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16 juin 2026

Voyager : dissentions et tactiques

 
Détail portail / duomo / Pisa
 
Il est GPS. Il est Google Maps. Il reste longuement penché sur son smartphone pour trouver une adresse à moins de 300 mètres.
Je suis pour interroger l'indigène : la mamie rentrant avec son chariot, le papy avec son clébard, les ados mangeurs de Mac Do sur les trottoirs. 
Dans une ville étrangère, ce n'est pas forcément le plus appliqué qui trouve le plus vite le bib Michelin ou le meilleur chocolatier. 
 
 

15 juin 2026

Voyager : en pensée

 

Bon : c'est vrai. J'ai toujours affirmé que je n'aimais pas Venise durant la belle saison. Trop de gens, trop de valises à roulettes, trop d'engorgements. Sans oublier : trop de moustiques. Mais quand l'autre jour R. est rentré en me parlant d'un type à qui l'on avait prêté pour deux semaines un appartement sur la Giudecca, et qui semblait connaître pas mal de bons restaus sur les îles environnantes, tout en cultivant l'art de dénicher sans cesse de nouvelles perles, et qui le soir-même était allé prendre un apéro dans un bacaro donnant sur un canal discret, avant d'aller dîner à E. ma cantine préférée (envoyant à R. quelques belles images à l'appui) là, là, je dois dire qu'une furieuse envie de partir s'est emparée de moi, malgré la canicule annoncée, malgré ma détestation des roulettes hoquetant sur les pavés. J'ai vu rouge. Du coup, j'ai replongé dans quelques photos pour me consoler.

7 juin 2026

Voyager : entre nous soit dit

 
Street art / Turin
 
 
Le Guardian est mon journal préféré, même si je dois admettre qu'il m'a laissée perplexe ce matin. Souvent ses articles sur le tourisme me font sourire. Voulant bien faire et refiler de bons tuyaux, il fait régulièrement appel à ses lecteurs (racontez-nous : les plus belles plages européennes, les plus beaux villages français, etc, etc). Dans cette optique, ils ont publié un reportage sur les piòle, ces restaurants traditionnels piémontais, que l'on trouve encore à Turin et présenté une sélection de celles qui offrent le meilleur rapport qualité/prix. Extraits de l'article paru sous la rubrique "Lifestyle / Travel" de ce début juin :
 
"Ils nous accueillent comme si nous nous connaissions depuis des années. À 12h30, une seule autre table est occupée: trois hommes qui viennent ici presque quotidiennement depuis des décennies, parlant en dialecte piémontais. Mais en quelques minutes, la petite pièce chaudement éclairée devient bruyante avec une conversation facile et qui s'entremêle à mesure que des amis et des familles arrivent."
"Autour de nous, les travailleurs en pause déjeuner interpellent les membres de la famille qui gère l'endroit par leurs prénoms. Le lieu est spacieux mais bondé, bruyant et plein de mouvement – des plateaux arrivent, des tables sont dégagées, la cour à l’arrière s’installe peu à peu. Pas une piòla historique, mais parmi les habitants, c’est déjà une légende. Mon plat préféré est le plus simple: polenta fritta, croustillante à l'extérieur, tendre à l'intérieur. Au comptoir, alors que nous allons payer, Gianni nous verse un petit verre d’amaro – une fin simple et appropriée à un repas qui tient ses promesses." 
 
Argh! Un exemple parmi tant d'autres de comment se mettent en place les méfaits du surtourisme. Fournir des astuces pour trouver du "bon marché" ou du "typique" ou encore (plus risible) des "lieux secrets". Mais, chers journalistes si fiers de montrer qu'on peut encore trouver un repas complet à 12 euros vin compris dans la capitale piémontaise, le but des gens qui ont les moyens de voyager est-il vraiment d'aller profiter du low cost à l'étranger ? Où les ouvriers confrontés à la masse de touristes iront-ils désormais manger pendant leur pause déjeuner ? Les propriétaires de ce genre d'établissement qui jouent le jeu pensent-ils aux conséquences de leur futur "succès"? 
Je me souviens, dernièrement à Bologne, un restaurant populaire (banal au demeurant) ayant eu les faveurs de Tiktok et devant lequel une foule soumise se pressait en attendant son tour. C'était à la fois triste et dévitalisé : on ne peut pas accueillir 200 personnes comme si on les connaissait depuis des années. Le tourisme crée sans cesse de nouveaux appels d'air. A la moindre sollicitation, les masses se ruent comme des sauterelles vers des adresses signalées. Guardian, aujourd'hui, tu mérites un pouce baissé.
 

 

1 juin 2026

Voyager : de rive en rive

 

Nous l'avons compris assez vite : il fallait partir tôt. Partir à l'heure des écoliers, des livreurs, des employés. A l'heure où la ville s'ébroue, s'étire et s'anime. L'heure des habitués se saluant dans les cafés. L'heure des rideaux qui grincent et renâclent à se lever. Déjà, à l'aube, notre corps commençait à éprouver la chaleur, aspirait à l'esquive, tendait à ralentir. Il faisait bon observer les pierres sur lesquelles l'ombre dansait, entendre les chants d'hirondelles qui tournoyaient, tendre l'oreille au fleuve qui murmurait. 
 
 
En bas, sur la grève, les chiens se lâchaient, leurs maîtres baillaient. La paix régnait encore dans les ruelles. Une paix qui serait peu à peu troublée par des klaxons, par des autobus pressés de se décharger, par des clameurs dans toutes sortes d'idiomes. Les exclamations italiennes se transformeraient bientôt en appels russes ou anglais. Mais pour l'instant, et en attendant les balades de la fin de journée, nous profitions de l'illusoire impression que la ville nous appartenait. 
 

Parcourant cette cité lovée dans une boucle de l'Adige, au fil de l'eau et au fil des jours, nous allions apprendre à traverser ses différents ponts, pour jouer avec la lumière, déjouer les harcèlements du soleil, trouver refuge sous les longues rangées de tilleuls et de peupliers. Fuyant les rayons implacables, nous attendions que les cloches sonnent l'heure pour profiter des églises et des musées, apaisants et hospitaliers. 
  

Avec le soir un apaisement se faisait. Un à un les bus repartaient. Traversant des parcs, les enfants ployant sous leurs sacs à dos se chamaillaient, suivaient leurs parents fatigués, irrités, par leur trop chaude journée. Une vie de quartier émergeait. Cette ville romaine, chantée par Shakespeare, entourée de vignobles réputés, au croisement des axes nord/sud, est/ouest, desservie par trop d'aéroports, trop attirante, trop connue, cette ville que nous avions souvent contournée, symbole de dynamisme économique et de croissance démesurée, à la regarder ainsi, le matin et le soir, et à nuit tombée, cette ville, nous apprenions à l'aimer.
 

 

29 mai 2026

Voyager : esquiver pour rencontrer

 Panneau d'interdictions (se référant à l'ordonnance n° 65 émise par le maire en date du 10 juillet 2007) :
Jeter des ordures par terre.
Bivouaquer.
Manger au pied des monuments.
Défigurer ou taguer.
Se baigner dans les fontaines.
Circuler à torse nu. 
 
En arrivant au centre ville, alors que les alertes canicule commençaient à émerger en orange sur tous les écrans, observant la marée humaine qui déferlait dans les étroites ruelles se pressant comme si elle avait dû se tasser au fond d'un entonnoir, j'ai cru être entrée dans l'antichambre de l'enfer. Plus précisément : je me suis vue piégée au cœur de celui-ci. J'ai failli faire demi-tour, changer tous mes plans, prendre la route des Dolomites, chercher refuge sur un alpage, monter dialoguer avec des vaches cornues et  tutoyer de nobles chamois, caresser les astragales sempervirens et les gentianes des sommets.
Mais ! C'était négliger l'admirable capacité des flux touristiques à rester groupés, agglutinés autour des sites renommés, à se ruer dans les succursales des enseignes les plus connues du monde entier, Zara, Cos, et cetera,  à se presser en file indienne devant le glacier le mieux noté sur Tiktok ou TA, à s'entasser aux terrasses de pizzerias, sous des bâches pourvoyant une température proche des 45 degrés (pas étonnant que, devenus aussi rouges que la sauce tomate de leur plat, on ait régulièrement entendu des ambulances se frayer un passage). 
Une fois ces points (tenant dans un mouchoir de poche) franchis, la ville était rendue à elle-même : églises gothiques flamboyantes, promenades le long du fleuve, arcs monumentaux se déployaient en toute quiétude et invitaient leurs visiteurs à découvrir des merveilles. Là, dans la fraîcheur d'une nef, on pouvait entendre s'élever un concerto de Vivaldi, ou, sous un peuplier, se dérouler le chant de l'Adige. Alors, alors, on se disait qu'un séjour dans la ville allait être possible. Mieux : qu'il pourrait nous enchanter. A condition bien sûr de connaître exactement les parcours à éviter.
 
 nef centrale / église de Sant'Anastasia / Vérone
 
 

10 mai 2026

Voyager : welcome / 5

 
Raysse Tableau à haute tension 1969 / Elaine Sturtevant /Stedelijk Museum / Amsterdam
 
 
L'impasse était aussi étroite qu'elle était grande et, quand elle gesticulait, on aurait dit une basketteuse risquant toujours de se cogner. Elle parlait beaucoup, très vite. Elle semblait toujours devoir être ailleurs qu'à l'endroit précis où elle se tenait, toujours tendue vers un futur qui la happait: son dernier à aller récupérer, son train à attraper, son compagnon qui l'appelait. Elle parlait espagnol à son aîné, parce que c'est à Barcelone qu'il était né. Elle précisait qu'elle avait connu son mari à Singapour, et qu'ils avaient résidé à Stockholm, à New-York, à Bruxelles. Elle évoquait très vite le Cantal, où elle avait grandi, une forêt immense, un bled minuscule qu'elle s'était hâtée de quitter. Elle disait à propos des lieux : cinq ans, c'est un maximum. Déjà, à peine de dernier coup de pinceau donné, elle parlait de quitter cette maison cette ville, qui commençaient à la fatiguer. Elle allait de projet en projet. Elle vivait de projets. Elle s'exprimait en termes de projets. Elle vivait à l'oblique. Jamais dans la verticalité. Toujours dans la vitesse, sans direction indiquée. En la quittant, on se demandait : A quoi rêvent les hamsters quand ils ont fini de tourner ?
 

3 mai 2026

Voyager : là-bas si j'y suis

 
 
Cathédrale de Comacchio / 2023 / Simon Vignaud / coll. de l'artiste / présenté à Arles Dessin 2025
 
Mes dessins traduisent une émotion pour des paysages et des lieux, urbains ou naturels, choisis pour leurs dispositions spatiales, leur matérialité, leur lumière, leur attrait poétique. Les outils d'expression sont sobres :  mine de plomb, pierre noire, plume. Leurs potentiels sont déclinés selon le rythme de l'observation : attentive et minutieuse ou rapide et allusive, toujours à l'affût d'étrangetés qui peuvent suspendre le regard. Simon Vignaud / né en 1955
 
Hâte de partir là-bas. Parce que là-bas mon souffle se fait plus large, mes yeux plus ouverts, la vie plus palpable. Parce que souvent pour mieux être ici j'ai besoin de sentir les stimulations de l'ailleurs. Parce que toute bonne routine nécessite des moments de rupture. Parce que je me languis de découvrir les dessins de Federico, Pier Paolo et de Giovan Battista et que je me réjouis de retrouver certains visages, certains accents et certaines odeurs.
 
 
 

18 avr. 2026

Regarder : tant de vies, tant de visages

 
 
Autoportrait avec chapeau, marionnettes et oiseau / Mario Lattes / Fondazione Bottari Lattes

«Mario Lattes è nato / il venticinque ottobre / millenovecentoventitré a Torino / dove vive e lavora / Ma lavorare non è esatto / e neanche vivere / Si ricorda di essere stato / dietro gli occhi di uno / che in piedi lo guardava / a pochi mesi nella carrozzina / con in testa una cuffia / di colore celeste / lavorare non è esatto / e neanche vivere / in questa città assassinata / la pietra dei marciapiedi non risuona più / non c’è più tenerezza nelle mani / sulle ringhiere di ferro / di scale e ballatoi / e ciò che gli aveva insegnato / essa l’ha dimenticato» 
 «Mario Lattes est né / le vingt-cinq octobre / mille neuf cent vingt-trois à Turin / où il vit et travaille / Mais travailler n'est pas le terme exact / et vivre non plus / Il se souvient d'avoir été / derrière les yeux de quelqu'un / qui le regardait / âgé de quelques mois dans son landau / avec un bonnet bleu ciel sur la tête / travailler n'est pas exact / et vivre non plus / dans cette ville assassinée / les pavés des trottoirs ne résonnent plus / il n'y a plus de tendresse dans les mains / sur les rampes de fer / des escaliers et des balcons / et ce qu'elle lui avait appris / elle l'a oublié»

(traduction libre de la fiche autobiographique rédigée par l'auteur introduisant l'exposition)

Ce matin-là, une étourderie nous avait laissés bredouilles devant les portes d'une exposition prévue et c'est un peu le hasard qui nous avait conduits à Monforte d'Alba, dans la partie haute du village où se trouve la Fondazione Bottari Lattes. Celle-ci présentait une cinquantaine de portraits tirés de sa collection. Certains avaient été réalisés par Mario Lattes (1923-2001), le peintre, écrivain et éditeur turinois à qui a été consacrée la fondation dès 2009. Certains autres étaient dus à des artistes de son cercle. 
 
Portrait de ma femme / 1983 / Mario Lattes

 Sans titre ou Portrait de jeune femme sur fond violet / Mario Lattes / années 1980
 
 
 Sans titre ou Portrait de jeune homme sur fond gris / Mario Lattes / 1986
 
 Sans titre ou Portrait de femme avc chapeau / Mario Lattes / 1961
 
En pénétrant dans la belle maison avec vue plongeante sur les collines, j'étais plutôt contrariée par le changement de programme. Je m'attendais à une banale et poussiéreuse présentation dont nous serions sortis rapidement en nous réjouissant d'ultérieures découvertes. En réalité, les regards qui nous attendaient dans le silence des salles ont très vite capté mon attention. Tous ces visages, portraits d'intimes ou autoportraits, m'ont subjuguée. Des noms vaguement connus on refait surface. Carlo Levi, Felice Casorati, Daphné Maugham, Jessie Boswell.  J'ai éprouvé le besoin d'en savoir plus sur le principal intéressé, Mario Lattes, reconnu dans sa région d'origine, mais relativement peu au-delà des frontières de son pays. 
J'ai désiré aussi me pencher sur la trajectoire de Carlo Levi, médecin, socialiste, peintre et écrivain, opposant au régime fasciste et qui s'est retrouvé exilé dans le sud oublié de l'Italie pendant près de deux ans. Cette expérience marquante lui a inspiré plusieurs romans, dont le plus renommé est "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Francesco Rosi en a tiré un film en 1979, présenté au festival de Cannes l'année suivante).
 
 
Autoportrait / Daphné Maugham
 
Autoportrait / Jessie Boswell

Réveil avec ma mère / Carlo Levi / 1973

Ce moment passé en compagnie de tous ces personnages devenus tout d'un coup si présents m'a ramenée à l'histoire du Piémont, au passé de l'Italie, à cette époque, pas si lointaine, qui avait été celle du fascisme et puis de l'après-guerre. Chacun de ces artistes, opposants à la dictature, avaient traversé les tourments de cette sombre page, chacun avait ensuite connu de grands espoirs et bon nombre de déceptions durant les décennies suivantes. 
 
Et puis, tandis que je passais une nouvelle fois en revue les divers tableaux, a émergé l'éternelle question : que dit un portrait ? parle-t-il de la personne représentée ? de l'artiste qui la dépeint ? ou de la relation entre ces deux personnes ? 
 
Les expositions que je préfère sont celles d'où je sors perplexe ou en proie à mille questions qui me poussent à l'exploration. Une fois passé le seuil je comprends que je ne sais pas grand chose et ça me pousse à chercher. En ce sens, cette exposition m'a comblée.
 
 
La Fondation Bottari Lattes, outre les expositions culturelles autour de la figure de Mario Lattes,
anime également diverses activités et décerne un prix littéraire et un prix bisannuel de traduction littéraire.
Son entrée est gratuite. 

13 avr. 2026

Voyager : l'hôtel avec parc, garage et téléphone n°5

 

C'est probablement un des établissements le moins bien gérés que je connaisse. Rien - rien ! - n'y est conçu pour attirer la clientèle - au contraire : tout semble mis en œuvre pour décourager les touristes et visiteurs. On se fiche royalement - est en ce sens le nom de l'hôtel est bien assumé - de la moindre critique, de la moindre suggestion ou du moindre besoin exprimé par les hôtes. Le restaurant, occupant deux salles magnifiques au rez-de-chaussée et doté d'une terrasse à la vue stupéfiante, offre - si l'on peut dire - un menu d'une fadeur inimaginable, avec probablement un des rapports qualité/prix les plus bas de toute la région. La propriétaire sourit - parfois - salue - quand elle le doit - vous reconnaît - si vraiment elle vous voit - et paraît se ficher de toute considération commerciale. 
En conséquence, le lieu est dépourvu de piscine, de télévision, de Nutella, de climatisation, de musique d'ambiance, et la cave attenante, produisant selon certains experts de l'excellent vin, n'est ouverte que selon le bon vouloir des personnes concernées. Avouons-le : c'est un lieu que beaucoup de gens quittent avec soulagement, quand ils ne tournent pas les talons carrément scandalisés. 
Mais... cet endroit dispose quand même de quelques points en sa faveur : c'est un lieu où la vulgarité n'est jamais entrée et probablement ne pénétrera jamais. Un lieu à l'écart de toute mode, où l'attitude m'as-tu-vu ne saurait trouver à se justifier, où il est impossible de parader avec un SUV ou des vêtements griffés, où le parking accueille de vieilles Pandas aussi bien que des Volvo cabossées. Un lieu où tout est d'origine, sur les tables, sur les parois, pas question d'y afficher la moindre reproduction où que ce soit. Un lieu au calme souverain - qui n'est pas château royal pour rien - où l'herbe du parc semble ne jamais devoir rendre compte à aucun jardinier, où les roses, les tulipes et les muguets se déploient à volonté. Un lieu silencieux à l'abri des regards où l'on vous laissera lire durant de longues heures sans venir vous proposer la moindre consommation ou distraction. C'est un lieu à l'écart des grandes tendances du moment, où le wifi a parfois accès mais est rarement invité, où les mots "newsletter" et "mondialisation" n'ont pas leurs entrées. Dans ce lieu "jamais plus, jamais plus !" le stress n'entrera probablement jamais. C'est dans cet endroit souvent agaçant, suprêmement réconfortant, à l'abri des méfaits du temps, qu'il aime venir se reposer en observant le mouvement des nuages et l'envol des colombes et des papillons blancs.
 

25 mars 2026

Voyager : Bologne en boucle

 

 
Il y a des lieux, on s'y sent chez soi. Bologne me fait depuis toujours cet effet-là. C'est une ville qui stimule, qui remue, qui inspire, qui te fait ouvrir les yeux plus grands, qui te fait sourire à des tas de gens, très différents : des étudiants, des marchands, des passants, des jeunes, des vieux, des petits, des grands. C'est une ville très belle et très sale, où la classe côtoie sans cesse la crasse et précisément au moment où l'on voudrait détourner le regard on se retrouve face à une noble arcade ou à un médaillon flamboyant. 
 
 
C'est une ville désinvolte, qui vit et tient absolument à laisser vivre. Sur les façades, les murs, les colonnes, on trouve des banderoles, des graffitis, des slogans. Une ville où il y a de la place pour tous, où les gens semblent toujours disposés à entrer en relation. Bourgeoises aux vêtements  griffés, mendiants, jeunes militantes récoltant des fonds pour des médicaments, tous communiquent, interfèrent, se parlent, s'expliquent, s'interrogent, se répondent, se sourient tout naturellement. Ce n'est pas une ville d'esquive ou d'exclusion. C'est une ville de pulsion.
 

 

 
Traversant le quartier universitaire au pas de course, l'autre jour, j'ai longé toutes sortes de bistrots alternatifs, leurs terrasses africaines ou méditerranéennes nichées sous les arcades, où devisaient des filles dégustant des pâtisseries au taux de sucre indécent, où argumentaient des garçons qui se roulaient des cigarettes en insistant paisiblement sur leurs arguments. Après un repas des plus décontractés à Sale grosso, nous avons dû presser le pas - hélas - pour atteindre la pinacothèque saluer quelques visages très chers, avant de repartir en arrière plonger dans les ruelles du Quadrilatero, où vraiment - vraiment - trop de tentations nous attendaient. 
 

Écartelés, pressés, exténués, les bras chargés, nous avons finalement dû quitter la ville, ses chiens et ses enfants, le coeur serré, en programmant mentalement notre prochaine virée.
 


14 févr. 2026

Voyager : dôles de rencontres

 

 
En rentrant du Piémont - une petite cité idéale scintillant sous un ciel étoilé, quelques restaurants justement distingués - nous avons décidé de faire un crochet par l'entreprise Aulina  où un jeune couple de producteurs passionnés fabriquent des produits d'hygiène à base de plantes bio et de lait d'ânesse. Ils se sont formés dans la région de Forcalquier et ne cessent de diversifier leurs productions.
Nous les avons quittés tout heureux de nos achats et avons décidé de rejoindre Turin par des routes nationales. Au bout de cinq minutes, nous avons été arrêtés par un contrôle de gendarmerie. Pièces d'identité. Papiers du véhicule. C'est alors que l'interrogatoire a commencé:
- Vous venez d'où ?
- Vous allez où ? 
- C'est où, votre domicile ?
Les questions de ces jeunes gendarmes ont commencé à rendre le chien méfiant. Il s'est mis à grogner. D'autant plus que, avec des papiers suisses et des plaques suisses, il y avait de fortes chances pour que nous habitions la Suisse. Mais, en êtres civilisés, nous avons continué de leur répondre gentiment.
- Qu'est-ce que vous faites ici ?
- Qu'est-ce que vous êtes venus faire ici ?
- Du tourisme ?!? Mais il n'y a rien ici!!! 
Devant l'insistance du gendarma, nous avons commencé nous aussi à nous poser des questions, tandis que notre chien s'est mis à carrément aboyer. 
Nous avons réalisé que les deux - très - jeunes militaires avaient un accent du Sud prononcé. Sans doute venaient-ils d'être nommés au Nord du pays, loin de leur terre ensoleillée, de leur bord de mer, de leur famille. Sans doute ne comprenaient-ils pas ce qui pouvait attirer des gens qui n'y étaient pas contraints à sillonner cette terre aride du Piémont, parsemée de carcasses industrielles, avec ses habitants rigides comme des métronomes. Leur attitude "Qu'est-ce que vous venez foutre ici ?" est soudain devenue compréhensible.
On leur a fait de grands signes en les saluant et on s'est dit que ce genre d'incident ne peut arriver que quand on voyage hors saison, hors des sentiers battus (même si la quatrième ville du pays et sa Mole Antonelliana se trouvaient à peine à une quarantaine de kilomètres). Ça nous a donné l'impression d'être partis très loin et ça m'a ramenée à mon premier voyage en Grèce, dans la ville de Ioannina, où un habitant sur deux nous demandait : "d'où est-ce que vous venez ? où est-ce que vous allez ?" comme si nous étions des extraterrestres. Rafraîchissant souvenir d'avant le surtourisme, autant dire : la Préhistoire! 
 
 
Château de Govone / escalier monumental

 

9 févr. 2026

Voyager : microtourisme

 
Anna Seekamp, la soeur de l'artiste / Bertha Wegmann / SMK / Copenhague
 
C'est samedi. Elle se réjouit. Elle va passer la journée avec sa sœur. Elles ont choisi de partir à M. petite cité historique à une trentaine de kilomètres d'ici. Elle dit : J'ai toujours aimé cette ville. Elle ajoute : Non, pas de boutiques, pas de shopping, juste une balade, le lac, les ruelles. Elle n'avait pas envie d'une grande ville, surtout pas de trafic et pas de bruit. Elle voulait juste se faire plaisir. Papoter, se faire un truc à deux, loin des enfants et des maris. Elle est née dans un village des environs et n'a aucun besoin de lire le moindre livre pour adopter le concept du voyage de proximité. Elle est ouverte à toutes les découvertes : un portail rouillé, un chat, un bouquet à une fenêtre. Le bonheur, tout son bonheur, ne tient qu'à cet état d'esprit. 
 

 

20 janv. 2026

Vivre : un salut en passant

 
 
"La vie, c'est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre". 
 Albert Einstein

Cette année, ils se doraient au doux soleil de janvier, les deux Augustes (plus âgés et donc barbus) et les deux Césars (imberbes). Importés à Venise suite au sac de Constantinople durant la quatrième Croisade en 1204, on a ignoré durant longtemps leur emplacement initial dans la capitale turque. C'est la découverte, en 1965, du pied manquant à l'un des vénérables lors de fouilles dans l'église du Myraleion (aujourd'hui Mosquée de Bodrum) qui a permis d'identifier leur lieu d'origine
 
Le pied amputé se trouve aujourd'hui au Musée archéologique d'Istanbul et c'est un fac simile en pierre d'Istrie qui sert aujourd'hui de prothèse au pauvre César mutilé. Au-delà de toutes les données historiques, il me plait de voir dans ce groupe sculpté le symbole d'un pouvoir solide et solidaire, conscient et concerté, sur lequel le peuple pouvait compter. 
 
Mille fois d'accord, génial Albert, avancer, oui, il faut avancer, mais en sachant négocier les virages et sans foncer dans le mur. C'est pour ça que, dans un monde de changements et d'accélérations, de perturbations et de multiplications, les retrouver toujours en place sur la piazzetta, toujours stables et assurés, ça procure un infini sentiment de sécurité. Dès lors, pas de séjour dans la Sérénissime sans un tête à têtes avec ces Tétrarques estimés. 
 

18 janv. 2026

Voyager : signes des temps

 

  
Il montait la garde devant la Libreria Acqua Alta. Fermement ancré à l'entrée,  bien dodu, il assumait des allures de pacha. Ces dernières années, toujours moins de chats aperçus dans les calli, très peu, alors que, robustes ou faméliques, tigrés ou tricolores, ils avaient longtemps fait partie de la mythologie de la ville
 
Par quel mystère Venise est-elle devenue en quelques années une ville de chiens ? Va savoir...
 
Des toutous partout. Des magasins pour toutous avec tout le nécessaire pour se faire bichonner, parfumer, shampooiner, habiller (combinaisons, manteaux, pyjamas), se laisser et se délasser, se faire transporter dans des sacs adaptés. Sur les campielli où naguère se coursaient des enfants, on aperçoit de plus en plus d'humains lançant des baballes à leur chien. Des chiens au format de plus en plus réduit, histoire de pouvoir les emporter partout avec soi : musée, restaurant, shopping, cinéma. 
 
A en voir partout, de ces toutous jouet ou substitut, on a beau aimer les clébards - les vrais - on sent monter comme un rejet. Il est vrai que les canidés, on les aime nature, qui se roulent dans la gadoue, se reniflent, s'ébrouent, qui sentent bon le poil mouillé et l'os rongé. Alors, quand on aperçoit un authentique chat vénitien, imposant et pensif, apparemment fidélisé à plusieurs cantines du quartier, on sort son appareil et on lui tire le portrait. 
 
 

 

4 janv. 2026

Vivre : d'une rive à l'autre

 
firenze / ponte della Carraia

 
y a-t-il au monde chose plus féconde que la naissance d'un pont ? 
 
 

27 déc. 2025

Voyager : rien que de l'ordinaire

 
ailleurs, mais si semblable
 
 
Il y a toujours, sur le trajet de l'autoroute qui court entre Piémont et Lombardie, des étendues de champs - peut-être des rizières ou peut-être de simples cultures maraîchères - que je ne me lasse pas d'admirer. Le trajet alors pourrait durer des heures et des heures (tandis que régulièrement au-dessus de la chaussée apparaissent des tableaux lumineux indiquant aux véhicules combien de minutes seront nécessaires pour atteindre Milan, ou Asti, ou Turin). 
Cette année, c'est peu dire que la météo était "maussade" (un manière de définir le crachin, le brouillard et les nuages bas qui sévissaient depuis des jours) et pourtant, une fois encore, le paysage s'est montré sublime et disposé à se faire admirer. Les brumes atténuaient les contours des bâtisses et des bosquets. Elles pastellisaient les couleurs des étendues en jaune pâle, en ocre, en  beige et en blanc cassé. C'était des paysages qui n'avaient peut-être rien de remarquable, mais que j'avais un grand plaisir à observer. Ces paysages incarnaient tout simplement la Beauté. On aurait pu croire qu'un Rothko les avait appliqués à larges traits. On aurait aussi pu les imaginer esquissés par Iroshige. J'aimais tendrement la manière dont les arbres se dessinaient en gris pâle sur de longues bandes délimitant les diverses parcelles. J'aimais les observer, tous pareils, et tous différents, alignés en bordure de propriété.
C'était d'une grâce hallucinante et j'avais la chance, n'étant pas conductrice, de pouvoir les admirer (étant donné la vitesse, et les encadrements des portières, il n'est jamais question pour moi de les photographier). C'est peut-être ce qui en fait la valeur particulière. Il y a comme ça des voyages dans les voyages, des moments qui échappent aux définitions, aux impératifs, aux découvertes annoncées. J'ignore encore à ce jour le nom et le lieu précis de ces contrées. J'imagine qu'il n'y a que depuis l'autoroute qu'on peut les voir avec le recul nécessaire. Certains jours, je me dis que je serais  prête à rouler pendant des heures, rien que pour les redécouvrir.
 
 

26 déc. 2025

Voyager : arriver aux P.B.

 

 
La première fois que je suis arrivée aux P. B., c'était un soir de décembre. La nuit était tombée, nous étions en retard. Il y avait eu quelques tensions dans l'habitacle car notre GPS nous avait salement plantés dès la sortie de l'autoroute. Nous avions parcouru l'étroit chemin qui menait à cette vieille demeure accompagnés par la lueur blême de la Chartreuse qui veillait sur la colline d'en face. Je me souviens : le silence humide, les gouttelettes de brouillard, la sensation extraordinaire d'entrer dans une autre dimension, hors du temps, hors des tensions de l'Histoire.
 
  
 
Depuis, j'y suis retournée, toujours en hiver, toujours accueillie par le sapin et les lumignons palpitant sur les pierres. Toujours dans la même chambre un peu trop chauffée, avec toujours sur un vieux divan le même gros matou qui aime un peu trop se bagarrer. Quelle que soit l'heure, là-bas il ne fait jamais nuit noire. Dans l'obscurité qui n'est jamais tout à fait obscure, il fait bon partir à pied, rejoindre parmi les ombres un coin où manger. Sur le trajet, en longeant des rangées d'oliviers et de cyprès, on se prend à tâtonner, à glisser sur les graviers. L'air y est chargé de souvenirs, c'est un air dense et italien, senteurs de bois, présences animales, fantômes veillant sur leurs terres ancestrales, parfois quelque oiseau poussant un cri guttural.  
 
 
 
Dès les premiers pas, on se sent basculer dans un autre univers. On oublie tout ce qui constitue le monde, ses cruautés, ses rythmes, ses nécessités. Au bout de quelques virages, on se retrouve installés près d'un feu de cheminée, dans une vieille osteria élégamment décorée, presque cossue, dont on apprécie tout particulièrement les vins proposés.
 

 

Au retour, on avance avec prudence, évitant les nids de poule, tendant l'oreille aux froissements et aux hululements. Au loin, la ville superbe et tapageuse se devine à sa manière de blondir le ciel à l'horizon. On commente les mets dégustés, ribollita, peposo, artichauts en beignets. On frissonne sous l'effet conjugué de la fatigue et du chianti, et on progresse vers la noble bâtisse, avec la certitude qu'elle saura nous ouvrir ses portes et nous envelopper dans son univers d'élégance et de chaleur. 
 

17 oct. 2025

Voyager : le passé, la sueur

 


 
Un dimanche, après une journée de pluie battante, nous nous sommes rendus à Sassocorvaro, dont on nous avait vanté la forteresse et le lac artificiel de Mercatale situé en contrebas. Dans les rues vides, aucun visiteur, pas la moindre activité, tout paraissait abandonné. On aurait dit un village fantôme, mais une enseigne nous a intrigués. Elle se trouvait  près d'une ancienne boutique dont la porte a grincé et s'est ouverte quand on l'a pressée. En entrant nous avons appris qu'il s'agissait du plus petit musée d'Italie : 16 mètres carrés. Un tout petit espace en l'honneur de La civilisation qui transpirait (que l'on devrait plutôt traduire par La civilisation qui s'échinait ?) Nous y avons trouvé des images de la vie paysanne au début du XXe siècle, qui paraissaient nous attendre depuis très longtemps et que nous avons longuement observées.
 

 

Les trois parois étaient recouvertes de reproductions usées, aux bords souvent racornis, comme un hommage silencieux et minuscule, attendrissant de modestie, reflet des personnages représentés, une sorte de chapelle laïque honorant le travail des gens "de peu" (étrange expression, quand on y pense, que ces gens de peu, auxquels la société doit encore et toujours de pouvoir se nourrir et fonctionner). Avec une économie de moyens, trois fois rien, les images disaient leur vocabulaire restreint et leurs petites joies. Elles disaient l'importance de la famille, l'importance aussi de faire communauté. 
 

 

En évoquant des réalités quotidiennes, elles révélaient le prix des choses, leur valeur, l'importance prioritaire de pouvoir manger, se vêtir et d'avoir un foyer. Un feuillet, tracé d'une main mal assurée, nous apprenait que dans l'immédiat après-guerre, en 1946, le kilo de sel valait 28 lires et un kilo de beurre 700. Le café revenait à 1'100 lires - une fortune quand on pouvait le savourer - et tous ces biens essentiels parlaient infiniment à notre mémoire. Elles nous connectaient à des liens passés, nous rappelant de ne pas les oublier.


Le passé n'a pas à être encensé ni idéalisé. On y souffrait probablement tout autant qu'aujourd'hui, d'une autre manière. On y venait au monde, on y vivait au rythme des saisons, on y mourait souvent prématurément. Si loin, si proches, tous ces gens. Le passé n'est jamais passé quand on prend la peine d'y puiser des valeurs intemporelles, qui risquent de nous échapper (cette fatuité contemporaine de croire que nos technologies et nos façons démentielles de dépenser nous placent en situation de supériorité...) 
 
 

Sur le vieux carrelage, en plein milieu de la boutique, se trouvait un maquette représentant une maison paysanne du siècle dernier. L'intérieur, minuscule, contenait de tout petits détails, de la vie d'autrefois.

Quand nous avons raconté par la suite que nous étions passés par Sassocorvaro, on nous a demandé : "et vous avez visité la forteresse?" Nous avons répondu que là-bas, c'était un tout petit musée, des images jaunies, des papiers froissés, qui nous avait émus à en pleurer.

 

14 oct. 2025

Voyager : retours, retours...

 
 

 
Il y a, lors de chaque retour, ces vingt-quatre (ou ces  quarante-huit) heures durant lesquelles on tâche de réattérir. Que l'on soit parti en avion ou en voiture, il s'agit toujours de toucher terre. Alors que le mental navigue entre l'ici et l'ailleurs, le corps tente de s'affairer pour retrouver ses repères. C'est peu dire qu'on est dans l'entre-deux : en vérité on tangue en veillant à récupérer un quotidien rassurant tandis que les souvenirs vont et viennent et que les évocations affleurent. 
On transfère les photographies sans prendre vraiment le temps de les regarder, puisqu'il faut déballer, ranger, laver, trier, examiner le courrier, reporter tout ce qui ne relève pas de  l'urgence, se féliciter du fait que tout se soit en fin de compte bien déroulé, ici, là-bas, aucune mauvaise nouvelle (veillant encore un peu à ne pas se prendre de plein fouet les infos de l'international), arroser le basilic et susurrer des mots doux au rosier, constater que l'arbre mutilé cet été s'est bien revigoré et que la forêt est en train de prendre de belles couleurs mordorées. Frissonner aussi.  Rappeler à soi les images et les aventures.
Ce qui est amusant, ce sont les deux moments qui émergent en premier, d'un genre terriblement différent: le premier, au cœur d'un monstre bouchon sur l'A14, autoroute bloquée, hélicoptères, la manière dont on s'est vue obligée d'improviser des WC dans la voiture, à l'abri des regards, en gardant un semblant de dignité (merci, ô merci, gamelle du chien d'avoir contribué à la réussite de cette opération risquée) et le second, quand on a été estomaquée par les merveilleux serpents courant le long de la porte de la cathédrale romane d'Osimoune découverte inondée de lumière.
Voyager, c'est être constamment confrontée à des situations très concrètes et en même temps se voir transportée vers des beautés surréalistes. Ce sont des alternances d'expériences très terre à terre et  d'autres où l'on se sent tutoyer les étoiles. L'instinct de saisir l'appareil n'intervient heureusement qu'avec ces dernières...