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28 févr. 2026

Vivre : des trésors à portée de soi

 
Installation JM Othoniel / Château Lacoste / Le Puy Sainte Réparade
 
 
 Le monde, de plus en plus fou, de plus en plus complexe,
 heureusement, les arbres...
plus tu cherches à tout ce chaos un sens et plus celui-ci t'échappe 
heureusement, les arbres...
à n'y rien comprendre, à en perdre son latin et tout le reste
 heureusement : les arbres...
 
 

15 avr. 2025

Vivre : tant de différence, des enfances

 
Les devoirs de vacances (détail) / Maurice Denis / Ass. Amis Petit-Palais / Genève

 
Dans la salle aux stucs élégants, la petite fille courait, se roulait sous la nappe, s'agitait, riait riait, s'efforçait d'attraper le chien par la truffe, refusait de terminer sa tartine, jouait jouait, et à la regarder si vive, si coquine, on pouvait l'imaginer rentrée chez elle, dans sa maison, son lit, le toboggan, les robes à fleurs, et à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau, juste quelques tirs d'ailes, d'autres tirs, d'autres chûtes, d'autres explosions, d'autres enfants que la vie laissait en miettes, d'autres enfances pulvérisées qui quittaient la route, mordaient la poussière, s'évanouissaient dans les airs en l'espace d'un instant. 
 

15 mai 2024

Vivre : les temps changent

 
Élévation de Marie-Madeleine / Maestro della Maddalena Assunta / Pinacothèque /Ferrare
 
 
Se faire une place au soleil ?
Mmm... non, merci, sans façons. 
C'est plutôt une place à l'ombre 
qui serait l'objet de mes aspirations.

30 oct. 2023

Vivre : oser savoir

 
Bombay / 1983 / Steve Mc Curry / Castello di Pavia / 2018
 
Parfois, la vie ici, si calme. Le signe de remerciement, et parfois l'étonnement, à voir des gens croisés sur le chemin remplis de prévenance. Les perroquets plus bas qui piaillent durant des heures et le voisin Ch. qui doit récupérer de sa nuit mais ne songerait jamais à s'en plaindre. 
La violence, ailleurs. Parfois, la tentation est grande de couper le son, d'éteindre. Ne plus voir, ne plus savoir, ne plus être conscients de toute cette déferlante. Bien trop souvent les mots sont de trop. Trop de commentaires, trop de blabla, trop d'experts qui ne savent que répéter et révéler leurs manques. Les mots sont de trop et en définitive seules quelques images racontent. Comme celles-ci.
Il suffit de peu à nos yeux, s'ils refusent de se détourner, s'ils refusent l'indifférence. La folie est là. Lointaine et proche à la fois. Les émotions s'invitent en yoyo, la peur, la rage, le sentiment d'impuissance. Que faire ? 
Que faire ? Accepter de regarder et de décrypter, accepter de voir et de savoir, accepter de recevoir les pièces à supposition, sinon à conviction, qui déboulent en nombre pour s'efforcer de se faire une opinion. Et tenter de ne pas désespérer du monde.

21 mai 2023

Vivre : la femme au balai

 
Photo : Francesca Volpi / Bloomberg via Getty Images / site de Rainews 20.05.2023

Une image saisissante : cette photographie a été prise jeudi dernier à Faenza, dans une école de musique. Au centre, un piano souillé de boue que la force de la crue avait dû renverser et une femme qui s'échine à déblayer la vase recouvrant tout le sol. Les parois nues portent les marques du niveau atteint par les eaux. Par-delà ce qui s'est passé ces derniers jours en Émilie-Romagne, les pertes humaines et matérielles, les sans-abris et les réseaux coupés, la désolation de ceux qui doivent faire face à la catastrophe et l'obstination de ceux qui viennent les sauver, c'est une allégorie de l'avenir de notre planète qu'on voit ici : le piano qui ne saura probablement plus donner le la et notre humanité obligée de faire face aux dégâts. Quelles perspectives ? Quelles solidarités ? Quels moyens de faire face ? Et surtout : quelles possibilités d'échapper au désastre ?  
 
(Impossible d'oublier : il y a un peu plus de trois ans, tandis que l'épidémie du Covid battait son plein dans le Nord de l'Italie, rentrant de Florence nous avions passé la frontière avec un curieux sentiment de soulagement, comme si le virus allait rester de l'autre côté. Quelle absolue naïveté! N'est-ce pas cette même naïveté qui anime les habitants des pays riches, quand ils s'obstinent à consommer et à croire que les catastrophes écologiques sont toujours ailleurs ? Comment continuer de poser des frontières mentales et imaginer que les désordres ne vont jamais toucher notre côté ?)

15 mai 2023

Vivre : exils

 

Tu laisseras tout ce que tu aimes
le plus tendrement ; c’est la flèche
que l’arc de l’exil lance en premier.
Tu sauras comme a saveur de sel
le pain d’autrui, et comme est dur chemin
la descente et la montée des escaliers d’autrui.

 
Tu lascerai ogne cosa diletta
più caramente; e questo è quello strale
che l’arco de lo essilio pria saetta.
Tu proverai sì come sa di sale
lo pane altrui, e come è duro calle
lo scendere e 'l salir per l'altrui scale
 
 
Dante / P XVII / 55-60)

 
Face à toutes les horreurs aux frontières : entendre la voix de l'exil avec les mots d'hier.
 

14 mai 2023

Vivre : le sens des limites

 


Hier matin, sur la place Fédérale, face au Parlement, à la banque Nationale, au-dessus des pommes de terre et des badauds éberlués, Greenpeace est venue rappeler cette vérité fondamentale : nos ressources sont limitées. Le 13 mai, le pays a épuisé toutes les ressources à sa disposition. Si tout le monde consommait comme la Suisse, il faudrait trois planètes pour assurer. Nous sommes comme des ménages qui s'endettent, à qui l'on prête, et qui ne songent pas à se restreindre. On continue à construire et à s'envoler. Quant à la bonne conscience, les SUV électriques et les panneaux solaires sont là pour la consolider.


16 févr. 2023

Vivre : face au monde

 

 Comme les rives, les esquisses embrouillardées de nos espoirs désabusés

11 juil. 2022

Vivre : l'envol

 
La vie (détail) / Pablo Picasso / The Cleveland Museum of Art / Cleveland / USA
 
Objectif atteint : A. et T. se sont vus attribuer un studio dans une ville, un nœud ferroviaire mettant les principales destinations du pays et toutes les chances de trouver du travail à leur portée. Ils ont emmené une pile de linges et de draps et plusieurs recettes de pâtes simples et efficaces. Ils auront passé un peu plus de trois semaines ici.
Parmi les articles consultés sur la toile, beaucoup sont consacrés aux familles qui ouvrent leur porte à des réfugiés. Certains soulignent l'aspect positif, enrichissant et humain de l'expérience, d'autres mettent en avant les difficultés de communication, l'abandon de la part des services officiels censés encadrer, les difficultés matérielles et le risque de burn out pour certaines personnes trop impliquées.
Que dire ? Tout est vrai. Rien n'est vrai. La réalité est sans doute flexible, oscille probablement autour d'une moyenne, un mélange d'efforts et de satisfactions, de profond découragement compensé par de lacérantes émotions.
Il est une chose qu'il s'agit de ne pas oublier : les réfugiés ne sont pas "des réfugiés". Être réfugié n'est pas une identité. Les gens arrivent avec leur histoire, leurs bagages, leurs capacités et leurs failles. Il en va de même pour les gens qui accueillent : ils le font avec leur propre histoire, leurs motivations et leurs élans, leurs faiblesses et leurs énergies. La rencontre entre ces personnalités fait partie intégrante de l'expérience, de sa réussite et de son potentiel enrichissement.
A. et T. avaient fui leur pays depuis le 26 février. Ils ont connu la vie dans un hôtel de Madrid, puis ils ont résidé à Nanterre pendant quelques semaines. Finalement, le dix juin, ils ont franchi la frontière suisse où ils ont été hébergés dans un centre pour requérants en attendant qu'il soit décidé de leur attribution cantonale (presque tous les requérants sont aimantés par les villes de Zurich et de Genève, mais tous les cantons doivent participer solidairement à leur accueil). Tous les soirs, nous les entendions parler longuement avec leurs parents. Ces parents semblaient désireux de les savoir en sécurité, mais incapables de leur communiquer un autre message que : restez à l'abri. "Restez à l'abri" est un conseil infiniment sage quand on est soumis aux bombes et à l'insécurité. "Restez à l'abri" est une injonction qui ne sert à rien, quand il s'agit de trouver sa place dans une nouvelle langue, un nouveau pays, une nouvelle société. 
A. et T. devront donc apprendre à nager, évoluer entre leurs anciens rêves et une imparfaite réalité. Électrons libres pendant de longues semaines, ils devront atterrir sur la planète Exil, après avoir longuement attendu, redouté et tenté de maintenir à flot leur espérances bouleversées.
Quant à nous, il semblerait que les autorités aient prévu un défraiement de 140 euros pour cette expérience. Le moment venu, je me réjouis de les ajouter au mandat mensuel en faveur de "Save the children", une institution qui accomplit des miracles à la frontière polonaise, ouvrant des classes de fortune, soutenant l'enfance abandonnée.

26 juin 2022

Vivre : faire place

 
 
T. et A. viennent d'arriver (accompagnés par Z., 9 kilos à tout casser)
On s'était inscrits pour accueillir deux personnes ukrainiennes début mars et on tenait à passer exclusivement par des canaux officiels. On a reçu tout de suite un accusé de réception, puis un mail à l'attention des familles offrant accueil, un mail plutôt évasif sur les raisons de la longue attente qui s'installait. Puis, plus rien. Au début, on s'est équipés. On a acheté un lit, revu l'organisation de l'étage chambres. On a réfléchi à toutes sortes de situations qui pouvaient se présenter. Mais il arrive un stade où réfléchir ne sert à rien : on ne sait pas quelles personnes arriveront et avec elles quelles problématiques. Une jeune mère avec un bébé ? Deux personnes âgées et malades ? Des personnes en deuil ? Des jeunes cadres désireux de se reconstruire au plus vite une vie stable en Suisse ? On ne sait pas. On attend. Tout ce qu'on sait, c'est qu'on veut faire quelque chose de concret en faveur de l'Ukraine, parce que ce qui est en train de se passer là-bas heurte profondément nos valeurs et notre conception de l'humanité. Tous les jours, les nouvelles qui parviennent nous révulsent et nous blessent.
Par conséquent, T. et A. viennent d'arriver. A. ne parle que russe et ukrainien. Elle dit comprendre l'anglais. Mais elle me regarde avec des yeux écarquillés quand je lui dis des choses basiques, comme : veux-tu manger quelque chose ? où sont tes parents ?
La vie de ces prochains jours risque d'être chamboulée. Il nous faudra bien un peu de temps pour apprendre à cohabiter. Se partager l'espace et les croquettes en bonne intelligence (et en toute solidarité). 
 

22 juin 2022

Vivre : une qualité

 
Il Redentore (détail) / Giovanni di Paolo / Pinacoteca / Siena

 
 Cette compétence admirable : pouvoir considérer frontalement l'injustice intolérable et savoir aussi la combattre avec des mots posés

20 mars 2022

Vivre : connexions

 

 
Sur la place, applaudir à s'en brûler les doigts, besoin d'applaudir jusqu'au sang, jusqu'à l'épuisement, pour leur faire entendre qu'ils ne sont pas seuls, pour leur transmettre à travers des connexions aléatoires, un mot sur deux c'est déjà ça, leur dire que nous sommes là, qu'ils ne sont pas abandonnés, qu'ils survivront dans leurs élans, dans leurs idées, dans leurs combats. Qu'ils survivront peut-être tout court, on ne sait pas.
Sur la place, il y avait beaucoup de gens. Ou étonnamment peu. Mais peu importe. Il y avait du jaune et il y avait du bleu. L'essentiel était d'être là. De scander que nous étions unis, de siffler une multinationale qui n'a de nid que le nom, de dire que le soleil que nous avions ici, on le leur envoyait en pensée là-bas. We are one
Deux présidents, l'un présent, l'autre très loin. Très loin, mais si près. Qu'on entendait par moments. Et puis qu'on n'entendait plus. Qui remerciait, qui dénonçait et qui invitait à faire plus. 
A deux pas, la foule du samedi déambulait, imperturbable. Le printemps était de retour : il était temps de penser à renouveler sa garde-robe, profiter enfin des terrasses. Un autre monde, aurait-on dit. Un autre monde. Le plus difficile, sans doute, était d'avoir à naviguer tour à tour dans l'un, puis dans l'autre, et de zigzaguer ainsi entre légèreté et gravité, entre douleur et émotion, le chien pensif sur les talons.

13 mars 2022

Vivre : nous sommes là

 
Après avoir échangé avec M. ce matin
cette vision : une infinité de lumignons, 
les étincelles par centaines de milliers, 
de tous ceux qui veulent croire en l'humanité.

11 mars 2022

Vivre : les injonctions fondamentales

 
Chapiteau / Palais des Doges / Place Saint-Marc / Venise
 
Depuis seize jours, les injonctions "restez à la maison" et "restez en santé" semblent résonner avec une autre portée. 
Rester chez soi. Rentrer en soi. Renouer avec soi. Veiller à ses limites, veiller à ne pas se laisser décentrer.
Plonger au plus profond de son intériorité. Trouver des ressources propices à l'équilibre dans le silence et le retrait.
 

6 mars 2022

Vivre : l'ombre et la lumière

 

entre espérance et déchirement :
oser regarder, écouter, s'informer
les yeux ouverts, se tenir prêt à aider.
hoffen und helfen, comme disent les Allemands