vendredi 15 mai 2026

Vivre : dans la ville grise

 
Dans une rue de Florence / 2023
 
Après des jours et des jours d'un été insensé, déplacé, la météo a soudainement tourné : froidure, orages, pluies et même grêle par endroits. En ville, hier, les cloches sonnaient à toute volée. Elles disaient la fête et la joie des fidèles qui se pressaient dans la cathédrale en groupes parsemés. En ce jour férié, la ville n'était pas des plus attrayantes (on aurait dit une vieille comédienne qui aurait négligé de se maquiller) et les touristes ressemblaient à de pauvres brebis égarées. Il y avait les prévoyants, désemparés certes, mais bien au chaud dans leurs anoraks au col remonté. Il y avait aussi les imprudents, qui frissonnaient en superposant leurs pauvres T-shirts sous leurs blousons légers. Tous semblaient désireux de partir se réfugier dans un bistrot autour d'un chocolat chaud. On avait envie de leur lancer : hej ! ne partez pas, faites preuve d'un peu d'imagination, cette ville est magnifique quand les rayons du soleil jouent sur ses pavés !
Parmi les touristes, tout aussi égarés, il y avait les solitaires qui étaient partis se balader pour échapper à cette trop longue journée chômée. Les solitaires, un jour comme celui-là, se remarquent à leur regard fuyant, on dirait qu'ils ont honte d'être seuls et que cette honte pèse des tonnes. Ils se dirigent tout droit, les yeux baissés, dans une direction empruntée au hasard et qui les ramènera beaucoup trop tôt dans le silence de leur chambre. Sous les nuages noirs, le temps joue contre eux. Le temps leur est hostile. Le temps s'étire d'ennui. 
Sous les arcades est soudain apparue la silhouette d'un homme, jeune, qui descendait en hésitant, en titubant quasiment de solitude. Ça se voyait qu'il n'avait pas l'habitude de se confronter à sa propre compagnie et à son propre désarroi. Il s'est arrêté devant une vitrine. S'est retourné et a fait deux pas en arrière. Puis s'est dirigé vers la porte fermée du magasin. Une porte protégée par des grilles en fer noir. Alors, sans rien dire, il a donné un coup de pied dans les barres. Un coup pour rien. A peine un choc sec que la pluie a amorti. Un coup de désespoir vite effacé par un groupe de Coréens qui arrivaient en ouvrant leur parapluie. Et l'homme, sa solitude, sa frustration, sont repartis.
 

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