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11 mai 2026

Manger : le ciel par-dessus nos assiettes

 
 
Ce soir-là, d'apéritifs en plats de résistance, 

 

 sans oublier quelques crèmes glacées,
 
 

 les façades veillèrent sur notre festin prolongé. 
 
 

3 mai 2025

Vivre : aveuglements

 

 
Tant de fois j'étais passée devant La Lune, peinte par Jacques Réattu en 1881, et je voyais la forme ronde, à laquelle l'artiste avait attribué un visage féminin, quasi enfantin, mais l'autre matin, il m'a semblé d'un coup évident que la sphère était transparente, et soudain le modèle m'est apparu complet, avec son cou, sa chevelure rassemblée en délicat chignon, l'intégralité de la figure m'a frappée, que j'avais conçue comme amenuisée pendant tant d'années. 


Musée Réattu /Arles


28 avr. 2025

Regarder : d'esquisse en esquisse

 
 

Le mois d'avril est en train de s'achever et j'ai adoré ces journées écoulées : quelles qu'en aient été les turbulences, j'avais l'impression que Pâques et ses vacances avaient pris toute la place. Je me sentais en congé. J'écoutais chanter les oiseaux, je les écoutais vraiment, et longuement. J'observais les arbres devenir d'heure en heure toujours plus verts. Je contemplais les fleurs et leur flamboyante modestie. Je n'avais qu'une envie : continuer de vivre ce printemps magique pendant des mois et des années. 
Maintenant l'heure est venue de partir en voir ailleurs de toutes les couleurs. Me faire la malle pour ouvrir un coffre rempli de dessins. M'en aller à la découverte, zigzaguer entre divers artistes. Me projeter une belle entrée dans l'été.
 

19 nov. 2024

Voyager : Arles, autres rencontres

 
 Portrait d'Auguste / Musée Départemental Arles antique / Arles
 
graves les visages des personnages du temps passé

 Portrait présumé de César / Musée Départemental Arles antique / Arles
 
patiente l'approche lente et le dialogue peut commencer 


  Buste de Vénus / Musée Départemental Arles antique / Arles
 
douce attente et mélancolie jolie d'un printemps trop vite passé

 Stèle funéraire de Turrania Philematio et de Chia / Musée Départemental Arles antique / Arles

depuis des siècles et des siècles certains tête-à-tête n'ont jamais cessé

  Picasso à la cigarette / 1956 / Lucien Clergue / Musée Réattu / Arles

certains êtres, qu'ont-ils envie de nous transmettre, à si fort nous fixer ?


Portrait de Gisèle de la Bégassière / Man Ray / Musée Réattu / Arles
 
certaines présences sont des absences, comme par un manque blessées

 Portrait d'Arlésienne /Charles-André Férigoule / Musée Réattu / Arles
 
tout l'art de l'art, c'est de rendre la vie à ceux que la vie a quitté


1 oct. 2023

Regarder : la fillette du Barri Gotic

 
Barcelone / 1960 / Jacques Léonard / L'esprit nomade / Musée Réattu / Arles / 2023
 
Ah! la fille, cette allure! Bien plantée sur ses gambettes, toute droite, les pieds glissés dans des sandalettes branchées, les jeans retroussés, les mains dans les poches, une assurance folle. On lui devine un monstre culot, elle est du genre à taper du pied, à exiger, à ne pas se laisser faire. Sait-elle déjà lire ? On peut en douter: Elle semble avoir quatre ans à tout casser. En tout cas, elle regarde les vignettes avec un air de connaisseuse. Si elle ne sait pas encore, elle sait qu'elle va savoir très bientôt. C'est sûr : elle va très vite vouloir apprendre. Toutes sortes de choses : les lettres, les livres, les autobus, les moyens de se débiner et les moyens de se dépatouiller. Le corps parle. Il dit que si elle aime les histoires, elle ne s'en laissera pas conter. La fille de 1960, on croit déjà en elle. On croit déjà en son avenir (même si maintenant, chose incroyable, une bonne partie de cet avenir est déjà passé). On aimerait tant que cet avenir nous soit raconté.
Elle, dans son quartier populaire, dans les années franquistes, on peut deviner tout ce qu'elle aura à affronter : l'école terminée trop vite, l'obligation de travailler, une pluie d'interdictions qu'on n'aura jamais faites à son frère aîné, le machisme, l'enfermement, qui sait tout ce qu'elle aura à subir et à combattre.
Il n'empêche : avec ses couettes blondes, sa frimousse joufflue, son élégance innée la lumineuse affrontera le monde et fera en sorte qu'il puisse s'éclairer.
 
Note : c'est moi qui écrit "Barri Gotic", là où Léonard a beaucoup travaillé. Mais c'est peut-être dans un autre quartier populaire de Barcelone qu'a été pris ce cliché.
 

3 sept. 2023

Voyager : dans la chambre de Gaston

 

La chambre était vert citron. En conséquence, la lumière était acidulée. Le roi était de Navarre. Les arènes romaines. La douche italienne. La pendule détraquée. La cheminée d'époque (mais condamnée). Les sons étouffés. Et grands ouverts les bras de Morphée.

Tous les matins devant nos croissants et tous les soirs à pas feutrés nous nous retrouvions ébaubis, hallucinés de pouvoir basculer dans un monde où le rêve rejoignait si aisément la réalité. Nous plongions, heureux, dans un univers fantasque, totalement décalé.


Nos explorations avaient quelque chose de ludique et d'enfantin. Nous remontions le temps tandis que nous grimpions les escaliers. Nous aurions pu passer des heures à fomenter toutes sortes de contes, à écrire l'histoire des lieux et de ses divers occupants.


Hélas, à regret, après quelques nuitées, nous avons dû reprendre la route. Faire nos adieux. Espérer en des au revoir. Et longtemps ensuite, sur les aires d'autoroute, devant les étals des marchés, en comptant notre monnaie, nous avons cru avoir tout inventé.




31 août 2022

Vivre : dans les villes de grande incertitude

 
 Arles 2022 / devant l'église des Frères-Prêcheurs
 
La ville idéale serait-elle déserte ? ou alors peuplée de lenteur et de battements d'ailes ? Si souvent, les villes me happent, m'attirent comme un puissant aimant. Leur énergie. Leurs palpitations. Mais tout aussi souvent elles me lassent, m'épuisent. Leurs éclats. Leurs exclusions. Dans leurs lits, très vite, je rêve de forêts et de messages drainés par le vent. En faisant mes bagages, au bout de trois nuits, quatre au maximum, je ressens un grand soulagement. Tandis que je les quitte, pourtant, j'éprouve des regrets. La ville idéale est un projet sans cesse recommencé où les richesses seraient un peu plus discrètes, un peu mieux distribuées.


23 août 2022

Regarder / Voyager : des images au soleil

 

Le Sud m'appelle. Le temps est venu de glisser quelques frusques dans mon vieux sac en cuir malmené par les années et les kilomètres. Le temps est venu d'y aller par quatre ou cinq chemins pour capter ailleurs d'autres images. Dans ces images, il y aura d'autres gens et d'autres langages. De quoi apprendre et apprendre encore sur ce monde qui n'en finit pas d'interpeler, d'intriguer, de bouleverser .
 

 

3 sept. 2021

Regarder : une île aux trésors

 
SMITH, sans titre, série Désidération / sur affiche des Rencontres 2021
 
Le moment de partir est venu. Il s'agit d'aller au-devant de rencontres essentielles. L'an dernier, rendez-vous effacés, grand vide, cruauté des rues désertées, le manque avait été brutal... A présent, à nous de dénicher d'autres possibles, d'autres réalités, d'autres possibles réalités. Un grand bol d'air pur au cœur de la ville, un grand souffle clair au fond des chapelles, une grande marée de lucioles envahissant les ruelles, le moment est revenu d'ouvrir nos regards comme des fenêtres. Ouvrons, ouvrons donc. Place aux images et place à la fête!

23 juin 2020

Voyager : la belle larguée



Ombre et lumière sur la ville déserte, beauté délaissée, mariée désemparée, plaquée sur le parvis, oubliée. Les rares passants ralentissent, les commerçants se languissent. Peu de rencontres sur les places, pas de Rencontres en face à face. Reste la splendeur décatie de ses impassibles impasses, les rues écrasées d'attente, les tags qui racolent des regards goguenards, les vitrines qui se morfondent et se lassent et attendent leurs habitués aux abonnés absents. Ombre et lumière sur la ville orpheline, un rien chagrine, muselée, enfermée, fermés les musées, et tellement désolée, qu'aucun festivalier ne vient consoler.






29 juil. 2018

Voyager : dans la peau d'une ville



Fondre de tendresse (fondre tout court).


Esquiver les circuits, oublier les programmes.


Ne plus savoir où donner des yeux.


Le cœur illuminé de beige, illuminé de bleu.


23 août 2017

Voyager : croire et savoir


Arles / 2017


Au pied des arènes, la vielle gitane mettait tout son cœur à chanter une rengaine d'autrefois.
Du Tino Rossi ou du Luis Mariano, je crois.
Cette chanson…
Cette chanson, qui parlait, je crois, de matins oubliés
m'a ramenée vers des territoires délaissés, que j’avais cru perdus.
D’un coup, je crois,
j’ai inspiré la lumière, le soleil, le sentiment de l'été,
les senteurs de melon de pêche, le parfum du passé.
Je suis entrée dans la ville et j’ai su d'emblée que je l’aimerais.



30 juil. 2017

Vivre : du temps pour soi


Arles / entrée cloître St-Trophime

C’est une habitude désormais, c’est toujours en voyage.
Je lorgne à travers la vitrine, j’entre et je demande s’il y aurait une possibilité.
Il s’agit seulement de couper deux centimètres, ma tignasse se débrouille pour le reste.
Là, c’était une enseigne un peu kitsch, rose et mauve, sur une avenue à grand trafic.
En cette fin d’après-midi, mes pieds et mes pupilles déclaraient forfait
et celui annoncé sur la devanture paraissait très attractif.
Une femme tout sourire m’a priée de m’asseoir : elle en avait pour une minute.
Faites, faites, j’ai dit en me lovant dans un fauteuil en skaï.
Assise devant un miroir, une jeune fille pâle recevait un soin. Tête penchée, docile,
elle gardait obstinément les yeux baissés sans émettre le moindre son.
Une solide blonde d’âge moyen avait rangé son chariot de courses à l’entrée
et se redressait avec panache à mesure que tombaient ses lourdes mèches oxygénées.
Elle était venue avec sa copine Malika, à qui on faisait une coloration.
La première était aussi enrobée et paisible que l’autre était menue et agitée.
On entendait dans le salon : non, Malika, encore vingt cinq minutes. Non, Malika, c’est pas encore l’heure.
Malika se levait, sortait du salon, revenait, demandait quand ce serait terminé.
Pour finir, on a entendu une sonnerie et l’apprentie a dit : c’est Malika : elle a avancé la minuterie.
On se sentait bien dans ce salon sans chichis.
Cheveux balayés vite fait. Radio locale en fond sonore. Conversations sans intrusion.
Ça sentait la ménagère qui prend un moment pour elle
(et Malika apparemment avait un peu de peine).
Ça sentait la femme qui jongle, qui donne, qui s’active.
Mais aucun stress dans l’air,
juste la certitude que de toute façon ce qui devait être fait allait se faire.

Et que tout était bien. 

25 juil. 2017

Regarder : des rencontres





Approcher. Reculer.
Considérer.
Méditer. Observer. 
Admirer. 
Analyser. Scruter.
Rencontrer.


Apprendre encore et toujours à regarder.