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21 mai 2026

Vivre : la paix des champs

 

Liste de choses délicates :
Le trajet tout en ondulations d'un escargot désireux de rejoindre une tige de dent-de-lion.  
Un jeune veau aux cornes velues traversant à pas dansants son pré pour venir converser. 
Le premier papillon de l'année venu se poser sur une fleur des champs : un doux baisé échangé.
Des coquelicots s'agitant dans le vent et qui, oscillant, se prennent pour des papillons vermillon.
Tant de légers tremblements, de bruissements, de susurrements, et toujours, là-haut, les chants.
 

26 août 2025

Vivre : insensiblement, l'automne

 
 

 
Insensiblement
l'aube chargée d'étoiles
insensiblement 
là-haut des brisures de nuit
insensiblement 
un frouement un aboiement un cri
insensiblement 
la toile à l'horizon qui s'incendie 
insensiblement 
la certitude d'être en vie 
 

12 juin 2024

Vivre : imiter les fleurs

 
Couple / 2004 (détail) / Cecily Brown / Musée Louisiana / 2018

toujours toujours se tourner vers la lumière...

15 sept. 2022

Vivre : point de vue

 

 On l'oublie trop souvent :


avant les grisailles et les batailles
avant les averses et les controverses
avant les couvertures et les aventures
avant les intempéries et les avanies

Ce matin / à sept heures
 
la vie est rose. Intensément rose.
 

17 juin 2022

Vivre : côté lac

 
 

Nos matins commencent très - parfois beaucoup trop - tôt. Nous croisons au passage à niveau le train des premiers pendulaires, le train des nettoyeurs et des livreurs. Il nous indique précisément qu'il est cinq heures vingt-neuf : le village se tire péniblement du sommeil. Quelques lumières sont déjà allumées dans l'école primaire. Un camping-car allemand se prépare à rejoindre le Sud après une halte salutaire. Une conductrice fonce et bâille à s'en décrocher la mâchoire. Un homme considère rêveusement ses salades, semblerait vouloir rester accroché à son arrosoir. A travers les vitrages du restaurant de la plage, une femme s'active à accomplir la première partie de sa triple journée. On entend deux coqs en stéréo s'adonner à des vocalises face aux rives désertées.
 

Sur la passerelle, je reconnais quelques arbres amis, des individus très estimables que je fréquente depuis près de quinze ans, qui résistent aux érosions des rives, aux espiègleries des rongeurs, aux lubies de la météo laquelle, prodigue en averses, les inonda l'an dernier, et aujourd'hui les menace de canicule alors que le printemps n'est pas encore achevé.


Sur le chemin, le chien vagabonde et ainsi en va-t-il de mes pensées. Ma gorge se noue à la vue d'un papillon que la nuit a condamné. Une idée de lettre survient pour une belle âme dont j'aimerais me rapprocher, puis une réponse fugace, presque volatile, à des questions qui m'ont longtemps taraudée. "Ouvre grand ton cœur" me souffle une voix. "Écoute le langage du vent, écoute ses sagesses. Prends soin d'observer la vie, ses chausse-trappes et toutes ses largesses".

Sur le chemin du retour, Messire Soleil nous salue de loin. Il fait le pitre, le saltimbanque, entame des facéties que personne ne perçoit, tant de gens occupés à s'affairer, obnubilés par l'heure, par les tâches de leur journée. J'établis mentalement une liste que de toute manière je ne suivrai pas. J'entends la passerelle gémir à notre passage. J'évite de justesse une libellule immobile, qu'y a-t-il donc, libellule, qui te retient de voler ? Soudain, branle-bas le combat : un castor de belle taille se rue sous nos pieds et glisse entre les joncs pour aller se baigner.

 
Un nouveau jour commence. C'est beau, c'est émouvant, une naissance de jour, c'est un peu comme une maternité sans murs et sans infirmières.  L'air de rien, notre journée a commencé il y a plus de deux heures. La faim commence à nous tenailler. Il est grand temps de regagner nos Pénates : monter dévorer des tartines comme on dévore la vie, plonger une cuillère décomplexée dans une confiture divine concoctée cette année (cerises, citron et myrtilles, une tuerie). Juste avant d'emprunter le petit chemin enchanté, lancer un dernier regard à une douce présence, le pêcheur qui, là-bas, se penche, et d'un geste ample ramène ses filets.


21 mai 2022

Vivre : immersion

 

Est-il envisageable de se sentir seul, isolé, incompris dans la nature ? Non, assurément. La nature nous accepte maternellement, tels que nous sommes, nous accueille, nous inclut (on songe à ce mot étrange pour la qualifier, "environnement", étrange et incohérent). Là, un tronc couché offre un abri à mille insectes affairés. Plus loin, une branche arrachée continue de bourgeonner comme si de rien n'était. Ici, sous notre nez, tel arbuste refleurit avec la même constance chaque année. Plus haut, un coucou (suisse) donne l'heure sans compter. La nature est, ne cesse d'être et n'a que faire de frimer. Les seuls qui se pavanent, durant la brève saison de leurs amours, sont quelques coquelets. Le vivant tout entier ne cesse de nous appeler, et nous, souvent imbéciles, ne cessons d'en parler en termes d'exclusion, en êtres séparés.

24 févr. 2022

Vivre : tant à faire

 
Pendule de table (détail) / Luigi Mafredini / Coll. Querini-Stampalia / Venise

Tant à faire, à observer, à contempler, à décrire, à déchiffrer. Tant à donner, à restituer, à découvrir, à intégrer. Tant à conquérir, à accueillir, tant à chanter, à enchanter. Tant à apprendre, à décortiquer, à trier, à analyser. 
Et tant d'appels auxquels répondre, tant de beautés à invoquer, tant d'images à capter. Tant de plats à mitonner, et d'oiseaux à nourrir, de connaissances à absorber (Toutes ces lacunes à combler, ces trajets à accomplir, ces territoires à explorer)
Trop, décidément, beaucoup trop pour se préoccuper de vacuités.

2 févr. 2022

Vivre : heureusement les arbres

 

La vie semble tous les jours vouloir déverser son lot de pièces, une multitude d'éléments à insérer dans l'immense puzzle qui constitue le monde tel qu'on se le représente et, tous les jours, il s'agit de tenter d'intégrer les pièces en question dans l'emplacement le plus adéquat, le plus apte à assurer une cohérence à l'ensemble dont elles sont censées faire partie, quitte à recommencer, à retravailler, à retenter dès le lendemain, quand un nouveau stock sera livré à nos efforts de lucidité.
Depuis deux ans, le Covid, gros pourvoyeur de pièces, n'a jamais cessé de répandre des données changeantes et mouvantes, contrariantes et contradictoires, oui le Covid a été la source de livraisons quotidiennes multiples et multipliées à l'infini, source de stress et de réorganisations incessantes, sur le plan sociétal, sur le plan économique, politique, médiatique. Impossible de négliger les actualités, d'en ignorer les contradictions et les implications. Impossible d'ignorer la misère du monde encore plus misérable, encore plus vulnérable sous le coup de tant de dérapages. Impossible de ne pas réfléchir davantage, de ne pas remettre en question davantage le sens de l'existence. Oui, le Covid nous a bousculés, secoués comme des pruniers qui n'auraient aspiré qu'à tranquillement donner.
Heureusement, il y a eu les arbres (et les oiseaux, et les ruisseaux), heureusement, il y a eu leurs branches délurées, leurs feuillages primesautiers, les sifflements de leurs ramages agités par le vent, l'apparition de nids au creux de leurs rameaux, leurs cimes infatigables attirées toujours plus haut, leurs écorces fragiles, leurs troncs impassibles, leurs rejets indisciplinés s'élançant, inventifs, à la conquête des espaces.
Heureusement, il a été donné de fréquenter dans la durée des éléments évoquant la stabilité (le changement dans la stabilité, la stabilité du changement), il a été donné de pouvoir ainsi s'arrimer à quelque chose de rassérénant.
Alors, rassérénés, on a pu continuer de placer jour après jour nos pièces de puzzle dans un ordre plus ou moins cohérent.



24 déc. 2021

Vivre : monomaniaque

 



Oui, il est tout à fait possible que je sois affectée d'une manie, et complètement irrécupérable, mais moi, ce paysage hivernal, je ne m'en lasse pas. Il faut que j'y passe au moins une fois par jour (parfois deux, et ça peut même arriver trois fois). Je ne parviens pas à me trouver blasée de cette douceur. J'ai beau savoir que des démarches impérieuses m'attendent. Ou un rendez-vous inévitable. Ou une course urgente. J'arrive ici et je me sens bien. Dans mon axe. Je respire. Plus rien n'a vraiment d'importance, ou plutôt : tout retrouve l'importance qui lui revient. Parfois, je croise un renard. Ou une biche, ou un busard. Plus rarement : un humain, genre de spécimen assez rare. Parfois, je caresse un bois doré privé de son écorce, toujours surprise de sa douceur et de sa vulnérabilité infinie.
En bas, le monde s'agite et se presse, s'affronte et s'agace, s'envenime et s'entasse. Ici, le paysage s'élargit. On dirait qu'on vole, qu'on s'envole vers la Fête, ou du moins : vers son esprit.

3 juin 2020

Vivre : le cahier de juin



Ces derniers jours, la nouvelle lubie de P. est de descendre à l'aube me soustraire à mes songes (des songes invraisemblables, sans queue ni tête, ridicules à raconter). Il frappe des griffes le parquet, tape de la queue en mode rythmé, puis entreprend de secouer son collier avec sa médaille et ses puces éventuelles. Comment résister à une telle sommation ? Quelques minutes et un café plus tard, sur le plateau, la journée s'ouvre, telle un cahier rempli de mille signes à déchiffrer : le ruissellement de la lumière faisant du morse à travers les branchages, les ondulations souples du blé à qui la bise donne des allures de Méditerranée, les chœurs entonnés dans les vibrantes et vertes cathédrales, les premiers hennissements, les merles se laissant effleurer, les renards à peine effarouchés, et, parmi les herbes hautes nous caressant les aisselles, les modestes campanules, les bleuets désireux de parader, les knauties que les piéridae viennent câliner. On frissonne un peu, juste pour la forme, il fait encore bon, mais on pressent que les températures vont monter. Passent deux ou trois voitures mal réveillées et un tracteur vorace fonçant vers son petit-déjeuner. 
L'heure vient bientôt de rentrer. A notre retour, il nous faudra répondre à la question rituelle : quoi de neuf, ce matin ? Quoi de neuf ? Justement, rien. Ou plutôt si : il s'agira de raconter les mille bricoles, le hanneton renversé, l'étrange insecte oblong qui escaladait un épi, les quatre taurillons de retour dans leur pré, les cerises sauvages arrivées à maturité, la merlette qui s'est quasiment jetée sous nos roues, deux lièvres se contant fleurette dans le creux où paissent les Franches-Montagnes, la senteur d'une certaine plante dans un coin oublié, tous ces petits riens qui remplissent la première page de notre journée.
Une bonne douzaine d'heures plus tard, quand nous aurons tourné quelques feuillets, c'est moi qui entrainerai P.  dans ce qui est ma toute nouvelle lubie : atteindre le plateau juste avant que le soleil ne s'apprête à mauvir le Jura et le lac, quand les voiles s'évanouissent une à une, comme par magie. Alors là-haut, nous mettrons nos pas dans ceux des chevaux qui placidement, dans la lumière mordorée, s'avancent vers l'été.

19 mars 2020

Vivre : naturellement



deux chevreuils en lisière de forêt s'élancent et nous coupent la priorité
les chevaux paissent avec leur habituelle sérénité, lèvent leur belle tête à notre passage pour nous saluer
un renardeau, toujours le même, tandis que nous le croisons en voiture, se laisse aborder et il s'ensuit un dialogue aussi dense que silencieux, les yeux dans les yeux
le chien continue de harceler avec le même acharnement de pauvres taupes dans les champs (et fait la sourde oreille quand on le rappelle, évidemment)
les arbres travaillent à bourgeonner, les fleurs pointent le bout de leur nez, les papillons papillonnent, les branches que la tempête a violemment cassées servent de cités à toutes sortes d'insectes, les oiseaux ravis trouvent finalement de quoi se régaler, et dans le ciel : les busards, souverains, imperturbables...
oui, la nature, va son chemin, maitresse ès sagesse, elle parle de patience et de ténacité, elle parle de renouveau et d'harmonie, pendant que nous parviennent du monde des nouvelles surréalistes, que des menaces de tous genres circulent, que les conduites humaines tiennent autant de l'héroïsme que de l'hystérie...

24 sept. 2019

Vivre : adhésion


Archipel des Kornati / 2015

Comment dire la tendresse et l'admiration qu'elle m'inspire,
ce petit bout de femme de seize ans, qui ose, qui insiste,
qui dit posément ce qui doit être répété inlassablement ?
D'une violence effarante, les critiques, les campagnes de dénigrement. 
Pourquoi donc tant d'acharnement ? Sans doute que ses mots,
simples, directs, sincères, incarnent un besoin de changement. 
Sans doute que ce symbole et ces propos interpellent et mobilisent
là où d'autres ont pitoyablement failli, là où d'autres ont baissé les bras.
Précieuse incarnation, récupérable ou pas, je t'encourage, Greta.  

7 juin 2019

Vivre : les promesses de l'aube


L’archange Baraquiel (détail) / Bartolomé Roman / dépôt du Musée du Prado / Museu de Mallorca

Grâce à P., je redécouvre l'aube. Pas l'aube dégustée les yeux mi-clos sur la terrasse, une tasse de café à la main. Pas l'aube en méditation assise face au paysage apaisé. Pas l'aube glauque suivant les nuits en traitillé. Non : une aube plus dense, plus luxuriante, sur laquelle pleuvent dru les chants d'oiseaux, les mélodies frissonnantes des arbres rassérénés, les fraîcheurs exquises émanant de la forêt, la lumière rose et beige et audacieuse qui trace son chemin entre les feuillages, une aube qui esquisse de vastes toiles et embrase les nuages, une aube qui, tout au fond, tout là-bas, s'en va éveiller le lac étendu au pied de la colline comme un animal affaissé, parcouru de brises légères et de furtives envolées.
Grâce à P., je redécouvre la pureté sauvage des journées en ébauche, avec mon corps animal qui hume, se délie et se déhanche, et explore avec avidité toutes les richesses qui se présentent. 

7 mai 2019

Vivre : la main verte


La Madone en trône adorant l'enfant Jésus (détail) / Antonio da Negroponte / San Francesco della Vigna / Venise

Je me suis toujours vue comme une piètre jardinière,
trop émue par toutes les plantes et leur créativité
(sensible surtout aux herbes, folles ou mauvaises)
nulle en pelouse et en allées, douée pour les prés.
Mais depuis peu, j'ai posé un nom sur ce que je fais :
je cultive avec délice et hardiesse la biodiversité.

4 avr. 2018

Vivre : éternel dilemme


Installation 2017 / Louisiana Museum / Danemark

Dad des villes et Dad des champs,
je ressens de la tendresse pour la campagne et son apaisement.
J'aime cette terre, sa faune, sa flore, ses enfants.
Cependant, si je restais au village en mode permanent, 
les conformismes en tous genres finiraient par m’étouffer.
Quel besoin a donc le genre humain de vouloir tout contrôler ?

Ainsi la ville, ses espaces, ses reflets m’appellent constamment
Mais... comment survivre dans ces rues où le ciel est pris en étau ?
Où le ciel s'étiole, où le ciel pleure ses oiseaux ?
Je papillonne donc. Je vais je reviens je repars.
J'ai besoin du beurre et de l’argent du beurre.
Mon bien-être s'enracine dans l'ici et dans l'ailleurs.

6 janv. 2018

Vivre : l'épreuve




Comme pour les humains, les tempêtes passent
Révèlent les fragilités, les faiblesses masquées,
Laissent sur les berges leurs longues traces.



9 avr. 2017

Voyager : le safari sur un mètre carré



ruelle de Korcula / 2014


Interviewé par Elisabeth Quin sur Arte,
Marc Giraud, captivant naturaliste, 
nous invite à mettre de grands voyages à notre portée.
Bref, l'aventure au coin du jardin, au bord du chemin.
Ai déniché sur son blog sa description d'un safari mini-prix maxi-découverte:

"C’est une révélation ! Lorsque j’organisais des sorties nature pour les enfants, je leur proposais quelquefois un « safari sur un mètre carré », et le résultat était toujours intéressant. Il n’y a aucune raison de priver les adultes du même plaisir. Il s’agit d’une « anti-promenade » : au lieu de parcourir beaucoup de territoire, sur lequel on passe peu de temps, on délimite un petit espace et l’on y reste longtemps. On découvre alors la vie miniature qui grouille à nos pieds : les insectes qui vaquent à leurs énigmatiques affaires, toujours pressés, les mini-proies attaquées par de mini-prédateurs, les amours et les drames quotidiens qui nous échappent habituellement. Après une telle expérience, on ne regarde plus un carré de gazon ou un bord de chemin de la même manière. La nature est un ensemble de millions et de millions de petits espaces comme celui que l’on vient d’observer, et l’on prend conscience de son infinie vitalité. "

Parmi les dernières publications de cet auteur prolifique :

La France sauvage, La Martinière, 2011
La nature en bord du chemin, Delachaux et Niestlé, 2013
Safari dans la bouse et autres découvertes bucoliquesDelachaux et Niestlé, 2014
Les animaux en bord du chemin,  Delachaux et Niestlé, 2015
La nature au fil des saisons, Allary éditions, 2016
Arbres et fleurs en bord de chemin, Delachaux et Niestlé, 2017