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22 févr. 2017

Voir : voir revenir l'été


Les salles dignes de ce nom ont fermé peu à peu. Les grosses productions font main basse sur les programmes. Nos deux bons vieux Rex sont chacun à 40 minutes de route. Question cinéma, le salut se trouve souvent  dans les bacs de la bibliothèque. J’y découvre des pépites en décalé. L’autre jour, bonne pioche : Ce silence de l’été. Un petit bijou, sorti en février 2016, sur la manière dont on survit à l’absence. 

L’histoire se passe sur trois étés et dans trois villes.
Ça commence à Berlin. Une jeune artiste lithographe traverse un parc pour aller travailler. Le soir, à son retour, elle s’écroule sur l’herbe belle verte. Sa mort laisse son ami effondré. La famille de la jeune femme, ses parents, sa sœur, se serrent les coudes pour faire face.
Paris. New-York. Durant les deux étés successifs, on retrouve l’ami et la sœur qui se croisent, suivent leur route tant bien que mal à la recherche d'un nouvel équilibre.

Le réalisateur, Mikhaël Hers  a voulu montrer le travail du temps lors d’une perte. Il dit : «...  je ne me voyais pas aborder cette histoire du deuil autrement que sur une très longue période. Je voulais filmer le travail du temps à l’oeuvre : voir comment il agit sur les personnages, parfois par strates successives presque imperceptibles, avec des moments de recul, d’hésitations... d’autres fois par à coups, par basculements...".

La musique est douce. Le rythme lent. Les villes sont lumineuses, animées. On voit la vie qui va, qui grouille, qui bat son plein. On pourrait croire que l’été n’est pas la meilleure saison pour traiter du deuil. Mais le sentiment de perte est peut-être plus intense face à un soleil insolent. Le résultat est tendre, vrai. Les acteurs sont épatants. Difficile de dire si Judith Chemla, est belle ou pas. Ce qui est certain, c’est qu’elle est une excellente actrice. Quant à Anders Danielsen Lie, il joue très juste les signes du chagrin, les frémissements de l’angoisse, les lueurs d’un nouveau désir (ce Norvégien, ai-je appris, est à la fois acteur et médecin généraliste, et mène de front ces deux activités). 

Un truc qui m’a frappée dans ce film : la manière dont les gens s’embrassent. C’est-à-dire dont ils se prennent dans les bras pour se saluer, se consoler, se rassurer. L’importance de ce geste tout simple : savoir entourer de ses bras l'Autre, en signe de fraternité, de solidarité.