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26 juin 2026

Vivre : interventions et cicatrisations

 
Christus und Magdalena im Hause des Pharisäers Simon, 1752  (détail)
Giovanni Domenico Tiepolo / la Residenz / Würzburg
 
Ce ne devait être qu'une banale intervention. Deux boules de graisse sur une patte avant. Trois fois rien. Le rendez-vous pour le retrait des fils avait été fixé dans la foulée. Il fallait compter une dizaine de jours. Trois fois rien vraiment. Mais! C'était compter sans son indéniable créativité, sa remarquable vitalité. Sa capacité à mordre violemment la collerette censée protéger la plaie de ses bactéries salivaires. Son aptitude à tromper notre attention et à sauter sur un mur d'un mètre vingt (faisant ainsi sauter les fils une première fois et nous obligeant à passer quatre heures un dimanche dans des urgences non climatisées). Comment il a réussi à déchirer les seconds points de suture, impossible de le savoir. Cela restera une  énigme. Comment il a été capable, de retour de chez sa vétérinaire, en à peine une demi-heure, de déchiqueter le pansement en trois couches qu'elle avait mis trente minutes à solidement emballer, autre mystère. Il n'a cessé, pendant un mois, de nous étonner, de nous stupéfier par ses capacités à se défaire obstinément de ce qui était mis sur pied pour l'aider à cicatriser. 
J'ai démembré plusieurs chemises de R. pour lui fabriquer au moyen des manches des protections destinées à prévenir les méfaits de sa salive. Un matin, au réveil, j'ai retrouvé le manchon par terre et sa plaie à nu, parfaitement délestée des vingt-deux agrafes qu'on lui avait apposées la veille. Il y avait devant moi le chien, le manchon, une plaie ouverte sur plusieurs centimètres, mais pas une seule agrafe en acier que sa soignante s'était décidée à lui poser avec une application exemplaire. Je me suis inquiétée, mais apparemment son tube digestif est tout à fait en mesure de retraiter ce genre de denrée. Il était en pleine forme. Il voulait juste qu'on le laisse jouer, sauter, gambader en toute liberté. Un troisième vétérinaire l'a fermement ragrafé. Hier, enfin, nous sommes retournés au cabinet pour le retrait des quatre dernières attaches métalliques. Naturellement, les trois premières sont parties aisément. Pour la dernière, il a fallu aller chercher du renfort et la pince spéciale pour extraction de broches, car elle ne voulait pas céder.
Il commence à être connu là-bas comme le loup blanc. Il fait copain copain avec toutes les assistantes qui l'adorent. Quand j'ai demandé en plaisantant au véto s'ils accordaient des bons de fidélité, genre la onzième consultation gratuite, il nous a offert la séance. Il faut dire qu'en un mois nous sommes devenus d'excellents clients. Tout cela est très sympathique. Ils sont tous extrêmement sympathiques. Mon chien est terriblement sympathique. Mais cette banale intervention, quelle plaie!
 

18 janv. 2026

Voyager : signes des temps

 

  
Il montait la garde devant la Libreria Acqua Alta. Fermement ancré à l'entrée,  bien dodu, il assumait des allures de pacha. Ces dernières années, toujours moins de chats aperçus dans les calli, très peu, alors que, robustes ou faméliques, tigrés ou tricolores, ils avaient longtemps fait partie de la mythologie de la ville
 
Par quel mystère Venise est-elle devenue en quelques années une ville de chiens ? Va savoir...
 
Des toutous partout. Des magasins pour toutous avec tout le nécessaire pour se faire bichonner, parfumer, shampooiner, habiller (combinaisons, manteaux, pyjamas), se laisser et se délasser, se faire transporter dans des sacs adaptés. Sur les campielli où naguère se coursaient des enfants, on aperçoit de plus en plus d'humains lançant des baballes à leur chien. Des chiens au format de plus en plus réduit, histoire de pouvoir les emporter partout avec soi : musée, restaurant, shopping, cinéma. 
 
A en voir partout, de ces toutous jouet ou substitut, on a beau aimer les clébards - les vrais - on sent monter comme un rejet. Il est vrai que les canidés, on les aime nature, qui se roulent dans la gadoue, se reniflent, s'ébrouent, qui sentent bon le poil mouillé et l'os rongé. Alors, quand on aperçoit un authentique chat vénitien, imposant et pensif, apparemment fidélisé à plusieurs cantines du quartier, on sort son appareil et on lui tire le portrait. 
 
 

 

24 oct. 2025

Vivre : trois fois par jour (au moins)

 

quoi qu'on annonce, quelles que soient les mises en garde,
une journée d'intempéries n'est jamais dépourvue d'éclaircies
 (reste alors à découvrir le bon créneau pour sortir)
 

20 sept. 2025

Vivre : complexités d'equinoxe

 
Portrait de famille de Ferdinand IV (détail) / Angelika Kaufmann / Capodimonte / Naples


 On est en pleine bascule. L'équilibre parfait. Le soleil assure ses douze heures de présence durant la  journée..Les nuits sont merveilleusement étoilées. Les oiseaux l'ont compris qui ménagent leurs effets. Comment  lui expliquer, à lui, que c'est à sept heures 15 qu'il devrait se (et nous) réveiller ?
 

22 avr. 2025

Vivre : la contamination

 
L'Adoration des Bergers / Bartoldo di Fredi / Musée du Petit-Palais / Avignon
 
Les salmonelles, quelle expérience! Après une semaine de réveils incessants, monter comme des somnambules ouvrir la porte du jardin, attendre, redescendre à tâtons, enfin une nuit de huit heures d'affilée! quelle bénédiction! 

2 janv. 2025

Vivre : dure, dure vie de chien

 

 
Ok. Il a erré sur des routes durant ses jeunes années (disons : ses premiers mois). Ok. Il s'est retrouvé livré à lui-même et affamé. Il a dû lutter et lutter pour trouver à s'alimenter. Mais... là, il y a prescription. Depuis cinq ans, il en est à trois repas par jour. Plus goûters et friandises (officiellement, pour sa sévère véto, les yeux dans les yeux, il ne se met à l'écuelle que matin et soir). Il ne pense qu'à bâfrer. Il ne fait que renifler. Il harcèle sa dog-sitter pour obtenir du rab à longueur de journée. En ville, il va quémander des parts de sandwiches aux gens en train de déjeuner. Il me fout la honte en allant voler les boulettes des chats voisins. Il peut déceler une lichette de jambon à 200 mètres et tenir mordicus à se l'approprier.
Hier, quand il s'est mis à grimper dans un arbre pour attraper un reste de viande lancé au renard et resté agrippé à une branche, il m'a vraiment scotchée. J'ai cru qu'un ptérodactyle s'était échappé de Jurassica. Il est comme ça. Il a un trou à la place de l'estomac. Il creuse des kilomètres dans les terriers et un découvert dans mon budget. A part ça, il est adorable avec ses grands yeux innocents, implorants... surtout devant les propriétaires qui gardent quelques croquettes dans la poche de leurs blousons.

5 oct. 2024

Voyager : la farmacia Dupre' à Rimini

 
Finalement, à la troisième tentative, nous avons trouvé notre médicament miracle. La pharmacienne nous a accueillis avec humour et biscuits. C'était une militante fervente. En sortant, nous avons découvert sur la vitrine une série d'affichettes, dont celle-ci :

Fais preuve d'humanité. Cet été ne pars pas sans lui.
Ne l'abandonne pas. Ne le laisse pas tout seul.
 
 
Sans toi ton mari ne pourra jamais s'en sortir.
 

6 sept. 2024

Vivre : une vie de chien

 
 

 
C'est sans doute parce que je le délaisse le plus souvent possible qu'il est si attaché à moi. 

6 mars 2024

Vivre : histoire sans paroles

 

Le soleil a émergé depuis longtemps. Nous avons et nous prenons tout notre temps. Au loin, le Jura perce la brume. Comme des navires, des villages, des routes nous tracent un horizon. Lui, va et vient, mène la vie qui lui convient. Insouciant, il trottine. Librement, il renifle. Il cours, il course, il batifole. Le suivant des yeux, me voici toute oreilles. Je perçois ses pas fouler l’herbe nouvelle, érafler parfois une feuille qui s'étiole, craquements, froissements, frémissements. J’entends - je sens - le souffle du vent, les papillonnements de l'oiseau qui orne le ciel de ses élans. Dans les arbres, les chants, les pépiements, dans leur enclos,  le souffle des deux chevaux arrachant mollement des brins aux pâturages embaumants. Et à nouveau ses foulées qui s’aventurent, qui folâtrent négligemment le long de sillons imaginaires. Et encore ses pattes, courant, zigzaguant parmi les fleurs naines. Quelque part, encore un battement d’aile. Aucun horaire à respecter, aucun besoin de houspiller. Il s'ébat heureux parmi les premières primevères et l'écouter gambader remplit de bleu toute ma journée.

10 août 2022

Vivre : en sa compagnie

 
détail fresque / G.B. Tiepolo / La Residenz / Wurzburg

 
Caramba! Il adore se rouler dans les champs. Il s'y roule avec bonheur et ce bonheur fait plaisir à voir. Vraiment. Sauf que... 
ces derniers jours, entre deux récoltes, et de part en part, les paysans ont épandu leur fumier... un fameux fumier... dès lors... 
il flotte dans ma voiture... sans parler de notre habitat... sans compter notre chambre (où il aime passer nous souhaiter une douce nuit)... 
une délicate senteur de... vie campagnarde... une authentique émanation de patrimoine sensoriel... supérieure à n'importe quel Chanel...

5 mai 2022

Vivre : drôle de zèbre

 



Ces derniers temps, on voit fleurir dans le ray-grass d'Italie de drôles d'éléments mal identifiés.
Il m'arrive de m'inquiéter : se pourrait-il qu'un jour on retrouve dans un ballot notre impulsif  Mister P. ?





15 févr. 2022

Vivre : visions des choses

 

Le repas chez Levi (détail) / Le Véronèse / Accademia / Venise

Sur les rives qui font face à la Douane de mer, c'est une petite Husky qui a attiré mon attention. Elle se refusait à avancer, se retournait sans cesse, remuait la queue pour manifester sa tendresse à l'énorme berger qui progressait lentement derrière elle. Il boitait. Il peinait. On voyait une longue trace rouge le long de sa cuisse droite. S'était-il blessé ? Avait-il pu être soigné ? Son maître se tenait courbé, paraissait découragé. Un mendiant ? Un homme sans foyer ?

Plus tard, sous nos fenêtres, le même couple chien-humain a traversé le campo dans la nuit qui tombait.
 
(il faut que je cesse de me tourmenter pour ce genre de chose, mais je ne parviens pas à me dire que ce n'est qu'un chien, qu'un oiseau, qu'un être inconnu. Le vivant est un et n'est jamais qu'un)
 
Le lendemain, n'y tenant plus, je me suis adressée à l'homme pour prendre des nouvelles. Il a levé un regard humide vers les rayons d'un ciel trop bleu. Braco avait douze ans. Il souffrait d'un cancer de la peau. On lui administrait de quoi soulager ses souffrances. Quand j'ai prononcé son nom, le bel animal a montré ses yeux. On y voyait la peine qu'il avait à devoir bientôt abandonner son maître. Alors il s'efforçait de le promener, encore un peu. Encore quelques balades. Juste le temps que son compagnon puisse se faire à l'idée...

13 mai 2021

Vivre : les terriers

 
 
Désormais, dans les premières lueurs du jour, aux chants,
aux croassements, aux roucoulements, aux zinzinulements,
aux trilles, aux cris, aux symphonies, aux gazouillis, 
aux trémolos, aux vibratos, aux différents signaux, 
aux pépiements, aux piaillements, aux gloussements, 
aux hululements, aux piaulements se mêlent mes sifflements :
à force de s'acharner, le bougre finit par s'égarer au plus profond de la forêt.
 

29 mars 2021

Vivre : avec lui

 
Chien endormi sur coussin / Susanne Valadon / fondation pour l'Hermitage / Lausanne
 
 
Un chien : une façon d'être seul sans jamais - jamais - se sentir seul. 


18 mars 2021

Vivre : des autos et des toutous

 
Portrait de Diane, levrette de Bergeret de Grandcourt / François André Vincent / MBAA / Besançon
 
A la station, l'homme, ayant baissé sa vitre, m'a apostrophée depuis son immense SUV rutilant :
- Pouvez pas vous avancer d'un mètre que je prenne mon essence ?
Étonnant comme certaines personnes semblent s'identifier à ce qu'elles possèdent (ou paraissent posséder, car une voiture neuve a de fortes probabilités d'appartenir davantage à un établissement de leasing qu'à son conducteur). Le fait est que de plus en plus de gens se retrouvent à conduire seuls, en ville, ces grands rafiots surélevés, prétendument propres puisqu'étiquetés "hybrides" et occupant de plus en plus de place. "Je conduis (un truc énorme et cher) donc je suis" : voilà apparemment la devise du moment.
- Mais bien sûr, si c'est demandé poliment. 
"Bonjour" et "s'il vous plait" n'étant pas arrivés, j'ai continué de faire mon plein tandis que le monsieur changeait rageusement de colonne.

- Le vôtre, c'est quelle race ? demandent régulièrement certains propriétaires de chiens avec pédigrée, cachant mal leur fierté de promener à la laisse un braque de Hongrie ou un lévrier afghan Quelle que soit leur mise, leur vocabulaire, leur langage, ils semblent avoir de la peine à empêcher leur menton de se hausser de quelques millimètres tandis qu'ils dégainent la marque de leur cabot.
- Un braque des Abruzzes, affirmons-nous en chœur quand la personne en face se révèle décidément trop snob. Elle en reste tout abasourdie, n'osant trop avouer que, de cette race, elle n'a jamais entendu parler.
- Un sympathique mélange, recueilli sur les routes en Italie du Sud, répondons-nous en entamant la conversation avec quelqu'un d'ouvert pour qui un chien est avant tout un compagnon de vie et d'aventure.

L'autre jour, un homme qui nous faisait de grands signes pour nous demander de tenir P. éloigné de son clébard, nous a expliqué :
- Vous comprenez, il est bagarreur, c'est une occasion : je l'ai pris quand il avait six ans. ça fait seulement deux ans que je l'ai.
Son toutou avait tous les atouts pour s'entendre à merveille avec P. Ils auraient pu passer un bon moment ensemble à folâtrer sur la plage. Malheureusement, l'occasion a été perdue.

Voiture. Chien. Quartier. Certains ont besoin de diverses marques distinctives pour se sentir être quelqu'un. Ils cherchent résolument à l'extérieur les signes intérieurs qu'ils ne sont peut-être pas assurés d'avoir acquis pour de vrai.

21 févr. 2021

Vivre : la robe

 
détail / GB Tiepolo / Plafond de l'escalier d'honneur / Residenz / Würtzburg

Il passe à la tendance printemps/été.
Autant dire qu'il y a pas mal à aspirer.

10 nov. 2020

Vivre : tout à fait son genre

 
César franchit le Rubicon / Wilhelm Trübner / Belvedère Museum / Vienne
 
Dire qu'il a suffi d'un instant - quoi? quinze ou vingt secondes, le temps que j'aille chercher une bricole en bas, le temps que j'entende un léger, tout léger et néanmoins alarmant, son de vaisselle entrechoquée - à peine étais-je remontée, je l'avais retrouvé sur son tapis, en position du sphinx, l'air étrangement placide. L'assiette était à sa place sur le plan de travail, peut-être à peine déplacée, et certainement à moitié vidée. Nul doute : il avait apprécié en fin connaisseur les madeleines pur beurre, parfumées à la fleur d'oranger avec un soupçon de vanille, aériennes et dorées à souhait, saupoudrées de sucre glace, des nuages encore tièdes, des délices de suavité ... 
A le voir couché, en toute innocence, les yeux fixant vaguement un point au fond de la pièce, je me suis demandé si je lui avais choisi le bon prénom : n'aurais-je pas dû l'appeler P...roust ?

23 oct. 2020

Vivre : au fond du terrier

 
Chambre des Époux (détail) / Andrea Mantegna / Palais ducal / Mantoue
 
Tellement acharné, parfois, tellement décidé à en découdre, que je ne serais pas étonnée 
de recevoir un jour un appel d'Australie m'informant que cet affreux jojo y a été retrouvé.

 

 

17 août 2020

Vivre : leçon d'humilité


Dans une rue de Padoue
 
Devant l'entrée du théâtre olympique à Vicence, un jeune homme souriant plante les freins, pose le pied à terre, s'adresse à moi avec une émouvante requête.
Entrant dans un restaurant, un homme d'une stupéfiante beauté, la quarantaine, élégamment habillé, se tourne dans ma direction et s'exclame : Oh! Amore!
Sur un trottoir, un retraité bien mis, très digne,se penche, implore humblement le droit à une caresse (il sera snobbé).
Il en va de même pour des femmes, de tous âges et de tous milieux.
Tout ce petit monde succomberait-il à mon charme ? Aurais-je lieu de booster ma vanité ? Eh non,  hélas, non ...
C'est mon chien, P., étonnant et sublime croisé, avec des yeux et une silhouette à craquer, qui attire toutes ces attentions (et des faveurs par milliers).

25 janv. 2020

Vivre : à poil



Notre plage préférée est celle que les vieux du coin désignent, avec un ton légèrement teinté de mépris, comme celle "des Nudistes". Un peu à l'écart, on y accède par un petit sentier dans les marais, longeant un ruisseau qui chante son bonheur à tue-tête, accompagné par les martèlements des pics-épeiche et les cris d'autres ovipares aux aguets. 
Ces derniers temps, le seul être à poil sur les lieux est celui qui se met à tourner en cercles concentriques sur le sable, tel un sauvage, émettant des grognements barbares, menant une sarabande endiablée, surexcité par la moindre trace de gibier.