Jenny Holzer / installation sur Times Square / NY
Le jour où j’avais découvert l’artiste Jenny Holzer lors d’une exposition à Bâle, je me souviens avoir été scotchée par ses installations. Entre autre, par celle qui
disait : protect me from what I
want. Des lettres illuminées sur toute une paroi du musée.
La
phrase écrite projetait son message hors du monde de l’écriture, hors du
rationnel, hors de l’élégance formelle. Elle provoquait une émotion égale à un tableau de Piero della
Francesca ou de Wermeer. Sa force lumineuse parlait au cœur et à l’âme tout à la
fois.
Ce
matin, au bord du lac, quand l’homme m’a dit qu’il avait une stand up paddle et qu’il pouvait me la
prêter pour que je puisse m’y essayer (et même me donner quelques conseils pour
pagayer puisque je débutais), quand il a mis à ma portée ce qui est mon rêve
depuis pas mal de temps, quand l’homme m’a proposé cela, en toute générosité, les bras
grands ouverts et le regard franc, eh bien, je me suis sentie envahie par une
sorte d’angoisse, et je me suis entendue prétexter un rendez-vous pour m’en
aller. On désire, on a des envies, et puis… quand elles sont à portée de main… on fuit. Comme
si un cadeau de l'existence ne pouvait être accepté. Comme si on ne le méritait pas.
Oui. Il m'avait semblé somme toute plus naturel de passer des heures à sangloter la veille, que d'accepter cette main généreuse que la vie me tendait.