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16 mai 2026

Vivre : le merle

 


Aux premières lueurs, normal, il est là.
Et au soir, jusqu'à la nuit, jusqu'au noir,
il chantera.
 
 

27 juil. 2021

Vivre : surprise qi-gong

 
Couple (détail) / Cecily Brown / coll. privée
 
Regard suspendu, l'espace d'un mouvement,
incroyable fleur rouge dans le pré se dandinant,
le pivert est venu, sublime, picorant longuement.

3 févr. 2019

Vivre : le nouvel ami



Pala di San Giobbe (dett.) / G. Bellini / Accademia / Venezia

Dernièrement, je me suis fait un ami. Depuis quelque temps, je le voyais qui passait, repassait, jetait des regards curieux à l'intérieur. Et puis un jour, il est venu toquer à ma porte. Il a toqué avec insistance. Il est effronté, plein d'entrain et un rien rondelet (surtout depuis qu'il me connaît). Nous échangeons pas mal, lui et moi. L'après-midi, tandis que je lis, séparés par la porte vitrée, à moins d'un mètre l'un de l'autre, nous nous examinons avec fascination. Il sait très bien se faire comprendre, exprimer ses désirs. Il porte beau, le rouge lui va bien. Je suis ravie et flattée d'avoir un tel ami. Avant lui, je n'avais jamais réalisé toute l'élégance de son espèce, l'Erithacus rubecula. 


27 janv. 2019

Vivre : la faune, le froid




Hiver, saison du repli et du silence,
la maison assiégée de présences,
frémissements dans les feuillages,
irruptions soudaines, insistances.
Traces de pas, traces de pattes.
Des ombres efflanquées s'aventurent,
prêtes à risquer leur peau, 
prêtes à laisser des plumes
cherchant - évitant de devenir - pâture.

15 janv. 2019

Vivre : l'oiseau pâle





A travers la campagne rêche, désolée, superbe,
le chemin suivait sa route, effleurait la nationale.
Le lac, bordé d'herbes rudoyées, figées à terre,
 assumait des allures sibériennes.
Soudain, un oiseau pâle (une colombe peut-être) 
surgi dont ne sait où, s'est mis à battre des ailes,
demeurait suspendu dans l'air, comique petit rat,
hardi séraphin bravant le froid.
Puis, aussi soudainement qu'il était apparu, 
l'oiseau s'éclipsa en deux ou trois volutes
laissant le paysage inerte un peu orphelin,
replié sur son silence sibérien.

10 mars 2018

Vivre : appétit d'oiseaux





Dans cette cuisine à quelques mètres de la forêt, rien de comestible ne se jette. Je sors du freezer un pain de mie oublié, le tranche et l'envoie en direction des frênes. Arrivent dare-dare une pie, puis deux. Et un corbeau, ainsi qu’un moineau. Pas question de bouder un tel festin. Ils commencent à s'en mettre plein le gosier. Mais soudain, les voici qui se hissent sur de hautes branches. Et la queue du petit renard ne tarde pas à se montrer. Du pain, c'est mieux  que rien, maître Goupil sillonne le terrain, le museau plein. 
Il disparaît.
Serait-il loin ? 
On peut en douter : les pies, le corbeau, le moineau dodelinent tout là-haut, l’air envieux, tendu, patient. On croirait presque les voir déglutir péniblement. Entre manger ou être dévorés, ils ont fait leur choix : plus de repas.

1 févr. 2018

Vivre : fausse route




Ô crétin qui klaxonne là-derrière, 
si trois voitures s'arrêtent au milieu de la nationale,
c'est qu'il s'agit d'un cas de force majeure.
Le cygne, plus tout à fait un bébé, plutôt un ado :
des plumes beiges et l’air affolé,
dansant une drôle de sarabande sur la chaussée, 
un pas en avant, deux autres en arrière,
ne savait plus où aller, perdu, décontenancé.
Imaginer son pauvre cœur tourneboulé.
Sortir, lui parler, l’inviter à rejoindre le lac, 
juste derrière le bosquet.



9 déc. 2017

Vivre : le choc de l'aube


Photo tirée du net, sur quizbiz 


Le sot, le benêt, où avait-il donc la tête en cette aube glacée?
Dans la lune, sans doute, qui formait un berceau tout là-haut.
Arrivé comme un bolide dans notre baie vitrée,
le jeune busard semblait sacrément secoué.
L’ai découvert à demi-assommé, affolé,
se mouvant en soubresauts sur le sol givré.

Il m'a fallu quelques secondes pour oser l'approcher :
comment s'y prendre, avec ce rapace de toute beauté?
Pieds nus, torchons à la main, l’ai hissé sur la rambarde.
L'étourdi s’est laissé faire, un peu confus, vaguement humilié,
puis finalement retrouvant tant bien que mal sa  majesté,
 il a déployé ses ailes et disparu dans la forêt.



18 nov. 2017

Vivre : Dendrocopos major


Anish Kapoor / monumenta 2011 (détail) / Paris

Cette flamme rouge dans la forêt
Qui s’en vient qui s’en va
Et qui toque et qui pioche

Le pic-épeiche serait donc à nouveau là ?

10 nov. 2017

Vivre : les habitués de l'Einstein café











La terrasse de l'Einstein café est toujours très fréquentée.
On s'y rencontre, on échange entre familiers.
La limonade au gingembre a mes faveurs.
D'autres raffolent des croissants au beurre.

11 mai 2017

Vivre : des oiseaux et des hommes


Fidenza / Cathédrale / Chaire (détail)



Quand les gens vous entendent dire que vous aimez les oiseaux, ils vous imaginent souvent une paire de jumelles à la main, scrutant des feuillages. Ou alors admirant une envolée de migrateurs sur fond d’azur. C’est un peu plus compliqué que ça.

Ici, nous vivons entourés d’oiseaux. Ce sont nos plus proches voisins. Nous cohabitons en bonne harmonie. Ils bénéficient de nos restes et, en retour, nous avons droit à des concerts gratuits et à toutes sortes de présents. Ils sont exemplaires par leur courage et leur ténacité.

Depuis les prémisses du printemps, un couple de pies s’est installé juste en face de notre cuisine. Nous les avons vues travailler d’arrache-pattes, jour après jour, pour construire leur nid (pas bêtes, elles ont choisi un lieu qui a vue sur nos dépôts de nourriture). Nous avons suivi avec un intérêt discret et ému leurs progrès. 
Or, depuis quelques jours, un, puis deux corbeaux se sont mis en tête de les chasser, en se montrant teigneux et insistants. R., qui a remarqué leur manège, a fini par intervenir (même s’il n’est pas dans nos habitudes d’interférer dans les affaires d’autrui). Il a poussé un cri et claqué dans ses mains en direction des importuns, qui se sont enfuis à tir d’aile. Et à présent nous nous inquiétons de savoir si les pies sont bien toujours là.

A plusieurs reprises, j’ai vu d'autres corbeaux mobbeurs : je les ai vus se mettre à deux pour harceler un beau busard solitaire, en train de décrire de majestueuses volutes, pour lui faire abandonner la partie, le faire fuir, troubler son vol magnifique.

J’éprouve envers les corbeaux des sentiments très mitigés : je n’aime pas qu’on les rejette en raison de leur couleur, je n’aime pas qu’on les associe au film d’Hitchcock et qu’on les identifie au malheur. Ce sont des volatiles intelligents, subtils et élégants. En même temps, je leur en veux d’être si avides avec leurs congénères et bêtement cruels, car ici le ciel est si vaste et il y a tant d’arbres, qu' ils pourraient aisément satisfaire tous leurs besoins sans avoir à s’acharner sur d’autres créatures.

Bref, ces corbeaux m’apprennent que je déteste la violence gratuite, la nuisance noire, le désir d’écraser pour dominer, l’envie de ce qui appartient à l’autre.

Voici donc ce  que j’aime chez les oiseaux : ils me parlent chacun à leur manière du vivant. Ils me parlent intensément de cette coexistence complexe qu’on appelle vie sociale. Ils me parlent de mon humanité. 

20 mars 2017

Manger : bec sucré



J.A. Jerichau / Girl with dead Bird / Glyptotek / Copenhagen


La terrasse : plutôt ombragée
L’établissement : plutôt renommé
Le personnel : plutôt stylé
La cuisine : plutôt étoilée
Le moineau dans le chariot des desserts : plutôt gonflé
(très très affamé)
Notre fou-rire : plutôt étouffé

15 mars 2017

Vivre : attendre famille




Durant tout l’hiver elles ont fait leurs délices de nos restes,
épiant le moindre de nos mouvements,
pas moyen d’ouvrir la porte
sans les voir rabouler dare dare.
(des voisines futées, élégantes, mais un brin envahissantes,
et puis quelles bavardes !)
Fini de jaser !
On les voit maintenant s’affairer,
ombres chinoises sur fond d’azur.
Sont en train d’aménager un loft dans le feuillu d’en face.
Vu les progrès du chantier,

on entendra sous peu les petits pépiller.

14 mars 2017

Vivre : petits drames volatiles


Fondazione Cini / Mindful hands / Venezia

Ah ! Le con, le sot, la tête de linotte !
Personne ne lui avait donc dit qu’on ne survole pas une nationale à un mètre du sol ?
J’ai vu dans le rétroviseur qu’il n’y avait plus rien à faire.

Et celui-ci à présent, tout jeune, tout ingénu, qui croit pouvoir entrer par la vitre et s’assomme d’un coup !
Le prendre délicatement dans un mouchoir, le déposer dans un bac, 
à l’abri des félins (qui ne manqueraient pour rien ce festin).
Récupérer le mouchoir et constater qu’il en a fait dans son froc, le petiot.


Quelques minutes plus tard, lever les yeux au ciel. Retourner au bac le coeur battant. 
Soulagement : il est vide. Ouf !

5 déc. 2016

Habiter : question de point de vue






Ils voltigent tout autour de la maison.
Se postent sur les balustrades. 
Picorent des restes sur la table.
S'envolent de ça de là.
Se posent sur la terrasse extérieure.
Et sur les chaises longues de la terrasse intérieure.
Portent des regards curieux sur l'intérieur.

On pourrait se dire : ils font comme chez eux.
Mais c'est ce qu'ils doivent se dire aussi.
A raison.
Car, au fond, il y a à peine huit ans,
les lieux leur appartenaient entièrement.