Affichage des articles dont le libellé est Forêt. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Forêt. Afficher tous les articles

9 sept. 2022

Vivre : totems

 

traversant la forêt, nef gothique aux cent piliers,
on se demandait qui avait besoin d'être protégé, 
la nature ou ceux qui prétendaient la dominer ?

15 août 2022

Vivre : jour anniversaire

 
 
quand je lui murmure

qu'il est mon seul soleil


je lui mens effrontément
 

19 mars 2022

Vivre : verticalités

 
 
Que d'arbres effondrés cet hiver sous les coups des tempêtes...
Les troncs élancés larmoient, crient encore et crissent de désespoir.
Admirer en secret la force de ceux qui par milliers ont su rester droits.

10 mars 2022

Vivre : inventaire matinal

 
 
Deux coucous. Trois écureuils. Quatre chevreuils. 
Un seul soleil. 
Cinq arbres de guingois. Six branches de forsythia.
Un seul chamois.
Sept coups quelque part. Huit étoiles retardataires. 
Un seul pivert.
Neuf chants sifflés. Dix doigts congelés.
Des trilles par milliers. Un seul souhait : 
la paix.

9 déc. 2021

Vivre : la forêt, un matin

 

Mettre mes pas dans les sillons suivis par le chien. Entendre les feuilles craquer à notre passage (étonnant comme la musique de nos pas peut être dissemblable). Joyeux tamtam à deux sous les flocons qui ébauchent, heureux, de folles cabrioles. Traces de renards, traces de gibier traqué, traces légères et perlées de quelques tourterelles esquissant une tarentelle. Trainées de larmes amères des feuillus que la nuit a malmenés. Lourdes gouttes blanches projetées par de vieilles branches. Mystérieux zigzags dans les étendues grisées.
 
 
 

La forêt impose son silence, c'est-à-dire qu'elle bruisse de mille babils, grésillements, battements, gazouillis. Claquements, écoulements, cliquetis. Benêt qui croit la forêt mutique, elle qui n'a cesse de scander qu'elle est en vie. L'essence même de la vie : pure énergie. Langoureux s.o.s de troncs malmenés. Cris stridents, longs avertissements, tous les habitants sont au courant de notre randonnée.

Suivant le sentier, nous parvenons au refuge, pauvre cabane résignée que les festivités ont abandonnée. Nous hésitons à quitter ce monde monochrome où nous nous sentons si bien, protégés de toutes sortes de folies. Nous temporisons : quoi déjà terminée, cette balade qu'il nous semble à peine avoir commencée ? Nous oscillons encore un moment. Enfin, la vision d'une table généreusement décorée parvient à nous raisonner. Avec un soupir, nous nous détournons de ce monde noir et blanc pour rejoindre notre déjeuner mandarine, orange, kaki, groseille et saumon.


8 juin 2021

Habiter : sauvage

 
Bunkerdorf / Uwe Schloen / Giardini Spoerri / Seggiano / Toscane
 
A la toucher presque des doigts, à tendre les bras vers elle, à la voir se pencher pour embrasser les arbres fruitiers, susurrer des berceuses aux lattes de la terrasse, j'en viendrais à croire que j'habite chez elle - ou elle chez moi - qu'elle s'introduit ici ou que c'est moi qui m'aventure, à dévorer ses fruits, à l'écouter, à partager nos invités, je me dis que nous cohabitons depuis la nuit des temps, elle et moi.
Et sauvage, je me retrouve, enfant des ronces et des cabanes, sauvage, je me revois, grimpant, inventant, me réfugiant dans ses bocages, ses bosquets et ses sous-bois. Je vis chez elle, elle vit en moi, forêt sage ou bois sauvage, je te retrouve, tu me protèges, comme autrefois.

19 mai 2021

Vivre : still life / 100

 
 
 
Des tapis qui habillent le sous-bois, qui parfument les branchages et se fraient un chemin jusqu'aux premiers pâturages. Des tapis que les renards et les chevreuils ont déjà foulés, qu'ils ont bien voulu nous laisser. A les suivre des yeux, notre repas se dessine déjà : patates et bouillon, quelques tiges d'oignons, une poignée de ces feuilles tendres comme des agneaux, timides comme des jouvenceaux. Le tout agrémenté de crème et de lardons de noble lignée. Nous tremperons dans nos bols le pain encore tiède. Nous observerons alors la pluie dégouliner, nous sentirons sous nos papilles cet ail que les ours et les escargots daignent partager, nous goûterons au printemps, nous dégusterons la forêt, nous la remercierons pour cet or vert si discret. Et pour tous ses bienfaits.

19 mai 2020

Vivre : s'élever au réel, pencher au mystère


Bibliothèque / Palazzo ducale / Gubbio

Tous les jours à l'aube, déchirant la forêt, le premier matin du monde apparaît ...


Une émotion forte, quotidienne émerge de ma promenade à potron-minet : l'impression que le monde se renouvelle chaque jour, que les journées sont des miracles sans cesse répétés. Et voici que, par hasard, la NL de France-Culture m'apporte ce poème d'Anna de Noailles, un bijou qui dit tout : 

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son cœur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise... 

 Anna de Noailles, "La vie profonde", dans le recueil Le Cœur innombrable

 

4 déc. 2018

Vivre : derrière la forêt, la baie


Allégorie de la justice / Giotto di Bondone / Cappella degli Scrovegni / Padova


On ne peut pas que perdre.
Non. On ne peut pas.
On a perdu la lumière
On a perdu le vert.
On a perdu les jours.
Les feuilles se sont envolées.
Mais le paysage, lui, 
s'est élargi à 240 degrés.

9 août 2018

Habiter : petit voisin


Madona con bambino e santi (détail) / Vincenzo Foppa / Musei civici / Pavia



Prends garde au petit matin
Prends garde à ton ombre derrière les vitrages
Prends garde à ton pas
Prends garde au moindre crissement
Prends garde à tes gestes
Veille à ne rien perdre
- citron prune boucle lettre -
Assume la légèreté de la lumière
N'épie que pour mieux ménager
Reste calme écoutant ton cœur palpiter
Le faon confiant couché à ta fenêtre
aurait tôt fait de disparaître.

14 mars 2018

Vivre : à l'écoute





Refuzniks de tous les pays, gagnez les bois ! Vous y trouverez consolation. La forêt ne juge personne, elle impose sa règle. Elle dispense sa fête annuelle à la fin du mois de mai : la vie revient et les taillis se gonflent d’une fièvre électrique. En hiver, on ne s’y sent jamais seul : le cri d’un corvidé, la visite des mésanges et la trace des lynx dissipent l’angoisse.
En cas de mélancolie, il suffit de penser à ce beau principe de régénération : les arbres meurent, tombent et pourrissent. Et sur l’humus, qui est la mémoire de la forêt, d’autres arbres naissent et commencent pour un siècle ou deux leur ascension vers le ciel. 
Sylvain Tesson / Dans les forêts de Sibérie / Folio / p.184.

Tous les jours, levant le nez, elle se tient là si proche, vivante et sage. Maîtresse de l'instant, elle me répète que tout est appelé à naître, vivre et mourir.Je ne saurais me passer de ses leçons, ni de ses murmures, pas plus que de ses créatures. Je l'observe et trouve l'apaisement.



22 mars 2017

Habiter : à la lisière


Pavillon chinois / Potsdam


La pauvreté, c’est le manque qu’on subit.
La simplicité, c’est ce qui suffit.
Le luxe, c’est, en dehors des modes et des diktats,
ce dont on jouit.

Le luxe inouï : cette biche, à quelques pas, 
qui s’est enfuie.