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18 févr. 2024

Regarder : soir d'hiver, entre ondées et frimas

 
Intérieur /Vilhelm Hammershøi /  Ordrupgaard
 
J'arrive toujours là-bas quand la lumière tremble. Les graviers crissent, les feuillages grelottent, les silhouettes chancellent. C'est un lieu pour le soir, pour le recueillement, pour les murmures. Il y a toujours quelqu'un, quelque part, au fond d'un couloir, qui susurre. On dirait une église où les messes sont basses et les regards intenses. On se sent magnifiquement enveloppé dans ce lieu d'épure, de craquements, de toussotements. Ce lieu où tout devient prévenance, lenteur, glissement. . 


Là-bas, tout semble évidence, tout est réassurance. Les cuillères plongent dans des tartes atrocement addictives - ce sont bien les seules choses atroces dans ce lieu de nuance - et le soir tombe, déjà, les portes gémissent, les cardigans s'enfilent. On peine à le quitter, ce domaine de sérénité. On se risque une fois encore dans quelques salles désertes, comme des enfants sages autorisés à faire un dernier tour et qui s'esquivent avec délice. On est submergés de lassitude et de douceur. On baille avec bonheur. On voudrait trouver une toile dans laquelle se fondre. On pourrait alors s'endormir sur place, quelque part entre rêve et confiance .

Intérieur avec la mère et la sœur de l'artiste / Vilhelm Hammershøi / Ordrupgaard

11 févr. 2017

Voyager : pour voir la danse de la poussière dans les rayons du soleil


Minuscule sur la carte, la distance entre les musées avait paru interminable. Les transports publics semblaient ignorer le fait qu’il put y avoir un quelconque rapport entre ces deux lieux.

Nous avons traversé des banlieues cossues floutées par la neige, affronté des retards de train, des changements inopinés, attendu avidement un bus qui s’obstinait à ne pas arriver, et finalement atteint notre but trempés, les pieds gelés, juste entre chien et loup.

Avant d’aller retrouver la gravité silencieuse d'Hammershoi, devenue mélancolique dans la faible lueur du soir, quelques rassurants tableaux de Corot, ainsi qu’un époustouflant paysage marin de Daubigny, sous le regard discret d’un gardien qui n’avait pas d’autres visiteurs à garder, nous nous sommes dirigés vers deux sièges rouge et orange, tout au fond de la cafétéria. Ce jour-là, l’extension aux courbes noires et bétonnées conçue par Zaha Hadid nous a paru étrangement accueillante. Ah, le goût du thé chaud tandis qu’on se demande : combien de pas un kilomètre peut-il comporter?

A travers les vitrages, dans le parc, le miroir de Jeppe Hein était en train d'expérimenter précisément ce que nous avions vécu durant notre traversée.













 Jeppe Hein / 1 dimensional mirror./ Ordrupgaard