lundi 4 mars 2024

Regarder : The Hampton Projekt

 
 
I want to make things that are beautiful, seductive, formally
challenging and culturally meaningful… I‘m also committed to radical
social change… Any form of human injustice moves me deeply… the
battle against all forms of oppression keeps me focused. 
C.M. Weems / Williams College Museum of Art (WCMA) / dossier de presse / expo 2006
 
Après un billet consacré au travail de Carrie Mae Weems, exposée actuellement à Bâle, j'ai eu envie de raconter plus particulièrement son installation "The Hampton Project", qui date de l'année 2000, et est présentée à l'étage supérieur du Kunstmuseum  | Gegenwart. C'est une œuvre particulièrement marquante, par l'espace qu'elle occupe et par les biais utilisés : des photographies légendées apposées aux parois et d'autres imprimées sur tissu et suspendues au-dessus des visiteurs. L'artiste y examine de manière distancée l'histoire d'un établissement d'enseignement agricole et industriel américain.
 

Carrie Mae Weems montre ici des images provenant des archives du Hampton Institute en Virginie. L'institut a été fondé en 1868 par l'abolitionniste Samuel Chapman Armstrong sur le site d'une ancienne plantation et était destiné à être un établissement d'enseignement pour les Noirs et les Autochtones. Dans son travail, l'artiste examine l’institution d’un œil critique. Elle se fonde en grande partie sur des tirages de Frances Benjamin Johnston prises pour l'exposition "Exposition des nègres américains", présentée dans le cadre de l'Exposition universelle de Paris en 1900.

Pour son installation, Carrie Mae Weems a fait tirer en grand format un choix de photographies documentant l'apprentissage, la vie et le travail au Hampton Institute. Elle a aussi fait imprimer une série d'images sur des tissus transparents, les a suspendus au plafond de telle sorte qu'ils dominent l'espace et que les visiteurs lèvent les yeux en les découvrant. On assiste ainsi à des scènes ou des comparaisons délibérément provocatrices, comme la photo historique du baptême chrétien d'un Amérindien à côté de la photo d'une manifestation pour les droits civiques à Birmingham, en Alabama, en 1963, où l'on voit les participants frappés par le faisceau d'un canon à eau. 
 

 
C. M. Weems attire l’attention sur la violence de l'oppression subie par les peuples noirs et indigènes. Elle documente la volonté d’effacement de l’identité de ces groupes. Celle-ci se manifeste sous diverses formes (la plus cruelle est sans doute celle qui consiste à "blanchir" les populations noires ou indiennes, en les faisant assumer des costumes, des manières d'être de la bourgeoisie blanche, dans un théâtre frisant le grotesque).


Heureusement, dans le travail de C.M. Weems, les forces assimilationnistes sont constamment mises en regard avec les volontés de résistance qui ont toujours émergé en parallèle. Elle s'attache à mettre l'esprit de révolte en évidence, afin d'en appeler le pouvoir de changement radical.

Je veux faire des choses belles, séduisantes, formellement stimulantes et culturellement significatives… Je suis également engagée pour un changement social radical… Toute forme d’injustice humaine m’émeut profondément… je me concentre sur la lutte contre toutes les formes d’oppression. 
(traduction libre de la citation en exergue)

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