Collage trouvé sur le net
Cet été, je me suis retrouvée plusieurs fois à déambuler, dans des villes qui m'étaient étrangères. Je n'avais pas vraiment choisi les villes en question, je n'avais pas d'intérêt particulier à les découvrir, si bien qu'après avoir arpenté leurs principales rues, je me retrouvais toujours avec la perspective de m'attabler à une terrasse pour y attendre la personne qui devait me rejoindre. J'avais du temps à disposition mais, sans doute à cause de mon manque de curiosité envers les lieux, je ne ressentais pas d'attirance particulière à observer les passants ni les interactions. Aucune personnalité ne me frappait. Aucun incident ne se produisait.
Mal préparée à ces heures de désœuvrement et peu encline à m'ennuyer stoïquement, je finissais par entrer dans la première librairie qui se présentait. Évidemment, comme toujours dans ces cas-là, je ne trouvais rien de consistant à me mettre sous les pupilles. Je tournicotais entre les rayons, j'allais et venais, les livres présentés me paraissaient insipides, ou trop connus, ou trop distribués. Ne désirant rien de particulièrement original, ni d'affreusement banal, mes doigts se promenaient sur les étagères, cela me rappelait ces après-midi de pluie où l'on se trouve confinée dans des maisons de location et où l'on se cherche une occupation parmi les bouquins abandonnés par de précédents occupants.
Je viens de réaliser que le hasard m'a fait acheter ainsi trois livres d'Aki Shimazaki. Une fois leur lecture achevée (une lecture rapide et pas vraiment marquante), une fois rentrée chez moi, je les ai relégués dans un coin. La première fois que j'ai lu cette auteure, j'avais été intéressée par l'histoire d'Hôzuki, et le concept des pentalogies à entrées multiples m'avait semblé ludique et fascinant.
Ces dernières semaines j'ai réalisé combien, avec les auteurs trop prolifiques, les narrations finissent à la longue par sembler dupliquées. On en vient à les deviner, un peu comme ces tours de magie qui à force
d'être vus révèlent leurs ficelles. Impression de voir tourner un carrousel. Un roman n'est pas qu'une histoire
racontée, il faut un style pour le porter, un processus pour l'amener à
maturité. Chez Aki Shimazaki, les sujets ont toujours trait à des passés secrets, à des blessures mal cicatrisées, à des liens familiaux tourmentés.
Je suis allée ce matin déposer les trois opuscules décidément trop légers dans la boîte à échanges. Qui sait ? Peut-être enchanteront-ils trois lecteurs qui ne les connaissent pas ? Peut-être un cycliste en villégiature se retrouvant oisif entre deux étapes sera-t-il ravi de passer un moment en leur compagnie ? En les laissant, je leur ai souhaité une bonne continuation, comme on le fait avec des gens dont on prend congé en sachant qu'on ne sera plus amené à les rencontrer.

