A l'aller, au retour, la montagne nous accueillait, un peu rêveuse, un peu détachée, comme éreintée par toutes les visites de l'été. Blanche-Neige lassée de trop d'hommages au charme incertain, elle semblait attendre paisiblement le sommeil qui l'envelopperait jusqu'à l'été suivant. Passez un bon hiver! nous lançaient les tenanciers du dernier café ouvert. On sirotait une dernière fois leur énergique breuvage en observant le lac dans lequel se miraient des contrevents cloutés. On se réjouissait de ces derniers passages, on ralentissait, on se permettait quelques coups de freins (au grand dam de quelques nordiques Européens pressés de rentrer ou alors impatients de revoir la Méditerranée). L'aigle planait, désolé, affamé : plus de marmottes en vue pour son déjeuner. Les cimes se laissaient embrasser du regard. On se sentait attendris, hésitants, étrangement bouleversés, mais le temps était venu de quitter ces lieux, grands maîtres en sérénité.
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14 oct. 2022
27 août 2017
Voyager : vers la mer
En
descendant le col, sur le versant italien, la route caresse les flancs de la
montagne et il semble qu’on puisse effleurer du doigt les fleurs carmin et les
herbes riches, qui font les délices des bovins éparpillés.
Niché
dans un virage, le petit bar avec son curieux Pinocchio articulé, avec ses
drapeaux multicolores, accueille à la belle saison sa clientèle bigarrée :
gardes-forestiers, motards harnachés, touristes de montagne quasiment arrivés,
touristes balnéaires, pas près d’être rendus, mais un rien exaltés, bergers taciturnes.
J’ignore pourquoi, mais cet endroit un peu kitsch, un peu désordonné, cet
endroit somme toute ordinaire, possède un extraordinaire pouvoir d’apaisement.
Il
y a des lieux comme ça : l’eau y chante doucettement, les mots y dansent
et s’envolent dans l’air aromatisé, chargé de nonchalance. La musique en
sourdine rappelle inévitablement d’anciens étés aux jupes légères et bariolées. Il y
a des lieux comme ça, bénis, indémodables et démodés, où le temps semble s’être arrêté et que l'on quitte toujours avec regret..
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