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22 mai 2026

Habiter : aimer le ménage (et le dire)

 
The Love Letter (détail) / Johannes Vermeer / Rijksmuseum / Amsterdam
 
J'adore nettoyer. J'adore prendre éponges et serpillères et me mettre à astiquer. Certains - peut-être beaucoup - me prendront pour une masochiste ou une malheureuse asservie, mais moi, j'aime ça, rendre mon habitat limpide, en faire un lieu agréable à vivre. Difficile de partager cette passion avec qui que ce soit. Bien obligée de l'admettre : il est quasiment tabou d'affirmer qu'on aime s'adonner à ce genre d'activité. Mieux vaudrait déclarer tout haut qu'on vient d'adhérer à un club SM ou à un groupe de hackers pervers. Il est en revanche courant de se plaindre quand on doit se colleter avec la saleté qu'on a générée. Cela vaut surtout pour la Suisse, pays où la propreté est érigée en vertu nationale... à condition qu'elle soit assurée par d'autres, souvent des femmes venues du Sud, payées au black, voire sous-payées. 
 
 ***
 
Un après-midi, quand mon fils était petit, je discutais avec une mère du quartier. Nous papotions de tout et de rien devant chez elle. Les jeux, les devoirs, les sorties scolaires. Cette femme, immigrée du Sud européen, était la concierge de son immeuble. Ce qui signifie qu'elle occupait avec sa famille un petit trois-pièces sombre au rez-de-chaussée, en échange de quoi elle et son mari assuraient la maintenance de cette élégante bâtisse datant de la fin du XIXe. C'était une personne qui désirait fortement s'assimiler à une société suisse subtilement compartimentée. Elle voulait faire comme tout le monde dans le quartier. Faire pareil était son obsession. Tout à coup elle, qui avait passé sa matinée à balayer la cage d'escalier, a interrompu notre discussion et a lancé : Jé dois vous laisser. J'ai ma femme de ménage qui doit arriver. 
*** 
 
Je me souviens qu'une fois, alors que je traversais un hiver difficile et surchargé, on m'avait conseillé de me faire aider. Nous avions donc engagé une femme de ménage censée venir quatre heures par semaine. C'était une femme qui avait beaucoup à faire et beaucoup à raconter. Son mari était absent. Elle se retrouvait avec trois enfants, dont l'ainé était toxicomane. Quand elle a su que je travaillais dans le domaine social, elle a commencé à arriver en avance, très en avance. Souvent, mon mari allait lui ouvrir encore en pyjama. Ça n'avait pas l'air de la déranger. Elle prenait place à notre table du petit-déjeuner, acceptait une tasse de café et... me racontait ses problèmes. Ces matins-là j'avais l'impression de commencer à travailler très tôt. Puis elle a entrepris de me dresser une liste de tous les produits qu'il me manquait : pour lustrer les meubles, pour astiquer les portes, pour les stores, pour le frigo. J'ignorais totalement qu'il existât tant de produits spécifiques. Bientôt une étagère a dû leur être consacrée. Le printemps est arrivé. J'avais passé le cap de cet hiver fatiguant. En revanche, les matins où je recevais de l'aide ménagère devenaient de plus en plus pesants. Un jour, la femme de ménage a eu des mots avec la concierge à propos du nettoyage de notre paillasson. Elle m'a dit que dans ces conditions elle ne pourrait pas rester. Ce n'était pas à elle de nettoyer. Elle est donc partie. C'étaient les vacances. J'ai pu souffler.
 
*** 
 
Depuis lors, mon compagnon et moi avons assumé notre ménage et nettoyé ensemble notre saleté. Chacun fait sa part de cette noble activité. Elle contribue à notre bien-être quotidien. Il n'y a rien de dégradant dans le fait de ranger ce qu'on a dérangé, de nettoyer ce qu'on a encrassé. Ce qui est dégradant, comme dans tous les domaines, c'est quand une activité est le reflet de disparités. Chacun, du travailleur manuel au PDG, et même les enfants, devrait idéalement faire sa part. Je contribue volontiers à la mienne et si possible en pleine conscience. Dans l'acte de garder mon logis propre je perçois une démarche quasi bouddhiste : en nettoyant, je me nettoie et je prends soin de mon lieu de vie de la même manière que je prends soin de mon corps. Après une heure d'activité, pieds nus sur un sol lustré, j'ai juste envie de me mettre à danser. Bien-être assuré. 
 
*** 
 
(quant à en parler, je crois bien qu'ici est le seul endroit où je puisse le faire sans me voir opposer des regards hallucinés !)
 

 

2 mars 2026

Vivre : le temps du rangement

 
De Seta azul Medianoche / Soledad Sevilla / coll. Famiglia Cortina
 
 
quoi que tu fasses : 
range, remise, débarrasse.
remets tout à sa place
que tout redevienne lisse
que chaque chose laisse 
à toute nouvelle chose
une possible place 

21 févr. 2026

Vivre : to do or not to do

 
relatum the stage / 2022 / fondation Lee Ufan / arles
 
 
Pas question de procrastination : tout devient si lisse, si évident sans ajournements
 
 
 
 

19 janv. 2026

Vivre : place à la nouveauté

 
Portrait de Ferrante d'Avalos / Peintre lombard du XVIe s. / Museo Correr / Venezia
 
 
Janvier : mois idéal pour épurer
 
 

16 nov. 2025

Vivre : interiors

 
Intérieur avec femmes devant une armoire à linge / Pieter de Hooch /Rijksmuseum / Amsterdam
 
 
Ce besoin répété, essentiel de ranger, ordonner, trier dans la maison :
pareil à l'appel insistant de donner du sens à chacune de mes émotions. 
 

7 août 2025

Voyager : clore

 
Chemin au milieu des champs / 1912 /Władysław Ślewiński / Musée national de Varsovie 
 
Remiser l'échelle. Rincer les pinceaux. Ranger les pots. (Masser quelques jointures). Arroser les fleurs. Baisser les stores. Laisser quelques ouvertures. (Que l'air circule entre ces murs). Éprouver toujours le même pincement à chaque départ. Où serons-nous demain soir ? On n'en sait rien, une chambre bleue dans une maison jaune nous attend quelque part. Mettre les voiles sur un coup de tête ou plutôt un coup de cœur. S'attabler enfin et discuter et boire. S'autocongratuler pour tous les efforts. (Masser encore quelques courbatures). Se sentir fatigués. Fatigués et fiers.  
 

27 juil. 2025

Vivre : un temps de changements

 
 l'Edilizia, formelle del lato sud del Campanile /
bottega Andrea Pisano / Museo Opera del Duomo / Firenze
 
Tandis que le Chat survolait notre toit avec la grâce d'un funambule et rafistolait ça et là quelques lacunes, son collègue disait les difficultés de travailler depuis la crise du Covid. Un changement progressif dans les attitudes  et les mentalités : exigences, réclamations, expressions d'urgence et de tensions. Peu à peu, sensiblement, les clients voulaient toujours plus, toujours plus vite, contestaient les factures, imposaient leurs horaires. Il racontait son travail au quotidien et décrivait comment, même sur les chantiers, s'est installée l'ère des désaccords. 
 
 

23 févr. 2025

Habiter : céder la place

 

 
Depuis que des citadins nantis ont trouvé cette région à leur goût, les prix de l'immobilier ne cessent de grimper. Il ne se passe pas une semaine sans un courrier d'agents plus ou moins inspirés, affichant des costards de circonstance sur papier glacé pour inviter à vendre par leur intermédiaire. Certains se frottent les  mains. D'autres, plus prudents, pensent à l'effort auquel devront consentir leurs enfants et petits-enfants s'ils veulent rester dans la région. 
Elle observe le phénomène de loin et parle du petit chalet, acheté juste avant la pandémie, avec son mari qui luttait déjà contre sa maladie. Il voulait croire en sa chance et se dessiner un bel avenir. Ils avaient eu un coup de cœur pour la vue époustouflante au soleil couchant, pour le poêle à l'ancienne et la terrasse que le crépuscule inondait de lumière ambrée. Alors ils s'étaient mis sur les rangs, son compagnon avait écrit une lettre dans laquelle il disait combien le lieu les charmait. Mais ils avaient eu affaire à forte partie. Des Allemands fortunés étaient arrivés et, surs de leur dossier, avaient dégainé un chiffre insensé. L'épouse s'était mise à inspecter les pièces comme si elle se trouvait déjà en territoire conquis. Elle arpentait les lieux en notant dans sa tablette tout ce qui devrait être refait (la liste était longue : cuisine, vaste salon, sauna, home cinéma). 
Il arrive parfois des miracles. Le vendeur s'était senti offensé par la Teutonne qui entendait tout modifier. Il vendait un bien qu'il avait mis des années à restaurer. Il devait vendre, mais il y restait attaché. Les vœux germaniques n'ont pas été exaucés. Maintenant, c'est là-haut qu'elle part tous les vendredis soirs. Elle aime y arpenter les sentiers accompagnée de son chien. Quand tombe le soir, elle pense à celui qui reste plus que jamais présent. Je crois qu'elle a besoin de partir là-bas parce c'est là, face à la chaîne alpine, qu'elle le retrouve vraiment.
 
 

10 janv. 2025

Vivre : en piste!

 
The Love Letter (detail) / J. Vermeer / Rijksmuseum / Amsterdam
 
 
Depuis toujours, la rentrée de janvier est un moment critique : la nuit, la reprise, la pluie et encore la nuit. Sans compter les visages pâles et déprimés de ceux qui réalisent qu'après les Fêtes les contrariétés sont loin d'être terminées. Hier notre voisine K. a su à peine esquisser un sourire devant les deux bouteilles que je lui tendais. "C'est dur, la famille, les fêtes..." Oh! oui : il y a des chances pour que ce soit dur. Raison de plus pour ne pas se laisser emporter. Remiser le passé. Se centrer sur le présent. Faire une place à l'avenir. Envisager diverses options : des projets, des défis, des obligations, que la déprime comprenne qu'on lui fera front. A peine la vision 2025 confiée à son cahier, la January Cure vient de s'annoncer. 
 
Chaque jour ouvrable, pendant trois semaines, un devoir à accomplir pour remettre l'habitat à flot question ordre et limpidité. Ce qui est impressionnant, c'est que même si je la suis depuis plusieurs années et que tout au long des mois suivants je m'astreins à certaines règles d'entretien et de sobriété, je me retrouve  immanquablement devant des espaces à élaguer, des objets à nettoyer ou à donner. 
 
Les exercices ne prennent pas beaucoup de temps. Cette semaine, vingt minutes quotidiennes ont suffi à remplir deux sacs pour la table à échanges de la déchetterie. A force de se dire : "pour le cas où" on finit par comprendre que le dit cas n'arrivera jamais. En revanche, le mixer, ou les six tasses à café superflues, ou la cinquième plaque à tarte continuent de contrarier nos désirs de fluidité. Les meilleurs critères à appliquer : considérer les choses selon leur réelle utilité et le plaisir que l'on éprouve à les manier. 
 
La cuisine a été revisitée. Les gestes semblent plus évidents, l'espace apparaît plus grand (même si ce sont les placards et les tiroirs qui ont été allégés). L'accumulation est une agression contre nos sens, un défi au bon sens. Bien bien bien... maintenant, ne reste plus qu'à se diriger vers les salles de bain et les penderies... une chance que la météo annonce encore quelques jours d'intempéries...

1 nov. 2024

Vivre : des lueurs dans la nuit

 
Chapiteau avec roi et sirène / Museo della Città / Rimini

en cette période d'ombres et de sanglots, quelque chose en moi aspire aux Fêtes avec urgence,
alors, d'instinct, nous sommes retournés sur les rives, pour dénicher des tiges assez longues, 
nous les avons recourbées, nous voulions un diamètre d'au moins un mètre, pour qu'elles donnent 
des bulles de lumignons ardents, astres face aux désastres, inondant les profondeurs d'évidence


28 févr. 2024

Vivre : changer d'air

 
 
The Walthamstow Tapestry (détail) / Grayson Perry / Arken / Ishoj
 
 Les nettoyages printaniers : assainissement de toutes nos intériorités

29 janv. 2024

Vivre : bon débarras!

 
Soutien de bénitier / Basilique Sant'Anastasia / Vérone

Ouf! La cure de janvier est en train de s'achever. Qu'il est bon de se délester! Cette année encore, malgré mon attention à ne garder que le nécessaire, je me suis surprise à trouver sur mes étagères de quoi trier, éliminer, jeter. Le principe est simple : coin par coin, tout sortir, tout examiner, nettoyer et conserver ce dont on ressent l'absolue nécessité. Pas question de se dire: "ça pourrait servir" ou "quel attendrissant souvenir...". On garde ce qui est utile et ce qui donne de la joie. 
Les premiers moments sont toujours un peu hésitants. Il faut se pousser, voire se forcer. Et puis une fois lancée, quel allègement ! C'est fou ce que l'excès est étouffant! Quel pur bonheur de trouver les espaces plus grands. Le corps en ressort soulagé, il trouve place pour circuler. Le dos se redresse, reconnaissant. Les yeux apprécient de ne pas trouver matière à être heurtés.
Une fois qu'on s'est occupée des choses, on se surprend à penser à d'autres éléments assommants : faut-il vraiment répondre à certains messages ? faut-il garder certains liens ? où réside l'utilité, où se planque la joie dans certains échanges de convention ? trop d'exercices imposés ne portent-ils pas à la rumination ? 
Dans cette démarche, on pourrait craindre de perdre des choses essentielles qu'on serait amenée à regretter. Mais l'expérience me prouve que, loin de perdre, je retrouve mes priorités, un sentiment de liberté et comme une envie de m'ouvrir à la nouveauté.


20 mai 2023

Vivre : l'herbe si verte

 

La maison, j'en avais longtemps rêvé. Une maison parfaite, avec un beau dégagement, des forêts, immergée dans une nature incontaminée. Je la recomposais à l'aide d'images et d'attributs divers : une source privée, un manteau de cheminée en pierre grise, une terrasse dominant la vallée, une échappée sur un petit lac de montagne. Elle m'attendait quelque part. J'en étais persuadée. Je ne cessais de chercher, Google map, tous les sites y passaient.
La nuit, et surtout le jour, j'en rêvais.

J'étais à la poursuite de la maison idéale et la maison idéale me poursuivait. Pas une annonce n'était censée m'échapper. Je faisais et refaisais mes calculs, la distance, les trajets, les traites annuelles et les travaux à prévoir. Je m'imaginais camper, construire, retaper, réarranger, et puis naturellement décorer.

J'imaginais un coin de monde où rien ni personne ne pourrait plus m'atteindre, où tout ne serait que luxe, calme et volupté (et réserves de bois censé me réchauffer). Je me voyais déjà en Robinson Crusoé. Ma vie allait pouvoir reprendre un nouveau départ, j'allais me réinventer. Grace à la maison, c'est sûr, je deviendrais une autre. Un feu m'habiterait.

Et puis, hier, effectuant pour la énième fois le chemin qui menait à ma petite plage secrète, suivant la route des castors et des sangliers, levant les yeux, je l'ai aperçue,  je l'ai enfin vue : la maison idéale était là, là-haut, à flanc de colline, qui m'attendait. Elle m'attend, elle se tient tranquille, fiable, accueillante, dans l'espoir patient que mes élucubrations, mes démons de minuit, veuillent bien s'apaiser.



11 janv. 2023

Vivre : délestages culinaires

 
 Naschmarkt / Wien

Janvier : le mois des cures par excellence. Pour assainir nos possessions, quoi de mieux qu'une détoxication, comme celle que l'on prodigue à notre foie, avec bouillon de légumes, gingembre et jus de citron ? Impossible d'échapper à cette piqure de rappel, malgré tous les efforts adoptés tous les jours de l'année. Se délester est l'affaire d'une vie. Apprendre encore et encore à renoncer pour pouvoir vraiment s'engager. Le principe "pour une chose qui rentre une autre chose de même catégorie sort" est d'une simplicité édifiante. Il n'empêche qu'il faut encore et toujours élaguer.
 
A chaque exercice, et même quand il est question d'examiner un seul tiroir, je suis surprise par le travail qui se fait en parallèle devant soi et à l'intérieur de soi. Nettoyer et ranger les espaces et les produits entraîne un processus similaire au niveau des pensées, des prises de conscience et de décision.
 
L'autre jour, le programme comportait entre autres la révision des placards alimentaires et du frigidaire afin de jeter ce qui est périmé (étonnant : on a beau acheter judicieusement, rien de trop, ne pas tomber dans le piège des achats en gros, surtout ne pas céder aux appels à la surconsommation pour profiter de prétendues réductions,  il y a toujours quelques trucs qui échappent à notre attention). A la fin de l'exercice, ont fini à la poubelle : deux bocaux d'épices que je n'ai pas réussi à identifier (sûrement reçus en cadeau, ramenés d'un voyage au Maghreb par un invité, mais jamais ô grand jamais utilisés), une bouteille de vague sauce chinoise périmée depuis... 2019, un pouce de gingembre immergé parmi les oignons, deux petits restes de fromage en train de moisir depuis les Fêtes.

A relever : la rédactrice d'Apartment Therapy met en garde contre les dates de péremption qu'il s'agit de ne pas prendre au pied de la lettre, mais de considérer avec nos sens et notre bon sens. Un conseil tout à fait avisé : Une burrata à consommer avant le 3 janvier, rangée tout au fond du frigidaire, avait une délicieuse odeur une fois ouverte (vendue scellée par une fine couche hermétique sous son couvercle de plastique). Une invitation à préparer illico une pizza maison parfaitement digeste. 
 
La cure continue. Elle encourage à acheter peu à la fois, uniquement le nécessaire (je me demande parfois combien de produits stockés au début de la crise sanitaire il y a deux ans ont été réellement consommés). Examiner attentivement les actions (quel sens de se procurer des tripacks à moins 30% quand on ne nécessite qu'un unique emballage ?) Acheter bon, voire excellent, mais en se référant uniquement à ses propres besoins. Garder une visibilité continue sur ce que l'on a. C'est toujours à cette même conclusion qu'aboutissent, dans quelque domaine que ce soit, les tournées qui ouvrent l'année.


6 janv. 2022

Habiter : ranger, trier, donner et, éventuellement, jeter

 
Histoires de Saint-Nicolas (détail) /Ambrogio Lorenzetti / galerie des Offices / Florence
 
Janvier : le mois de transition, celui où l'on quitte et celui où l'on accueille (on pourrait dire qu'on passe son temps à accueillir et à quitter, mais les rituels, les Fêtes aident à s'engager).
Janvier : le mois des remises à jour, des remises à l'ordre. Pour la troisième année consécutive, je me suis inscrite à la cure proposée par Apartment Therapy (le principe est simple : tous les jours une tâche est proposée via mail, avec des indications précises. Rien de bien compliqué. Au contraire, c'est d'une extrême simplicité. Moins d'une demi-heure pour exécuter chaque tâche, qui, si elle se révèle convaincante, pourra être poursuivie à volonté).
Le premier jour : il s'est agit de prendre un tiroir (tiroir en tant que métaphore d'un endroit limité à dégager, même minuscule : un petit meuble, une étagère, un coin qui appelle un désir d'ordre).
J'ai choisi d'appliquer les consignes dans trois emplacements de la maison où l'on tend à reléguer trop aisément tout ce qui pourrait "éventuellement servir" , dont on ne sait "pas encore quoi faire", qu'on n'ose ni donner ni jeter et qu'on ne se voit pas utiliser (typiquement le genre d'emplacement générateur de bric-à-brac que je déteste savoir chez moi). J'ai opté pour le réduit annexe à la cuisine / la caisse qui sert de pharmacie / l'étagère qui accueille les classeurs et le matériel administratif.
Le truc génial de la consigne, c'est qu'il ne faut pas juste regarder, éventuellement ranger à vue, approximativement. Il faut TOUT sortir. Nettoyer le contenant. Observer les objets. Déterminer ceux qui sont utiles. Les replacer le plus judicieusement possible. Éliminer ceux qu'on juge inutiles. Garder en attente ceux pour lesquels subsiste un doute (dans un "purgatoire" symbolique, sac, armoire, espace vide)
Incroyable, tout ce que j'ai pu trouver, retrouver, éliminer, décider de réorganiser. Cet exercice d'une simplicité quasi enfantine a le mérite de rendre les idées  plus claires. Au terme de la tâche, on se sent allégée, on a opéré des choix, défini des priorités et surtout appris des choses sur soi parce que le travail dans notre intérieur trouve des échos dans notre vie intérieure.
 
Qu'est-ce qui nous empêche de nous délester ? qu'est-ce qui nous force à (sup)porter des choses inutiles ? quelle peur est-elle liée au geste de jeter ? à quoi servent les "objets transitionnels" ? en quoi le vide, l'espace, le silence nous sont-ils indispensables ? quels sont les avantages de voyager "léger" dans l'existence ?
 
Nettoyer, trier, jeter au sens propre comme au figuré. Dans la maison comme dans le mental, il s'agit de faire  un "reset". On ne peut pas avancer avec un esprit et un espace encombrés. Il faut faire de la place à la nouveauté.
Depuis trois jours, des amas de poussière, des courriers, des doublons, des colifichets, des dépliants, des ustensiles, les coordonnées de destinataires devenus flous, des réponses, des réflexes ont été déblayés. L'avenir est en train de se profiler.


Apartment therapy est un blog consacré à l'habitat sous tous ses aspects, certes soumis aux diktats de la consommation, mais fourmillant de conseils efficaces. Comme pour toute chose concernant l'habitat, il s'agit ici encore de trier, retenir, élaguer....

11 mai 2021

Habiter : la fourmilière

 
La sortie / Roy Lichtenstein / Albertina / Vienne
 
L'observation d'une maison est aussi intéressante qu'un précis d'entomologie. Les objets ressemblent à des fourmis qui vont et viennent, s'activent, se révèlent indispensables (et aussi parfois cassables). 
Une maison qui vit, que l'on soit sensible à l'usage des choses, que l'on se refuse au gaspillage, que l'on soit précautionneux ou maladroit, ne cesse d'évoluer. Un verre tombe. Aïe! C'était le préféré. Il s'agira de le remplacer. La bouilloire rend l'âme après dix ans d'irréprochable activité : il en faudra une rouge, bosseuse et racée, apte à lui succéder. On affiche une carte à l'entrée, texte imprimé en noir sur fond canari : Excuse the mess, but we live here. C'est bien de cela qu'il s'agit : une maison, ça bouge, ça vibre.
Ainsi, les objets, indicateurs de vitalité, s'invitent dans tout l'habitat, impulsent des échanges et des changements, innovent allègrement. Surgissent de nouvelles couleurs, de nouvelles formes, de nouveaux formats. Un coussin, un bouquet, une table basse. Une assiette, un deuxième coussin, une jolie tasse. Une maison est une fourmilière qui danse, valse discrète ou tango passion, un organisme vivant en constante mutation.
Les maisons rances, recluses, délaissées, sont celles où rien ne change jamais. Elles retiennent tout, n'intègrent rien, ne voient plus le temps passer : des horloges arrêtées, des aiguilles qui refusent de tourner. Elles sont poussiéreuses, même si on y passe la poussière. Elles sentent le renfermé, même quand on les aère. Des lieux où personne n'a le désir de s'inviter, parce qu'il n'y a aucun espace pour la nouveauté.
Il y a aussi les maisons déstructurées, stressées, désordonnées. Les lieux où tout se déplace, où rien n'a vraiment de place. Tout change tellement, et tout le temps, que plus rien n'a d'importance, au cœur du chambardement. Oui, les maisons sont les reflets de leurs habitants. Chacune de leurs pièces est une biographie. Chacun de leurs recoins une page de vie On les observe et on comprend. On regarde et on apprend. 

26 févr. 2021

Vivre : l'ordre du soir

 


 
Le paysage se fait pâle au dehors, on le croirait sur le point de s'effacer.
Les lumières s'allument au dedans, dessinent des ombres au mobilier.
Depuis l'aurore, la journée s'est montrée laiteuse, silencieuse, diaphane.
A mesure que les heures passaient, elle a acquis une douce évanescence.
Poser le livre. Caresser le chien. Admirer un merle. Sourire. Photographier.
Laisser cette contemplative soirée s'installer. Saisir un poireau. Cuisiner.

24 déc. 2020

Vivre : entre chien et loup

 

Ce bleu à nul autre pareil
de la nuit venue se poser
- en catimini -
sur la flamme de ta bougie
ce bleu pur ravit ton œil
t'invite aux joies de la nuit.

14 avr. 2020

Lire : (dés)ordonnancements


Étagères avec livres / Giuseppe Maria Crespi /Palazzo Fava / Bologne


Il est des gens admirablement doués qui
les classent par thématiques, par genre, ou par auteur
les trient par langue ou par époque
les rangent bien alignés, les dépoussièrent, les exhibent
en font des éléments de décoration, au mètre, dans leur salon ou leur corridor.

Je n'ai jamais réussi. Encore une fois, ces derniers jours, je me suis demandé comment faire. Mais je ne saurais jamais comment m'y prendre. Chez moi, les livres se déploient dans un désordre alphabétique, forment des tours de Babel, s'amoncèlent autour de ma méridienne. Ils s'empilent près du fauteuil qui fait face à la forêt. Ils occupent une bibliothèque derrière le petit bureau rouge et règnent sur deux parois dans la cave. Ils sont dispersés autour de mon lit, attendent dans l'entrée de retourner à la médiathèque, patientent au fond d'un sac avant d'être confiés à la boîte aux échanges. Ils s'insinuent dans les longues files d'albums et de DVDs. Ils vivent leur vie, autonomes et libres. Enfants de Bohème, ils ne connaissent aucune autre loi que celle du désir.

Mais le plus extraordinaire dans tout ce fatras : quand j'en cherche un, qu'il me le faut absolument, tout oublié, perdu de vue ou caché qu'il soit, en cinq minutes pas une de plus, il se retrouve sous mes doigts.

4 janv. 2019

Habiter : l'exploration


Annonciation (détail) / Botticelli / Galerie des Offices  / Florence



Dans la maison, j’élague, j’élague sans cesse. Je m’efforce de ne garder que l’utile ou le beau. Je déteste plus que tous les objets "on ne sait jamais" (je crois qu’avec ces objets, on ne saura jamais vraiment et que, par conséquent, il serait bon qu’ils partent voir ailleurs où se trouve leur véritable fonction). Le magasin qui donne des coups de pouce tout près d’ici reçoit avec le sourire ce qu'on lui apporte de bon cœur. 
S'il peut arriver - rarement - que j'aie à racheter un objet donné, je rachète volontiers. J'aime mieux racheter que me trouver confrontée à des coins obstrués de choses poussiéreuses et encombrantes.
(Les sites de revente en ligne montrent à quel point les gens sont envahis de possessions et cherchent à s'en défaire: des commodes anciennes magnifiques, des tapis contemporains, des tablettes de l'an dernier, proposés pour trois fois rien).

Vivant sur trois étages, j'aime partir régulièrement en tournée, traquer les nids, les choses qui s’accumulent dans des endroits incongrus, laissées là par distraction ou par hâte. Faire le tour de ma maison comme une exploration. Ranger et remettre à la bonne place ce qui sera aisément retrouvé. Garder en mémoire l’emplacement de ce qui est petit et n'existe qu’à un seul exemplaire pour ne pas avoir à chercher sans fin ou racheter inutilement .

Ce faisant, constater à chaque fois l'étendue de ce que l'on a, ne pas se rendre victime d'un consumérisme tendant à pointer incessamment le manque supposé.

A chaque tour, porter un regard neuf sur les choses, sur leur sens. Retrouver, reconsidérer. Inventer de nouvelles manières d'organiser. Ce qui a été oublié est en quelque sorte perdu. Ranger, c'est se réapproprier.

Là où des esprits chagrins parleraient de tâche, d'effort, d'obligation, je vois une manière de créer et de jouer. Pas question pour moi de déléguer : mon désordre m'appartient. 

(dès qu'il a eu huit ans, je ne suis plus entrée ranger la chambre de mon fils : à chacun son territoire et sa manière de le gérer).

Parcourir enfin les pièces. Jouir de l'espace, du silence, de la lumière qui danse sur les surfaces lisses et libérées... jusqu'à la prochaine tournée.