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4 oct. 2017

Voyager : l'accablement des oliviers



Masseria / valle d'Itria

Au sud, parmi les oliviers centenaires du Salento, la xylella poursuivait ses ravages. En remontant vers le nord, sur le chemin du Gargano, c'était l'homme qui avait commis toutes sortes d'exactions : des hordes saisonnières, telles des nuées de sauterelles, semblaient avoir tout chambardé sur leur passage; la mer, souillée, violentée, venait lécher ses plaies contre les rochers crasseux; à l'écart des itinéraires conseillés, les détritus étaient dispersés le long des routes, véritables décharges publiques, dépôts d'immondices et d'électroménagers, dégueulis des biens privés sur le domaine public.

De toutes les émotions ressenties là-bas, il émerge le souvenir d’une intense tristesse, laquelle se transformait par moments en une sourde colère. Et cette colère se dissipait à la tombée du jour dans une profonde nostalgie, nostalgie d’un temps passé que je voulais idéaliser.

Et puis, il y avait eu l’enfant. Le bel enfant aux grands yeux bleus qui vivait dans la masseria triste. Douze mois. Le regard fuyant. Le corps privé de tonus. Les gestes saccadés.  L’enfant qui lacérait la nuit de ses cris stridents. Et il y avait eu aussi sa mère, avec ses sautes d’humeurs, son comportement étrange, frisant par moments l'incorrection. Sa mère qui devait sans doute se faire à l’idée d’être la mère de cet enfant et n’y parvenait pas, Sa mère qui avait encore besoin de temps et d'énergie vitale. Sa mère qui, à chaque petit déjeuner, la mine cernée, nous parlait au conditionnel passé de ses projets.

Le deuxième jour, les quatre jeunes Polonais étaient partis, exaspérés par l’atmosphère des lieux. Dans sa précipitation, l’un d’eux nous avait bousculés sans s’excuser, tout à sa hâte de jeter ses valises dans la voiture pour rejoindre une station balnéaire des environs.

Nous étions restés. Malgré tout. Je me souviens, R. avait dit : ce ne sont pas des vacances. C’est un voyage.  

1 oct. 2017

Voyager : l'adieu aux Pouilles


Sur la route entre Alberobello e Gioia del Colle

En définitive, tout s’est bien passé :
Nous avons visité des lieux pleins de charme, des rivages pittoresques
(les photos sont là pour l’attester)
Nous avons rendu la Panda sans une égratignure.
Nos vols à l’aller et au retour ont respecté les horaires prévus.
Notre budget n’a connu aucun écart.
Mais… il n’y a pas eu d’étincelle. Pas de déclic.
J’ai quitté le tarmac sans me retourner.
Il en va sans doute des territoires comme des personnes :
Parfois, il n’y a pas de véritable rencontre,
malgré les indubitables mérites et les indéniables beautés
qu’on est tout disposés à reconnaître et qu’on s’évertue à lister.
Il arrive qu’on prononce un au revoir de politesse

tout en entendant résonner un adieu définitif au fond de soi.