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14 déc. 2025

Vivre : entrer dans la fête

 

Glade Jul / Viggo Johansen / Hirrsprung fondation / Copenhague

Mélange de nostalgie, de rituels et de saveurs retrouvées, Noël est en train de s'approcher. La troisième bougie vacille dans la couronne de l'Avent, la fête progresse lentement. Cette année, les appels à décorer et à consommer prématurés - déchaînés - avaient de quoi bousculer. Quoi ? En octobre déjà cette nécessité de tout organiser ? Contrariée, j'ai souvent détourné le regard et slalomé parmi les comptoirs. Je ressens l'envie de vivre à mon rythme le cycle des saisons, la fin de l'été, l'automne et toutes ses couleurs, quitte à en expérimenter les pluies, les journées moroses et les langueurs. J'ai besoin d'avoir tout mon temps, d'être dedans. Je n'ai pas besoin d'incessantes fuites en avant. Je refuse qu'on m'expulse constamment dans un futur censé m'apporter des bonheurs préfabriqués. Dans un monde d’accélération, il faudrait donc maintenant dix fois plus de temps de préparation (entendre : de consommation) ?
(cette année, les titres des films sur le thème diffusés tous les jours depuis des semaines sur certaines chaînes m'ont fait rigoler, une daube hollywoodienne censée anesthésier sans doute quantité de frustrations, trop de douleurs et de peurs) 
Enfin, aujourd'hui, presque en catimini, la troisième bougie de l'Avent s'est allumée. La flamme danse, se consume, chemine tout en lenteur tout en douceur vers le solstice d'hiver. Le temps est venu de se réjouir.
 

20 nov. 2025

Vivre : question proportions

 

Il y a eu la période 90/10, durant laquelle la forêt résistait, se montrait jolie, frémissante, empourprée. Puis, la période 50/50, avec des virevoltes lentes et cadencées, des camaïeux mordorés, des visions enchantées, des paysages ajourés. Maintenant, on est arrivés à la période 10/90, dix vaillantes irréductibles contre nonante démissionnaires, celle où nos pas dans les feuillages braillards se font tapageurs. Si les arbres dénudés semblent décharnés, on récupère de vastes étendues de lac et des tapis épais. La nature fait sa mue à l'envers, déploie de grands papillons de lumière, invite à célébrer les rigueurs et les charmes de l'hiver. 
 

15 nov. 2025

Vivre : dessine-moi une saison

 
Peintre et sa famille / Antoine Raspal / Musée Réattu / Arles
 
 Si l'automne me demandait son portrait, certains jours c'est ainsi que je le ferais :
 
Sainte Madeleine (détail) / Famille Memmi / Petit-Palais / Avignon
 
 
alors que, certains soirs, dans ma palette, très peu de bleu pour beaucoup de noir :
 
Driving East / Helen Frankenhalter / Audrey and David Mirvish / Toronto
 
toutefois, hier, face aux rives, bouche bée, c'est ainsi que je l'ai portraituré :
 
Lac de Neuchâtel
 

6 nov. 2025

Vivre : et admirer

 


C'est hier, en roulant pour aller acheter du pain, que j'ai compris la dangerosité des arcs-en-ciel.
 
 

5 nov. 2025

Vivre : fais-toi rare, crée ta valeur

 

 on scrute on guette 
depuis le balcon
mais pas un jour,
pas un seul jour
sans son rayon 
 

1 nov. 2025

Vivre : appartenir

 

 
J'adore nos balades du matin. Nous arrivons toujours là-haut avec le sentiment d'être les premiers (ce qui signifie ignorer que les chevreuils, les renards, les busards sont déjà sur le pont depuis les premières lueurs, sans compter les veaux avec leurs mères, toujours sur la défensive, toujours prêtes à mugir). Sans présence humaine, sans phares, ou si peu, pour nous rappeler toute trace de civilisation, nous nous sentons immergés dans la nature. Nous sommes la nature. Comment croire à une quelconque séparation ? Quand il a plu durant la nuit, je me penche pour sauver quelques vers de terre en détresse sur la chaussée. En arrivant parfois à la der des ders (le lombric semble déjà rigide, desséché, mais sur ma paume tiède il reprend à se tortiller) je me sens parfaitement appartenir à ce monde, un monde d'avant la course, la course folle, la course au rendement, contre le temps, en cette période d'apprivoisement des bovidés (qui doivent s'habituer à notre présence, comprendre que jamais on n'entrera dans leur domaine, jamais on ne se permettrait de nuire à leur progéniture) je respire à pleins poumons un air que la ville ne connaît pas, senteurs de humus, de putréfaction, d'herbes mouillées, de marrons et de glands éclatés. Les arbres pleurent leurs larmes rousses, danse-voltige des feuilles qui improvisent. Je siffle le chien. Je tends l'oreille, je guette, à l'affut de l'inattendu. Je respire encore. Je suis bien.
 

24 oct. 2025

Vivre : trois fois par jour (au moins)

 

quoi qu'on annonce, quelles que soient les mises en garde,
une journée d'intempéries n'est jamais dépourvue d'éclaircies
 (reste alors à découvrir le bon créneau pour sortir)
 

30 sept. 2025

Vivre : entre loup et chien

 
empyrée / 2023 / eva jospin / palais des papes / avignon
 
 
 tracer là-haut parmi les ombres glacées
dans le ciel opaque, vivante, ardente :
débusquer la seule étoile allumée 
 

 
 
 
 

26 août 2025

Vivre : insensiblement, l'automne

 
 

 
Insensiblement
l'aube chargée d'étoiles
insensiblement 
là-haut des brisures de nuit
insensiblement 
un frouement un aboiement un cri
insensiblement 
la toile à l'horizon qui s'incendie 
insensiblement 
la certitude d'être en vie 
 

26 nov. 2024

Vivre : automne, battre la campagne

 

 
Au pied d'un arbre, suivre du regard les ultimes feuilles qui l'une après l'autre se mettent à onduler, voltigent  et ensorcèlent nos paupières fascinées.
Observer la sarabande folle d'une curieuse boule brune tournant furieusement au milieu d'un champ, et qui tourne et tourne encore défiant la gravité, toupie tabac sur fond chocolat.
Percevoir au loin, très loin le vagissement d'une autoroute et près, très près, les tocs d'un pic-épeiche particulièrement entêté.
Rencontrer trois chamois qui nous montrent leur cul, les malotrus, et prennent la poudre d'escampette à travers la frênaie.
Inspirer le vide de novembre, et le trop-plein de chagrins et de cendres. Le brouillard qui plonge est comme une nuit, mais blanche. Et contrairement aux nuits blanches dans lesquelles on cherche en vain le sommeil, c'est contre ce même sommeil qu'il s'agit à tout prix de lutter. Car le brouillard ne donne qu'une envie : fermer les yeux et se mettre à rêver.

 

11 nov. 2024

Vivre : avis de recherche

 
cour d'honneur / château de Gradara / Rimini

ce que je veux tous les matins au réveil
ce à quoi j'aspire, très simple : le soleil

22 oct. 2024

Vivre : ni vu ni connu

 

peut-on se sentir opprimé par temps de brouillard ?
voire! voire! percevant trouble, on peut aussi se dire
que l'on peut en faire à sa guise... la preuve :
toutes ces choses interdites, fermement réprouvées,
que nous nous sommes permises ce matin avec le chien,
hautement protégés par notre invisibilité supposée...

16 oct. 2024

Vivre : les alliances météorologiques

 

 
Quelle bonne idée, somme toute, ce matin, après l'épais brouillard, après le ciel maussade, alors que des torrents de pluie s'abattaient sur nos projets en débandade, quelle bonne idée de parier un restau sur un doux ciel serein, en fin de journée, un de ces ciels apparemment innocents, vaguement chafouins, toujours cabotins, aptes à vous valoir une invitation à un repas vietnamien.



25 août 2024

Vivre : des virevoltes par milliers

 
Madone en majesté avec enfant (détail) / Cecco di Pietro / Museo San Mateo / Pisa
 
Les papillons blancs dans les champs de luzerne : des lucioles que le jour a capturées.

23 août 2024

Vivre : prends tout ce qui t'inspire

 
Paysanne portant des fruits (détail) / Nicolas Tournier / Coll. Bemberg / Toulouse
 
Et voici donc l'automne qui s'est invité. Il nous est même tombé dessus sans crier gare, avec une désinvolture qui nous a étonnés. Quelque chose de nouveau dans l'air une lumière le chant de la forêt qui s'est comme tempéré. La vie est là, qui palpite en mode mineur dans le jour qui hésite à se lever. Un renard, puis deux, une biche et les rase-mottes des oiseaux sur la route à la montée. L'automne s'installe les mains pleines, nous tend à profusion ses trésors bigarrés: les prunes pourpre, les tomates cramoisies, les courgettes impériales, les aubergines violettes de mille manières cuisinées. 
 
Sur le ciel lacté la lune timbre s'est collée. Les jours nouveaux nous tendent leurs messages par brassées. Ils nous invitent à un bonheur particulier, teinté de nostalgie et de grands projets. Le bonheur d'automne nous inonde et nous surprend avec volupté. Il nous pousse à échanger, à prendre et rendre ce qui nous a été généreusement donné. Si l'automne entend nous stimuler, il aime aussi nous taquiner, il nous donne des frissons et exige un chandail mais pour ensuite mieux nous faire suer. Cet automne facétieux est décidément ma saison préférée.

7 nov. 2023

Vivre : les oiseaux et les nuages

 

 
   Des milliers d'étourneaux de passage : un drap froissé dans les nuages

16 sept. 2023

Vivre : trente jours dans la lumière dorée

 
détail de Septembre / Ercole de 'Roberti / Palazzo Schiffanoia / Ferrara
 
 
Septembre : le mois de la plus grande générosité. Celui où il fait si bon se lever, si bon se coucher. 
Celui où l'on récolte les efforts de toute une année.Celui où l'on peut s'atteler aux prochains projets.
Le premier janvier est certes dédié aux résolutions (qu'on ne tiendra peut-être jamais pour de bon).
Mais c'est en septembre que nos désirs profonds ont le plus de chances de trouver à s'enraciner.

13 sept. 2023

Vivre : petits échanges et grandes activités

 
La récolte des fruits (Gémeau qui s'accroche au poirier) / Le maître des Mois / Museo della Cattedrale / Ferrara
 
Ces dernières semaines, mon vocabulaire s'est enrichi d'un verbe : pruneauter. Quand il me demande : qu'as-tu l'intention de faire aujourd'hui ? Je réponds un jour sur deux : je vais pruneauter. C'est devenu mon activité principale, ma plus grande préoccupation, mon objectif obstiné. Je pruneaute. Ce qui signifie : aller ramasser un max de pruneaux, toujours plus loin, toujours plus haut; rentrer et trier, entre ce qui peut être consommé, ce qui doit impérativement être congelé et ce qui peut finir en confiture (j'ai découvert les vertus de la badiane pour agrémenter sa saveur fruitée); sans compter ce qui peut être converti en gâteaux ou en tartes (mes préférées). Mais cela ne constitue qu'une partie du job : pruneauter implique aussi le fait de réseauter. Proposer un sac au livreur, un kilo au facteur, un panier à la minuscule voisine végane qui en fera son dîner. 
On pourrait trouver cette activité fort sympathique, mais elle comporte quelques effets pervers. Dans la ronde du réseautage, les gens concernés ont à cœur d'échanger. Ainsi, R. se retrouve un jour sur deux en alternance dans l'obligation de tomater. Une multitude de recettes à base de ce fruit se succèdent à notre table et il s'agit de les cuisiner. 
Une question à présent commence à me tarauder : qu'allons-nous faire quand cette saison sera terminée ? N'allons-nous pas nous sentir vides, privés de projets ? Pas forcément : la dog-sitter nous a remis l'autre jour une courge transgénique, aux dimensions insensées. Allons-nous devoir nous mettre bientôt à... courger ? Peut-être. Heureusement que ce n'est pas la saison, parce qu'une seule chose m'importunerait vraiment : j'aurais une sainte horreur de devoir poireauter. 

2 sept. 2023

Vivre : fin août, début septembre

 

... et déjà l'automne. Magie des fatigues et des reprises, des soirs qui tremblent et des matins qui grisent. Déjà l'humide automne, les mains fébriles cherchent une laine, les cœurs tranquilles aiment et se le disent. Les feuillages crissent sur les places, les guêpes s'invitent et nous hérissent. Les rythmes changent, nouveaux challenges des pages blanches. Des sons lointains - enfants, volailles ou chiens - tambourinent le long des chemins. A l'horizon, sur les eaux planes les voiliers s'enflamment. Dans la lumière blondie du soir, on se pose. On s'apaise. Déploiements, engrangements, sentiment d'accomplissement. On réalise que rien - rien! - ne saurait être différent.  C'est le bonheur sans pareil de cette saison qui ne dit pas encore son nom : prendre - absolument tout prendre - comme il vient.
 

17 oct. 2022

Vivre : l'automne t'étonne

 

Et soudain, les grenades oubliées, les mottes détrempées, les marrons écrasés, 
les feux qui n'ont pas pu s'éteindre, le brouillard qui n'a pas voulu s'estomper,
le vent du Sud qui se veut impérieux, les pirouettes des tracteurs impétueux,
les assiettes fumantes et les sillonnantes fumées, toutes les voltiges mordorées
dégagent une enivrante odeur : quelque chose qui s'apparenterait au bonheur.