Mettre mes pas dans les sillons suivis par le chien. Entendre les feuilles craquer à notre passage (étonnant comme la musique de nos pas peut être dissemblable). Joyeux tamtam à deux sous les flocons qui ébauchent, heureux, de folles cabrioles. Traces de renards, traces de gibier traqué, traces légères et perlées de quelques tourterelles esquissant une tarentelle. Trainées de larmes amères des feuillus que la nuit a malmenés. Lourdes gouttes blanches projetées par de vieilles branches. Mystérieux zigzags dans les étendues grisées.
La forêt impose son silence, c'est-à-dire qu'elle bruisse de mille babils, grésillements, battements, gazouillis. Claquements, écoulements, cliquetis. Benêt qui croit la forêt mutique, elle qui n'a cesse de scander qu'elle est en vie. L'essence même de la vie : pure énergie. Langoureux s.o.s de troncs malmenés. Cris stridents, longs avertissements, tous les habitants sont au courant de notre randonnée.
Suivant le sentier, nous parvenons au refuge, pauvre cabane résignée que les festivités ont abandonnée. Nous hésitons à quitter ce monde monochrome où nous nous sentons si bien, protégés de toutes sortes de folies. Nous temporisons : quoi déjà terminée, cette balade qu'il nous semble à peine avoir commencée ? Nous oscillons encore un moment. Enfin, la vision d'une table généreusement décorée parvient à nous raisonner. Avec un soupir, nous nous détournons de ce monde noir et blanc pour rejoindre notre déjeuner mandarine, orange, kaki, groseille et saumon.