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21 oct. 2018

Voyager : le Panier, des hauts, des bas








Il y a plus de vingt ans, un reportage télévisé avait relaté ce fait : les habitants du Panier, à Marseille, lassés de devenir des bêtes curieuses, avaient attaqué à grand renfort de sacs de farine le petit train de touristes qui sillonnait leur quartier. Je me souviens des images : les touristes comme des fantômes tout médusés.
Aujourd'hui, le quartier s'est assagi. Il accueille une kyrielle de boutiques et de logements airbnb. Il s'est ripoliné, cultive un genre apte à plaire de manière consensuelle. C'est joli. C'est mimi. Y a-t-il seulement une épicerie ?
Il y a vingt ans, je n'osais pas sortir mon appareil, j'essayais de me faire aussi anonyme que possible. En ce dimanche matin, les ruelles se font coquettes, photogéniques. Alors... je photographie. Non sans une certaine nostalgie...

17 oct. 2018

Vivre : rentrer du Sud





Le dimanche soir, à la gare de G., je suis entrée dans une brasserie attendre ma correspondance, prise par ce mélange de mélancolie et d'impatience lasse qui marque la fin de tous les voyages. J'ai repensé à cette chambre au Sud, donnant sur une rue trop empruntée, cette chambre bleue et or qui m'avait protégée le temps d'une escapade. J'ai repensé à tous les SDF allongés, dans leurs lofts à ciel ouvert, à tous les visages, à tous les marchés, aux couverts en argent qu'on avait failli acheter et à toutes les épices dont on ne s'était pas privés. J'ai repensé à cette ville classieuse et encrassée, ouverte sur toutes les turbulences de la Méditerranée. Ces magasins de téléphonie, ces épiceries, avec leur tas de chaussures couvrant leur devanture, et dedans les hommes en prière, entassés, absorbés (bien sûr, on était vendredi, on avait oublié). Cette vieille algérienne perdue, pâle qui avalait en automate ses merguez au fond de la Goulette bondée. Les tables si différentes auxquelles on s'était rassasiés. Cet air qui sentait fort la mer et ces rues qui sentaient les monoxydes à plein nez. J'ai failli m'endormir dans ce flot de souvenirs.

Dans le train, enfin, comme à chaque retour, mon regard s'est reposé sur les crêtes du Jura, cramoisies, qui défiaient splendidement la nuit. J'ai profondément expiré et puis j'ai senti monter la joie. Oui, cette joie intense qui me prend toujours à l'idée de rentrer me lover dans ce nid pépère où les colverts aiment hiberner.

16 oct. 2018

Manger : à l'école


Stèle égyptienne (détail) / MAM / Marseille


Après cette matinée passée face aux étals du Vieux-Port, nous savions (presque) lever des filets, (quasiment) réaliser une bouillabaisse, (à peu près) nettoyer des encornets et (pratiquement) les farcir dans les règles. La sempiternelle dame qui remet le chef en questions était présente, et aussi une jeune femme enceinte (accompagnée de son frère cadet). Le papa arrivé en avance de Saint-Raphaël était fier du cadeau de son fiston. Quant à l'oncologue très concentré, il s'était tellement emporté en parlant de son métier qu'il n'avait probablement pas savouré les amuse-bouche à sa portée.

Le repas (plus ou moins) élaboré par nos soins fut arrosé d'accent chantant et d'un blanc sympathiquement fruité. Étonnamment, le groupe était plutôt jeune et masculin, et le dynamique maître des lieux plutôt bienveillant. Encore une matinée comme celle-là, et on aurait commencé à se faire tout plein de copains. A la sortie, nous attendaient un soleil insolent, deux manifestations vociférant de curieuses sonorités et les incontournables splendeurs de l'Empereur.