Saint-Libéral (?) tenant la ville de Trévise (détail) /Leonardo Boldrini / MBA / Dijon
Le centre avait changé en trois ans. Plus ripoliné, plus flamboyant, plus clinquant. Pratiquement aucun mendiant, uniquement des gens bien sapés et quelques touristes disciplinés. Une belle ville bien mise, offrant au monde le reflet de sa riche histoire, mais... où ses commerçants étaient-ils donc passés ? Toujours plus de sandwicheries, une seule modeste boucherie, des grandes enseignes "express" en guise d'épiceries. Toujours moins de caddies, de ménagères prêtant l'oreille aux potins du quartier, toujours plus de personnages avec cartables, de fonctionnaires zélés. Des restaurants ouverts le midi. Des boulangeries transformées en confiseries.
Une fois éprouvée la séduction du premier regard, on se rendait compte que la ville, comme tant d'autres, suivait une désolante tendance à exhiber son glorieux passé, façon carte postale, mais, que derrière ses façades prestigieuses, elle était en train de perdre ce qui fait le sel d'un lieu : ses habitants, leurs mouvements, les bêtises des enfants et les réactions courroucées des mamans. Les squares. Les bars " de l'Industrie" ou "des Amis". Les draps aux fenêtres. Les cris. Les affiches annonçant un vide-grenier ou quelque traditionnelle festivité. C'était un fait, après le premier regard, le premier tour, la première balade dans ses ruelles, on ressentait comme un vide, une hémorragie, une absence et bientôt on était saisi d'une irrépressible envie de la quitter, la ville vide et belle, qui vendait son âme et devenait musée.