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22 avr. 2026

Vivre : chaque chose en son temps

 
 

 
pourquoi tant d'impatience à vouloir déjà être là-bas
quand c'est juste à présent qu'ici fleurit le colza ? 
 
 

15 avr. 2026

Vivre : pétales et pollens

 
 

 
on nous avait annoncé du sable du Sahara
mais : un tapis blanc et citron sous nos pas

3 avr. 2026

Vivre : la suspension du temps

 
Crucifixion / Retable d'Issenheim / Grünewald / Musée Unterlinden / Colmar
 
 
Il y a ces jours, ces heures qui précèdent les congés de Pâques, avec leur fébrilité toute particulière, ces jours, ces heures, où tout le monde semble sur le départ (ou en train d'atterrir). Surexcités, pressés de s'évader, des riverains chargent leurs voitures. C'est un temps de chassés-croisés. Dans les supermarchés émergent soudain des langues gutturales qu'on n'entendait pas depuis des mois. Dans des salles clairsemées, des secrétaires sourient, qui habituellement ne sourient pas. On peut sentir la brise agiter les branches de forsythia, et le même bourdonnement autour des rangées de chocolat. Des messages d'absence des empêchements de dernière minute, le monde se fait chaotique, il faut comprendre, c'est comme ça. 
Devant l'école, les cris d'enfants se dissipent. Sur la terrasse, les ombres des bourdons s'alanguissent. Dans le sous-bois, les brins d'ail dansent et reluisent. Un peu à l'abri, vaguement en retrait, il fait bon se tenir là. Tendre l'oreille, ouvrir l’œil, s'adonner à la langueur, à la lenteur quand tout s'agite et pépie autour de soi.
 
 

26 mars 2026

Vivre : la neige qu'on attend

 



Les busards tournent autour de la maison. La maison tremble, s'agrippe, à deux doigts de s'envoler au diapason. 
Les vents se déchaînent, Bise, Joran, tous leurs tourments. Les couleurs s'enchaînent, turquoise, céladon, argent. 
La vie au-dedans se déploie aussi indolente qu'au-dehors violents se font les soufflements : paisiblement, on attend.
 

17 mars 2026

Vivre : comme les plantes

 
Femme à l'ombrelle, un coup de vent la faisant s'envoler / Suzuki Harunobu / Bibliothèque nationale de France
 
d'où vient cette énergie du printemps ? d'où vient cet élan à élargir les rondes, à narguer les tâches éreintantes, à entreprendre des bouleversements ? d'où vient que, tel un chamois, on soit prise d'une folle envie de chevaucher à travers les broussailles, d'étendre ses fouilles, de déchirer les empêchements comme de banales toiles d'araignées qu'on a tolérées trop longtemps ? d'où vient qu'on se sente arbre, feuille, bourgeon, qu'on veuille tendre en se moquant de recevoir en retour ? d'où vient que l'aube nous appelle, que les averses nous indiffèrent et que nos bottes nous réclament au jour levant ? d'où vient donc l'appel du printemps ?
 

1 mars 2026

Vivre : les transitions

 
L'arrivée des moissonneurs dans les marais pontins / L. Robert / MAHN / Neuchâtel
 
T'as combien de printemps ? Pas mal, assurément. Mais le plus époustouflant, avec le printemps, c'est qu'on a beau le connaître, l'attendre - un vieil ami parti en voyage dont on espère le retour impatiemment - il est toujours aussi surprenant. Comme printemps rime avec renouvellement, le lascar se trouve toujours de nouveaux déguisements. Il n'arrive jamais le jour ni l'heure où on l'attend, se joue des prédictions, s'infiltre entre deux flocons, s'avance entre mille tourbillons, à la faveur de trois rayons. 
Oui, le débrouillard plonge comme une épidémie sur les gens et les surprend. Aujourd'hui la ville était en proie à la maladie jolie du printemps : une fièvre et des éruptions, des boutons, des bourgeons, des montées d'excitation, sans compter les rougissements, des sourires éclatants, des bouquets débordants, des regards bienveillants. Il nous a valu quelques heures d'enthousiasme et d'enjouement, des échanges charmants. Hélas! 
... quelques heures plus tard, l'affreux, le malotru, s'en est allé, s'est évaporé, s'est fait la malle, a mis les voiles comme un mal élevé, et le monde s'est retrouvé dépité, sous les nuages et les déversements, saisi de tremblements, guéri de la douce maladie, certes, mais un peu sonné, un peu malmené, et tout disposé à récidiver aux prochains signes de contagion.
 

22 févr. 2026

Vivre : dimanche, 6h36

 



 
superbes dans la nuit, les chants nous inventent un printemps
 
 

11 févr. 2026

Vivre : l'appel de la lumière

 
musée Lee Ufan / arles
 
ouvre la fenêtre
va, ouvre grand :
le renouveau t'appelle
la liberté t'attend 
 

26 janv. 2026

Vivre : marche arrière!



Contrariété entre toutes : alors que je commençais tout juste à mettre mes pas dans les pas de l'hiver, à apprécier les matins glacés et les racines amères, que j'avais ressorti toutes les paires de gants et les meilleurs pullovers, que j'aimais à me lover dans des plaids et que j'avais repris goût à paresser en douceur, que j'avais instauré le rite du thé de seize heures, voici que le printemps m'envoie ses avants-courriers. Quelque chose dans l'air, malgré les degrés et les rigueurs annoncées, quelque chose dans les chants, un je-ne-sais-quoi de doux et de suave, un frémissement dans la lumière, et dans les prés les premières primevères, et voici que s'annonce un renouveau, inexorablement, et moi, moi, prise de court, mise au pied du mur, je refuse de me mettre au vert et réclame un rab de froidure! 
 
 
 
 

18 avr. 2025

Vivre : entre-deux

 
 

Le ciel hésite sans cesse. Entre éclaircies et orages, il déverse sur nos têtes des torrents de lumière et de pluie. Le paysage verdit jusqu'à l'absinthe et le pistache. Le lilas et la glycine s'élancent sur les façades et ne ménagent ni leur peine ni leur joie. Il fait ce drôle de temps pascal où la vie sociale semble suspendue : les touristes sont renvoyés dans leurs bicoques, astiquent leurs bicyclettes en attendant des heures meilleures, les voisins se sont rués vers le Sud dans l'espoir coriace d'y récolter un peu de chaleur. Un calme olympien a pris place le long des rives et des trottoirs. Pas une voile sur le lac, pas un tracteur sur le colza. Cette lenteur, ce silence, ce vide dense enchantent le cœur et le regard. Il fait un temps à être en vacances et voici que ces vacances nous sont offertes, sans valises et sans itinéraires. Un temps à tanguer entre livres et casseroles, entre écriture et champs de fleurs. Un temps à suivre des yeux les tournoiements des oiseaux majestueux, qui voltigent dans les amples nuages, et jouent et se cachent dans les délices de l'entre-deux.

 

 

5 avr. 2025

Vivre : la prodigieuse banalité de nos journées

 

 
Tous les matins, l'heure d'été nous arrache de plus en plus tôt à nos couches pour nous conduire là-haut où nous attendent les appels de la lumière et des oiseaux. Un chamois - toujours le même? - nous coupe la route, vaguement contrarié. Un pic assidu tambourine. Un géant se languit et dit son chagrin d'arbre meurtri. Au-dessus de nos têtes ça piaille et ça crie.
 

 

 
 
Nous nous hâtons. Nous courons. Nous tenons absolument à le surprendre, notre trésor orange. Le soleil surgit subitement comme un loir insomniaque. Il se roule en boule. Il jaunit, il blanchit, il rougit. Il explose. Nous profitons de ces dernières heures et de ces derniers jours de transparence. Bientôt, nous affronterons ici des murs de frondaisons exubérantes. Le cœur nous pince de cet dernier adieu à l'hiver, toujours trop doux toujours trop court.
 

Tous les après-midi, la forêt par petites touches reverdit. Elle a les timidités d'une jeune fille qui rosit. Elle nous donne à voir les tapis d'ail des ours qui nous offrent à déjeuner, des bouquets d'anémones qui saupoudrent les bosquets.
 
Du matin au soir, nous vivons au rythme du végétal et, quand il nous arrive de nous rendre en ville, nous nous sentons déphasés, agressés, perdus, de gros patauds qui ne maîtrisent ni les codes ni les usages. Nous posons des regards navrés sur les façades qui ne cessent de se dresser : comment les gens peuvent-ils se caser dans des rues aux monotones visions, qui n'offrent que grisailles à leurs enfants ? Vite, nous faisons nos courses, visitons nos expositions, et puis nous remontons rejoindre les délirantes primevères incendiées par les derniers rayons.
 
 

2 juin 2024

Vivre : le tintinnabuli des gouttes sur les lattes

 
Beauty / 1993 / Olafur Eliasson / Palazzo Grassi / Firenze / 2022
 
 
Les gens râlent. Partout. Se plaignent du froid, de l'humidité, de la météo pourrie.
Mais tous les soirs au coucher ce sont des lendemains qui chantent qu'annonce la pluie.
 

13 avr. 2023

Vivre : plaisirs de la découverte

 
Le Calvaire (détail) / Lorenzo d'Alessandro / Musée du Petit-Palais / Avignon
 
Et chaque nouveau printemps est un printemps nouveau.
 
 

1 avr. 2023

Vivre : ne te découvre pas d'un fil

 


Chaque jour apporte sa tempête. Les matins sont maussades, mutiques. Le monde se ferme, hostile. L'atmosphère se fait oppressante. Les énergies sont à la descente. La dépression du dehors s'accroche aux vestes, s'insuffle dans le moindre recoin, voudrait gagner du terrain, prendre les commandes de nos états d'âmes chamboulés, de  nos espoirs déteints. On fait face à la tourmente, mais à contre cœur, à contre temps et à contre courant. 
Au fil des heures, enfin, un bleu timide tente une percée. De-ci de-là, on y croirait presque, au printemps qui s'installe, prêt à entonner ses chants joyeux et dorés. Les oiseaux reprennent à chanter, un renard passe faire sa tournée. On se laisserait presque aller, on se sentirait pousser des ailes... jusqu'à... l'ondée suivante, qui emporte de plus belle branchages, housses, chapeaux et sacs et les entraine pour coiffer ailleurs des poteaux étonnés, des barrières estomaquées, des vélos renversés.
Il faut s'y résoudre : inutile de nager à contre sens, le temps n'est pas aux randonnées, rentrer, remiser bottes et cirés, se mettre lentement à siroter son thé et prendre soin de son cœur chamboulé.

24 mars 2023

Vivre : réveils

 
Le sous-bois / Hans Emmenegger / collection l'Hermitage / Lausanne 
 
au matin, partir vite vite, quitter les draps pour effleurer des ailes, 
deviner un museau, percevoir des courses lentes et des yeux candides
 venus comme nous  en curieux assister à l'embrasement des arbres 
 

16 avr. 2022

Vivre : renaissance

 
 
Pâques : déchiffrer une dernière fois les calligraphies raffinées 
ultimes messages des branchages se parant pour l'été

18 mars 2022

Vivre : communication non-verbale

 
rien à voir : le Piémont au printemps
 
Les canards sont repartis et quelques vacanciers ont rouvert leurs volets. Nous dérangeons tous les matins quatre chevreuils pas vraiment effarouchés. La forêts nous offre à l'aube profusion d'ail des ours et de chansons. Le paysage reprend peu à peu des couleurs comme un grand malade en voie de guérison. La pluie est allée se faire voir ailleurs malgré les prévisions et à six heures tapant sur la terrasse le merle ou le rouge-gorge savent parfaitement nous signifier que leur jauge est vide et qu'il serait temps d'y remédier. Les levers sont glacials et les après-midis quasi caniculaires. Bref, le printemps et l'hiver se querellent dès l'aurore. Des bouleversements se préparent, remue-ménage et tintamarre. Il est grand temps de troquer boots noires contre All Stars.

22 avr. 2021

Vivre : aimer le soleil, attendre la pluie

 

Au réveil, les rayons nous ont accueillis. En balade, les pics nous ont conduits (qui se lançaient des tam-tams par-dessus les taillis). A midi, un généreux repas fut partagé sans bruit. Dans l'après-midi, les oiseaux et les lézards se sont passé le mot pour murmurer tout bas combien il fait bon vivre et écrire et lire (et rien faire). Puis, soudain, dans le jour qui déclinait, des coups de tonnerre ont retenti. Étonnants, fracassants, impressionnants. Enfin la pluie qu'on espérait sans trop y croire est venue répandre un peu de notes perlées, un peu de traits argentés sur cette journée bénie.

11 avr. 2021

Vivre : les toits blancs

 

 Printemps / Harald Slott-Møller/ Copenhague
 
 
Neige d'avril : un arrière-goût d'hiver sur une promesse d'été