Bordeaux / Cour Mably / 2016
A
Bordeaux, je désirais obstinément photographier la
délicate relation entre le ciel et la pierre tendrement beige. Les longues bandes d’immeubles pâles et classieux, surtout celles en front de
Garonne, forment un doux paysage urbain qui me fait rêver. Mais j’ai dû
renvoyer ce projet à un prochain séjour : les rafales, les ondées et les
averses finissaient immanquablement par nous ramener dans les musées et les
librairies.
Chez
Mollat, le choix était renversant. R. se montrait stimulé par toutes ces
propositions et voulait emporter la moitié du magasin. Quant à moi, je
subissais l’effet saoulant de toutes ces couvertures aguicheuses et de leurs
quatrièmes aux contenus très divers. Au bout d’un certain temps j’étais comme
prise de vertige. J’ai toujours pensé que trop de livres tuent le livre et préféré une petite librairie présentant des choix avisés aux grands
salons où je me perds et ne sais plus où donner de la tête. Au final, je me
suis décidée pour trois ouvrages.
Foutez-vous la paix de Fabrice Midal, que je
destine à ZB pour son anniversaire. En ce moment, impossible d’éviter le
message : on le retrouve sujet de bon nombre d’articles
et en bonne place dans bien des devantures. Mais j’apprécie F. Midal depuis de
nombreuses années et je crois que cette lecture pourra offrir quelques
ouvertures à ZB, toujours perfectionniste, désireux de donner le meilleur de
lui-même et… qui doit faire face aux fortes exigences de son travail.
Une année à la campagne, de Sue Hubbell (NRF, 1988)
est un livre que j’avais emprunté il y a au moins… vingt-cinq ans et que je
n’avais jamais oublié. Je l’ai retrouvé réédité chez Folio. Il y a des livres
comme ça. On les lit, ils restent gravés dans notre mémoire. On en garde comme
un regret, avec au fond de soi le souvenir de quelques passages, de quelques
anecdotes. On se dit qu’on aimerait les retrouver, sans plus se rappeler du
titre, ni de l’auteur. (A l’inverse, il y a ceux qu’on oublie instantanément
après les avoir quittés, qui nous ont si peu marqués qu’on peut les racheter
quelque temps après sans se douter qu’on les a déjà lus, des livres pas
forcément mauvais, ni mal écrits, seulement des livres qui ne nous parlent pas
et auxquels notre mémoire est imperméable). Ce bouquin-ci, c’est l’histoire d’une
biologiste qui a quitté un jour la ville, pour devenir apicultrice dans les
monts Ozarks, au sud du Missouri. S’étant séparée de son époux, elle raconte au
fil des saisons sa vie solitaire mais non isolée : on la voit, dure à la
tâche, se lier aux habitants rudes de ces régions, réparer son vieux pick up cuvée 1954, désensibiliser son futur aide aux piqûres d’abeilles. C’est un livre didactique, savant et divertissant tout à la fois. Je me réjouis de relire cette femme
de caractère, à l’écriture colorée et efficace.
Enfin,
j’ai déniché Chez soi. Une odyssée de
l’espace domestique, de Mona Chollet, journaliste au Monde diplomatique.
Je cherchais depuis longtemps un livre comme celui-ci, bien écrit, sans être pédant, qui ne soit pas une étude sur l’habitat, mais qui traite de l’habitat vécu. Le livre de M. Chollet développe des idées originales et déconstruit pas mal de préjugés sur notre manière de vivre dans nos maisons. Elle valorise « la sagesse des casaniers », remodèle notre vision de la cohabitation, ainsi que du travail domestique (l'auteure lui rend ses lettres de noblesse en le définissant comme un indispensable déblayage qui nous concerne tous, hommes ou femmes . « L’esprit se désencombre, l’énergie
se renouvelle, l’horizon se dégage »). Le livre s'achève par un chapitre sur l'habitat idéal. De quoi stimuler l'imaginaire..
La
météo, si peu clémente à Bordeaux, peut maintenant venir faire des ravages dans ma région. Je bloque d'ores et déjà des plages de lecture, allongée dans ma méridienne et prête à faire main basse sur les derniers cannelés.