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13 juin 2026

Ecouter / Lire : on peut être ami avec des arbres, un paysage...

 
Toscane / région de Pienza / 2016
 
Parfois, une seule écoute ne suffit pas. C'est comme pour un texte ou un morceau de musique. Il faut y revenir, y retourner encore pour commencer à apprivoiser une personne et sa pensée. L'autre soir, Sylvie Germain était l'invitée d'Eva Bester à l'occasion de la sortie de son roman "Murmuration" et d'un cahier de l'Herne qui lui est consacré. A entendre quelques uns de ses propos, on avait envie de mieux la connaître. Envie aussi de commencer à lire cette écrivante (ou scribe selon ses propres termes) que l'on ne connaît pas. Quelques citations : 

J'ai le besoin de voir le plus souvent possible de la peinture. En général je sors régénérée d'une exposition. Malheureusement dans les expos maintenant il y a le problème de la foule : il faudrait pouvoir approcher les œuvres ... et pour bien regarder on a besoin d'un certain silence, d'un certain calme.  
La force de la poésie c'est, en peu de mots, le fait de pouvoir concentrer quelque chose de très fort, de très pertinent.
Il y a des amitiés pas seulement entre contemporains, heureusement. On peut avoir des amitiés avec des gens qui sont morts On peut être ami de gens qui sont nés et qui sont morts des siècles avant nous. On peut être amis d'Homère, de Kafka, de Proust. De Rembrandt. Chacun choisit ses amis. Cette idée d'amitié, c'est quelque chose de très ample, et d'ailleurs on peut ressentir des formes d'amitié sur un autre plan, avec des arbres, un paysage, des animaux aussi. 
C'est important d'être en amitié avec soi-même. A peu près. On peut s'engueuler soi-même, on peut ne pas toujours être d'accord avec ce qu'on fait mais il est important d'être à peu près en paix.
 
Elle a parlé aussi des rencontres très furtives que l'on peut faire et qui restent marquantes à travers des décennies, comme un homme inconnu qui vous prend la main dans une gare et a besoin d'une étreinte avant de disparaître à jamais. Ou une femme, tout à fait banale en apparence, qui transpire la bonté. "ça fait partie de nos vies, ça aussi". 

Non. Tendre l'oreille une fois ne suffit pas. Les podcasts ne se ressemblent pas. Ils ne se consomment pas à la chaîne. Ils sont des ouvertures en mots parlés sur des œuvres en mots écrits. Ils méritent qu'on leur prête toute l'attention qui leur est due. 
 

3 déc. 2025

Ecouter : loin des rêves de pacotille

 

Quand le Book Club diffuse Dans la bibliothèque de, je manque rarement un épisode. J'aime ces portraits de personnalités du monde de la culture - des portrait chinois en vérité -, même si je dois admettre qu'ils me touchent de manière différente, et même que certains parfois m'indiffèrent. A d'autres moments, je me sens en connexion totale. C'était le cas vendredi dernier avec Florence Loiret Caille, une actrice qui trace son chemin loin des paillettes et des flashes, que j'apprécie encore plus depuis que je la connais un peu en tant que lectrice.
 
Parmi les cinq œuvres qu'elle a choisi de présenter, il y avait Quelques messages personnels, de Pierre Clementi. Un recueil de textes écrits suite à l'emprisonnement de celui-ci à Rome entre 1971 et 1973. Un livre réédité en 2005, mais pas forcément facile à trouver en librairie. L'invitée introduit sa lecture en relevant combien sont rares les acteurs qui ne font pas de compromissions avec le système. "A vrai dire, je n'en connais pas."  ajoute-t-elle en profitant d'évoquer ses  valeurs de manière indirecte. 
 
Avant de transcrire le passage lu par F. L.C., précisons que l'auteur de ce journal a été libéré au bout de 18 mois passés dans les prisons de Regina Coeli et Rebbibbia et expulsé d'Italie. Il avait été condamné pour détention de drogue - en quantité relativement faible - lors d'une perquisition à son domicile. Avec recul, il apparaît que le système judiciaire avait profité de ce procès très médiatisé afin qu'il ait fonction d'exemple. Libéré de cette expérience éprouvante pour insuffisance de preuves, Pierre Clementi n'a été innocenté que trois ans plus tard. 
 
La plupart des acteurs qui "percent" n'y résistent pas. Ils pénètrent dans l'Olympe, ils prennent place au rang des demi-dieux, ils croient eux-mêmes aux mythes qui les déifient et qu'ils alimentent, qu'ils reconduisent par le spectacle de leur vie publicitaire.
 
Ces idoles - je hais la chose et le mot - peuvent-elles susciter autre chose que des rêves de pacotille, des songes creux, désirs de luxe, d'ostentation, de vanité, de fric, qui intoxique les jeunes esprits bien plus clairement que toutes les drogues.
Le voilà, le véritable opium qui détourne les énergies de la voie créatrice, qui assèche les cœurs, qui mobilise les forces vivantes vers l'objectif mesquin et négatif de la "réussite individuelle".
 
Je crois qu'il est beaucoup plus important, pour celui qui est acteur, de devenir un homme véritablement, d'apprendre dans la simplicité de la vie quotidienne à communiquer avec  ses  frères, d'aider par son travail à mettre en lumière la part du monde qui est vérité et non celle qui est toc, préfabriquée, illusion. 

L'acteur est le représentant de l'inconscient collectif. Son travail permet à chacun de prendre conscience de son bonheur ou de son malheur, de tenter de perpétuer l'un ou de faire cesser l'autre pour retrouver le sentier de la joie. L'acteur peut être l'étincelle qui donne naissance à un foyer où chacun pourra puiser un peu de chaleur ou d'énergie pour continuer son voyage. 

Je pense que l'art doit être au service du peuple et c'est pourquoi il me semble qu'il est inconciliable avec le statut de l'idole, qui est au-dessus du peuple, qui le domine et qui l'humilie, qui se fait servir par lui.
Je vois l'artiste comme un ouvrier parmi les autres. Il doit accomplir sa tâche quotidienne de représenter les joies et les  souffrances avec sérieux et humilité. Il doit aussi ne pas cesser de chercher, de développer son expérience et ses connaissances et ne pas s'arrêter surtout aux buts et aux moyens que lui donnent le système. S'arrêter, c'est mourir. 
(en tendant l'oreille, on perçoit les petits sons d'approbation de Marie Richeux, qui semble écouter avec délices le texte) 
(on visualise aussi cette publicité horripilante, aux commentaires vains, matraquée ces dernières semaines, dans laquelle des acteurs hollywoodiens vantent la possession d'une montre  à couronne dorée, une de ces montres sans laquelle, après cinquante ans, tu peux être sûr d'avoir gâché ta vie, ah, ah!)

Quelques messages personnels, Folio / Gallimard, Paris, 1973; 2005 (réédition)
Extrait : pages 96-98 
 
 

21 juil. 2025

Ecouter / Vivre : sons et coïncidences

 
 Pochette avec dessin de l'artiste
 
Je ne connaissais pas Lhasa, et le matin où j'ai entendu une de ses chansons pour la première fois, j'ai été envoûtée par cette poésie forte, portée par une voix dense. Or, il se trouve que, juste quelques minutes auparavant, une phrase de Charles Pépin sur France Inter avait retenu toute mon attention : "Le corps nous rappelle combien notre vie est fragile et combien nous devons prendre soin les uns des autres [...] notre corps nous rappelle à nos limites, à notre finitude". 
 
Lhasa de Sela, chanteuse à la belle plume et à la silhouette menue, est décédée à l'âge de 38 ans en 2010 d'un cancer du sein et le corps d'une de ses sœurs, Ayin, qui était acrobate, a vivement réagi à l'annonce de cette maladie. Sa mère a confié au site d'information LaPresse : "Peu de temps après le diagnostic de cancer de Lhasa, Ayin, qui était une spécialiste du fil de fer, a souffert d’un cavernome - une malformation des vaisseaux sanguins dans le cerveau - qui lui a fait perdre son sens de l’équilibre. Elle a dû abandonner le cirque." 

Ayin s'est reconvertie ensuite vers d'autres équilibres et d'autres harmonies. Elle crée maintenant des parfums. C'est souvent par d'étranges connexions qu'on découvre des trajectoires de vie et les membres de cette fratrie Karam De Sela sont infiniment captivants par la richesse de leur parcours. Issus d'une lignée de migrants, aux origines mexicaines, russo-polonaises et libanaises, élevés en nomades, peu scolarisés durant leur vie bohème mais stimulés à puiser dans toutes leurs ressources, ils se sont tous tournés chacun à sa manière vers l'expression créative. Pour en savoir plus sur leurs histoires fascinantes :
 
La route de Lhasa (1972-2010)  / France Culture / 20.08.2021
 

19 avr. 2025

Ecouter : la sagesse des anciens

 
César / Musée Arles antique / Arles
 
Écouter une interview d'Erri de Luca est toujours une délectation. Avant-hier soir, invité à la Vingtième heure, il a évoqué un ami très proche, disparu il y a quelques années déjà, Gian-Maria Testa et il a dit à propos de leur relation : pour connaître quelqu'un, il faut avoir mangé un kilo de sel ensemble (la facétieuse Eva Bester lui a rétorqué : "pas durant le même repas, quand même!"). Cette expression, c'était  un dicton que répétait mon grand-père, qu'avait repris à son tour ma mère et que j'ai fait mien depuis longtemps.
C'est vrai qu'il faut du temps, un temps essentiel de partage, avant de pouvoir se dire amis, avant de pouvoir se faire confiance. L'amitié se tisse dans la constance, traverse des turbulences, se construit sur la durée. On est loin des amitiés comptées par milliers, des clics qui valent des claques, des déclarations pathétiques. Cela vaut pour les amitiés, mais aussi pour tout type de relation : c'est au long cours que  les gens se révèlent.
Toute de l'interview est un voyage d'une grande profondeur à travers les questions de langue, de justice et de légalité, de vieillissement. Le dernier livre d'Erri de Luca, coécrit avec Inès de la Fressange, s'intitule en italien "L'età sperimentale". L'écrivain explique à Eva Bester qu'il a pu se trouver des modèles dans sa jeunesse, mais qu'il n'en a aucun pour faire face à sa vieillesse. Personne ne l'a préparé à cette étape de sa vie. D'où la notion d'âge expérimental.
Première diffusion en mai 2024. Posologie : réécouter à volonté.
 

29 mai 2024

Lire / Voir / Ecouter : revoir, relire et écouter encore

 

 
Je visionne une nouvelle fois Contes du Hasard et Drive my car de Hamaguchi. Quelle délicatesse dans le jeu des acteurs, quelle subtilité dans les dialogues et le déroulement du scénario! Des bijoux que je pourrais voir et revoir sans jamais me lasser, car il y a toujours un détail qui m'avait auparavant échappé  (je préfère ne pas parler du récent Le mal n'existe pas, dont je suis sortie avec consternation : ça ne pouvait pas être le même cinéaste, il devait s'agir d'un homonyme!). Sur ma table également, Notre petite sœur, de Kore-Eda et Perfect Days, de Wenders. Ces images, ces mots, ces histoires sont des maisons dans lesquelles j'ai besoin de me réfugier certains soirs, pour y trouver sérénité et réconfort.

Je réécoute des podcasts récents, et certains autres datant de deux, trois ou même cinq ans. Je me souviens précisément de certaines interviews, et parfois même d'une seule phrase, marquante au point, que j'ai besoin de l'entendre une nouvelle fois dans son contexte, pour rejoindre à chaque fois un peu différemment celle ou celui qui parle. Acteurs, écrivains, chanteurs,  tandis qu'ils évoquent leur monde, ont tous quelque chose à m'apprendre. A travers les ondes circule un sentiment de proximité ignorant les frontières, les milieux, les années.

Je relis Elixir, le troisième tome de la tétralogie écrite par Kapka Kassabova, laquelle effectue, sur divers territoires balkaniques, un retour à ses origines qui tient à la fois d'un récit de voyage, d'une autoanalyse et d'un plaidoyer pour l'unité au sein du vivant. J'avais déjà parlé ici de L'écho du lac, son précédant livre. En la suivant à travers ses explorations, on est frappée par sa recherche obstinée de sagesse et de fraternité. L'écrivaine est une véritable passeuse et une authentique voyageuse qui sait interroger les lieux aussi bien que les personnes. Au fil des pages émerge une question essentielle : Quelles sont les qualités qui font un bon écrivain ou une bonne écrivaine de voyage ?
Il y a le don d'écrire, bien sûr, de poser des mots sur des situations et des personnalités, à travers un style personnel, une recherche à nulle autre pareille. Raconter sans juger, instruire sans frimer. Il y a les motivations qui poussent à partir, certainement. L'endurance, la ténacité aussi. L'esprit de débrouillardise, la juste évaluation des dangers, la faculté d'adaptation. L'aptitude à s'approcher et à nouer du lien, qui va de pair avec l'ouverture, la capacité d'empathie, l'accueil des différences.  
En relisant Elixir, ouvrage géopolitique et historique, botanique et écologique tout à la fois, j'ai saisi toute la force intérieure qui est nécessaire pour pouvoir affronter les récits de souffrances. Il ne suffit pas de s'avancer vers des inconnus avec le désir de comprendre. Il faut encore être capable de les entendre (des tracés de vie au sein des Balkans, terres conquises, bouleversées par tant de changements, d'horreurs, de ravages). Et l'écrivaine sait aller à la rencontre de ces territoires et de leurs histoires, tout en se trouvant loin, très loin de ses repères et de ses appuis habituels.
J'attends avec impatience Anima, dont la sortie est prévue en Grande-Bretagne à la fin de l'été. J'attends et dans cette attente, je reprends.
 
Avec ces re-, ces retours, j'ai l'impression de faire comme en couture : quelques points en arrière pour consolider le travail et m'assurer de sa tenue. L'approche d'une personnalité, d'un concept, d'une relation exige du temps et de la patience. Je serais incapable de plonger dans une œuvre,  puis de cocher une case définitive "lu", "entendu", "vu"comme d'autres disent avoir "fait" un pays, avant de vite passer à autre chose. Je me cabre à l'idée d'une course en avant, pour être sûre de ne jamais manquer le TGV des productions dont on nous abreuve. Cela me ramène constamment à une seule et même question : pour qui, pour quoi fait-on les choses ?

 

19 mars 2024

Ecouter : la force d'une chanson

 

 
La voix douce et apaisante de Chloé Delaume, la mélodie sucrée façon aéroport : on dirait une chansonnette pour cabines d'essayage.. jusqu'à ce qu'on perçoive les mots banals et violents. Toute la force des chansons est là : dans la puissance d'évocation laissée à ceux qui tendent l'oreille. Elles fournissent la base d'une histoire. Quelques notes, quelques mots, et cette histoire à chacun de l'habiller par son pouvoir de création, à chacun de trouver la meilleure combinaison au scrabble de son imagination. Une chanson, c'est tellement plus fort qu'un roman. 
Pour ma part, c'est sans lithium, sans RTT à récupérer, mais avec grand besoin de romanité que je bifurque vers le Sud retrouver de quoi fabuler.

9 mars 2024

Ecouter / Voir : apical, grasseyé, fricatif, guttural ...

 
R avec résurrection du Christ tiré d'un graduel de Nerio / XIVe s. / Bologne

On a autant de vies qu'on parle de langues.
Ou : Pour chaque langue que l'on parle, on vit une nouvelle vie. 
Celui qui ne connaît qu'une seule langue n'en vit qu'une seule .
Proverbe tchèque

 
Ai écouté cette semaine deux podcasts (aux tonalités légèrement différentes selon l'intervieweuse) concernant le dernier documentaire de Nurit Aviv, une enquête sur la lettre R intitulée Lettre errante. En 52 minutes, la cinéaste se confie à propos de ses propres relations au R, marqueur de trajectoire et signal d'appartenance selon la prononciation adoptée. Elle donne aussi voir et surtout à entendre six entretiens avec des personnes actives dans le domaine de l'écriture, de la culture ou de la traduction (par exemple K.O. Knausgård, ou Luba Jurgenson). Chacun raconte comment l'on passe d'une langue à une autre, d'une culture à une autre, d'un état psychologique à un autre, d'une identité à une autre à travers la prononciation d'une lettre.
Mais ce R n'est pas n'importe quelle lettre! une lettre mystérieusement rattachée au père par tous les participants, une lettre dont on apprend qu'elle serait "masculine" selon certains linguistes. Ai listé pour ma part le nombre de différents R qu'il m'a été donné de prononcer dans ma vie. Me suis dit que je n'avais jamais eu aucun ami qui n'avait qu'une langue, qui ne savait en parler qu'une. Les variantes de R, adoptées, balbutiées, rejetées ou même interdites, disent le décentrage, l'obligation à entrer dans une autre culture, la violence et la puissance des changements de territoires. N'avoir à prononcer qu'un seul R est le signe d'un confort, d'une appartenance que je ne pourrai jamais connaître et dans lesquels sans doute je me serais sentie à l'étroit. Quant à ceux que la soumission à un apprentissage scolaire ou professionnel oblige à entrer dans une autre langue, ils se retrouvent peut-être face à d'autres difficultés : accepter de considérer que leur langue (leur monde) n'est pas le centre du monde en général. Sacré apprentissage pour certains qui croient que leur langue unique est la meilleure d'entre toutes (que par conséquent le monde entier devrait la parler)!


30 déc. 2023

Lire / Ecouter : il y a de l'eau et les gens ne savent pas où est le puits

 
Voir page de l'éditeur ICI

Une seule chose me tourmente : c’est qu’il me faille jouir seule de tant de beauté. J’aimerais crier à haute voix par-dessus le mur : « Oh, s’il vous plaît, contemplez cette splendide journée ! N’oubliez pas, même si vous êtes très occupé, même si vous ne traversez la cour que dans la hâte de votre travail quotidien, n’oubliez pas de lever rapidement la tête et de jeter un regard sur ces énormes nuages argentés et sur le calme océan bleu où ils voguent. Contemplez donc l’air alourdi par le souffle passionné des dernières fleurs de tilleul, et l’éclat et la splendeur qui baignent ce jour, car ce jour ne reviendra jamais, jamais plus ! Il vous est offert comme une rose pleinement épanouie qui gît à vos pieds, attendant que vous la ramassiez et la pressiez sur vos lèvres.[Extrait d’une lettre à Hans Diefendbach, Wronke, 6 juillet 1917, vendredi soir]
 
Entre 1915 et 1918, pour s'être opposée à la première guerre mondiale, Rosa Luxembourg a été emprisonnée, d'abord à Berlin, puis dans la forteresse de Wronke en Poméranie, enfin dans la prison de Breslau (Wroklaw en polonais) où elle était autorisée à une sortie quotidienne. Durant cette balade, indépendamment des conditions météorologiques, tout lui était occasion d'observer et de s'extasier devant la vie qui se déroulait sous ses yeux. Des pans de l'existence dont rien ne semblait lui échapper. Le ciel et ses nuages; des oiseaux (dont une mésange apprivoisée); des insectes (elle aime à protéger du froid une petite coccinelle); et aussi la végétation qui poussait là. Rosa était depuis toujours éprise de sciences naturelles. Toute jeune, elle avait entamé ces études avant de se tourner vers l'économie et la philosophie.
 
Tout dernièrement, au Book Club, Marie Richeux recevait Muriel Pic qui a coordonné la publication de cet Herbier de prison et assuré sa préface. Il contient en fac-simile 133 planches regroupées en sept cahiers et une soixantaine de lettres correspondant à chaque période de confection. 
 
Deux planches

Anouk Grinberg, ardente admiratrice et magnifique passeuse, avait déjà publié une bonne partie de la correspondance de la militante socialiste en 2009. Elle en avait aussi tiré un spectacle (voir le billet rédigé : ICI).  Le Book Club a diffusé l'autre jour un extrait où la comédienne évoque ce que lui a apporté la figure de Rosa : une révélation et une urgence à la partager.
On n'en sort pas indemne, de ces lectures. Ce sont des textes qui ont un tel pouvoir. Ça ne reste pas dans le domaine de la culture. Ça bondit dans votre vie et ça, c'est gai. Finalement, on n'en fait pas beaucoup de rencontres, que ce soit dans la vraie vie et même dans la littérature, et moi quand j'ai vu à quel point ça m'a lavée, construite, sculptée, à quel point j'ai retrouvé le goût de la vie... et le goût de la vie, c'est pas des grands trucs...
On s'aperçoit en lisant ça qu'on est devenus infirmes du côté du bonheur, mais vraiment infirmes, et je ne pense pas que c'est une affaire personnelle...
Ces textes ne sont pas connus, c'est incroyable! Il y a de l'eau et les gens ne savent pas où est le puits. Quand même!
Pour réaliser son herbier, Rosa trouve des spécimens au cours de ses sorties. Elle se fait également envoyer des graines et des fleurs séchées de ses correspondants. Sa démarche tient de l'émerveillement face au vivant sous toutes ses formes (elle n'est pas loin de se trouver oiselle ou fleur). Il y a tant de leçons tant de lectures possibles de son exemple. Ainsi, la liberté et l'enthousiasme qu'elle pouvait trouver au sein de son enfermement laisse pantois. On se doute qu'on n'est-on jamais aussi libre qu'on le croit. Ni aussi cadenassé.

23 oct. 2023

Lire / Ecouter : se construire un logis

 Vierge et enfant entourés de huit anges (dét.) / Lo Zoppo / Le Louvre / Paris
 
Au Book Club, il y a depuis la rentrée cette question fondamentale que Marie Richeux pose à ses invités : Est-ce que vos livres font maison ? Le mois dernier elle avait abordé le sujet avec le surprenant Bertrand Belin en lui disant : "Dans n'importe quel endroit du monde, très rapidement, une certaine pile de livres, ça peut faire maison" et le chanteur avait acquiescé : "Oui, depuis 1988 quand je suis arrivé à Paris, à dix-huit ans, j'ai pris soin tout le temps des livres, et même si je n'avais que ça, une pile de livres, ça suffisait déjà, et souvent il n'y a pas besoin de beaucoup plus, une pile de livres par terre, à côté du matelas. Ils sont devenus des compagnons, en tant qu'objets, ils me renvoient la lumière, avec leur bleu ou leur jaune, avec la qualité de leur papier,  j'aime les avoir autour de moi. C'est pour faire un logis."
 
Avec des livres judicieusement élus, on réussit à se consoler, à se réfugier, à s’interroger, à se comprendre, à se retrouver. La bibliothèque de base nous accompagne tout au long de notre vie, elle nous ramène à l'essentiel. Elle parle de nous, elle nous révèle. "Dans la bibliothèque de" est une série du Book Club qui met en évidence le lien subtil entre une personne et ses livres. Parlant des livres que l'on aime, on ne peut pas tricher, ni frimer. L'auditeur sent très vite ce que l'invité a lu - ou pas - et il n'y a pas besoin d'avoir tout lu, ni d'avoir lu en entier. Quand quelqu'un avoue : je n'ai parcouru qu'un chapitre, qui m'a marqué, ou alors : je dois encore trouver le moment adéquat pour aborder ce roman, il parle avec sincérité et ça se sent.
 
La semaine suivante, une académicienne n'en finissait pas de décliner tous les ouvrages lus, relus, à lire qui encombraient son logement. A l'entendre, on n'entrevoyait que débordement et incapacité de trier. Instinctivement, on reculait devant cette absence d'épure, ce déferlement de savoirs. On se sentait étouffer. On n'aurait jamais pu vivre là, emmurés. Les livres font maison, ils ne sont pas une prison.

6 avr. 2023

Lire / Ecouter : les mots d'Efratia

 

C'est par le biais de l'émission Par les temps qui courent que j'ai découvert le personnage d'Efratia Gitaï. Son fils, Amos, architecte de formation et documentariste, artiste vidéaste et cinéaste reconnu (Kadosh, Kippour, Plus tard tu comprendras, pour ne citer que ceux-là) était venu présenter un spectacle qui se joue actuellement au théâtre de la Colline et qui s'intitule House.
 
Ce spectacle, tiré d'une trilogie documentaire réalisée entre 1980 et 2005, évoque l'histoire d'une maison à Jérusalem-Ouest à travers ses occupants successifs et mériterait à lui seul qu'on lui consacre un billet. Mais ce n'est pas le propos aujourd'hui. Très vite, au début de l'interview, Amos Gitai est amené à parler de sa mère, car le spectacle commence par la projection du visage de Jeanne Moreau lisant une lettre de celle-ci. 
Mon cher Amos, mon très très cher,

Je me souviens de mon enfance, de ma jeunesse, si belle sur les sables dorés de la petite Tel Aviv, de mes rêves d'amour sur ces dunes. Mais à mon âge on est plus pudique, plus timide qu'à notre jeunesse. Tant de batailles, d'épreuves, d'études par intermittence, et dont je suis restée frustrée.
Un peu d'université, mais une impression d'entraves et surtout des rêves qui se sont brisés, la brisure qui pèse qui pèse, de quoi l'avenir sera-t-il fait ? Mais pour répondre à ta question : changer de pays, j'y pense parfois, mais pour aller où? 
 
Précisons qu'en 2010 les éditions Gallimard ont publié un livre intitulé Efratia Gitaï. Correspondance 1929-1994. L'ouvrage contient un choix de lettres sélectionnées et annotées par Rivka Gitaï, épouse d'Amos et spécialiste en littérature hébraïque moderne.

Ce livre, impossible de le trouver dans une bibliothèque suisse. D'abord contrariée à l'idée de devoir différer ma lecture, j'ai eu la bonne surprise, au cours de mes recherches, de dénicher ICI la série consacrée à cette correspondance et proposée en janvier 2018 par Le Feuilleton, sur France culture (9 tranches de 25 minutes disponibles en podcast). 
 
La sélection de lettres tirées du livre a été opérée conjointement par Amos Gitaï et Jeanne Moreau (qui a travaillé avec le cinéaste et entretenait avec lui un lien très fort). Il s'agit autant de missives rédigées par Efratia que par ses divers correspondants (son père, son époux, un ami très cher prénommé Yéhoshua, et bien sûr Amos, son fils cadet, dont la maturité et le style à l'âge de 10 ans sont déjà époustouflants). S'ajoutent à ces textes riches et vivants des extraits de conversations entre la mère et son fils adulte. Chaque épisode s'achève par une illustration musicale propre à l'époque concernée. L'ensemble s'écoute avec une réelle fascination.
 
Une présentation stupéfiante. Quand l'art radiophonique fait son cinéma, cela donne des merveilles. Au travers de ces mots portés par la sonorité grave de la comédienne (que l'on sent en empathie totale avec celle qui écrit) on découvre un personnage de femme hors du commun, née en 1909 en Palestine, partie à l'âge de 20 ans se former à Vienne, puis à Berlin, rentrée dans sa terre natale juste avant la prise de pouvoir d'Hitler. Mariée à l'architecte Munio Weinraub-Gitai, un adepte de l'Ecole du Bauhaus, elle aura trois fils, dont l'un mourra en bas âge. Elle repartira à cinquante ans passés se former à Londres, en confiant son plus jeune fils Amos à des amis dans un kibboutz. 
 
Chacun des neuf volets illustre un épisode de cette existence hors normes, depuis l'entrée dans l'âge adulte jusqu'à pratiquement la fin de sa vie (elle est décédée en 2003 à l'âge de 94 ans).

Mais, au-delà de ce portrait de femme à l'esprit libre, forte et fragile tout à la fois, forte même au cœur de ses fragilités, curieuse, cultivée, dotée d'une intelligence rare et d'un authentique talent d'écrivain, au-delà de l'hommage rendu par un fils à sa mère, c'est le portrait d'un pays et d'une époque, une page d'Israël et de l'histoire du XXème siècle qui est retracée. 
 
Pour terminer, voici deux lettres d'Efratia Gitaï qui reflètent bien son ton et sa personnalité. Dans la première, elle s'adresse depuis Haïfa à sa petite-fille Keren, âgée de huit mois, le 4 novembre 1983 :  
 
Ma très chère Keren,

Tu as certainement grandi et embelli depuis que nous nous sommes quittées et tu continues certainement d'éclater de rire et c'est bien ainsi. et  tu m'as surement oubliée.  Mais moi je me souviens de toi et tu me manques. Dans la ville de Haïfa, où nous sommes nés toi, tes parents et moi ta grand-mère, je suis sortie en ville pour te trouver un bel habit. J'ai trouvé celui-ci le bleu clair. Est-ce qu'il te plait ? Je t'ai acheté trois petites poupées.

Maman et papa te prépareront surement un beau spectacle de marionnettes. Je suis désolée qu'elles ne soient pas vraiment jolies, mais c'est tout ce que l'on trouve ici. Demande à papa de te les peindre et de les rendre plus jolies. Peut-être de leur faire des cheveux noirs. Il sait le faire et ta maman te racontera une belle histoire.

En attendant, porte-toi bien. Passe le bonjour au parc, aux arbres, aux colombes, aux canards. Je t'embrasse.
 
Dans la lettre suivante, elle s'adresse à sa petite-fille dont on fête le premier anniversaire :

Notre chère Keren,
Rayonnante à l'intérieur comme à l'extérieur. Je t'ai acheté les cents premières comptines, un livre que ta gentille maman m'a conseillé, car tu vas avoir un an dans quelques jours. Quel bonheur, la première année! Tu tiens déjà sur tes petits pieds, tu redresses la tête et tu découvres un monde nouveau, n'est-ce pas ? Je te souhaite de te tenir toujours bien droite, la tête haute, les yeux grands ouverts pour mieux regarder le monde magnifique qui t'entoure. Les fleurs, les arbres,  les oiseaux, les lacs, les ruisseaux, la mer et les vagues.
Il y a tant de couleurs, de nuances, de tons, tant de voix, de bruits et de chuchotements. Le silence, le calme. Respire le parfum des fleurs, des herbes et goûte pleinement les saveurs du miel sucré, du poivre épicé et celles de toutes les épices que sa majesté Dame Nature fera pousser.
Comment la nature a-t-elle été créée ? Certains l'appellent Dieu. C'est une énigme. Une énigme que toi seule peut-être pourra résoudre. De toutes façons toi qui aime déjà et qui est déjà tant aimée, par ta mère, par ton père, par ton grand-père et tes deux grands-mères, par tes oncles et tes tantes, et les amis de tes parents, tu sauras certainement aimer les autres.
Porte-toi bien. Je te souhaite beaucoup, beaucoup beaucoup de bonnes années.


25 mars 2023

Vivre / Lire : adulte ? jamais

 
Ragazze a Nervi / Felice Casorati / Ca' Rezzonico / Venezia
 
Quoi que vous fassiez, que vous le fassiez seule ou non, à quelque moment que vous le fassiez, de quelque façon que vous le fassiez, pour quelque raison que vous le fassiez, quelque mystérieux que soit le but dans lequel vous le fassiez, n’oubliez jamais que sur l’autre plateau de la balance il y a toujours le néant, la mort, l’oubli. Que c’est vous contre l’oubli. Confessions d'un gang de filles / Joyce Carol Oates
 
Récemment, au micro de l'Embellie, Lola Lafon a présenté cette citation à propos de l'écriture. Tellement juste, ce petit texte qu'elle a adopté depuis longtemps, et applicable quand on y pense à toute activité dont la reconnaissance est incertaine.
 
Pendant l'émission, L.L. a beaucoup parlé de jeunes filles et de vieilles dames, de l'attention que l'on doit aux unes et aux autres et c'est marrant parce que quand on la regarde on est surpris par son apparence : une allure d'adolescente angélique et déterminée, et un visage de femme âgée, marquée par toutes sortes d'expériences. On l'observe et on dirait qu'elle a décidé de zapper la case "adulte", passant sans transition de la prime jeunesse à la vieillesse. Ou peut-être ayant tous les âges à la fois.
 
Par association, comme cela arrive souvent quand un artiste en rappelle un autre de manière aléatoire, j'ai repensé à Adulte ? jamais de Pier-Paolo Pasolini. C'est le titre d'un poème écrit à Rome en 1950 et aussi celui d'un recueil de divers poèmes composés entre 1941 et 1953, que René de Ceccaty a sélectionnés et traduits  :
 
Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence
Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,
De jour splendide en jour splendide.
Je ne peux que rester fidèle
À la merveilleuse monotonie du mystère.
Voilà pourquoi, dans le bonheur,
Je ne me suis jamais abandonné. Voilà
Pourquoi dans l’angoisse de mes fautes
Je n’ai jamais atteint un remords véritable.
Égal, toujours égal à l’inexprimé,
À l’origine de ce que je suis.
(Ed. Points, 1995, 2013)

✴✴✴✴

Adulto? Mai—mai, come l’esistenza
che non matura—resta sempre acerba,
di splendido giorno in splendido giorno—
io non posso che restare fedele
alla stupenda monotonia del mistero.
Ecco perché, nella felicità,
non mi sono abbandonato—ecco
perché, nell’ansia delle mie colpe
non ho mai toccato un rimorso vero.
Pari, sempre pari con l’inespresso,
all’origine di quello che io sono.

22 févr. 2023

Ecouter : une phrase en passant

 
Quelque part, dans la région de Pienza
 
Dans la cuisine ouverte sur la forêt empourprée, en train de glacer un cake au citron, une phrase a retenu mon attention : "Dans ce monde agressif, et c'est peu dire, l'équilibre difficile à trouver, c'est de parvenir à se protéger sans se blinder."

Il y a parfois des invités d'Eva Bester que je serais prête à adopter sur le champ et Benjamin Lavernhe fait partie du club. Au cours de l'interview il parlait de ce numéro d'équilibrisme continu, sur un fil ténu, qu'il s'agit d'assurer pour pouvoir profiter de la vie sans se faire laminer. Savoir le monde menaçant, et malgré tout aller de l'avant avec le sourire (dans le fond : garder un cœur confiant). Il a évoqué aussi la fatalité de la violence du monde. Oui : la fatalité. La violence. Le monde. Et le désir de continuer.

(ce soir-là, le cake, suave et parfumé, s'est révélé sublime, un parangon d'équilibre entre douceur et acidité)

8 nov. 2022

Lire / écouter : chansons et autres confidences

 

Depuis la rentrée, La Source, proposée tous les dimanches par Cécile Coulon est devenu un rendez-vous incontournable. Ces entretiens avec divers écrivains autour des origines de leur écriture, les lieux où elle surgit, sont particulièrement captivants. Peut-être que seule une personne qui écrit est en mesure de poser les questions essentielles, et CC sait le faire en toute simplicité, alternant les échanges avec des extraits pertinents.
 
Il y a quinze jours, elle a lancé à Laurent Gaudé : Et si j'avais surgi, tout à l'heure, sur le quai de la gare Montparnasse où nous avions rendez-vous, et vous avais demandé "mais qui êtes-vous ?", vous m'auriez répondu quoi ? Réponse de l’intéressé :
Je crois que j'aurais répondu bêtement : "je suis Laurent Gaudé et je suis écrivain". Ce qui est absurde, mais dans dans ce genre de situation je suis bien incapable de trouver mieux. Moi il me faut le temps de l'écriture et de la réflexion pour commencer à déplier un problème. Cette question est magnifique. Elle est d'une complexité insondable, parce qu'on est tellement tout à la fois et tellement changeants. Je ne veux pas faire de grande philosophie, mais tout coule, et d'autres l'ont dit bien avant moi, dès l'antiquité grecque. Il y a ce qu'on est consciemment. Il y a ce qu'on a construit patiemment de soi. Il y a tout ce qu'on ne sait pas être. Il y a l'inconscient. Il y a la pulsion intérieure. Il y a ce qu'on aimerait être. Il y a les rêves qu'on fait, qui sont aussi une part de nous. Il y a ce qu'on a perdu et qui est encore en nous. Tout cela finit par dessiner une complexité innommable.
Il y a les mille façons dont nous sommes connectés aux autres. Être le frère de quelqu'un, la sœur, la mère, la fille. [...] En plus on peut être tout ça à la fois et tout ça crée une sorte d'identité plurielle permanente, qui est passionnante et extrêmement difficile à saisir dans l'écriture.
Quand vous êtes face à un roman, penser à vos personnages avec cette richesse-là, c'est très compliqué, parce qu'on a tendance à figer nos personnages, en disant : "tiens ça, c'est le personnage de la sœur". Et faire l'effort, et ralentir sur la sœur... Mais non, ce n'est pas possible, elle n'est pas que cela, et quoi d'autre ? et là, on commence à travailler en tant qu'écrivain, à rendre de l'épaisseur à chaque petit être qu'on va construire parce que je crois que c'est à ce prix là qu'ils vivront dans l'esprit du lecteur.
Interrogé à propos d'une forme qu'il voudrait explorer pour évoquer d'autres voix que la sienne, l'écrivain a révélé :
Il y a un truc que j'aimerais faire, mais je n'y arriverais jamais, c'est écrire des chansons. J'aimerais beaucoup parce que c'est un vecteur incroyablement populaire qui peut profondément toucher et accompagner les gens à un endroit dont on ne soupçonne pas la force. On commence à la soupçonner quand on regarde en arrière des chansons qui correspondent à notre jeunesse ou à telle ou telle décennie et on se rend compte à quel point c'est chargé de tout ce qu'on était à l'époque.
Ça, ce serait merveilleux. J'ai essayé mais il y a quelque chose avec la brièveté qui ne colle pas avec moi. Je ne peux pas. Je n'ai pas cette qualité d'écriture-là.
(Très adéquatement, la programmation musicale a alors diffusé L'embellie ou l'incendie, de Florent Marchet, auteur-compositeur que je pourrais écouter à longueur de journée en ce moment, au grand dam de P. qui commence à se lasser je le crains, de Paris-Nice et autres petites voix intimes.)