jeudi 30 avril 2026

Vivre : médailles et revers

 
 
Portrait d'Auguste / Musée Départemental d'Arles Antique
 
Le bon vieux temps. Etait-il vraiment bon ? Est-il désormais vieux ou a-t-il carrément trépassé ? Il semblerait qu'on y était bien et qu'on ne le savait pas assez. Dans notre mémoire, le voici enjolivé, encensé. On voudrait le ressusciter. C'est sûr : maintenant, on saurait l'évaluer à sa juste valeur, le savourer. Face à toutes ces  questions, on ne peut faire qu'une chose : faire face au temps actuel, le jauger et, autant que possible, l'apprécier.
 
 

mercredi 29 avril 2026

Habiter : voir rouge

  
Dernièrement nous avons voulu rénover notre cuisine. Non pas tout chambouler, simplement la rénover. On ne change pas une équipe qui gagne et ce lieu où je passe une grande partie de mes journées, qui est le centre névralgique de la maison, ouvert sur le lac et la forêt, répond à toutes mes attentes. Pas question de modifier quoi que ce soit même si quelques recherches sur le sujet m'ont montré bon nombre d'innovations : la robinetterie fournissant directement de l'eau microfiltrée, la hotte d'aspiration escamotable, la cuisson d'aliments sous vide, les  plaques  à induction invisibles, etc. Il semblerait que maintenant les cuisines devraient être munies de fours combinés innovants (de préférence deux ou trois). A croire que, pour réchauffer la plupart du temps un plat pré-cuisiné, on a besoin de matériel connecté ultra performant. 
 
La surprise, c'est que nous avons dû aller voir plusieurs cuisinistes avant d'en trouver un disposé à remplacer nos façades de placards rouges usées. Eh oui, avons-nous appris, les éléments de cuisine sont en majorité fabriqués dans deux immenses fabriques en Allemagne qui exportent dans le monde entier et décident des tendances contemporaines, non seulement sur le plan des formes et des technologies, mais aussi des couleurs. Le rouge, nous a-t-on dit, c'était à la mode il y a cinq ans. Terminé, tout ça. Maintenant, le temps est venu des teintes zen et, apaisantes : le vert tilleul, le bleu tendre, le jaune tisane, le roux douceur, le beige chaleur, le gris toutes tendances. Mais le rouge, non. L'heure étant à la détente, pas question de s'exciter : on nous a dirigés pour du sur-mesure vers un menuisier. 
 
Finalement, le casse-tête s'est résolu, on a fini par trouver au fin fond de la campagne une entreprise centenaire, sourde à toutes ces innovations et d'accord pour fabriquer nos façades en grenat. Quant au mitigeur de l'évier, l'entreprise était d'accord de le vendre mais pas de l'installer. Faudrait pas tout mélanger ! On a donc dû débusquer un ouvrier sanitaire spécialisé pour le poser. Enfin, avec ce projet sur pied, nous voici repartis pour vingt ans dans la continuité. 
 

mardi 28 avril 2026

Vivre : laisser passer le passé

 
Madonna e bambino tra due angeli reggicortina / Matteo Lappoli 
/ Museo nazione Arte médievale e moderna / Arezzo
 
Il revient toquer à ta porte ? Ouvre grand. Laisse-le entrer.
Ne t'avise pas de résister : accepte d'être remuée. Accepte
de perdre l'équilibre pour le retrouver. Ce vagabond de passage
n'est pas voué à s'incruster. Sois l'hôte qui offre l'eau et le pain. 
Fais-lui une place à tes côtés. On appelle ça se pardonner. 
 
 

lundi 27 avril 2026

Vivre : rire aux anges

 
Archange Michel / Portail central / Collégiale (ou cathédrale) Saint-Vincent / Berne
 

Certains dimanches matin, partir tôt à Berne, longer l'Aar, contourner la ville si haute si belle, toujours la même balade, mais jamais la même promenade, toujours le même alignement, et jamais les mêmes façades. Avancer parmi les ions négatifs, les murmures nonchalants, les flots bouillonnants, les chœurs volatiles, et, sur le gravier, les poussées cadencées des joggeurs,  les dérapages plus ou moins contrôlés de quelques cyclistes amateurs, les pas légers des marcheurs, et les cloches, quelque part dans les airs, les cloches qui ne cessent de s'appeler de s'interpeler de clocher en clocher. A tant être dans l'instant j'en oublierais mon enveloppe humaine, je suis brise, je suis chant, je suis bronze vibrant, je suis gong qui résonne. Le bonheur des dimanches est là : dans cette fusion totale, cette appartenance universelle. Je fonds dans la ville comme un sucre au fond de son bol. Je fonds et je suis. Je ris aux anges. Je vis.

 

dimanche 26 avril 2026

Vivre : signe et persiste

 
statuette / Museo nazionale archeologico / Taranto
 
 
 impossible de reculer, impossible de les fuir
ces moments où la vie nous impose de grandir 
 

samedi 25 avril 2026

Vivre : un ouragan d'objections

 
Portrait du Comte Preben Bille-Brahe /C.W. Eckersberg / NYCarlsberg Foudation / Copenhague
 
 
 A l'homme rempli d'indignation 
objecter cette simple évidence :
quand on adresse une demande
on peut se voir répondre : "non"
 
 

vendredi 24 avril 2026

Vivre : réveiller la lumière

 
Château d'Issogne / Val d'Aoste
 
 Tous les matins
quelle que soit la saison
 être éveillée avant son entrée
voir poindre et se former 
le premier rayon 

jeudi 23 avril 2026

Vivre : questions de conduite

 

 
Hier était une journée à peu près ordinaire. Ce qui signifie : balades avec le chien, yoga et relecture de Patti Smith (Devotion). Comme R. devait prendre trois trains plus un bus pour se rendre à un rendez-vous, je lui ai proposé de l'accompagner en voiture jusqu'à la ville la plus proche et d'aller l'y rechercher à son retour, histoire de raccourcir les temps d'attente (des temps qui en ce moment de l'année sont souvent bouleversés par les accidents de personnes ou des pannes diverses). 
A l'aller, après l'avoir déposé, j'ai promené le chien avec une certaine appréhension, car je n'avais pas assez de monnaie pour mon parcomètre. Je marchais sous un soleil insolent en craignant de trouver une prune sur mon pare-brise à la fin de notre balade. Au retour, l'après-midi, j'avais de l'avance et j'ai décidé de patienter devant la gare. Il y avait deux voitures de police sur la place et ce qui m'a frappée, c'est l'attitude des policiers envers les conducteurs de deux véhicules mal garés. On aurait pu croire que les choses allaient se passer ainsi : constat, verbalisation, injonction à dégager. Mais pas du tout. Les gendarmes discutaient, longuement, civilement, avec les intéressés. On aurait dit une conversation aimable, un échange de points de vue (j'ai souvent constaté que cette petite ville est un parangon de savoir-vivre, souvent les gens sont confondants d'amabilité). Dans les faits, je suis restée là pendant 15 minutes et durant tout ce temps aucune amende n'a été remise. Les dialogues étaient encore en train de se poursuivre quand j'ai embarqué R. pour rentrer. 
Apparemment, pour apprendre à vivre en société, ici on préfère discuter plutôt que tacler.
 

mercredi 22 avril 2026

Vivre : chaque chose en son temps

 
 

 
pourquoi tant d'impatience à vouloir déjà être là-bas
quand c'est juste à présent qu'ici fleurit le colza ? 
 
 

mardi 21 avril 2026

Vivre : passer à la caisse

 
Portrait de femme / Hans Holbein l'Ancien / Musée Unterlindent / Colmar
 
 
Au début, comme c'est un petit supermarché, même si j'étais pressée, je n'osais pas trop scanner mes achats : il ne fallait pas que la caissière pense qu'on lui retirait son travail. Maintenant, je veille à la solliciter au bon moment. S'il y a trop de monde dans la file, je scanne. Sinon, je passe vers elle et j'en profite pour lui demander des nouvelles. De sa santé. De la santé de son mari. Je glisse toujours un compliment à son attention, sa coupe, sa manière consciencieuse de veiller aux réductions. Je lui demande conseil, sur la qualité d'un fruit ou sur les meilleures céréales. C'est une femme qu'on aurait définie entre deux âges  il y a encore quelques années, mais qui a pris un coup de vieux, depuis la maladie de son mari, depuis surtout que les responsables de magasin (dont la photographie est affichée à l'entrée, avec celle de leur adjoint juste au-dessous) ont commencé à se succéder à des rythmes presque endiablés. C'est que la Direction avec un D majuscule, celle qui officie depuis la plus grande ville du pays, a décidé que les employés ne devaient pas s'encroûter et se met un point d'honneur de booster leur dynamisme. Dès lors, on a mis sur pied un tournus qui a généré pas mal de turn over. Les visages de ses collègues changent sans arrêt. Elle est la seule à rester. Sans doute trop âgée pour qu'on l'intègre au fonctionnement proactif en cours, mais pas assez pour voir sa retraite poindre à l'horizon. Elle met pratiquement chaque lundi un nouveau collègue au courant. On dirait qu'elle passe son temps à expliquer. Elle est aussi censée surveiller les bouteilles d'alcool que certains pourraient chouraver et à remettre en place ce que d'autres ont déplacé. 
Parfois, dans un moment de répit, son visage se fixe sur le fond du magasin. On dirait une lionne en cage qui ne s'est pas résignée et qui attend et qui, en attendant, fait de son mieux et ronge son frein.
Merde alors ! La cinquantaine pourrait être un si bel âge. Pourquoi entretient-on l'idée que la fin (la fin de quoi exactement ?) est déjà en train d'arriver ? Au nom de quelle rentabilité ? Pourquoi injecte-t-on tant de tristesse dans les regards ? Tant de vide au fond des prunelles ? Tant de sentiment de ne plus rien valoir ? 
 
 

lundi 20 avril 2026

Vivre : amicalement vôtre

 
Ragazze a Nervi / Felice Casorati / Ca' Pesaro / Venezia
 
"Je ne déteste pas les gens. Je me sens juste mieux quand ils ne sont pas là."
Charles Bukowski
 
Après une puis deux expériences de harcèlement durant son adolescence, elle se plaint aujourd'hui en tant qu'adulte de ne pas pouvoir se faire de relations amicales, de ne pas savoir entrer dans le moindre cercle. Elle dit qu'elle n'a plus confiance. Mais elle voit tant de gens qui ont tant d'amis un peu partout, dans la rue ou sur la toile. Elle se demande ce qu'elle fait faux. Elle insiste : "qu'est-ce que je fais faux?". L'autre, censée être l'experte, lui répond : "comment se faire des amis est exactement la question qui me turlupine en ce moment". Elle ajoute : "On voit beaucoup de gens se parler, échanger, employer le terme, mais, ce qu'on voit, est-ce vraiment de l'amitié ?
Face à cette vaste question, à chacun sa définition, ses attentes et ses limites. Dans une scène de "On connaît la chanson" d'Alain Resnais. Sabine Azema et Pierre Arditi forment un couple en rupture attablé dans une brasserie. Elle s'ennuie, elle tend la main pour enlever une tache sur le visage de son compagnon et porte un regard d'envie sur deux femmes dans la salle, dont l'une pleure et se fait consoler : "J'aimerais tellement avoir une grande copine, moi aussi ..." La caméra se déplace vers les deux femmes en question, et celle qui pleure sur sa séparation et sa solitude les désigne à son amie : "ça fait mal de voir des couples qui s'aiment, comme ceux-là...". 
Le bonheur : trouver sa voie à propos des choses qui sont, des choses qu'on perçoit. 
 

dimanche 19 avril 2026

Lire : en écho

 
 
Le signorine / Felice Casorati / acheté lors de la Biennale de 1912 par le musée Ca'Pesaro / Venise
 
Les questions qu'on se pose se représentent souvent par le fait du hasard. Hier, j'écrivais ici à propos de portraits, je m'interrogeais sur leur nature, et cet après-midi, en compagnie d'un merle particulièrement inspiré, je m'étais mise à lire - ou plutôt à relire - "Tout ce que j'aimais" de Siri Hustvedt. A un certain moment, tout au début du récit, Leo, le narrateur, parle de sa rencontre avec Bill Wechsler, un peintre pas encore connu, dont il est le premier acheteur. Il va lui rendre visite dans son atelier et c'est le commencement d'une longue amitié qui constitue la trame de l'histoire (une histoire de plus en plus tourmentée, difficile à suivre jusqu'à la fin).
La toile que Leo a choisie est de grande taille (1m80 sur 2m40). Elle représente une femme étendue par terre, vêtue d'un t-shirt masculin et tenant dans sa main posée sur son mont de Vénus un petit taxi jaune new-yorkais. Sur elle plane l'ombre d'un homme et on remarque aussi, en prêtant plus d'attention, une troisième personne, une femme en train de disparaître. On ne distingue pas tout de suite ce troisième personnage, parce qu'on ne perçoit d'elle, sur le côté sombre du tableau, qu'un pied et une cheville.
En prenant congé ce jour-là, Leo interroge Bill : 
 
"Pourquoi avez-vous intitulé Autoportrait le tableau que j'ai acheté ?"
- Ce  sont tous des autoportraits, dit-il. En travaillant avec Violet, je me suis rendu compte que je suis  en train de dresser la carte d'un territoire intérieur que je n'avais encore jamais perçu en moi, ou peut-être d'un territoire situé entre elle et moi. Le titre m'est venu à l'esprit et je l'ai adopté. Autoportrait me semblait approprié. [...]
- Il me semble que peu d'hommes feraient leur propre portrait sous la forme d'une femme. Vous l'avez empruntée pour vous montrer, vous. Qu'en pense-t-elle ?
Il eut un rire bref, avant de répondre :
- Ça lui plait. Elle dit que c'est subversif. D'autant plus que j'aime les femmes, pas les hommes" [p.21-22]
Je crois que si je n'avais pas visité la semaine dernière l'exposition de portraits à Monforte d'Alba, je ne me serais pas arrêtée sur ce passage du roman (un roman riche en réflexions sur l'art et la littérature). Mais là, par synchronicité, mes lectures venaient répondre à mes dernières interrogations et m'indiquer une direction. 
 

samedi 18 avril 2026

Regarder : tant de vies, tant de visages

 
 
Autoportrait avec chapeau, marionnettes et oiseau / Mario Lattes / Fondazione Bottari Lattes

«Mario Lattes è nato / il venticinque ottobre / millenovecentoventitré a Torino / dove vive e lavora / Ma lavorare non è esatto / e neanche vivere / Si ricorda di essere stato / dietro gli occhi di uno / che in piedi lo guardava / a pochi mesi nella carrozzina / con in testa una cuffia / di colore celeste / lavorare non è esatto / e neanche vivere / in questa città assassinata / la pietra dei marciapiedi non risuona più / non c’è più tenerezza nelle mani / sulle ringhiere di ferro / di scale e ballatoi / e ciò che gli aveva insegnato / essa l’ha dimenticato» 
 «Mario Lattes est né / le vingt-cinq octobre / mille neuf cent vingt-trois à Turin / où il vit et travaille / Mais travailler n'est pas le terme exact / et vivre non plus / Il se souvient d'avoir été / derrière les yeux de quelqu'un / qui le regardait / âgé de quelques mois dans son landau / avec un bonnet bleu ciel sur la tête / travailler n'est pas exact / et vivre non plus / dans cette ville assassinée / les pavés des trottoirs ne résonnent plus / il n'y a plus de tendresse dans les mains / sur les rampes de fer / des escaliers et des balcons / et ce qu'elle lui avait appris / elle l'a oublié»

(traduction libre de la fiche autobiographique rédigée par l'auteur introduisant l'exposition)

Ce matin-là, une étourderie nous avait laissés bredouilles devant les portes d'une exposition prévue et c'est un peu le hasard qui nous avait conduits à Monforte d'Alba, dans la partie haute du village où se trouve la Fondazione Bottari Lattes. Celle-ci présentait une cinquantaine de portraits tirés de sa collection. Certains avaient été réalisés par Mario Lattes (1923-2001), le peintre, écrivain et éditeur turinois à qui a été consacrée la fondation dès 2009. Certains autres étaient dus à des artistes de son cercle. 
 
Portrait de ma femme / 1983 / Mario Lattes

 Sans titre ou Portrait de jeune femme sur fond violet / Mario Lattes / années 1980
 
 
 Sans titre ou Portrait de jeune homme sur fond gris / Mario Lattes / 1986
 
 Sans titre ou Portrait de femme avc chapeau / Mario Lattes / 1961
 
En pénétrant dans la belle maison avec vue plongeante sur les collines, j'étais plutôt contrariée par le changement de programme. Je m'attendais à une banale et poussiéreuse présentation dont nous serions sortis rapidement en nous réjouissant d'ultérieures découvertes. En réalité, les regards qui nous attendaient dans le silence des salles ont très vite capté mon attention. Tous ces visages, portraits d'intimes ou autoportraits, m'ont subjuguée. Des noms vaguement connus on refait surface. Carlo Levi, Felice Casorati, Daphné Maugham, Jessie Boswell.  J'ai éprouvé le besoin d'en savoir plus sur le principal intéressé, Mario Lattes, reconnu dans sa région d'origine, mais relativement peu au-delà des frontières de son pays. 
J'ai désiré aussi me pencher sur la trajectoire de Carlo Levi, médecin, socialiste, peintre et écrivain, opposant au régime fasciste et qui s'est retrouvé exilé dans le sud oublié de l'Italie pendant près de deux ans. Cette expérience marquante lui a inspiré plusieurs romans, dont le plus renommé est "Le Christ s'est arrêté à Eboli" (Francesco Rosi en a tiré un film en 1979, présenté au festival de Cannes l'année suivante).
 
 
Autoportrait / Daphné Maugham
 
Autoportrait / Jessie Boswell

Réveil avec ma mère / Carlo Levi / 1973

Ce moment passé en compagnie de tous ces personnages devenus tout d'un coup si présents m'a ramenée à l'histoire du Piémont, au passé de l'Italie, à cette époque, pas si lointaine, qui avait été celle du fascisme et puis de l'après-guerre. Chacun de ces artistes, opposants à la dictature, avaient traversé les tourments de cette sombre page, chacun avait ensuite connu de grands espoirs et bon nombre de déceptions durant les décennies suivantes. 
 
Et puis, tandis que je passais une nouvelle fois en revue les divers tableaux, a émergé l'éternelle question : que dit un portrait ? parle-t-il de la personne représentée ? de l'artiste qui la dépeint ? ou de la relation entre ces deux personnes ? 
 
Les expositions que je préfère sont celles d'où je sors perplexe ou en proie à mille questions qui me poussent à l'exploration. Une fois passé le seuil je comprends que je ne sais pas grand chose et ça me pousse à chercher. En ce sens, cette exposition m'a comblée.
 
 
La Fondation Bottari Lattes, outre les expositions culturelles autour de la figure de Mario Lattes,
anime également diverses activités et décerne un prix littéraire et un prix bisannuel de traduction littéraire.
Son entrée est gratuite. 

vendredi 17 avril 2026

Vivre : still life / 194

 


Pas accro à la technologie, pas du tout. Pas adepte de l'électrification à tout prix, encore moins. Je compte sur les doigts d'une main le nombre de fois où j'ai utilisé un four à micro-ondes. Pour le repassage, on repassera. Pour le séchage, la nature y pourvoira. Ayant réduit a minima notre dotation en électroménager, notre consommation d'énergie tend à se stabiliser d'année en année. Mais l'autre jour quand j'ai découvert ce petit robot nettoyeur de vitrages, j'ai ressenti une énorme approbation intérieure : tout mon corps dans un même élan m'a poussée à le commander et tout mon squelette m'en a ensuite remerciée. Il faut dire qu'avec 40 mètres carrés de vitres recto et verso j'en avais certes plein la vue mais aussi hélas plein le dos. Au fil du temps, j'avais mis à mal plusieurs fois mes tendons... mais voici que depuis une ou deux semaines,  avec ce docile et diligent compagnon, le nettoyage de printemps est devenu un jeu d'enfant.
 
 

jeudi 16 avril 2026

Vivre : unique

 
 
La danse de Salomé / Taddeo Gaddi / Chapelle des comtes Guidi / Castello di Poppi / Toscane
 
 
Cette présence qui capte le regard :
l'unique tige de colza
perdue dans une mer de verdure 
et qui se tient droite, 
et se plante comme une reine solitaire
oubliée, forte et fragile, 
et affirme : "je suis légitime" 
 

mercredi 15 avril 2026

Vivre : pétales et pollens

 
 

 
on nous avait annoncé du sable du Sahara
mais : un tapis blanc et citron sous nos pas

mardi 14 avril 2026

Vivre : les sourires des journées bleues

 

 
Il y a des journées comme ça : on ne désire que ce qu'on a. 
 
 
 
 
La vie, dans sa splendeur, donne, alors on prend ce qui s'offre à soi. 
 
 

 On ne pense pas à l'avenir, et encore moins au passé, on est présent, on est vivants. 
 
 
 Vue sur les Langhe depuis La Morra

 Il y a des journées comme ça : on entendrait des froissements d'anges autour de soi. 
 
 

lundi 13 avril 2026

Voyager : l'hôtel avec parc, garage et téléphone n°5

 

C'est probablement un des établissements le moins bien gérés que je connaisse. Rien - rien ! - n'y est conçu pour attirer la clientèle - au contraire : tout semble mis en œuvre pour décourager les touristes et visiteurs. On se fiche royalement - est en ce sens le nom de l'hôtel est bien assumé - de la moindre critique, de la moindre suggestion ou du moindre besoin exprimé par les hôtes. Le restaurant, occupant deux salles magnifiques au rez-de-chaussée et doté d'une terrasse à la vue stupéfiante, offre - si l'on peut dire - un menu d'une fadeur inimaginable, avec probablement un des rapports qualité/prix les plus bas de toute la région. La propriétaire sourit - parfois - salue - quand elle le doit - vous reconnaît - si vraiment elle vous voit - et paraît se ficher de toute considération commerciale. 
En conséquence, le lieu est dépourvu de piscine, de télévision, de Nutella, de climatisation, de musique d'ambiance, et la cave attenante, produisant selon certains experts de l'excellent vin, n'est ouverte que selon le bon vouloir des personnes concernées. Avouons-le : c'est un lieu que beaucoup de gens quittent avec soulagement, quand ils ne tournent pas les talons carrément scandalisés. 
Mais... cet endroit dispose quand même de quelques points en sa faveur : c'est un lieu où la vulgarité n'est jamais entrée et probablement ne pénétrera jamais. Un lieu à l'écart de toute mode, où l'attitude m'as-tu-vu ne saurait trouver à se justifier, où il est impossible de parader avec un SUV ou des vêtements griffés, où le parking accueille de vieilles Pandas aussi bien que des Volvo cabossées. Un lieu où tout est d'origine, sur les tables, sur les parois, pas question d'y afficher la moindre reproduction où que ce soit. Un lieu au calme souverain - qui n'est pas château royal pour rien - où l'herbe du parc semble ne jamais devoir rendre compte à aucun jardinier, où les roses, les tulipes et les muguets se déploient à volonté. Un lieu silencieux à l'abri des regards où l'on vous laissera lire durant de longues heures sans venir vous proposer la moindre consommation ou distraction. C'est un lieu à l'écart des grandes tendances du moment, où le wifi a parfois accès mais est rarement invité, où les mots "newsletter" et "mondialisation" n'ont pas leurs entrées. Dans ce lieu "jamais plus, jamais plus !" le stress n'entrera probablement jamais. C'est dans cet endroit souvent agaçant, suprêmement réconfortant, à l'abri des méfaits du temps, qu'il aime venir se reposer en observant le mouvement des nuages et l'envol des colombes et des papillons blancs.
 

mercredi 8 avril 2026

Vivre : tout bourgeonne dans les bois

 

Le luxe, le privilège absolu, c'est peut-être ça :
un jour qui se lève, des concerts, des chamois,
la nature en éveil - précieuse, généreuse, sage - 
quand ailleurs tout paraît raffut, cafouillis, fracas. 
 

mardi 7 avril 2026

Vivre : élégances urbaines

 
 
Enfants dessinant / Pablo Picasso / expo temporaire / Louisiana Museum / 2024
 
On le remarque tout de suite à son élégance rare. Cheveux noirs, mi-longs, balayés sur le côté, il se tient droit - ou du moins il essaie - basculant tantôt sur un pied, tantôt sur l'autre. Un bandana bleu ciel autour du cou, un sweat-shirt bordeaux ample, très tendance, des jeans larges en coton beige retroussés sur ses All Star marine, il affiche un look décontracté. Une tenue idéale pour le week-end qu'on voudrait copier. Quand il finit par tomber, assis, sa couche-culotte couine. Sans se laisser démonter, il plante ses mains dans le gravier, et d'un geste de bascule se remet debout puis s'en va avec ses falzars légèrement plus foncés.
 
 
 

lundi 6 avril 2026

Vivre : still life / 193

 
 

 
Ma trousse de survie : format très moyen, peut transiter dans n'importe quel sac. Contient des médicaments pour trois jours renfermés dans une minuscule pochette japonaise. Fixées dans le tissu de la pochette : une aiguille avec du fil noir et une épingle de nourrice lilliputienne. Plus : une brosse à dents pliable assortie de son tube dentifrice miniature et de trois brossettes de taille différente. Un set de maquillage (rouge à lèvres, crayon à sourcils, ombre à paupières). Un mini couteau suisse (pourvu de ciseaux). Un double de la clef de la voiture de R. (précaution qui nous a sauvé une ou deux fois la mise). Un tout petit crayon IKEA. Un mini tube de protection solaire 50. Un sparadrap.
 
C'est tout. C'est tout ce dont j'ai besoin pour partir à l'aise. Dernièrement, dans un film, la jeune héroïne se préparait à sortir. Elle appliquait voluptueusement sur ses lèvres un joli rouge framboise. Puis, de l'index, elle s'est tapoté trois fois la lèvre inférieure et a terminé en pianotant  sur chacune de ses joues pour les colorer. Merveilleux : j'avais trouvé comment me passer d'une boîte à fard. La trousse s'est allégée.
 
 
 

dimanche 5 avril 2026

Vivre : investir au quotidien

 
 Sabine Weiss / 1952 / coll. PhotoElysée / Lausanne

Ceux qui ne font pas chaque jour quelque chose pour leur santé devront un jour consacrer beaucoup de temps à leur maladie
 
Vraie ou pas, la citation de Sebastien Kneipp me va : pas un jour sans qi gong ou sans yoga. Sans y passer trop de temps, sans enchaînements trop compliqués. Juste quelques mouvements basiques pour commencer la journée. L'autre matin, j'ai refilé une plaquette d'antidouleurs à un livreur en mal de lombaires. Il m'en restait un emballage quasiment inentamé et œuvrer comme livreur avec un dos lancinant est un enfer que je pouvais m'imaginer. Ce jour-là avaler un ou deux comprimés a été probablement la seule chose qu'il pouvait faire. En le regardant partir en grimaçant j'ai pensé à ce qu'en aurait dit le bon curé Kneipp : Ceux dont  le métier consiste à faire tous les jours des choses qui nuisent à leur santé auront pas mal de médicaments à avaler.