’être inaugurée). On l’imagine heureux de partir (mais on l’imagine tout autant heureux de raconter son aventure quasi Orient-Expressienne à son retour). Le couple de touristes commande un dernier tramezzino en feuilletant son guide avec attention. La jeune femme se penche sur son téléphone.

Nous le complimentons pour la saveur des biscuits : il va immédiatement quérir le pâtisser pour nous le présenter. Un peu gênés, nous réitérons nos compliments. Le jeune homme dûment toqué rosit, comme ses macarons à la framboise. Nous faisons mine de partir. Le serveur s'exclame : de grâce, que nous restions juste un instant encore, le temps que le jeune écolier s’installe au grand piano à queue trônant devant la porte et nous joue un petit quelque chose. Nous avons droit à la première Gymnopédie (fort bien interprétée, ma foi). Puis à un morceau de Mozart (en avant-goût du voyage autrichien probablement).

Nous apprenons que l'adolescent est un excellent élève du Conservatoire et, à ce titre, autorisé à venir s’exercer de temps à autre sur ce magnifique instrument. Grazie! Complimenti! Le couple de touristes applaudit. Nous aussi, naturellement. L'aspirant soliste est ravi. La jeune femme blonde passe un mouchoir sous ses paupières humides (un amant infidèle, peut-être ? quelque obscure nouvelle ? ou alors, un souvenir sensible lié à Satie ?). Les trois Italiens se lèvent, ils semblent avoir enfin trouvé un accord, influencés sans doute par ceux du piano. Quant à nous, repus, adoucis par la musique et les biscuits, nous partons vers les fresques de Giotto, suivis par les notes, par la bienveillance du serveur, ses vœux et sa resplendissante bonne humeur.